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N’est-il une chose au monde, Chère, à la face du ciel (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Nicholas Roerich . Song of Shambhala

« N’est-il une chose au monde,
Chère, à la face du ciel
– un rire, un rêve, une ronde,
Un rayon d’aurore ou de miel

N’est-il une chose sacrée
– un livre, une larme, une lèvre,
Une grève, une gorge nacrée,
Un cri de fierté ou de fièvre

N’est-il une chose haute,
Subtile et pudique et suprême
– Une gloire, qu’importe! une faute,
Auréole ou diadème

Qui soit comme une âme en notre âme,
Comme un geste guetté que l’on suive,
Et qui réclame, et qui proclame,
Et qui vaille qu’on vive?… »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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LES SORCIERS ÉCUREUILS (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2019



Illustration   
    
LES SORCIERS ÉCUREUILS

Nous appliquons la lune,
Nous étendons la brume
Sur la blessure
Inguérissable des clairières,
Sans poids.

Le soir sous la lune
Nous avons des ébats que même la lune
Ne voit pas.
Nous faisons danser
En rondes brunes
Les haltes des rivières
L’ébat des bois.

Venus sans grands projets
Veulent de grands jets;
Nous voulons un monde
En grandes robes de soirée,
Pour servir la rosée.

Nous ne sommes pour personne, nous sommes!
… lutins remuants! Les hommes
Sont trop lourds pour savoir
Que pour nous un instant les eaux
Et l’ombre ont dansé.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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Nous n’avons pas la réponse aux questions que pose le silence (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



 

nous n’avons pas la réponse
aux questions que pose le silence
ni d’explication aux rêves
à peine devinons-nous certains signes

que savons-nous du miracle qui nous réunit
puis de ce qui lentement nous sépare
de ce qui se dit à travers nous
lorsque nous tentons d’écrire
de l’objet réel de notre quête
ou de ce qu’est la plus belle chose du monde

nous ne connaissons ni la part non vécue
de nos vies ni ce que nous ne sommes pas
ni même ce que nous sommes vraiment
ou ce que nous aurions pu être

nous ne connaissons ni la raison du soleil
ni le pourquoi du cercle de la terre du ciel
de la ronde des naissances et des morts

ni les autres noms du néant ceux de la lumière
ni même la vraie couleur du temps
ou les limites de l’âme
ou les chiffres liés à la disparition des astres

pas plus que le centième nom du rien

(Amina Saïd)

 
Illustration: Annabelle Delaigue

 

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Au cirque, une nuit, je retrouvai un langage perdu (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




Au cirque, une nuit, je retrouvai un langage perdu
lorsque les cavaliers, torches en main,
faisaient une ronde féroce sur des coursiers noirs.
Ni dans mes rêves de bonheur
n’existera un choeur d’anges
capable de fournir, pour mon coeur,
quelque chose de comparable
aux sons chauds des sabots contre les sables.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Bartabas

 

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Au seuil du foyer (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



Au seuil du foyer
Par la ronde et haute fenêtre
Je te voyais branler,
Branche d’hiver décharnée,
Et ne pouvais ou ne voulais comprendre
Si c’était message ou menace.
Etait-ce le vent
Qui te secouait par moments ?
Etait-ce le mouvement
De la faux moissonneuse de la mort ?
D’une indicible angoisse
Je t’étais redevable :
Ne pas m’abandonner à la tiédeur
Provisoire du feu et percevoir le gel
De ce pauvre ciel.

Alors, il n’était pas clair ton message.
Maintenant, devenu sage, je sais
Maintenant je sais
Que tu me disais non.

***

Dalla soglia del focolare
Attraverso la tonda, alta finestra
Ti vedevo brandire,
Spoglio ramo invernale,
Né potevo o volevo capire
Cosa tu m’annunciassi o minacciassi.
Era il vento
Che ti scoteva a tratti ?
Era il movimento
Della falce fienaia della morte
Ma di un’invincibile angoscia
Io t’ero debitore,
Ché non m’abbandonassi al tepore
Provvisorio del fuoco, ché percepissi il gelo
Di quel povero cielo.

Pure, non m’era chiaro il tuo messaggio.
Ora so, the son saggio,
Ora so
Che mi dicevi di no.

