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Poésie

Posts Tagged ‘essayer’

Sonnet III (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2022



Illustration: Domenico Ghirlandaio

Louise Labé
    
Sonnet III

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines !

Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu’encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer, ne pourrait trouver place.

(Louise Labé)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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Être (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2022




    
Être
Où et quoi ?

N’importe où,
Mais pas rien qu’en soi.

Être dans le monde
Fragment, élément du monde.

Supérieur à rien,
Pas à quiconque, pas à la pluie qui tombe,

Se sentir égal
Et pareil au pissenlit, à la limace,

Inférieur à rien,
Ni au baobab, ni à l’horizon,

Vivre avec tout
Ce qui est en dehors et en dedans,

Tout ce qui est au monde,
Dans le monde,

Fétu de paille, non!
Cathédrale, non!

Un souffle
Qui essaie de durer.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant
Traduction:
Editions: Gallimard

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JE SERRE SES MAINS … (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022




    
JE SERRE SES MAINS …

Je serre ses mains ; je la presse contre ma poitrine.
J’essaie d’emplir mes bras de sa beauté, de piller
avec mes baisers son sourire, de boire avec mes yeux ses regards.

Hélas ! mais où est tout cela ?
Qui peut forcer l’azur du ciel ?
J’essaie d’étreindre la beauté ; elle m’élude, ne laissant
que le corps entre mes mains.

Confus et lassé, je retombe.
Comment pourrait le corps toucher la fleur que
seule l’âme peut toucher ?

(Rabindranath Tagore)
(Traduction : André Gide)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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Par le cri d’un oiseau (Elsa Cross)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2022


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… Par le cri d’un oiseau,
par un rai de lumière
nous sommes entrés.
Nous avons vu encore un battement d’ailes,
passage entre les branches.

Nous avons laissé l’heure,
le pourpre échafaudage
et nous nous sommes détachés
de ce que nous étions.

(Elsa Cross)

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Les yeux (Elsa Cross)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2022


yeux

Les yeux essaient de capturer
un rivage auquel ils n’accèdent.

(Elsa Cross)

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NOËL (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2021



 


    
NOËL

Comme si je n’avais jamais vécu dans cette maison
qui, libérée des meubles lourds,
essaye à présent de garder l’équilibre.
Pareille à une louve qui soudain s’est retrouvée
dans une clairière, je tourne en rond
autour du sapin de Noël
incliné au milieu du salon vide.
Deux louveteaux posent en silence
leurs museaux dans la neige
et regardent les pommes sèches
et les guirlandes parmi les branches.
Mais la lumière qui rayonne de leurs yeux
lave tous les îlots boueux dans le courant
de la Voie lactée
et nous entrons avec des chaussures propres
dans une autre année.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les hommes rêvent au salut (António Osório)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2021




Les hommes rêvent au salut.
A un interstice. A une atmosphère
fantastique. A un mot magique.
Et il y en a qui essaient, sans raison, de l’écrire.

***

Sonham os homens na salvação.
Num interstício. Numa atmosfera
fantàstica. Numa palavra màgica.
E hà os qu etentam,sem razão, escrevê-la.

(António Osório)

Illustration: Remedios Varo Transito

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Je tiens ses mains; je la presse sur mon coeur (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2021



Illustration: Gustav Klimt

   

Je tiens ses mains; je la presse sur mon coeur;
J’essaye d’emplir mes bras de sa beauté;
de butiner son doux sourire sous mes baisers;
de boire avidement son regard sombre.
Hélas! où est tout cela?
Qui peut violenter l’azur du ciel?
Je veux étreindre la beauté; elle m’échappe;
le corps seul reste dans mes mains.
Déçu et fatigué, je reprends ma route.
Comment le corps toucherait-il la fleur,
que seul l’esprit peut toucher?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Le jardinier d’amour La jeune Lune
Traduction: Mme Sturge Moore
Editions: Gallimard

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Essayer d’être fleur (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2021




Jour après jour
Essayer d’être fleur,

D’être comme elles
Pleines du toucher
De l’immédiat,

Porteur d’un vent de lumière
Au milieu des autres passants.

Etre fleur
Contre la menace.

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos

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MANGO (Adrien Jens)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration

    
MANGO

Je m’appelle Mango et le soir tombe sur la lagune d’Ébrié.
Il n’y a que le bruit de ma pagaie dans l’eau à peine mouvante.
Et mon frère, derrière moi, qui essaie de me rejoindre,
Déjà confondu dans la mer des ombres, et détaché de ma solitude.

Je suis Mango, le pêcheur de carpes et je vais vers ma femme,
Vers mes enfants,
Vers ma paillote. Qui m’attendent.

Quelle est mon attente ?
Les jours sont pareils, pareilles sont les nuits, pareils les visages de ma vie.

Quelle est mon attente ?
L’obscurité déjà m’enveloppe, et je ne suis plus qu’une silhouette,
Sur la lagune d’Ébrié,
Sous le ciel encore mauve avant de s’éteindre dans mon coeur au sang noir.

Je n’étais plus Mango, tantôt, au milieu de la lagune d’Ébrié,
Mais l’air humide et lourd qui couvrait mon corps nu ;
Mais l’eau qui me portait ;
J’étais tout et l’infini de mes paysages,
J’étais la forêt et la savane.

Je n’étais plus Mango, mais le chant qui sourd au fond de moi,
Âme de toutes les âmes,
Respiration secrète du fromager et du feu flamboyant.

J’étais terre et eau, et la sève de l’arbre enraciné dans la vérité de ma nature.

Maintenant, je m’approche de la rive obscure,
Et je retournerai parmi vous, mes amis :
Vous me demanderez qui je suis ?

Je serai le matin où je vous ai quittés et la nuit de mon retour.
Je serai le lieu entre deux pôles et vêtu d’univers,
Ma voix montera des origines avec le murmure des sources.

J’ai peu du poids que je porte en moi :
C’est le poids de ma vérité et le poids du monde.

Je suis Mango, le pêcheur de la lagune d’Ébrié, et vous ne me reconnaîtrez pas.

(Adrien Jens)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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