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Deux petits éléphants (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019


 

C’était deux petits éléphants,
Deux petits éléphants tout blancs.

Lorsqu’ils mangeaient de la tomate,
Ils devenaient tout écarlates.

Dégustaient-ils un peu d’oseille,
On les retrouvait vert bouteille.

Suçaient-ils une mirabelle,
Ils passaient au jaune de miel.

On leur donnait alors du lait:
Ils redevenaient d’un blanc tout frais.

Mais on les gava, près d’Angkor,
Pour le mariage d’un raja,

D’un grand sachet de poudre d’or.
Et ils brillèrent, ce jour-là,

D’un tel éclat que plus jamais,
Même en buvant des seaux de lait,

Ils ne redevinrent tout blancs,
Ces jolis petits éléphants.

(Maurice Carême)

 

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Sans Mots Dire (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Olivier G. Boiscommun
    
Sans Mots Dire

Tel un martyr, tu gis dans mes draps, Ies bras en croix.
Toucher, caresser, lécher, sucer…
Tout ce qui peut te contenter serait aisé
Si l’on pouvait oublier que ce péché si décrié
N’existe qu’en vue de te troubler!
Et que c’est juste de l’amour!
Tout court!

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus

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Seul secours (Florence Pazzottu)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2018



Illustration: Kazuya Akimoto
    
Seul secours:
sucer la suave
sueur de son sein
Silence

La mer a parfois
d’inquiétantes langueurs

(Florence Pazzottu)

Recueil: SATOR…
Traduction:
Editions: Cadastre8zéro

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À SEXTE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À SEXTE
Je suis à toi. Sauve-moi.
Ps. 118-94. (Office de Sexte.)

Hélas ! hélas ! je suis dans le trouble verger
Où les fleurs et les fruits m’entourent de danger.
Les oiseaux sont muets, les arbres n’ont pas d’ombre,
Des crapauds haletants se collent au puits sombre.

Je tourne dans le cercle enflammé des iris.
Hélas ! dans le soleil ma chair brûle et les lis
De leur bouquet pesant d’essences déréglées
Me provoquent sans fin tout le long des allées.

Sans fin à chaque bord des sentiers continus
Des oeillets jaillissants agacent mes pieds nus
Et les roses d’hier trop vite épanouies
Se renversent pâmant sur mes mains éblouies.

Et ce jardin d’embûche où je vais sans secours
Est plein de vigne folle et de cerisiers lourds,
De seringas ardents d’où s’échappent des fièvres
Et de framboises aussi douces que des lèvres.

Et je voudrais manger à la branche qui pend,
À pleine bouche ainsi qu’un animal gourmand,
Les cerises, sang mûr, d’une avide sucée,
Ivre et de vermillon la face éclaboussée ;

Je voudrais arracher aux rosiers palpitants,
Comme on plume un oiseau sans y mettre le temps,
À pleine main leurs pétales et, la main pleine,
Les écraser sur ma poitrine hors d’haleine ;

Je voudrais me rouler sur la terre au sein chaud,
Les yeux brouillés d’azur éclatant, vaste, haut ;
Je voudrais… qui m’allume ainsi qu’une fournaise ?…
Des femmes au cou nu s’en vont cueillir la fraise…

Alarme ! éveille-toi, pauvre moine engourdi !
C’est le vieux guet-apens du démon de Midi.
Fuis sans rouvrir les yeux, fuis, piétine la vie
Qui voudrait être et ne doit pas être assouvie.

Fuis ! Mais où fuir ? Où donc ? Où ? J’ai les pieds trop las.
Où donc ?… La mauvaise herbe est haute sous mes pas,
Derrière et devant moi partout la Bête rôde
Sous les fleurs, sur le ciel, dans la broussaille chaude,

Et je sens, comme un fruit où chemine le ver,
Un serpent doux et chaud qui me suce la chair
Et chaque battement de mon coeur me torture…
Par où t’échapperai je, ô maudite Nature ?

Quelle verge d’épine ou quels charbons ardents
Me guérira du mal dont je grince les dents ?
Quel fouet aux noeuds de plomb, quelle source glacée
Me guérira du mal que j’ai dans la pensée ?

Faut-il me laisser choir à mon dam entraîné,
Comme un oiseau par un reptile fasciné
Ou me débattre encor bien qu’à bout de courage ?…
Mais Seigneur, c’est à Vous de faire votre ouvrage.

