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Posts Tagged ‘syllabe’

Je me retourne et veux te voir, dans la ramée (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Je me retourne et veux te voir, dans la ramée.
Voici que peu à peu tu es devenue fruit.
Il ne t’a rien coûté de surgir des racines
tu n’as eu qu’à chanter tes syllabes de sève.
Te voici tout d’abord une fleur odorante
qu’un seul baiser suffit à changer en statue,
jusqu’à ce que soleil et terre, sang et ciel
te reconnaissent le délice et la douceur.
Sur la branche je pourrai voir ta chevelure,
dans le feuillage c’est ton signe qui mûrit,
ce sont ses feuilles qui s’approchent de ma soif ;
et ta substance alors viendra remplir ma bouche,
ce sera le baiser qui montait de la terre
apporté par ton sang de fruit gonflé d’amour.

***

Detrás de mí en la rama quiero verte.
Poco a poco te convertiste en fruto.
No te costó subir de las raíces
cantando con tu sílaba de savia.
Y aquí estarás primero en, flor fragante,
en la estatua de un beso convertida,
hasta que el sol y tierra, sangre y cielo,
te otorguen la delicia y la dulzura.
En la rama veré tu cabellera,
tu signo madurando en el follaje,
acercando las hojas a mi sed,
y llenará mi boca tu sustancia,
el beso que subió desde la tierra
con tu sangre def ruta enamorada.

(Pablo Neruda)

 

 

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Je ne recherche point de rimes (Adam Mickiewicz)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020



 

Walenty Wańkowicz  Mickiewicz

Je ne recherche point de rimes, de syllabes, ni de glose,
J’avais tout écrit avant comme devant vous je cause,
Je frappe seulement ma poitrine, il en jaillit une source;
Et si une étincelle de Dieu surgit en sa course,
Elle n’est pas l’enfant du rêve, pas même de la raison;
Elle me vient sur l’aile de Dieu, vêtue d’inspiration…

(Adam Mickiewicz)

Illustration: Walenty Wańkowicz

 

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Chuchotez ! (François David)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2020



    

Chuchotez !

CHUCHOTEZ !
Doucement
à toute petite voix
tentez
ôtez des sons
des lettres
des syllabes
jusqu’à ce qu’il ne reste
plus que :
CHU T !

(François David)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Presque (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020



Presque

Au milieu des voix, la voix.
Je l’écoute, je ne la comprends pas.
Ni trop loin, ni trop près, ailleurs.
Un peu d’eau sous les paroles.

Une sorte de goutte à goutte obscur.
Puis rien qu’un silence sonore dans la bouche.
Une phrase, peut-être, prononcée sans savoir.
Une autre.

Et c’est comme un voyage de syllabes,
une lente dérive. Et, soudain, presque un mot.

– Presque?
– Oui, presque.
– Et que dit-il?
– Que c’est là.

(Jacques Ancet)


Illustration

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Marguerite (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2019



Marguerite

Anna s’est réveillée à l’aube, et elle a pris le chemin de la prairie.
L’oiseau commence à peine son doux ramage,
les fleurs inclinent encore leur tête trempée de rosée.
Anna étend ses regards de tous côtés et elle les arrête sur une marguerite.
C’était bien la plus jolie marguerite du pré,
fraîche épanouie sur sa tige mignonne,
elle regardait doucement le ciel.

Voilà, se dit Anna, celle qu’il faut consulter.
Belle marguerite, ajouta-t-elle, en se penchant vers la blanche devineresse,
vous allez m’apprendre mon secret.
M’aime-t-il?
Et elle arracha la première feuille.
Aussitôt elle entendit la marguerite qui poussait un petit cri plaintif
et lui disait:
Comme toi j’ai été jeune et jolie, petite Anna;
comme toi j’ai vécu et j’ai aimé.
Ludwig ne s’adressa pas à une fleur
pour savoir si je l’aimais.
Il me le demanda lui-même, tous les jours
m’arrachant une syllabe de ce mot amour,
me forçant peu à peu à le lui dire.
Comme tu enlèves mes feuilles une à une,
il m’enleva un à un tous ces doux sentiments
qui sont la protection de l’innocence.
Mon pauvre coeur resta seul et nu,
comme va rester ma corolle,
et je souffrais, je regrettais mes blanches feuilles,
mes doux sentiments.

