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Poésie

Posts Tagged ‘mentir’

Oui au … (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019




    
Oui au désir mais avec respect.
Oui à la force mais avec douceur.
Oui au corps, mais avec l’esprit.
Oui à la prise, mais avec l’offrande, avec le partage.
Oui à l’altérité, mais il faut un accord.
Oui à la différence, mais il faut l’harmonie.

Autrement c’est raté.

Il faut avoir de la patience,
accepter la longueur du travail
que suppose l’approche de l’autre,
qui est toujours très différent ou très différente.

Être honnête, avoir de la probité, ne pas tricher, ne pas mentir.
Être très attentif à l’autre.
Se livrer au dialogue sans mensonge.

Autrement c’est raté.

Ne pas compter.
S’ouvrir à l’autre.
Souhaiter faire équipe avec l’autre.

Autrement c’est raté.

(Michel Serres)

 

Recueil: L’amour, chronique du 14 février 2010 / Petites chroniques du dimanche soir 4 – Janvier 2009-Juin 2010
Traduction:
Editions: Le Pommier

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Paresseux morose (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Paresseux morose
j’ai laissé passer
l’étoile et la rose
sans les regarder.

L’école des jours
instruit ses enfants :
« aimons-nous toujours,
mentons-nous souvent,

qui naît doit grandir
dans la déraison,
au mal du désir
pas de guérison ».

— Comprendre m’ennuie,
ces ruses, ces traits !
Le jeu de la vie
me trouve distrait.

A telle sagesse
je n’ai point de part,
je prends, je délaisse
au gré du hasard.

Derrière le voile
des métamorphoses
est-il une étoile,
est-il une rose?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Et moi je voudrais d’abord (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Chris Peters  
    
Et moi je voudrais d’abord
être lavé, nettoyé, rincé
n’avoir plus que la netteté
janséniste des os seuls,
donner ma chair aux vautours,
marquer dans les déserts
la route des caravanes,
indiquer par mon squelette.

Et moi, je voudrais aussi
me débarrasser à jamais,
me laver, me nettoyer, me rincer,
quitter mes affiches politiques,
cesser de promettre en mentant,
en vert, bleu, rouge ou blanc,
que ma pierre soit nue sur le ciel,
dût-elle, nue, se désagréger.

Et moi je voudrais enfin
être plus propre et plus nu,
et vivant, que je sois lavé
comme les morts sous la terre.

(Max-Pol Fouchet)

 

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QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration: René Magritte
    
QUELQUES MOTS SENS DESSUS DESSOUS

Négation

Pleuvoir n’est pas mentir
Sauver n’est pas dissoudre
Gravir n’est pas renaître

L’ombre n’est pas le cheval
Le regard n’est pas le torrent
Le portail n’est pas la surprise
Le couperet n’est pas la chambre

Affirmation

L’ombre c’est pleuvoir
Mentir c’est le regard
La surprise c’est la chambre
Le portail c’est le couperet
Gravir c’est sauver c’est renaître

Je ferai pleuvoir l’ombre
et le regard mentir
quand nos pas dans la chambre
seront le couperet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’était au temps de la Hollande (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration: Jozef Israëls
    
c’était au temps de la Hollande
la Mer du Sud était au nord
les vaches paissaient sur les bords
les canaux traversaient la lande

on se roulait dans la bruyère
le temps passait sans effacer
aucune image de la terre
ni de la mer ni du passé

dans la nuit noire on voyait clair
les heures du jour étaient lentes
et la pluie n’était pas amère

nous avions l’amitié des plantes
la foi de l’étoile polaire
et des yeux qui jamais ne mentent

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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A qui est cette maison ? (Toni Morrison)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019


 


 

Volker Birke artlimited_img400551

A qui est cette maison ?
A qui est cette nuit qui empêche la lumière d’entrer
À l’ intérieur ?
Dis, à qui appartient cette maison ?
Ce n’est pas la mienne.
J’ai rêvé d’une autre, plus douce, plus grande,
Avec une vue sur des lacs traversés par des bateaux peints ;
Sur des champs larges comme des bras ouverts pour m’accueillir.
Cette maison est étrange,
Ses ombres mentent.
Parle, dis-moi,
pourquoi est-ce que sa serrure correspond à ma clé ?

