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Posts Tagged ‘Faune’

LES ZOOLOGIES (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


 


 

Igor Morski -9 [1280x768]

LES ZOOLOGIES

Un poisson nage au fond de ma poitrine,
Un oiseau plane au creux de mon cerveau.
Je me soumets à leurs libres critiques :
Ils ont la grâce éclatante des mots
Venus tout droit de leurs zoologies.

Ce manuscrit, qu’en dirait le coyote,
Et ce roman, plairait-il au lézard ?
Cette musique, est-ce toi qui la portes
Ou l’hirondelle ou le sage cafard ?
Et si mon corps n’était que faune et flore !

Jamais genette ici ne put survivre.
Les animaux fiancés à la mort,
En s’enfermant dans leurs prisons de cuivre
Ont fait chanter mon âme un peu plus fort.
Je les aimais du fond de mes élytres.

Zèbre ici-bas de pampas se contente
Et zèbre ailleurs marche au fond de la mer.
Un rouge-gorge est un bijou qui chante,
Une prunelle un oiseau toujours vert
Et chaque lèvre un frisson d’eau dormante.

Ils sont tous là : aigles, poissons, virgules
Et double V, redoutable animal.
Tout leur cortège en ma phrase circule,
Un cri s’élève : amour est le fanal,
Je suis gardé par ses tendres globules.

Il n’est qu’ara pour parler de contrainte,
Il n’est que lièvre à dévorer le vent.
Je me soumets, animaux, à vos plaintes.
Toute douleur est préface du chant,
Vivez en moi, frères venus des limbes.

Imprimez-vous en ma peau, lettres vives,
Et gardez-moi d’oublier vos pelages.
Qu’un livre soit le jumeau, le sosie
Des animaux échappant à nos cages.
Un tigre d’or circule dans mes phrases,
La coccinelle est au bout de ma ligne,
Tout livre est jungle où la parole est libre.

(Robert Sabatier)

Illustration: Igor Morski

 

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LES FEUILLES (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Alexander Nedzvetskaya (8) [1280x768]

LES FEUILLES

Ta robe lente, pas à pas, soulève et traîne
Un bruit de feuilles d’or et de roses fanées,
Et dans le crépuscule où finit la journée
L’automne est las d’avoir entendu les fontaines.

Si tu passes le long des eaux vastes et vaines,
La statue, anxieuse et la tête inclinée
Écoutant dans l’écho le pas de l’autre Année,
Ne te reconnaît plus et te regarde à peine.

La Vestale au ciel gris lève ses yeux de marbre,
L’Hermès silencieux dérobe d’arbre en arbre
Son socle nu de terme et son masque de faune,

Et, dans le miroir clair que tu tiens à la main,
Tu portes, reflétés, le parc morose et jaune
Avec ses dieux, ses eaux et ses verts boulingrins.

(Henri De Régnier)

Illustration: Alexander Nedzvetskaya

 

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Un couteau tombe sur le marbre (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



Un couteau tombe sur le marbre,
et le fracas, de salle en salle, gagne d’immenses grottes
où les échos se heurtent et se brisent.
Puis c’est un cri d’enfant qui te transperce,
rougi au feu.
Puis une voix qui vole dans un gouffre,
érafle les murailles, grince contre les vitres,
ameute la faune creuse les couloirs.

Et tu rêves d’un silence liquide sous la mer.

(Jean Joubert)

Illustration: William Blake

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Nous aimerions Dieu (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2018




    
Nous aimerions Dieu
si le cristal de nos yeux
était convexe et non concave.

Nous verrions les étoiles
non dans l’air
mais en nous-mêmes.

Nous aimerions Dieu
si le coeur, grotte de l’âme,
était en eau, au lieu de chair.

Nous verrions dans cet aquarium
les hommes, la monstrueuse
faune des péchés.

(Federico Garcia Lorca)

 

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PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2018



Illustration
    
PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS

Dans le vase de cristal
il y a des fleurs nouvelles. Cette nuit,
il y eut une pluie de baisers.
Elle réveilla un faune bicorne
à la poursuite d’une âme émotive.
Nombre de fleurs exprimèrent leur parfum.
Dans la passionnelle syrinx
grandirent sept voix
qui dans sept roseaux furent placées
par Pan.

D’anciens rites païens
se renouvelèrent. L’étoile
de Vénus brilla, plus limpide
et diamantine. Les fraises
des bois rendirent leur sang.
Le nid se mit en fête.
Un rêve florentin
refleurit de printemps,
de façon qu’en chair vive
resurgirent les aspirations perdues.
Imaginez un chêne
donnant une rose fraîche ;

un bon ægipan latin
avec une bacchante grecque
et parisienne. Une musique
magnifique. Une suprême
inspiration primitive,
emplie de choses modernes.
Un vaste orgueil viril
que parfume l’odor di femina ;
un trône de pierre où
repose un lys.

