Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘miroir’

À quoi riment-elles tes rimes déguisées (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018




    
À quoi riment-elles tes rimes déguisées
voudraient-elles débusquer lovée sous la mémoire
quelque heure pareille à la bête blessée
qui dans le fourré souffre et se tait ?

Ou quel reflet sur les miroirs du temps
rêvent-elles d’éveiller image d’un enfant
sans royaume autre que celui des nuages
et qui nous redirait la fable un instant apaisante
des chênes comme autrefois receleurs de secrets.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Contre-Chants
Traduction:
Editions: Gallimard

Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE MIROIR DU SORT (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



LE MIROIR DU SORT

Ainsi lorsque je pars vers un nouveau séjour
Protégeant cet enfant que je berce et console,
Souvenir insoumis tu montes à mon bord
Et pour mieux incliner mon choix vers tes trésors
Tu tends à mes refus un peu de cette eau folle
Où je vois le passé délivré qui accourt.

Assoiffée à présent de ce flot hors d’atteinte
Je retourne au rivage où dansent mes témoins,
Je cherche à retrouver les ombres qui m’appellent,
Mais tandis que je crie où les sentiers se mêlent
La route et le ruisseau vont se rejoindre au loin
Et le silence est seul à épouser ma plainte.

Sur le pont suspendu quel est ce promeneur?
Ah! c’est lui : « Hâte-toi. Tourne les yeux. Je t’aime.
Je suis à demi morte et la nuit nous attend. »
Il est là, près de moi, mais ce n’est qu’un absent
Et le chagrin revient. L’image est un problème
Qui surgit de l’espoir et se noie en nos pleurs.

Appuyée à ton bras nous partons en voyage,
C’est la fin de septembre et le vent sent les feux.
Tu souris, et je vois au-delà des platanes
Passant à contre-jour un seul corbeau qui plane
Et pour nous saluer nous trouvons que c’est peu.
A Soudain le temps se ferme et me prend ton visage.

Un rire en robe blanche arrive du lointain
Je reconnais ces voix dont l’éclat m’encourage.
Oui ce sont trois enfants qui courent dans les bois
Et sous les champignons cherchent de petits rois
Pour venir partager le gâteau de leur âge.
Revenez. Revenez. Mais le gâteau s’éteint.

La soirée est là-bas au bout de l’avenue.
Une feuille tournoie et tombe sur ma main
Comme un baiser du ciel puis tremblante s’envole
Amour, oh! mon amour tu n’as qu’une parole
Elle est partie au vent qui la rapporte en vain
Au seuil de ces jardins où j’étais bien-venue.

Laissez-moi souvenirs, déliez mes genoux,
La vision du bonheur m’est trop grande dépense
Et le baiser vautour lorsqu’est passé le temps
Vient déchirer la lèvre où le désir attend
Et l’heure en ses filets ne pêche que l’offense
Et le miroir du sort ne reflète que vous.

(Louise de Vilmorin)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Chaque caillou (Léonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
Chaque caillou

Chaque caillou rêve de lui-même
Chaque feuille a un projet
Le soleil a le désir
de voyager sur un rayon
Vaincu je ne peux offrir
mon coeur à la paix sainte
parce que je rêve de chaînes
et je rêve de liberté

J’ai dit cela au prisonnier
qui a tué celui que je hais
J’ai dit cela au mineur qui
a extrait mon assiette d’or
Ainsi je vis en enfer
car je rêve que l’enfer est
la distance que j’ose mettre
entre ma main et la sienne

J’ai rêvé de mon corps cette nuit
J’ai rêvé de l’univers
J’ai rêvé j’ai rêvé un millier d’années
afin de répéter
les sept jours des merveilles
quand, tiré de la brume
j’étais vêtu de nudité
et souffrais d’exister

J’ai rêvé qu’on me donnait une chanson
comme seule preuve
que ma vraie demeure avec toi
n’a ni poutres ni chevrons
ni fenêtres pour voir au-dehors
ni miroirs pour voir au-dedans
ni chansons pour en sortir
ni mort pour commencer

O mon enfant voici ton rêve humain
voici ton sommeil humain
et ne désire pas tant grimper
loin de ce qui est sain et profond
J’aime le rêve que tu as commencé
sous l’arbre toujours vert
J’aime le caillou et le soleil
et tout ce qui se trouve entre eux

Et pour cette conversation
dans la première lumière de l’aube
J’offre ces jours mesquins
qui s’effilochent sous tes yeux
Et je ne sais combien de jours
passeront avant ma délivrance
et ce qui restera de cette chanson
que tu as mise sur la langue de ta créature

(Léonard Cohen)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Comme la fable aux reflets de tendresse (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Gertrude Abercrombie
    
Comme la fable aux reflets de tendresse vous
Laisse un goût d’angoisse où vous étiez piégé,
Née du passé une ombre vient assiéger
Votre âme et passe et vous quitte défait.