Je suis votre brebis, Vous êtes mon berger.
Comme un agneau perdu me laisserez-vous manger ?
À l’aide ! Poursuivez ce loup qui me menace,
Courez et jetez-lui des pierres à la face ;

Car si vous me laissiez périr à l’abandon,
Ce Vous serait, Seigneur, un bien piteux renom
De mauvais pâtre et pour le soin de votre gloire
À personne, ô mon Dieu, ne le donnez à croire.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
A l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller le troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux destins éphémères,
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères,
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Jerome Bosch

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GAILLARDISE (De La Ronce)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 Illustration: Jean-Antoine Watteau
    
GAILLARDISE

Ni pour baiser ton bel œil
Que tu remplis trop d’orgueil.
Ni pour sucer à mon aise
La fraise de ton téton.
Tout cela, ma Jeannelon,
Ne peut éteindre ma braise.

Ainsi au lieu de l’étouffer
Je la sens plus s’échauffer
Après que je t’ai baisée :
L’haleine qui sort de toi
S’écoule au profond de moi,
Et la rend plus embrasée.

Mais aussi ne veux-tu point
Que je parvienne à ce point
Où chaque amoureux aspire?
Crois que si j’avais cet heur,
J’aurais plus de joie au cœur
Que si j’avais un empire.

Tu dis me vouloir du bien,
Mais pourtant je n’en crois rien;
J’ai beau te crier à l’aide,
Tu me vois bien consumer :
Vraiment ce n’est m’aimer
De ne m’offrir le remède.

C’est bien loin de me l’offrir
De me laisser là souffrir
Sans te chaloir de ma peine.
Que tu as peu d’amitié,
Pour t’émouvoir à pitié !
Toute ma prière est vaine.

Fais-moi, fais-moi ce plaisir
De contenter mon désir.
Et je prierai la déesse
Qui gouverne les amours.
Qu’elle bien-heure toujours
L’ébat de notre jeunesse.

(De La Ronce)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Chanson au noir de la nuit (Bernard Lorraine)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Chanson au noir de la nuit

Dans l’oeil de solitude
Du puits vide où je suis
Jamais âme n’élude
Ses aveux de minuit.

Chaque nuit, tu l’endeuilles
D’un crime, ô Barbe-Bleue.
Je ne dors que d’un oeil
Dans l’amitié d’un feu.

Cette chienne de nuit
Offerte aux chiens errants
Qui aboient au néant
Pue la souille et la suie.

Un iceberg de noir
Se dilue dans la pluie
L’aube qui s’y appuie
Le suce et va le boire.

(Bernard Lorraine)


Illustration

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LES GARS QUI VONT A LA FÊTE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018



Illustration: Aymeric Noa

    

LES GARS QUI VONT A LA FÊTE

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Pour y boire chopinette,
Y goûter le vin nouveau,

Y tirer la carabine,
Y sucer le berlingot.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Sont rasés à la cuiller,
Sont raclés dessous la peau,

Ont passé la blouse neuve,
Le faux-col en cellulo.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Y faire danser les filles,
Chez Julien le violoneur,

Des polkas et des quadrilles
Et le pas des patineurs.

Le piston, la clarinette
Attendrissent les costauds.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau.

On boit à la riginglette
Si le branle donne chaud.

Quand ils ont bu, se disputent
Et se cognent sur la peau,

Puis vont culbuter les filles
Au fossé sous les ormeaux.

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau,

Reboivent puis se rebattent
Jusqu’au chant du premier jô,

Le lendemain on en trouve :
Sont couchés dans le ruisseau…

Les gars qui vont à la fête
Ont mis la fleur au chapeau.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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La fleur est rouge (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



 

La fleur est rouge, perchée
où les racines se fendent, dans l’anfractuosité
d’une tour, suçant sa maigre pitance,
et retenant le sortilège
qui soude le pas au mot
et lie la langue à ses fautes.
La fleur sera rouge
quand le premier mot déchirera la page,
s’épanouira dans la fange, prendra la couleur
d’un bec blessé, quand le moineau
sera taché de sang, et s’envolera d’une terre
unique dans la cloche.

(Paul Auster)

Illustration: Eliza K Thomas

 

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Les mots (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Les mots

Mets les mots dessus dessous,
attrape-les par la queue
qu’ils couinent, ces pourceaux,
fouette-les,
gave-les de sucre,
gonfle-les comme des ballons, crève-les,
gobe leur sang, suce leur moelle,
fais-les sécher, fais-les castrer,
piétine-les, coq vert galant,
cuisinier, tords-leur le cou,
déplume-les,
taureau, étripe-les,
bœuf, traîne-les dans la boue,
refais-les, poète,
fais-leur avaler toutes leurs couleuvres.

(Octavio Paz)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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