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Poésie

Posts Tagged ‘plaine’

La Carte du Royaume des Précieuses (Charles Sorel)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



La Carte du Royaume des Précieuses

On s’embarque sur la Rivière de Confidence
pour arriver au Port de Chuchoter.

De là on passe par Adorable, par Divine, et par Ma Chère,
qui sont trois villes sur le grand chemin de Façonnerie
qui est la capitale du Royaume.

A une lieue de cette ville est un château bien fortifié
qu’on appelle Galanterie.
Ce Château est très noble,
ayant pour dépendances plusieurs fiefs,
comme Feux cachés, Sentiments tendres et passionnés
et Amitiés amoureuses.

Il y a auprès deux grandes plaines de Coquetterie,
qui sont toutes couvertes d’un côté par les Montagnes de Minauderie
et de l’autre par celles de Pruderie.

Derrière tout cela est le lac d’Abandon,
qui est l’extrémité du Royaume.

(Charles Sorel)

voir ici: Carte DE Tendre (et pas « du ».. Tendre est un Pays.. un BEAU Pays!)  de Madeleine de Scudéry (15/11/1607  02/06/1701)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Carte_de_Tendre
http://www.miscellanees.com/t/tendre01.htm

 

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Ne crie pas… (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



 Illustration: Pascal Renoux
    
Ne crie pas…

Ne crie pas
sollicite à voix basse la sueur écarlate
traîne-la par les cheveux hors du mur circulaire
et de sa rouge meurtrière

Humecte la ligne de partage entre aine et plaine
là où guette l’abeille
celle qui perce le vide
étourdit le sang
enfume labyrinthe et gosier

Ne crie pas te dis-je si tu veux entraîner le monde dans ta noyade
nage en amont en abysses dans un bruit de vagues et de vasques

Refoule l’écume
elle encombre le seuil
obstrue la voûte
réveille par son clapotis barque et timonier

À main basse te dis-je

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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La nuit je mens (Alain Bashung)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018




    
La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m’en lave les mains
J’ai dans mes bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho.

(Alain Bashung)

 

Recueil: La nuit je mens
Traduction:
Editions:

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Les Djinns (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

Wen_M    Anima__Al_Djinn_

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

(Victor Hugo)

Illustration

 

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Sur la plaine de l’océan (Sangi Takamura)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



Sur la plaine de l’océan,
Vers les quatre-vingts îles,
je m’avance en ramant:
Annoncez-le aux hommes,
Bateaux des pêcheurs!

(Sangi Takamura)


Illustration: Hokusaï

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Pour que demeure le secret (Max Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018


 


 

Pour que demeure le secret
Nous tairons jusqu’au silence

Nul oiseau n’est coupable
Du tumulte de nos coeurs

La nuit n’est responsable
De nos jours au fil de mort

Il n’est que grande innocence
Et des colonnes en marche

Mais les plaines soulignent
Notre solitude de leur blé.

(Max Pol Fouchet)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Lumière de mes nuits Youki (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Adrien Henri Tanoux 23_XXXL [1280x768]

Lumière de mes nuits Youki

Te souviens-tu des nuits où tu apparaissais
Sur le rectangle clair des vitres de ma porte ?
Où tu surgissais dans les ténèbres de ma maison
Où tu t’abattais sur mon lit comme un grand oiseau
Fatigué de passer les océans et les plaines et les forêts.
Te souviens-tu de tes paroles de salut
Te souviens-tu de mes paroles de bienvenue
de mes paroles d’amour
Non, il ne t’en souvient pas.
On ne se souvient pas du présent, personne…
Or, il est nuit,
Tu surviens, tu arrives, tu t’abats sur mon lit
Je suis ton serviteur et ton défenseur soumis à ta loi
et toi soumise à mon amour
Il est minuit il est midi
Il est minuit et quart
Il est minuit et demie
Il est midi à venir ou midi passé
Il est midi sonnant
Il est toujours midi sonnant pour mon amour
Pour notre amour
Tout sonne tout frémit et tes lèvres
Et sur mon lit tu t’abats entre minuit et quatre heures du matin
comme un grand albatros
Échappé des tempêtes.

(Robert Desnos)

Illustration: Adrien Henri Tanoux

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Celui qui choisit (Guido Gezelle)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Michael Whelan  5 [1280x768]

Celui qui choisit de loger sous les monts,
du soleil, le jour, n’est plus compagnon.
Le soir tombe avant qu’il retrouve son lit.
Trop tôt la clarté se cache de lui.
Celui qui choisit de loger sous les monts
ne peut supporter du vent les façons.
L’été vient trop tard et l’hiver vient trop tôt.
La douceur de l’air n’est jamais son lot.
Humide la plaine, tout flue et tout fuit.
Sèches les hauteurs, tout vole et tout mord.
Monter ou descendre ? Aucun je ne puis.
Ni val, ni sommet, c’est le meilleur sort.
Me garde des dunes, m’écarte des prés.
Vivre entre les deux, c’est vivre à mon gré.

(Guido Gezelle)

Illustration: Michael Whelan 

 

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WATTEAU (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



 

Antoine Watteau

WATTEAU

Devers Paris, un soir, dans la campagne,
J’allais suivant l’ornière d’un chemin,
Seul avec moi, n’ayant d’autre compagne
Que ma douleur qui me donnait la main.

L’aspect des champs était sévère et morne,
En harmonie avec l’aspect des cieux,
Rien n’était vert sur la plaine sans borne,
Hormis un parc planté d’arbres très vieux.

