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Poésie

Posts Tagged ‘se remplir’

Le salon s’est rempli de désert (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2019




    
Le salon s’est rempli de désert

L’air ne tremble pas
Les bruits s’avachissent
Les gestes restent inachevés

Seule se déploie
L’odeur pressante
Des lys qui pataugent dans le vase
Coeurs ouverts
Jusqu’à l’indécence

Un peu grise
Je chante Mozart

Éclair volé
À l’éternité

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Voyeurs (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Illustration: Laurits Regner Tuxen
    
Voyeurs, je vous comprends durant les nuits de neige
Quand fragment d’autre monde est la moindre clarté
Et l’anadyomène une ombre qui se lève,
Je vous comprends aussi durant les nuits d’été

Quand le feuillage tremble au-devant d’une lampe
Et que rien n’a bougé, mais le bruit des soupirs
Raconte un lit défait d’où jaillissent des jambes
Si belles que la nuit se remplit de plaisir.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Trézeaux
Traduction:
Editions: Gallimard

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CORPS ET STATUE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019



 

Édouard Joseph Dantan Une-restauration-1891-Edouard-Joseph-Dantan

CORPS ET STATUE

Dénudant le corps et la statue
De son ombre épaisse, de sa réverbération,
De son vêtement terrien, de son enveloppe trompeuse,
Cherchant la chair et le fruit,

La plaie la plus profonde á la racine de la plaie.

Des doigts sont parvenus jusqu’au coeur,
Jusqu’au feu secret de la pierre,

Ma privation fut comme une lame.

Mon amour tel un massacre caché.

Mon rêve un grenier immense.

J’ai frôlé, aimé, creusé,
J’ai récolté du chagrin et me suis rempli de bruit.

(Georges Themelis)

Illustration: Édouard Joseph Dantan

 

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Bonté (Sylvia Plath)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Bonté

La Bonté me rend visite.
Dame Bonté, elle est trop aimable !
Ses joyaux rouges et bleus étincellent
Dans la buée des fenêtres, les miroirs
Se remplissent de sourires.

Quoi d’aussi vrai que le cri d’un enfant?
Le cri du lapin est peut-être plus sauvage
Mais il n’a pas d’âme.
Le sucre guérit de tout, puisque Bonté le dit.
Le sucre est un fluide essentiel,

Ses cristaux font de petits cataplasmes.
Oh la Bonté de Bonté
Qui ramasse gentiment les morceaux !
Les papillons désespérés de mes soieries japonaises
Seront bien vite épinglés, bien vite anesthésiés.

Et te voilà avec une tasse de thé,
Attention délicate.
Si le sang jaillit, c’est la poésie,
Rien ne peut l’arrêter.
Et tu me tends deux enfants, tu me tends deux roses.

(Sylvia Plath)

 

Recueil: Ariel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une fois plus tard je parlerai de quelque chose de beau (Agota Kristof)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Illustration: Agota Kristof
    
Une fois plus tard je parlerai
de quelque chose de beau
de douces choses tendres
avec une imperceptible tristesse
un soir quand le ciel se remplira de beauté
quand les maisons se feront grises
et tout sera brouillard

Là sous la pluie
parmi les maisons monochromes
je parlerai de l’empire
des feuilles d’automne
car il sera octobre

Derrière le brouillard
vous vous taisez
le col relevé
les mains frileuses dans les poches
sans lumière comme l’ombre

Et la pluie glisse sur nos têtes nues
sous nos cols
douce tendre pluie
tombe sur les maisons sur les arbres
et le ciel devient toujours plus beau

Et la beauté descendra sur vous
avec une imperceptible tristesse
et vous comprendrez que dorénavant
ce sera toujours l’automne

(Agota Kristof)

Découvert ici: https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/

Recueil: Clous : Poèmes hongrois et français
Traduction: Maria Maïlat
Editions: Zoé

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Un matin (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017




    
Un matin, une bien-aimée dit à son amant pour le mettre à l’épreuve :
«Ô homme de douleur, qui aimes-tu le plus de moi ou de toi ?»

Il répondit: «J’ai tellement été anéanti en toi,
que je suis rempli de toi de la tête aux pieds!

Rien ne reste de mon propre être, hormis le nom.
Dans mon être, ô ma douce,il n’y a que toi.
J’ai été annihilé comme le vinaigre dans un océan de miel».

De même, une pierre transformée en rubis parfait
se remplit des attributs du soleil.
(…)

Même si elle s’aimait elle-même,
ce serait de l’amour pour le soleil, ô jeune homme.

Même si elle aimait le soleil du plus profond de son âme,
elle serait assurément amoureuse d’elle-même

(Mawlana Rûmî)

 

 

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Le roi de Thulé (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Pierre Jan Van Der Ouderaa
    
Le roi de Thulé

Il était un roi de Thulé
A qui son amante fidèle
Légua, comme souvenir d’elle,
Une coupe d’or ciselé.

C’était un trésor plein de charmes
Où son amour se conservait :
A chaque fois qu’il y buvait
Ses yeux se remplissaient de larmes.

Voyant ses derniers jours venir,
Il divisa son héritage,
Mais il excepta du partage
La coupe, son cher souvenir.

Il fit à la table royale
Asseoir les barons dans sa tour ;
Debout et rangée alentour,
Brillait sa noblesse loyale.

Sous le balcon grondait la mer.
Le vieux roi se lève en silence,
Il boit, – frissonne, et sa main lance
La coupe d’or au flot amer !

Il la vit tourner dans l’eau noire,
La vague en s’ouvrant fit un pli,
Le roi pencha son front pâli…
Jamais on ne le vit plus boire.

(Gérard de Nerval)

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En bateau et la tasse en main (Chang-Oey)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



En bateau et la tasse en main

Comment, par une belle nuit,
se lasser de jouir du clair de lune,
sur les eaux du lac !
Comment, par un beau jour,
se lasser de parcourir la montagne,
sur le bord du lac !

Ma coupe se remplit toujours
d’un vin qui réjouit ma vue,
Mon cœur se vide
peu à peu des dix mille tracas
qui s’y étaient logés.

Notre hôte
compte ses mesures de grain par centaines,
Il a du vin en abondance,
gardons-nous bien de l’épargner.

La joie convient
à des amis qui se rencontrent,

Comme la tristesse convient
à ceux qui ne sont plus réunis
que par le souvenir.

(Chang-Oey)

Illustration:  Suzuki Harunobu

 

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Mon frère entre la sauge et l’ombre repose (Anne Perrier)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



herbier [800x600]

Mon frère entre la sauge et l’ombre
Repose
Que le jour sur le jour
Croise ses liserons
Tu vois
La mort sent l’herbe la rosée
Ton coeur s’est rempli de grillons
Repose
Mon frère entre la menthe et l’ombre
Pour toi
Le temps sèche dans un herbier

Moi au bord de la terre
Je guette encore
Le prochain départ des oiseaux

(Anne Perrier)

Illustration

 

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Cinq verres (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2016



Cinq verres,
ils se remplissent, se vident.
Je tape dessus avec un crayon —
son après son
l’histoire.

(Yannis Ritsos)

Illustration

 

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