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Poésie

Posts Tagged ‘miroir’

Le ciel de la mémoire est ouvert comme une ombre (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2017



Le ciel de la mémoire
Est ouvert comme une ombre

Très loin court la rivière
Où passent les images

Un miroir est plongé
Dans l’étang des légendes

Et sur les bords du monde
L’attente a commencé

(Georges Jean)

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Eau du miroir (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2017



Eau du miroir
Ta bouche y nage
rouge et nue

(Jean Joubert)

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Le visage que tu portes (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2017



Le visage que tu portes,
où tu caches sous la peau
de farouches animaux
qui rôdent dans les clairières,

arrache-le! Tu retrouves
sous la ténébreuse image
la nuit d’un autre visage
qu’il faut encore déchirer.

Et de visage en visage,
arrachés et déchirés,
lèvres noires, plaies figées
au rivage du miroir,

tu gagnes ta propre images
ta demeure d’écorché
où des griffes de clarté
poussent d’étranges ravages:

beau visage de vivant,
camaïeu d’os et de nerfs,
forêt de veines, d’artères
où battent les tambours du sang.

(Jean Joubert)


Illustration

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Et celle qui (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



Et celle qui

tournée vers le miroir
vit se pencher sur son épaule
un visage

– visage d’inconnu
barbe et regard d’orage –

mais n’éprouva
ni trouble ni
terreur.

Du bout du doigt
il touche ses paupières,
s’incline, se
dissout.

Elle ouvrira les yeux
sur la chambre mauve,
sa bouche enfantera
des mots de lumière.

(Jean Joubert)


Illustration: Suzanne Clairac

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L’envers de dos en douceur (Jack Keguenne)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



L’envers
de dos
en douceur
l’image coulisse par gravité
et la robe enfilée descend seule jusqu’aux genoux
nuque nue
à portée de lèvres
de l’autre côté du miroir
un crayon souligne les paupières

(Jack Keguenne)

Illustration: Rob Hefferan

 

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A défaut de miroir (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



A défaut de miroir
je me regarde
dans une planche de merisier,
dans le crépi d’un mur,
et mes yeux
à la longue m’apparaissent
à bonne hauteur,
à fidèle couleur.
L’imperfection du bois
ou les nervures du plâtre
les déforment seuls,
les faisant ressembler
tantôt à une flamme en veilleuse,
tantôt à deux poissons bleus.

Cette tête
ne me contient pas,

ces mains
ne sont pas les gants de ma tendresse,

cette voix
n’est pas celle qui me raconte.

Je vis à côté de mon corps
comme auprès d’une maison
un noyer centenaire.

(Gérard Le Gouic)

Illustration

 

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L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE

L’île nous reste en mémoire
comme le changement sur un miroir
ou une rivière souterraine.

L’île se perd en allant.
Elle semble être tranquille.
Une moitié à présent dans l’ombre

et pourtant elle augmente en allant,
aussi mémorable que les phases de la lune.
Elle fait des avances inaperçues

avec un semblant d’abandon ;
elle glisse entre les doigts,
une pierre au lustre laiteux…

Non, tu ne peux la tenir, elle
se tortille comme une femme ! Ses nuits
nous restent en mémoire : les yeux

d’or de la chèvre noire tirant sur sa
corde nous fixent quand nous passons,
le coq leghorn, blanc

comme un corps nu se tortillant, la croix
incluse dans un code secret, la nuit
incluse dans la rose…

Oh, le poids de nos flots
comparé à celui d’une île
Car nous sommes ancrés, l’île

un constant et blanc glissement !

***

THE ISLAND IS MEMORABLE TO US

The island is memorable to us
as the change of a mirror
or an underground river.

The island loses in going.
It appears to be still.
Half of it, now, is in shadow,

and yet it increases in going,
memorable as the moon’s changes.
It makes unnoticed advances

with an appearance of yielding;
it slips through the fingers,
a stone with a milky luster…

No, you cannot hold it, it
twists like a woman! Its nights
are memorable to us: the black

rope-straining goat’s golden
eyed gaze at our passings,
the leghorn rooster, white

as a bare body’s twisting, the cross
enclosed by the cipher, the night
enclosed by the rose…

Oh, heavy our flow
compared to the weight of an island!
For we are the anchored, the island

a constant white gliding!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je ne cesserai pas
De chanter les cloches des rencontres muettes,
Les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit

Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

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Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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Sur l’autre versant des choses (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017




    
Sur l’autre versant des choses,
quand le miroir s’est brisé
et que les saules dérivent,
tu parcours des étendues
qui ne signent aucun départ.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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