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Poésie

Posts Tagged ‘mentir’

NUIT (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2019




NUIT

La nuit t’habille dans mes bras
Pâles rumeurs et bruits de soie
Conquérante immobile
Reine du sang des villes
Je la supposais, la voilà
Tout n’est plus qu’ombre, rien ne ment
Le temps demeure et meurt pourtant
Tombent les apparences
Les amants se perdent en s’aimant
Solitaire à un souffle de toi
Si près tu m’échappes déjà
Mon intime étrangère
Se trouver c’est se défaire
A qui dit-on ces choses-là ?
As down lights up another day
Visions I once had fade away
All of those words unspoken
My widest dreams off broken
It wasn’t supposed to be that way
Should I leave why should
I stay Solitaire un souffle de toi
Leavin’behing me yesterday
Tout près tu m’echappes déjà
Am I free or forsaken
Mon intime étrangère
Cheated or awakened
Se trouver, se défaire
Does it matter anyway?

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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Dialogue avant le lever de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

George Clair Tooker 1920-2011 - American Magic Realist painter - T  (22) [1280x768]

Dialogue avant le lever de la lune

– Je veux bien vivre ; mais vraiment,
L’Idéal est trop élastique !

– C’est l’Idéal, son nom l’implique,
Hors son non-sens, le verbe ment.

– Mais, tout est conteste ; les livres
S’accouchent, s’entretuent sans lois !

– Certes, l’Absolu perd ses droits,
Là où le Vrai consiste à vivre.

– Et, si j’amène pavillon
Et repasse au Néant ma charge ?

– L’Infini, qui souffle du large,
Dit –  » pas de bêtises, voyons !  »

– Ces chantiers du Possible ululent
A l’Inconcevable, pourtant !

– Un degré, comme il en est tant
Entre l’aube et le crépuscule.

– Être actuel, est-ce, du moins,
Être adéquat à Quelque Chose ?

– Conséquemment, comme la rose
Est nécessaire à ses besoins.

– Façon de dire peu commune
Que Tout est cercles vicieux ?

_ Vicieux, mais Tout !

_ J’aime mieux
Donc m’en aller selon la Lune.

(Jules Laforgue)

Illustration: George Clair Tooker

 

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Au soir, douceur du monde sur la baie (Albert Camus)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2019



Au soir, douceur du monde sur la baie
— Il y a des jours où le monde ment, des jours où il dit vrai. Il dit vrai, ce soir —
et avec quelle insistante et triste beauté.

(Albert Camus)

 

 

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Pourquoi ? (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019



 

Caroline Elkington  (2)

Pourquoi ?

Quand vous suiviez ma trace,
J’allais avoir quinze ans,
Puis la fleur, puis la grâce,
Puis le feu du printemps.

J’étais blonde et pliante
Comme l’épi mouvant,
Et surtout moins savante
Que le plus jeune enfant.

J’avais ma douce mère,
Me guidant au chemin,
Attentive et sévère
Quand vous cherchiez ma main.

C’est beau la jeune fille
Qui laisse aller son coeur
Dans son regard qui brille
Et se lève au bonheur !

Vous me vouliez pour femme,
Je le jurais tout bas.
Vous mentiez à votre âme,
Moi, je ne mentais pas.

Si la fleur virginale
D’un brûlant avenir,
Si sa plus fraîche annale
N’ont pu vous retenir,

Pourquoi chercher ma trace
Quand je n’ai plus quinze ans,
Ni la fleur, ni la grâce,
Ni le feu du printemps ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Caroline Elkington

 

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Oui au … (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019




    
Oui au désir mais avec respect.
Oui à la force mais avec douceur.
Oui au corps, mais avec l’esprit.
Oui à la prise, mais avec l’offrande, avec le partage.
Oui à l’altérité, mais il faut un accord.
Oui à la différence, mais il faut l’harmonie.

Autrement c’est raté.

Il faut avoir de la patience,
accepter la longueur du travail
que suppose l’approche de l’autre,
qui est toujours très différent ou très différente.

Être honnête, avoir de la probité, ne pas tricher, ne pas mentir.
Être très attentif à l’autre.
Se livrer au dialogue sans mensonge.

Autrement c’est raté.

Ne pas compter.
S’ouvrir à l’autre.
Souhaiter faire équipe avec l’autre.

Autrement c’est raté.

(Michel Serres)

 

Recueil: L’amour, chronique du 14 février 2010 / Petites chroniques du dimanche soir 4 – Janvier 2009-Juin 2010
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Paresseux morose (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Paresseux morose
j’ai laissé passer
l’étoile et la rose
sans les regarder.

L’école des jours
instruit ses enfants :
« aimons-nous toujours,
mentons-nous souvent,

qui naît doit grandir
dans la déraison,
au mal du désir
pas de guérison ».

— Comprendre m’ennuie,
ces ruses, ces traits !
Le jeu de la vie
me trouve distrait.

A telle sagesse
je n’ai point de part,
je prends, je délaisse
au gré du hasard.

Derrière le voile
des métamorphoses
est-il une étoile,
est-il une rose?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Et moi je voudrais d’abord (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Chris Peters  
    
Et moi je voudrais d’abord
être lavé, nettoyé, rincé
n’avoir plus que la netteté
janséniste des os seuls,
donner ma chair aux vautours,
marquer dans les déserts
la route des caravanes,
indiquer par mon squelette.

Et moi, je voudrais aussi
me débarrasser à jamais,
me laver, me nettoyer, me rincer,
quitter mes affiches politiques,
cesser de promettre en mentant,
en vert, bleu, rouge ou blanc,
que ma pierre soit nue sur le ciel,
dût-elle, nue, se désagréger.

Et moi je voudrais enfin
être plus propre et plus nu,
et vivant, que je sois lavé
comme les morts sous la terre.

(Max-Pol Fouchet)

 

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QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration: René Magritte
    
QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS

Négation

Pleuvoir n’est pas mentir
Sauver n’est pas dissoudre
Gravir n’est pas renaître

L’ombre n’est pas le cheval
Le regard n’est pas le torrent
Le portail n’est pas la surprise
Le couperet n’est pas la chambre

Affirmation

L’ombre c’est pleuvoir
Mentir c’est le regard
La surprise c’est la chambre
Le portail c’est le couperet
Gravir c’est sauver c’est renaître

Je ferai pleuvoir l’ombre
et le regard mentir
quand nos pas dans la chambre
seront le couperet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’était au temps de la Hollande (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration: Jozef Israëls
    
c’était au temps de la Hollande
la Mer du Sud était au nord
les vaches paissaient sur les bords
les canaux traversaient la lande

on se roulait dans la bruyère
le temps passait sans effacer
aucune image de la terre
ni de la mer ni du passé

dans la nuit noire on voyait clair
les heures du jour étaient lentes
et la pluie n’était pas amère

nous avions l’amitié des plantes
la foi de l’étoile polaire
et des yeux qui jamais ne mentent

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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A qui est cette maison ? (Toni Morrison)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019


 


 

Volker Birke artlimited_img400551

A qui est cette maison ?
A qui est cette nuit qui empêche la lumière d’entrer
À l’ intérieur ?
Dis, à qui appartient cette maison ?
Ce n’est pas la mienne.
J’ai rêvé d’une autre, plus douce, plus grande,
Avec une vue sur des lacs traversés par des bateaux peints ;
Sur des champs larges comme des bras ouverts pour m’accueillir.
Cette maison est étrange,
Ses ombres mentent.
Parle, dis-moi,
pourquoi est-ce que sa serrure correspond à ma clé ?

(Toni Morrison)

Illustration: Volker Birke

 

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