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Poésie

Posts Tagged ‘miroir’

Egoisme (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Egoïsme

Ton sang joyeux chante
Et les yeux levés vers le ciel
Tu ris dans l’herbe
Alors qu’une clarté imprévue
Charme la fantaisie
Des eaux du ruisseau
Où tu baignes tes pieds mutins

La nuit est sensible à ta grâce
Au milieu des caresses
Et du plaisir accepté
N’oublie pas qu’une étoile te regarde
Tandis que tu t’amuses
A arracher les pétales
D’une fleur de l’ombre

Eprise de toi-même
Tu ne regardes que toi
Avec tes propres yeux
Dans le miroir serti
Dans le mur du couloir
Avant de te plonger dans la nuit
Pour te couvrir d’étoiles
Ou te promener nue
Dans les parfums du jour.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Guillaume Seignac

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Les champs sont noir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Abraham Poincheval 
    
Les champs sont noirs comme la bouche d’un tunnel
Ne quitte pas cette route qui vient des villes :
Le calme a des bordures qui cèdent comme des trappes.
Ne lève pas la main pour toucher le ciel bas.

Les nuages tombent de l’autre côté du monde,
lourds comme des forêts enfermées dans le vent,
larges comme les plaines qu’ils étouffent
et les pierres montrent les débris de chair de la terre.

Quelles douces mains s’accouvent sur nos fronts,
sous quels beaux miroirs se plaignent nos mémoires ?
Quand la pluie tombe, un grand fond de détresse
fait vaciller la joie qui monte dans l’homme.

Un geste indifférent résume le passé,
le coeur en battant a peur de faire du bruit,
la nuit ne peut consoler le cri des sirènes :
le monde est seul comme une bouteille bue.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Le Miroir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Francoise de Felice
    
Le Miroir

Je t’admire, et ne suis que ton miroir fidèle
Car je m’abîme en toi pour t’aimer un peu mieux ;
Je rêve ta beauté, je me confonds en elle,
Et j’ai fait de mes yeux le miroir de tes yeux.

Je t’adore, et mon coeur est le profond miroir
Où ton humeur d’avril se reflète sans cesse.
Tout entier, il s’éclaire à tes moments d’espoir
Et se meurt lentement à ta moindre tristesse.

O toujours la plus douce, ô blonde entre les blondes,
Je t’adore, et mon corps est l’amoureux miroir
Où tu verras tes seins et tes hanches profondes,
Tes seins pâles qui font si lumineux le soir !

Penche-toi, tu verras ton miroir tour à tour
Pâlir ou te sourire avec tes mêmes lèvres
Où trembleront encor tes mêmes mots d’amour ;
Tu le verras frémir des mêmes longues fièvres.

Contemple ton miroir de chair tendre et nacrée
Car il s’est fait très pur afin de recevoir
Le reflet immortel de la Beauté sacrée…
Penche-toi longuement sur l’amoureux Miroir !

(Renée Vivien)

 

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Un passant sur la terre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Un passant sur la terre emporte son âme
mal pliée sous le coeur sans doublure
et se jette, avec son ombre, dans une porte
qui le happe comme s’il ne devait plus sortir.

Du soleil saute sur le dos des vaches
et tombe, foulé, au seuil des étables.
Les nuages gagnent du retard,
hésitent dans le ciel mal éclairé.

Une femme se baigne dans un miroir.
Elle y est si nue qu’elle n’a plus de regard
et elle monte à fleur d’eau, allégée d’elle-même
et de toutes les lignes qui la séparent du monde.

Le ciel frôle la terre de ses antennes
et cherche un peu d’eau entre les herbes
pour retrouver sa route dans la nuit,
qui approche, faite de feuilles mortes et de baisers.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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L’OEillet mauve (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
L’OEillet mauve

Fleur qui décores le printemps,
Fleur qui t’effeuilles dans l’automne,
Tu répands les parfums flottants
Où l’âme des jardins frissonne.

