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Posts Tagged ‘saigner’

FERME PROPOS (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    
FERME PROPOS

Ni s’abriter du jour sous l’arbre des ténèbres,
Ni mordre dans les fruits le doux corps de l’été,
Ni baiser longuement sur leurs lèvres funèbres
Les morts évanouis et las d’avoir été.

Ni pénétrer, transis, au coeur froid des algèbres,
Ni clouer sur le vide un masque illimité,
Ni sous l’oubli massif coucher des os célèbres
Et verser son néant dans un cercueil vanté.

Ni caresser, Amour, ta gorge consentante,
Ni brûler son désir au feu noir de l’attente,
Ni tendre à la douleur un garrot résigné.

Ni lever vers le ciel des mains inexaucées,
Mais porter avec soi dans la nuit sans pensées
L’immense creux d’un coeur où la vie a saigné.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Coquelicots en juillet (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2022




    
Coquelicots en juillet

Petits coquelicots, petites flammes d’enfer,
Vous ne faites pas mal ?

Vous tremblez. Je ne sais pas vous toucher.
Je mets les mains dans les flammes. Rien ne brûle.

Et cela m’épuise de vous regarder
Trembler comme ça, rouge vif et froissés comme une bouche.

Une bouche que l’on vient d’ensanglanter.
Oh petites jupes sanglantes !

Il y a des vapeurs que je ne peux toucher.
Où est votre opium, où sont vos capsules écoeurantes ?

Si je pouvais saigner, ou dormir ! –
Si ma bouche pouvait épouser une blessure pareille !

Ou vos sucs distiller pour moi, dans cette capsule de verre,
Une stupeur, un apaisement.

Mais pas de couleur. Pas de couleur.

(Sylvia Plath)

Recueil: Ariel
Traduction: Valérie Rouzeau
Editions: Gallimard

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Encore toi (Louis Guillaume)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2021



Encore toi, la main tendue
Vers un reflet. La glace
Eclate. Tes doigts saignent.
Une voix t’appelle
Au bout du couloir.
L’escalier monte dans le noir.
Tu es là-haut.
Peut-être.

(Louis Guillaume)

Illustration

 

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Jour bref (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2021



Jour bref

Dans les brumes du matin
Près du mur saignent des roses
Le parfum de mille choses
Monte quand le jour s’éteint

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Chanson de l’année tragique (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Janvier, la neige rouge
Interdit l’avenir.

Tous les râles, Février,
Tous les râles conspirent

Mars, la voix des morts
Surprend les traînards.

Tous les râles, Avril,
Tous les râles fleurissent.

Mai, la terre joue
A changer de visage.

Tous les râles, Juin,
Tous les râles saignent.

Juillet, l’espoir crève
Comme un chien galeux.

C’est en Août qu’autrefois
On fêtait les montagnes.

Tous les râles, Septembre,
Tous les râles grondent.

Octobre, un désespéré
Fait des signes à la terre.

Soleil, Novembre, soleil
Réchauffe un peu la terre.

Une nuit de Décembre
J’ai péri de t’attendre.

(Edmond Jabès)

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Veni, vidi, vixi (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



Illustration: Désiré François Laugée
    
Veni, vidi, vixi

J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;

Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête,
J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;

Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
Ô ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes,
Puisque mon coeur est mort, j’ai bien assez vécu.

Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J’ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.

J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé,
Et j’ai vu bien souvent qu’on riait de ma peine.
Je me suis étonné d’être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.

Dans ce bagne terrestre où ne s’ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J’ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.

Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d’ennui, comme un homme
Qui se lève avant l’aube et qui n’a pas dormi.

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
Ô Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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COL EN DENTELLES BLANCHES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



    

COL EN DENTELLES BLANCHES
à Roumiana

Nous émottons les années et elles se mettent à respirer.
Les non-partagées, on les couvre soigneusement
avec des toiles d’araignées
pour qu’elles ne saignent plus.
Le rouge n’est pas une couleur d’ange, dit-elle,
en dessinant des triangles dans l’air
pendant que j’essaie de trouver la place juste
d’un morceau du puzzle.
J’ai emmuré l’une des portes,
c’est pourquoi tu ne réussis pas à faire rentrer
la table au milieu du salon.

Les reflets de la bougie lèchent les nacres
incrustées dans l’ancien fauteuil viennois,
arrachent des runes bleuâtres
et les effacent tout de suite.
C’est le baiser du temps,
ajoute-t-elle à l’aube
et son doigt suit la ligne blanche
au creux de l’accoudoir
ayant amassé la poudre des ailes
de ce papillon mystique
qui avait survolé nos têtes
une nuit de février
comme s’il voulait démentir les saisons
et éclairer l’écriture secrète
dans l’âme de chacune de nous.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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Lentement (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2020



Lentement
paisiblement
les rubis saignent

(Zéno Bianu)

 

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Cette impression (Pascal Commère)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2020



Carry Akroyd   'feeding' screen print

 

Cette impression, marchant, certains jours d’être
de la famille d’un poème et sa lumière sans
pouvoir franchir la cendre des mots vides
cependant que le chemin monte (lichens
vos beaux yeux peints) ainsi nous allons
toute herbe derrière nous refermée et qui bruit
par le travers des pentes (soleil
bousier qui saigne — hameau noir
dans le jour naissant) qu’est-c’ qui nous
émerveille plus que vous — fleurs plurielles

(Pascal Commère)

Illustration: Carry Akroyd 

 

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LES CHATAIGNES (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES CHATAIGNES

Comme on pique aux vertes châtaignes
Des doigts d’enfant trop tendres,
A ton rire j’ai piqué mon coeur qui saigne :
Laisse-moi cuire la châtaigne en la cendre.

J’ai mordu l’écorce amère de la noix
Avant de savoir la saveur du fruit si doux :
Laisse-toi prendre d’amour, laisse-toi,
Laisse mûrir ton coeur avec la noisette d’août.

Les châtaignes que nous n’éplucherons pas de nos doigts
Et les noix qu’on ne mettra pas sécher au cellier,
Cet hiver, vois-tu, pourriront au bois,
Et comme elles flétries, tu serais vite oubliée…

(Tristan Klingsor)

 

 

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