Divine Saison ! Divine
Saison ! L’aube sourit
plus tendrement. La traîne
du paon exalte
son prestige. Le soleil augmente
son intime influence, et la harpe
nerveuse vibre seule.
Ô Printemps sacré !
Ô jouissance du don sacré
de la vie ! Ô palme superbe
sur nos fronts ! Cou
du cygne ! Colombe blanche !
Rose rouge ! Pallium bleu !
Et tout pour toi, ô mon âme !
Et pour toi, mon corps, et pour toi,
idée qui les relies.
Et pour Toi, que nous cherchons
et jamais ne trouverons —
jamais !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Attente (Federico García Lorca)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Attente

L’univers
est en attente de quelque chose
qui encore n’a pas éclos.
La flore infinie
des étoiles
et les faunes de l’âme
retiennent leur souffle
et regardent vers un point
qui est loin
attendant la clé
du mystère,
point qu’attaque la mort
avec un marteau fantastique.
Car si le point lointain
venait à s’effacer du ciel
il y aurait une catastrophe
d’étoiles
un énorme amas
d’étoiles
couronnées de fantastiques
squelettes.

***

Espera

El universo
está en espera de algo
que aún no se ha abierto.
La floresta infinita
de los luceros
y las faunas del alma
contienen el aliento
y miran hacia un punto
que está lejos
esperando la clave
del misterio,
punto que ataca la muerte
con un martillo feérico.
Mas si el punto lejano
se borrara del cielo
habría una catástrofe
de luceros,
un enorme montón
de luceros
coronados por feéricos
esqueletos.

(Federico García Lorca)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Grenier d’étoiles
Traduction: Danièle Faugeras
Editions: Erès

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Le Faune (Jean Royère)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2017



 

Hendrik  Balen

Le Faune

Assis au pied de l’arbre aux sonores rameaux
Dont le soleil doré baigne les jeunes pousses,
Dans le hallier propice aux solitudes douces,
Le Faune industrieux rassemble les roseaux.

Il façonne, en riant, la flûte à sept tuyaux,
Qui souffle le désir au cœur des nymphes rousses
Et, dans les frais gazons ou sur les tièdes mousses,
Fait germer les hymens harmonieux et beaux.

Les Dryades, en rond, dansent dans la prairie,
Et leur troupe, enfantine et joyeuse, s’écrie,
Apercevant le Faune au visage sournois.

Mais lui saisit la flûte et la porte à ses lèvres :
Aussitôt, dans les yeux des rieuses, tu vois
Courir l’éclair furtif des amoureuses fièvres.

(Jean Royère)

Illustration: Hendrik  Balen

 

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TU ES MON POINT DU JOUR (Venus Khoury Ghata)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



 

TU ES MON POINT DU JOUR

Tu es mon point du jour
mon île colorée en bleu
ma clairière odorante

Tu es ma neige volée
mon pétale unique
mon faune apprivoisé

Tu es ma robe de caresses
mon foulard de tendresse
ma ceinture de baisers

Tes cils épis de blé
Tes gestes moulins à vent

et l’on pétrit le rire
dans la cuve de ta bouche

Tu es mon pain dodu
mon nid

(Venus Khoury Ghata)

Illustration: Antoine-Jean Gros

 

 

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Tête de faune (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2016




Tête de faune

Dans la feuillée, écrin vert taché d’or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
De fleurs splendides où le baiser dort,
Vif et crevant l’exquise broderie,

Un faune effaré montre ses deux yeux
Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches
Brunie et sanglante ainsi qu’un vin vieux
Sa lèvre éclate en rires sous les branches.

Et quand il a fui – tel qu’un écureuil-
Son rire tremble encore à chaque feuille
Et l’on voit épeuré par un bouvreuil
Le Baiser d’or du bois, qui se recueille

(Arthur Rimbaud)

Illustration

 

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La grille est toute blanche (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



La grille est toute blanche
Et le perron tout rose.
Un vent clair y balance
Un rosier plein de roses.

Et les pigeons sont blancs
Sur les ardoises bleues,
Un peu moins bleues pourtant
Que le bleu doux des cieux.

Le chèvrefeuille est jaune
Qui monte autour de l’aune,
Jaune aussi, le vieux faune,

mais près de l’arrosoir
Vert, vert à n’y pas croire,
Le chat, lui, est tout noir.

(Maurice Carême)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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