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Oh! Permets, charmante fille (Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



 

Albena Vatcheva  (21)

Oh! Permets, charmante fille,
que j’enveloppe mon cou
avec tes bras.

(Hafiz)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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OBSCURCISSEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Abanindranath Tagore   
    
OBSCURCISSEMENT

Une sombre appréhension servant de linceul
Enveloppe le monde,
En son centre demeure par-delà l’appréhension
Une ferme conviction.

Au milieu d’un orage de mots et la poussière de débats
L’ intelligence aveuglée tâtonne désespérément,
La conviction reste inébranlable, au fond,
Sans une ombre de peur.

Des centaines d’épreuves sur le chemin de la vie
Errent en un tourbillon,
Tandis qu’au centre règne la paix imperturbable
Sous l’ombre d’un arbre immortel.

Des flèches empoisonnées fusent sans relâche —
La censure, la perte, la mort et la séparation —
Éternelle, la Joie reste calme dans sa transe :
Elle ne connaît nulle destruction.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Dix mille ans enveloppant un caillou (Anne de Staël)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
Dix mille ans enveloppant un caillou
Ne le recouvrent pas
la seconde est coup de pierre
Sa paume : la terre
De dos à la face du mot

Le caillou
L’ouvrir : être ce dont il est le centre
la fêlure, le filin
Éclair muet

(Anne de Staël)

Recueil: Le cahier océanique
Traduction:
Editions: La lettre volée

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Secret de ton regard (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Vito Russotto
    
Secret de ton regard, ô souple
Source, enveloppe de soie
De ton regard dans l’eau des rêves
Goutte, cristal et la buée
De ta pudeur à l’aiguille d’ombre
Fouillant l’envers de ton visage

Secret de clairière, opaline
À luire à la lune et l’iris
À pointes de feu, l’ouverture
Du néant où je viens nager

Quand je plonge au puits de ton œil
Au centre, regard en miroir
D’un songe à jamais sans sommeil
Dans la nuit originelle

Secret de ta gloire enfouie
Dans la terre légère des morts
Si je la rejoins sous ton règne
Bénéfique ô fée
Morgane
Et l’empire enfin des sorts
A refermé les ravines
La nuit dans ses plis de suie

(Jacques Chessex)

 

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Parfois, je sens (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jeanie Tomanek kore

Parfois, je sens
comme la rose
que je serai un jour, comme l’aile
que je serai un jour;
et un parfum m’enveloppe, étranger et mien,
mien et de rose;
et me prend une errance, étrangère et mienne,
l’errance d’un oiseau.

***

A veces, siento
como la rosa
que seré un día, como el ala
que seré un día;
y un perfume me envuelve, ajeno y mío,
mío y de rosa;
y una errancia me coje, ajena y mía,
mía y de pájaro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Parfois, je sens comme la rose que je serai un jour (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Júlia Fernández Sánchez 0723

Parfois, je sens
comme la rose
que je serai un jour, comme l’aile
que je serai un jour ;
et un parfum m’enveloppe, étranger et mien,
mien et de rose ;
et me prend une errance, étrangère et mienne,
mienne et d’oiseau.

***

A veces, siento
como la rosa
que seré un día, como el ala
que seré un día;
y un perfume me envuelve, ajeno y mío,
mío y de rosa;
y una errancia me coje, ajena y mía,
mía y de pájaro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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La goutte bleue de l’abîme (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



Tina Palmer Odyssey - 48x36 [1280x768]

La goutte bleue de l’abîme
enveloppe la mer

(Joë Bousquet)

Illustration: Tina Palmer

 

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La Présence était bleu spectral (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Les murs ne tombent pas
[13]

La Présence était bleu spectral,
ultime rayon bleu,

rare comme le radium, aussi palliative ;
mon ancien ego, qui m’enveloppait,

était suaire (je parle de moi individuellement
mais j’étais entourée de compagnons

dans ce mystère) ;
êtes-vous surpris que nous soyons fiers,

distants,
indifférents à votre bien et mal ?

le péril, étrange rencontre, étrangement enduré,
nous marque ;

nous nous reconnaissons
par des symboles secrets,

mais, isolés, sans voix,
nous nous croisons sur le trottoir,

sur le palier dans l’escalier ;
bien qu’aucun mot ne soit échangé,

il y a une subtile appréciation ;
même après un bref salut hargneux

ou sans même parler,
nous connaissons notre Nom,

nous initiés sans nom,
nés d’une seule mère,

compagnons
de la flamme.

***

The Presence was spectrum-blue,
ultimate blue ray,

rare as radium, as healing;
my old self, wrapped round me,

was shroud (I speak of myself individually
but I was surrounded by companions

in this mystery) ;
do you wonder we are proud,

aloof,
indifferent to your good and evil?

peril, strangely encountered, strangely endured,
marks us;

we know each other
by secret symbols,

though, remote, speechless,
we pass each other on the pavement,

at the turn of the stair;
though no word pass between us,

there is subtle appraisement;
even if we snarl a brief greeting

or do not speak at all,
we know our Name,

we nameless initiates,
born of one mother,

companions
of the flame.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Odilon Redon

 

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EX NIHILO (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    

EX NIHILO

Nous sommes faits de rien,
Nos cités se dressent au-dessus du vide,
Et dans des bars chromés
Des ombres boivent leur soûl de larmes,

Les doigts distraits des femmes passent
Sur des soies, des fleurs, un miroir,

Les caméras et les voitures
Virent sur le moyeu du rien
Sur lequel tournent les années, les étoiles.
Au-delà des maisons et des champs
Se dressent les collines enveloppées de forêts,
Et sur chaque feuille est tracé
Le motif de l’esprit éternel
Qui arrache les royaumes à la poussière.

Au-dessus des forêts s’étendent les nuages,
Champs blancs où la vue qui s’élève
S’arrête à la circonférence de l’air,

Et les lointaines constellations se meuvent
Autour du centre d’une pensée
Sur l’ordre de cet amour

Dont l’être est le souffle de vie,
La terre ferme que nous foulons,
Le corps divin que nous mangeons,
L’incarnation que nous vivons.

***

EX NIHILO

Out of nothing we are made,
Our cities rise upon the void,

And in chromium-plated bars,
Shadows drink their fill of tears,

Women’s transient fingers pass
Over silks and flowers and glass,

Cameras and motor-cars
Spin on the hub of nothingness
On which revolve the years and stars.

Beyond the houses and the fields
.Pise the forest-shrouded huis,
And upon each leaf is traced
The pattern of the eternal mind
That sommons kingdoms from the dust.

Above the forent lie the clouds,
White fields where the soaring sight
Lests on the air’s circumference,

And distant constellations move
About the centre of a thought
By the fiai of that love

nase being is the breath of life,
The terra firma that we tread,
The divine body that we eat,
The incarnation that we live.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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CHANT DE SAUVEGARDE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




CHANT DE SAUVEGARDE

Les ailes autour du nid
Cachent et protègent
Des bouches de la nuit,

La rose au calice
Vert se ferme contre
L’orage et la pluie,

La paupière sur l’oeil,
Intangible rêve,
Recouvre le ciel.

Les bras enveloppent
L’amant et l’enfant,
Fermement retiennent
La chair et le sang
D’avoir peur du noir,
De mourir le jour.

***

SPELL OF SAFEKEEPING

Wings over nest
Shelter and hide
From mouths of night,

Rose with green
Calyx enclose
From storm and rain,

Lid over eye,
Intangible dream,
Cover the sky.

Arms enfold
Lover and child,
Safe withhold
Flesh and blood
From dread of dark
And death by day.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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