Ne fais point de mal à la marguerite, petite Anna,
car la marguerite est ta soeur;
laisse la vivre de la vie que Dieu lui a donnée.
En récompense, je te dirai mon secret.
Les hommes traitent les femmes comme les marguerites;
ils veulent aussi avoir une réponse à la double question:
m’aime-t-elle? ne m’aime-t-elle pas?
Jeune fille ne réponds jamais.
Les hommes te rejetteraient après t’avoir effeuillée.

(J.J. Grandville)

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J’écoute une voix inaudible (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019




J’écoute une voix inaudible
Sons inarticulés
Syllabes étouffées
Pourtant elle bourdonne à mes oreilles
Dimanches stagnants
Etangs d’ennui
De l’aube à minuit
Pourtant le village chante au bout du chemin
Terre aérienne
Lumière dévote
Soleil de gloire
Ciel ardent
Mais je porte un monde intérieur
Que je n’aurai pas su traduire
Et je me dissous dans un verre d’eau
Où flotte un glaçon

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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LE NOM TERRESTRE (Marina Tsetaeva)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019



Illustration: Ben Madeska
    
LE NOM TERRESTRE

Un verre d’eau ! Lors d’une soif torride
« Donne-moi à boire, sinon je meurs. »
Insistant, faible, comme un chant,
Telle une plainte dans la chaleur…

Et je redis, et je répète, plus fort,
Et à nouveau, encore, encore,
Comme la nuit, quand on veut tant dormir
Et que sans cesse le sommeil fuit.

Comme si on manquait d’herbes dans les prés,
D’herbes qui soignent de tous les maux !
J’insiste, je perds les mots, je dis encore,
Telle la syllabe d’un mot d’enfant,

À chaque instant, toujours unique,
Le plus serré, la corde au cou,
Car ici-bas le nom terrestre
Ce n’est pas ça, ce n’est pas tout.

(Marina Tsetaeva)

 

Recueil: Mon dernier livre 1940
Traduction: Véronique Lossky
Editions: Cerf

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Dire la Beauté (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



Dire la Beauté serait affadir
Déchoir qu’exprimer la magie
Il est un Océan sans syllabes
Dont elles sont les signes
Ma volonté en cherche le vocable,
Échoue, mais goûte
Une Extase comme de Legs —
De mines introspectives —

***

To tell the Beauty would decrease
To state the spell demean
There is a syllableless Sea
Of which it is the sign
My will endeavors for it’s word
And fails, but entertains
A Rapture as of Legacies —
Of introspective mines —

(Emily Dickinson)

Illustration: Clark Little

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MOISSON (Maria Do Sameiro Barosso)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Vincent Van Gogh
    
MOISSON

Je passerai par d’autres portes,
quand la lumière afflue
et que le matin la rosée scintille
sur les boutons de rose et l’écume de la mer.
Telle la première syllabe de la nuit tranquille
je parlerai
d’ombres et d’anges bleus.
Ainsi était ma vie.
Je suis une étincelle,
un instant,
un crâne blanc,
un crépuscule,
un petit poisson dans l’étang.
Je nage dans l’eau
et dans le vin savoureux
d’une moisson d’or.

***

ERNTE

Ich werde durch andere Türen eintreten,
wenn das Licht mich drängt
und der Tau am Morgen glänzt
in Rosenblüten und Meerschaum.
Wie die erste Silbe der stillen Nacht
werde ich reden,
von Schatten und blauen Engeln.
So war mein Leben.
Ich bin ein Funke, ein Augenblick,
ein weißer Schädel,
eine Dämmerung,
ein kleiner Fisch in einem Teich.
Ich schwimme in Wasser, Duft
und im süßen alten Wein
einer goldenen Ernte.