Je regardai bien longtemps par la grille ;
C’était un parc dans le goût de Watteau :
Ormes fluets, ifs noirs, verte charmille,
Sentiers peignés et tirés au cordeau.

Je m’en allai l’âme triste et ravie ;
En regardant, j’avais compris cela :
Que j’étais près du rêve de ma vie,
Que mon bonheur était enfermé là.

(Théophile Gautier)

Illustration: Antoine Watteau

 

 

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CHANT DE LA LOINTAINE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



CHANT DE LA LOINTAINE

… Je serai, dans ton coeur, l’été sans fin des îles
Du Sud, un paysage vierge où tes accords
Connaîtront la beauté de se sentir dociles
Au rythme élyséen des lignes de mon corps ;

Je serai le sanglot de la bonne fontaine
Où toute soif d’amour boit les couleurs du soir,
Et tu t’étonneras de trouver la Lointaine
A la première étape, en ton chemin d’espoir!

Je serai ta Forêt, tes Nuages, ta Plaine,
Tout ce qui sourira de te revoir si grand,
Car la mort des printemps fit douce mon haleine,
Dernier effort de brise en un jardin dormant ;

Je quitterai pour toi le vitrail du soleil
Et tu me trouveras assise sur ta couche
La rose du silence au coin de cette bouche
Et dans ces mains de miel la coupe du sommeil.

A ton recueillement je serai solitude,
A ton labeur, silence ; et je t’enseignerai
A façonner tes vers selon les attitudes
Des cygnes riverains, anges des cieux sombrés.

Je serai l’heure franche où tintent les matines,
L’odeur de l’ombre et de la terre quand il pleut,
La voix des moissonneurs derrière les collines,
Toute la joie immense en pleurs de l’été bleu ;

Et je serai la nuit! ma robe est la poussière
Des noctuelles d’or sous la lune moirée ; —
Le battement muet et lent de mes paupières
Est un essaim dormant de mirtils des forêts.

Pour plaire à tes bonheurs, j’apparaîtrai sereine
Comme un nuage heureux suspendu dans l’éther,
Mais parfois triste aussi, pour séduire tes peines,
Comme un adieu d’enfant à de candides mers.

Avec un peu d’eau vive et de vent et de sable
Je saurai recréer tes visions d’enfant ;
Avec quelques brins d’herbe une forêt de fable
Pour y bercer ton coeur orphelin du vieux temps.

Je sais des lieux dormants, mystérieux, semblables
Aux paysages purs qui rêvent dans le coeur.
Un charme ténébreux, tendre, indéfinissable
Y chuchote mon nom dans les arbres pleureurs.

Je me couvrirai d’un manteau de somnolence
Semé de fleurs comme une nuit de la Saint-Jean,
Et la mousse, l’écho, la lune, le silence
Reconnaîtront en moi la soeur du confident.

Heureux de pouvoir comparer ta Foi nouvelle
A l’aloès qu’enfante un siècle de torpeurs,
Tu t’agenouilleras, et ma chair sera belle
De la couleur de l’ombre et de la mort des fleurs!

Puis, trouvant à ma bouche un goût de fruit sauvage
Tu béniras ma vie et tu me souriras
Comme un enfant rêveur sourit á son mirage
Dans une eau calme, à l’heure où le soleil est bas.

Tu dénoueras, dans le midi, ma chevelure
Où se débattront des papillons aveuglés,
Et tu diras :« Voici l’été ; la terre est mûre ;
La moire des vents lourds se couche sur Ies blés ;

La vapeur d’or d’un grand sommeil doucement flotte
Sur la plaine ; le jour défaille de douceur ;
Je ris, et l’on dirait que mon rire sanglote
Dans la mélancolie immense du bonheur.

Confidente de l’ombre et des saules bruissants,
J’ai peur de tes chansons qui s’achèvent en thrènes
Je sens souffrir ma vie au profond de tes veines,
Ton cher reflet sommeille au secret de mon sang.»

Et tu diras encor : « J’aime ta bouche agreste,
Les sources de ton rire et le goût de ton coeur.
Vois! le ciel semble avoir pâli de notre inceste ;
Ton nom d’amante est beau ; dis-moi ton nom de soeur. »

— Je rirai doucement de te voir pris au piège
De ma tendresse et de mon charme, et je dirai :
« L’amour est pur comme un parfum de perce-neige
Au mois du renouveau, dans l’antique forêt.

L’amour, cher ciel bleu-gris fait d’âmes apaisées,
Voix du pardon nocturne au jardin repentant
Où l’insomnie heureuse enfante les rosées,
L’amour, tout ce qu’on pleure et tout ce qu’on attend! »

— Comme elle sonne loin, dans les feuilles trop mûres,
L’automnale chanson prometteuse d’étés!
J’ai vu s’éteindre, au jardin fou des chevelures,
Les juillets de mon âme aux midis exaltés.

Je ne me souviens plus au coin de quelle route
Ma vie a déposé le fardeau de l’espoir ;
Et j’ai tout vu mourir, la foi comme le doute,
La tristesse du jour comme l’ennui du soir.

Je me suis embarqué, sur le fleuve des âmes,
Pour le royaume des orgueils découronnés,
Et mon indifférence abandonne les rames
A l’onde léthéenne où je me reconnais ;

Et mon coeur est la cloche où s’exaspère et clame
Sous le batail géant un sinistre péan,
Et le néant de tout se couche sur mon âme
Comme sur les noyés le poids de l’océan.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

 

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