Ombre ou fable vous noie dans son sillage
Car vous n’étiez allé soucieux en ce mirage
Qu’à pas de peur comme va un coupable.
Née du futur une ombre envahit tout miroir.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Le Poème Hanté
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Septembre matinal (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
septembre matinal se glisse
dans les chambres souple et jubilant
c’est partout dehors soudain
la moindre des choses déclare
avec une pieuse aisance
à la lumière son amour
le miroir ouvre grands ses yeux rajeunis
un vase avoue les couleurs à jamais
le bois lucidement s’étire

ailleurs le vent prend l’herbe
des steppes en pitié la console et lui offre
les secrets des lointains qu’il sait seulement fuir
l’aube plus loin d’une caresse sûre
réveille la féline fourrure de la mer
indécise entre rire et gronder

la main géante du sommeil
garde encore ta présence nue
et je n’ose te regarder plus
que ces troncs d’arbre aussi purs que des cris
par les vagues patiemment polis
et rejetés par elles sur le sable
pour révéler ce que seront les corps

notre nudité ne surgit
que d’un fourreau d’irréparables gestes
elle n’est vue que du seul bout des doigts
s’évanouit s’ils se taisent
finisterre des promesses
où la nuit vient d’un coup d’ailes
happer nos mots aventurés
entre gémir et murmurer

sous l’ogive des bras qui se tendent
tes paupières se lèvent
il fait moins clair déjà j’entends
croître l’ombre qui coule dans tes veines
comme nos voix sont rauques dans le cristal de l’aube
les étoiles se sont éteintes
et d’autres qui n’ont plus de nom
brûlent en nous désormais jusqu’au soir

de quelques pas soyeux
tu vas auprès de la fenêtre
septembre un peu s’affole
au bord de ton nu contrejour
en de lointaines alpes je le sais
un ruisseau joue sur les pierres
ondule et danse vif
on pourrait presque entendre son murmure

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Tu te penches à la fenêtre pour regarder passer les nuages (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



 

Tu te penches à la fenêtre
pour regarder passer les nuages
la panique d’un troupeau de bisons
te réjouit
seul un sillon de silence
pourrait inventer un chemin nouveau
dans le bleu

comme un cheval de lumière qui saute
de poème en poème
tu trébuches entre le miroir et le lit
j’attends que tu tombes
pour prendre ton regard entre mes mains

(Luis Mizón)

Illustration: Salvador Dali

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur l’assiette de faïence (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



 

Sur l’assiette de faïence
la fleur flétrie
pose l’énigme de l’instant
je lis dans ses dépouilles
qu’il n’y a pas d’autre destin
que celui déjà vécu
alors je construis le labyrinthe
d’un poème nouveau
pour brouiller les cartes
avec la vérité d’un miroir émietté

(Luis Mizón)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je reste émerveillée (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Je reste émerveillée

Je reste émerveillée
Du clapotis de l’eau
Des oiseaux gazouilleurs
Ces bonheurs de la terre
Je reste émerveillée
D’un amour
Invincible
Toujours présent

Je reste émerveillée
De cet amour
Ardent
Qui ne craint
Ni le torrent du temps
Ni l’hécatombe
Des jours accumulés

Dans mon miroir
Défraîchi
Je me souris encore
Je reste émerveillée
Rien n’y fait
L’amour s’est implanté
Une fois
Pour toutes.
De cet amour ardent je reste émerveillée.

(Andrée Chedid)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ÉROTIQUE (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018



Illustration: Andrzej Malinowski
    
ÉROTIQUE

Derrière la cloison elle est nue elle chante
Son linge à terre épand sa gerbe déliée.
Hirondelle au miroir le geste d’essuyer
Ses flancs, rompt d’un envol de caresses l’attente

Dans la chambre qu’un lit juge sévère enchante
L’homme est assis les yeux au sol tout habillé.
La bête qui lui disjoint l’âme le bélier
Est-ce désir battant ou peur impatiente ?

Parais, hiératique idole sur fond rouge!
Seule une torche d’or entre les cuisses bouge
Et polit de ses feux l’armure des seins nus

Elle, humble chair dont la nudité est l’hommage
Innocente se fige et se trouble au visage
De la honte qui vêt ce coupable inconnu.

(Pierre Emmanuel)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui me sépare de ma mort ? (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

(Pierre Emmanuel)

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :