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Poésie

Posts Tagged ‘s’adresser’

PHOTOGRAPHIE (extérieur) (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
PHOTOGRAPHIE (extérieur)

Auparavant la vérité
descendait la colline sur les paroles du berger ;
et les brebis n’étaient pas seules à les saisir. Je me
souviens
de ces collines vertes
sous les pluies du printemps, glaciales par vent
d’avril et lumineuses comme le soleil du nord. C’était
un matin. Les femmes préparaient encore le
four à pain — et déjà un rythme obscur annonçait
la naissance des fruits, c’est-à-dire,
l’équivoque de la faux au moment
de la récolte.
C’étaient bien ses paroles. Un
mouvement qui parcourait la surface
des rizières, qui ridait l’échine
des dunes, qui repoussait les mouettes vers
l’estuaire. Cependant, les vieux
le comprenaient; et quelques innocents, dont
l’esprit se confondait à la transparence
de l’eau, répétaient ce qu’il disait en un murmure
de ruisseau. Mais ce n’était pas à eux qu’il
s’adressait.
Il évita l’ambiguïté, les sens complexes
de la philosophie, le fond noir
du poème. De fait, il n’allait jamais jusqu’au bout
de ses histoires — comme s’il ne pouvait pas
les terminer.. ou qu’il ne savait plus rien, au-delà
de ce que nous savons, maintenant que nous sommes peu
à se souvenir de lui. Moi, pourtant, je l’ai revu —
assis sur ce banc de gare, feuilletant un vieux
journal et suçant un vieux mégot —
avec le souffle avide d’un apprenti
en hésitations.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Graine d’amour (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2020



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    
Graine d’amour

Ô toi, si loin de mes regards,
c’est à Dieu que je te confie.
Tu m’as brûlé l’âme, pourtant
moi, je t’aime plus que ma vie.
Tant que je ne tirerai pas
le pan de mon linceul sous terre,
Ne crois pas que j’ôte ma main
du pan de ta robe légère.
Laisse-moi voir l’arcade sainte
de tes sourcils : au petit jour,
J’étendrai les bras pour prier
et les mettre autour de ton cou.
Même si je dois m’adresser
à l’ange déchu de Babel,
Je ferai cent tours de magie
pour te ramener, ô ma belle !
Je voudrais mourir avant toi,
ô mon médecin infidèle !
Vas donc ausculter ton patient :
je suis dans une attente telle !
J’ai fait ruisseler de mes yeux
sur mon sein cent ruisseaux de larmes,
pour arroser les grains d’amour
que je sèmerai dans ton coeur.
Le Bien-Aimé versa mon sang,
me sauvant des peines de coeur :
Voici ton clin d’oeil assassin
qui me transperce comme une arme.
Mais je pleure, et mon seul désir,
au sein de ce torrent de larmes,
C’est de pouvoir semer en toi
la seule graine de l’amour.
Sois généreux ! Reçois-moi donc,
pour que, dans l’ardeur de mon âme,
Mes larmes tombent à tes pieds,
comme des perles, tour à tour.

Vin, amour et libertinage,
Hâfez. ne sont pas ton partage ; –
Et pourtant. c’est ce que tu fais.
Tant pis pour toi, c’est bien dommage

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

 

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Christian Lepère
    
C’EST À VOUS QUE JE M’ADRESSE

Bref il est toujours facile
de croire que tout finit
et de se moquer du monde

Mais quand il s’agit
de mourir à petit feu
et d’agoniser bravement

Alors il faut bien chanter
crier maudire ou hurler
que la vie est un enfer

Et croire que tout est fini
et tout est à recommencer

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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ÉCRAN (Aron Kushnirov)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020




    
ÉCRAN

Écoutez,
Celui qui vous parle, c’est moi
Écran,
Des écrins de velours
Et des cadres dorés
Trop longtemps m’ont tenu captif,
Des cloisons décorées, des murs et des clôtures
M’ont toujours isolé
Et mon clair appel
Fut converti
En hurlement mensonger des enseignes.
Aujourd’hui
Je m’adresse aux murs:
Dispersez-vous !
Plus de toitures,
Plus de planchers
Délivrez-moi l’espace,
Ici
Toutes les têtes
Créant ensemble un océan,
Pour vous j’ai surgi
Pour vous je suis né,
Plus larges les gradins au milieu de la place,
Sur le gouffre reptilien des rues, élevez
Mon estrade !
Ma semence sera le ciel
Et mon espace l’oeil multiplié des foules.

(Aron Kushnirov)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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A vous que je ne peux nommer (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019




A vous que je ne peux nommer
Comme à mon gré je l’aimerais,
Ce jour de l’an, de biens et joie
Que Dieu veuille vous faire étrennes !

Vous appeler amie serait
Vous décerner un nom trop simple,
À vous que je ne peux nommer
Comme à mon gré je l’aimerais.

Vous donner comme nom: ma dame,
Ce serait vous rendre orgueilleuse ;
Je récuse en vous la maîtresse:
Comment faut-il que je m’adresse
À vous que je ne peux nommer

(Charles d’Orléans)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Quelqu’un te hèle de l’autre rive (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
Quelqu’un te hèle
de l’autre rive
Il s’adresse bien à toi
mais ce n’est pas ton nom
qu’il prononce
Dois-tu répondre
ou l’appeler toi aussi
par un sobriquet de ton invention ?

(Abdellatif Laâbi)

 

Recueil: Tribulations d’un rêveur attitré
Traduction:
Editions: La Différence

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Comment n’as-tu jamais deviné (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: Abraham Poincheval 
    
Comment n’as-tu jamais deviné que c’est à toi,
à toi seule, que je m’adressais ?

J’ai imploré passionnément,
mais non ton secours.

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Le poème (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    

Le poème est solitaire.
Il est solitaire et en chemin.
Celui qui écrit l’escorte jusqu’au bout.
Par cela même, et dès maintenant,
ne voit-on pas que le poème a lieu dans la rencontre
– dans le secret de la rencontre ?
Le poème veut aller vers un autre,
il a besoin de cet autre, il en a besoin en face de lui.
Il est à sa recherche, il ne s’adresse qu’à lui.
[…]
Le poème devient […] un dialogue
– souvent un dialogue désespéré.

(Paul Celan)

 

Recueil: Le méridien
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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C’est bon, je vais me taire (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



C’est bon, je vais me taire
Assez chanté pour vous, pour moi
J’adresse mon poème au Roi
— Même pas —
Je n’adresse rien à personne
Je ne sais plus, je m’abandonne
Je m’abandonne à qui ? Je m’abandonne à quoi ?
Je ne sais plus, je crois
Que la mort suffit à soi-même
Elle est venue avec le vent
Le vent la sème
Au long du temps

Il eût été peut-être
Trop simple et trop parfait
De n’être pas, de ne pas naître

Pourquoi tant de discours, pourquoi toutes ces heures
Comme des oiseaux blancs, comme, voyez ici
Ces mouettes dans la pluie
Dans le vent, dans la vie
Dans le vent de ma vie.

Inventons-nous, inventez-vous, moi je m’invente
En ciré sous la pluie
Par des envols, dans des novembres
Je me tais mais je chante.

Au convoi de Jopic Le Louz
Chacun pour soi et Dieu pour tous

(Antony Lhéritier)

Illustration: Jean-Michel Follon

 

 

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D’une voix forte tu t’adresses au mur (Yang Lian)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

d’une voix forte tu t’adresses au mur
tes paroles font surgir un mur
te voilà cloué sur le mur

de tous côtés les murs bougent
murs regardant les murs
murs contre murs réduits au silence

(Yang Lian)

Illustration: Misha Gordin

 

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