(Tommaso Landolfi)

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J’ai connu tant de ciels (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018



 

Alexandre Jacques Chantron (1842 – 1918)   05

J’ai connu tant de ciels

J’ai connu tant de ciels
Et de terres de hasard
Pour gens de toutes parts
Venus on ne sait d’où
Et ne t’ai point trouvée

J’ai suivi les chemins
Des chiens et des gamins
Sortis de nulle part
Et qui vont n’importe où
Et ne t’ai point trouvée

Et j’ai chanté le vin
Les chagrins les refrains
Qui sont nés autre part
Et qu’on entend partout
Et ne t’ai point trouvée

J’ai connu tant de filles
Les douces et les aigries
Les rondes les aplaties
Les vives et les bornées
Et ne t’ai point trouvée

Et j’ai bu le nectar
Et j’ai usé l’espoir
Des partout des nulle part
Qui se moquent de vous
Et ne t’ai point trouvée

(Esther Granek)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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Prologue (Esther Granek)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



 

Kandinsky

Prologue

De la pensée aux mots,
un monde.

Dès qu’ils viennent en gros,
la ronde.

De la phrase à la phrase,
la stance.

Des couplets qui s’embrasent,
la danse.

Du chagrin à l’oubli,
un antre.

Sous toute philosophie,
le ventre.

Des coulisses aux décors,
un voile.

Du trépas à la mort,
un râle.

De la graine à l’épi,
un germe.

Du néant à la vie,
le sperme.

Du mineur au ministre,
un rang.

Et du lord jusqu’au cuistre,
un temps.

Du génie au crétin,
un gène.

Du raté au malin,
la veine.

Du gendarme au voleur,
un rôle.

En tout un, son tricheur,
son drôle.

Du vice à la vertu,
un tour.

De la mode au rebut,
un jour.

De ta main à la mienne,
un choix.

De l’amour à la haine,
un pas.

De la phrase à la phrase,
la stance.

Des couplets qui s’embrasent,
la danse !

(Esther Granek)

Illustration: Kandinsky

 

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Minuit (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018



Julien Delmaire
    
Minuit dérobe
Les bijouteries
Contre ta robe
Un diamant cri

Je suis l’alcool
Térébenthine
Je suis la folle
Sur la colline

Criblé d’épines
Je suis l’alcool
L’encre de chine
Sur ton épaule

Je suis le Christ
De Kigali
Et l’améthyste
Qu’on a sali

Je suis l’enfance
Défigurée
Je suis l’offense
De l’emmuré

Syntax error
Bug intégral
Signes d’aurore
Jour minéral

Je veux l’oiseau
Lacrymogène
Aux ras des eaux
Cancérigènes

Je veux ton ventre
Dans la fumée
Mes doigts qui entrent
Pour exhumer

Un oasis
Une métaphore
Ton clitoris
Ta mandragore

Je vois l’oubli
Brisant ses chaînes
La mort partie
Avec la haine

Voici le monde
La vie bégaye
Voici la ronde
Des merveilles

Je te retrouve
Ma Géorgie
Le soleil couve
Ton sein rougi

Le temps caresse
Son vieux piano
Ta voix disperse
Les moineaux

Les nègres écument
La nostalgie
La nuit s’allume
Ma Géorgie…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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La Kernevote (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



La Kernevote

Au vent de la dune
Les fleurs de blé noir
Par le clair de lune
S’effeuillent le soir

Blanches aubépines
Craignez l’ouragan
Fraîches églantines
Les ailes du vent

A travers les rondes
Ô filles d’Armor
De vos têtes blondes
Les cheveux sont d’or

Quand sous les étoiles
Vous cueillez des fleurs
Gardez bien vos voiles
Croisés sur vos coeurs

Ainsi que la flamme
Ô filles d’Armor
Gardez bien votre âme
Du Sylphe moqueur

Au matin écloses
Le souffle des vents
Effeuille les roses
Avec les serments

Vos coeurs ô mes belles
Ils y chanteront
Et frappant leurs ailes
Ils les briseront

Au vent de la dune
Les fleurs de blé noir
Par le clair de lune
S’effeuillent le soir

(Louise Michel)


Illustration

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Un! deux! trois! quatre! Tous en rond pon! (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Un! deux! trois! quatre!

Un! deux! trois! quatre! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie,ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore…
Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes

En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore…

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

 

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