Et tu fanes lentement
Dans ta mauve mélancolie,
Triste fragance d’un moment,
Pourpre délavée et pâlie.

Enfant d’un maladif soleil,
Tu réjouis de ta présence
Les vergers d’ombre et de sommeil
Où l’été verse le silence.

Le désir te cueille, le soir,
Pour parer le sein de l’aimée
Qui reflète dans le miroir
Le pli de sa lèvre embaumée.

O charme triste d’un moment !
Penche ta corolle pâlie
Avant de mourir doucement
Dans ta mauve mélancolie.

(Renée Vivien)

 

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J’ai cherché dans ta chair (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
J’ai cherché dans ta chair une raison de vivre,
je n’ai trouvé qu’un corps où ma bouche
revenait avec le même baiser d’acier,
la même pointe de feu hardie et désespérée.

Au moment où la terre remontait jusqu’à mes mains
dans le battement d’un ventre à peine déclos,
je criais ma joie à l’être sur lequel je roulais
comme sur la plus haute vague de la mer.

Je tentais de passer bien au-delà de cette chair
mais elle restait simplement franchie comme un pas
arqué dans un printemps de rosée,
comme une fente de soleil au coeur du monde.

Les mots que je disais pour lier l’espace à nous
s’abattaient comme des oiseaux
dans le regard desquels tout le ciel avait tenu
et l’amour demeurait imprenable entre nos yeux.

Ton corps perdait peu à peu son visage,
le monde un instant se fermait sur moi
et au plus clair de cette femme qui me cachait la terre
je trouvais des forêts de douceur.

Et nous étions aussi loin l’un de l’autre
que la lumière l’est de la pierre qu’elle touche.
Nous nous retrouvions dans notre nudité comme devant un miroir
qui n’a pas besoin du jour pour se reconnaître.

En pleine éternité, dans une chute interminable
de montagne en montagne, de clairière en clairière,
nos corps se tenaient aux branches de tendresse
qui naissaient d’un sein tendu contre mon épaule.

Nos chairs nues comme un matin de fenêtres
montaient d’un seul jet vers deux visages
qui s’étonnaient de n’avoir pour limite que le fond d’un regard.
Rien ne nous séparait lorsque nous fermions les yeux.

Le plaisir était neuf comme une coulée de métal.
Tu n’étais plus qu’un fruit tombé dans l’herbe
et pour y goûter il fallait chercher ta bouche,
il fallait se gorger de tes seins, de ton sexe.

Un baiser et notre existence n’avait plus de poids
Un sourire et l’amour recouvrait toutes les vallées
Un regard et la mer était au-dessus de nous
Un mot et le monde revenait lentement sous nos pieds.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je n’ai pas besoin de miroir (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



François Martin-Kavel  560567

Je n’ai pas besoin de miroir
Pour regarder le visage
Que ton amour m’a donné.
Il est devant moi comme le jour,
Porté par les arbres de sang
Qui partent de mes mains.

Je m’élève comme une ruche
Vers le soleil illisible de mon cœur.
La foudre se referme au loin,
Après avoir oscillé sur la terre de fenêtres
Qui me fait tourner autour de ma robe.
Il me va falloir déposer mon visage
A la place où j’ai pris le tien.

Je resterai éclairée comme une lampe
Que seul ton baiser saura reconnaître.
Je suis dans les sources jusqu’au cou
Et, quand je cesse de respirer,
Il me demeure tout le silence à traverser.