***

COLHEITA

Por outras portas entrarei,
quando a luz me compelir
e o rocio da manhã luzir
em flores de rosa e espuma do mar.
Como a primeira sílaba da noite silenciosa falarei,
de sombras e de anjos azuis.
Assim foi a minha vida.
Sou um clarão, um instante,
um crânio branco,
um crepúsculo,
um pequeno peixe num lago.
Nado em água, aroma
e vinho doce
de uma antiga colheita dourada.

***

收 获

我要穿过其它的门,
当光明推我的时候
当玫瑰花瓣上的露珠
和大海泡沫的水珠
在早晨闪闪发光时。
就像寂静夜晚的第一个音节,
我会谈
到阴影和蓝色天使。
我的生命同样如此。
我是火花,瞬间,
白色头盖骨,
黄昏,
池塘里的小鱼。
我在水里游,在芬芳中游,
在金色老人的
庄稼的甜酒里游泳。

***

HARVEST

I’ll pass through other doors,
when the light pushes me
and the dew shines in the morning
on rose petals and the foam of the sea.
Just like the first syllable of the silent night,
I will talk
about shadows and blue angels.
So was my life.
I am a spark, a moment,
a white skull,
a twilight,
a small fish in a pond.
I swim in water, in fragrance,
and in the sweet wine
of an golden-aged crop.

***

COSECHA

Entraré por otras puertas,
cuando la luz me empuje
y el rocío de la mañana brille
en flores color de rosa y espuma de mar.
omo la primera sílaba de la noche silenciosa hablaré
de sombras y de ángeles azules.
Esa era mi vida.
Soy una chispa, un instante,
una calavera blanca,
un amanecer,
un pequeño pez en un estanque.
Nado en el agua, en olores
y en el dulce vino
de una vieja cosecha dorada.

***

OOGST

Ik zal door andere deuren gaan,
als het licht aandringt
en de dauw ’s ochtends glinstert
op rozenbloesems en zeeschuim.
Zoals de eerste lettergreep van de stille nacht
zal ik spreken
over schaduwen en blauwe engelen.
Zo was mijn leven.
Ik ben een vonk,
een ogenblik,
een witte schedel,
een deemstering,
een kleine vis in een vijver.
Ik zwem in het water
en in de zoete wijn
van een gouden oogst.

***

RECOLTĂ

Eu voi veni pe alte uși,
cu bolduri de lumină,
iar roua zorilor de zi,
prin roze și marină spumă va licări.
Prima silabă-n noaptea mută
o voi rosti tot eu
printre umbre și îngeri bleu.
Astfel a mea viață se va vedea-n adins
ca o scânteie sau o clipă,
un creștet nins
sau întuneric greu,
un pește mic în eleșteu.
Înot înconjurat de o mireasmă
de dulce și vechi vin înnobilat
dintr-o recoltă aurie.

(Maria Do Sameiro Barosso)

 

Recueil: ITHACA 574
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Original en Allemand puis Portugais Maria Do Sameiro Barosso / Chinois William Zhou / Anglais Germain Droogenbroodt – Stanley Barkan / Espagnol Rafael Carcelén / Néerlandais Français Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg /
Editions: POINT

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Demain, puis demain, puis demain (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Demain, puis demain, puis demain
Les jours à petit pas glissent de l’un à l’autre
Jusqu’à la dernière syllabe du registre du temps;
Et tous nos hiers ont éclairé pour des fous
Le chemin de la mort poudreuse.
Eteins-toi courte flamme!

La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur
Qui se pavane et se démène une heure durant sur la scène.
Et puis qu’on n’entend plus: c’est un récit
Dit par un idiot, plein de bruit et de fureur.
Et qui ne signifie rien.

(William Shakespeare)


Illustration: Gilbert Garcin

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