(Toni Morrison)

Illustration: Volker Birke

 

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Rivage (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Rivage

Ô soeur détournons-nous de ces champs onduleux !
Leur sauvage vouloir et leur grondement noir
N’accueillent que l’oiseau aux ailes agitées
Et ne reflètent que l’éclat chaste des cieux.
Nous nous sommes mentis trop devant la clarté.

Aux verts étangs des fleurs et des mousses s’étalent
Herbes • feuilles • sarments • voguant abondamment :
La vêprée y consacre un autel éternel !
Les cygnes se montrant au détour d’un canal
Sont • mystique et nuptial • un convoi solennel.

Le désir nous emporte au loin du pâle Nord :
Sur ta lèvre en feu jaillissent d’étranges calices –
Et quand ton corps en neige et fleurs va s’écouler
Tous les arbustes vont bruire dans des accords
Et devenir laurier thé et aloé.

***

Strand

O lenken wir hinweg von wellenauen!
Die • wenn auch wild im wollen und mit düsterm rollen
Nur dulden scheuer möwen schwingenschlag
Und stet des keuschen himmels farben schauen.
Wir heuchelten zu lang schon vor dem tag.

Zu weihern grün mit moor und blumenspuren
Wo gras und laub und ranken wirr und üppig schwanken
Und ewger abend einen altar weiht!
Die schwäne die da aus der buchtung fuhren
Geheimnisreich • sind unser brautgeleit.

Die lust entführt uns aus dem fahlen norden:
Wo deine lippen glühen fremde kelche blühen —
Und fliesst dein leib dahin wie blütenschnee
Dann rauschen alle stauden in akkorden
Und werden lorbeer tee und aloe.

(Stefan George)


Illustration: David Caspar Friedrich

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MA JEUNESSE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



 

Edvard Munch, Despair  500

MA JEUNESSE

Je n’ai pas fait tout mon chemin
Que déjà je tourne la tête
Pour découvrir comment s’est faite
Ma jeunesse et je n’en sais rien
Ma jeunesse et je n’en vois rien

Elle a dû passer poliment
Et pour ne déranger personne
N’a laissé que l’écho qui sonne
Au fond de la tête et qui ment
Au fond de la tête et qui ment

Peut-être sans que je l’aie su
Avons-nous fait la route ensemble
Tout le long de ces jours qui tremblent
D’être passés inaperçus
D’être passés inaperçus

J’ai pourtant cueilli mes saisons
Sans en laisser échapper une
J’ai pourtant payé à la lune
Ma part de rime et de raison
Ma part de rêve et de chanson

Je m’en venais d’après le vent
Afin que tu m’y reconnaisses
Et si j’ai croise ma jeunesse
L’aurai laissé passer devant
Je l’ai laissé passer devant

(Gilles Vigneault)

Illustration: Edvard Munch

 

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Jeune homme (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



Josélito Donas  allongé  02481 [1280x768]

Jeune homme

Oh ! me coucher tranquillement
Pendant des heures infinies !
Et j’étais pourtant ton amant
Lors des abandons que tu nies.

Tu mens trop ! Toute femme ment.
Jouer avec les ironies,
Avec l’oubli froid, c’est charmant.
Moi, je baise tes mains bénies.

Je me tais. Je vais dans la nuit
Du cimetière calme où luit
La lune sur la terre brune.

Six balles de mon revolver
M’enverront sous le gazon vert
Oublier tes yeux et la lune.

(Charles Cros)

Illustration: Josélito Donas

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Incertitude (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Andrey Kartashov girl-in-armchair

Incertitude

T’absentant,
tu m’habites.
Tendrement.
Comme présent.
Dis-moi vite…
et ne mens :
M’absentant,
je t’habite
mêmement ?
Ne sachant,
je m’irrite.
Questionnant
bassement.
Etouffant
mes élans.
Bâillonnant
mes redites.
T’assommant.
M’assommant.
Qu’il est fort
mon tourment !
Et pourtant…
Mais encore…
Dis-moi vite :
M’absentant,
je t’habite ?

(Esther Granek)

Illustration: Andrey Kartashov

 

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