(Lucien Becker)

Illustration: François Martin-Kavel 

 

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Dans un miroir brisé (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




Dans un miroir brisé

J’ai entendu dans ce soir plein d’étoiles
Des paroles irrémédiables,
J’ai senti ma tête tourner
Au-dessus de cet abîme en flammes;
La destruction hurlait à la porte,
Le jardin noir hurlait comme un hibou,
Et la ville, affaiblie jusqu’à mourir,
Était alors plus vieille que Troie.
Cette heure était insupportablement claire,
Et faisait un vacarme à en pleurer.
Le cadeau que tu m’as donné n’était pas
Celui que tu avais apporté de si loin,
Qui te paraissait un jouet absurde
Dans ce soir où tout était en feu.
Ce fut un très lent poison
Dans mon destin énigmatique.
Précurseur de tous mes malheurs,
Évitons de nous en souvenir!…
Cette rencontre qui n’a pas eu lieu
Continue à pleurer tout près d’ici.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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Dans la bouche d’une étoile (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

dans la bouche d’une étoile
je me suis égaré
là où les morts n’ont plus prise
j’ai trouvé la pierre d’angle
pour avancer parmi les grands vivants
pour avancer parmi les grands gisants

dans la bouche d’une étoile
entre l’ébloui et l’englouti
la vie veut sa rosée de nuit
une porte ouverte sur le ciel
où je reviens sans être allé
où je reviens sans être né

dans la bouche d’une étoile
j’écoute mes propres signes
comme la lente infusion
d’une parole jamais dite
d’une parole sourde infiniment
fille de la voix et du vivant

dans la bouche d’une étoile
dis-moi ce que je porte d’ombre
dis-moi la toute-lumière
le sanctuaire laissé en blanc
dis-moi le plus profond de l’aube
ce qui ne cesse de naître et de mourir

dans la bouche d’une étoile
ton jour et ma nuit se croisent
vie et mort c’est tout un
vie et mort c’est sans fin
tu tends des comètes
sur le soir de ma terre

dans la bouche d’une étoile
un gisement de silence
la dent du feu s’est absentée
les bourreaux perdent leur visage
je pressens ton horizon
j’attends ta voie lactée

dans la bouche d’une étoile
dans la chair de l’illimité
j’accueille ta fièvre
au nom de lune
la souffrance en sommeil
le sang tourné vers l’infini

dans la bouche d’une étoile
laisse frémir l’innocence
jusqu’à la fin des mondes
jusqu’au bleu de l’esprit
la forêt des poumons
traversée par le vent

dans la bouche d’une étoile
j’écoute trembler l’arrière-ciel
sur le grain de la peau
sur le grain de la pierre
descente à pic dans la vie
descente à pic dans la nuit

dans la bouche d’une étoile
mille mains offertes
mille plaies ouvertes
le ciel marche en moi
le bleu est une tête brandie
l’éternité nous donne ses doigts

dans la bouche d’une étoile
ta voix chante dans la voix
elle chante un oeil-ciel foudroyant
le vrai nom de l’oubli
le souffle d’un dieu meurtri
dévasté épanoui

dans la bouche d’une étoile
dis-moi le vrai nom
qui brûle tous les noms
dis-moi les voyelles de Dieu
je veux dormir dans ta parole
aspirer ton arc-en-ciel

dans la bouche d’une étoile
pour agrandir la vie
pour prendre corps
pour prendre coeur
jusqu’au linceul de miel
vers le centre des cendres

dans la bouche d’une étoile
au risque de chaque instant
humble et démesuré
vif et insondable
le premier mot du ciel
dans un jour sans limites

dans la bouche d’une étoile
la salive d’un trou noir
le rouge à lèvres des anges
sur le miroir des sans feu ni lieu
pour une vie dans la vie
pour une voix dans la voix

dans la bouche d’une étoile
le ciel entier de tes yeux
le temps dévêtu
la toupie du monde
j’écris un seul et même livre
pour ta nuit écorchée vive

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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MIROIR DE TOUS LES DOUBLES (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017



Illustration: Julia Perret  
    
MIROIR DE TOUS LES DOUBLES
pour Jean-Pierre Duprey

nous passons
sans cesse et sans trêve
du berceau au tombeau
nous passons
assoiffés d’une plénitude autre
que le manque qui nous troue
et nous désosse
nous avançons tant bien que mal
et soudain quelqu’un écrit

ce qui nous anime
s’appelle la joie du gouffre

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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