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Plaisir de retourner sur la montagne (Hanshan Deqing)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2022



Illustration: Hokusaï
    
Plaisir de retourner sur la montagne

Fuir et quitter le monde n’est pas si difficile,
Habiter en montagne ne cause aucun souci.
Les nuages traversent le beau temps et la pluie,
Les rocs des pics éprouvent l’obscurité du soir.
La biche qui allaite dort au sein des buissons,
Les corbeaux qui reviennent au soir perchent sur l’arbre.
Au-dessus du sommet descend la pleine lune
Qui éclaire mon coeur et le sens de la vie.

(Hanshan Deqing)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

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Chats de partout (Henri Monnier)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    

Chats de partout

Je suis le chat de cimetière,
De terrain vague et de gouttière,
De haute-Egypte et du ruisseau
Je suis venu de saut en saut.

Je suis le chat qui se prélasse
A l’instant où le soleil passe,
Dans vos jardins et dans vos cours
Sans avoir patte de velours.

Je suis le chat de l’infortune,
Le trublion du clair de lune
Qui vous réveille dans la nuit
Au beau milieu de vos ennuis.

Je suis le chat des maléfices
Condamné par le Saint-Office;
J’évoque la superstition
Qui cause vos malédictions.

Je suis le chat qui déambule
Dans vos couloirs de vestibules,
Et qui fait ses petits besoins
Sous la porte cochère du coin.

Je suis le félin bas de gamme,
La bonne action des vieilles dames
Qui me prodiguent le ron-ron
Sans souci du qu’en dira-t-on.

Epargnez moi par vos prières
Le châtiment de la fourrière
Où finissent vos émigrés
Sans demeure et sans pedigree.

(Henri Monnier)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Du cerf, anxieux (Hito-Maro)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2022



Illustration: Frida Kahlo
    
Du cerf, anxieux
Devant la flèche cruelle
Du chasseur joyeux,
L’angoisse est à peu près celle
Qu’à mon coeur causent vos yeux.

(Hito-Maro)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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La Rue (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
La Rue

Deux vieilles causent à l’angle d’un mur,
elles font des gestes avec leurs mains sèches à mitaines noires,
un petit chat blanc frotte en ronronnant son beau poil luisant
à leurs jupes rêches et on voit branler leurs mentons pointus.

Une femme attend vers la laiterie,
une autre à la fontaine où son seau se remplit;
des laveuses lavent le linge:
elles rient, le seau grince,
on entend leurs rires et grincer le seau
dans le bruit de l’eau;
des hommes entrent boire à La Croix Fédérale,
le pasteur passe, le régent;
et les petites filles rentrent de l’école
avec leurs cheveux moussus de soleil
et leurs mollets maigres.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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St-Jacob (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2021


papy sur les toits 1

Les fenêtres les portes et les murs
Avec leurs couleurs
Et les toits et les massifs du jardin
Commencent à me connaître
Causons

(Pierre Albert-Birot)

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J’AI CUEILLI LA ROSE (Irwan Abu Bakar)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2021



    

Poem in French, Spanish, Dutch, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Icelandic, Kurdish, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Bangla, Irish, Serbian, Armenian, Macedonian, Indonesian, Malay, Catalan, Kiswahili, Turkish

Poem of the Week Ithaca 697 “I PLUCKED THE ROSE”, by IRWAN ABU BAKAR, Malasia, Kuala Lumpur, 12.02.2001.

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

J’AI CUEILLI LA ROSE

Lorsque je cueillis la rose,
le parfum et les épines se libérèrent avec les fleurs
je tombai amoureux et du parfum et des épines
un moment d’abandon au plaisir d’inhaler
un moment de douleur causé par la piqûre
amoureux et paumé
par la jouissance terrestre.

(Irwan Abu Bakar)

Traduction Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache

***

ARRANQUÉ UNA ROSA

Cuando arranqué la rosa,
la fragancia y las espinas vinieron con las flores.
Me enamoré de la fragancia y las espinas:
por un instante me deleitó el olfato
por un instante me dolieron los pinchazos
encaprichado y enloquecido
por el placer terrenal.

Tranducción Irwan Abu Bakar-Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

IK PLUKTE DE ROOS

Toen ik de roos plukte,
kwamen met de bloesems ook het parfum en de doorns vrij
ik was verliefd op het parfum en op de doorns:
een moment van overgave aan het genot van het opsnuiven
een moment van pijn door het prikken
verliefd en verdwaasd
door het aardse genot.

Vertaling uit het Engels door Germain Droogenbroodt

***

I PLUCKED THE ROSE

When I plucked the rose,
the fragrance and the thorns came with the blossom.
I was in love with the fragrance and the thorns:
a moment indulging in sniffing
a moment in pain being pricked
infatuated and maddened
with earthly pleasure.

Translated by the author and Stanley Barkan

***

HO STRAPPATO LA ROSA

Quando ho strappato la rosa,
il profumo e le spine vennero insieme al fiore.
Ero innamorato del profumo e delle spine:
un momento indugiando nell’odorare
un momento nel dolore della puntura
infatuato e arrabbiato
nel piacere terreno.

Treduzione dell’autore – Stanley Barkan – Luca Benassi

***

ICH PFLÜCKTE DIE ROSE

Als ich die Rose pflückte,
traten mit den Blüten auch der Duft und die Dornen hervor
ich war verliebt in den Duft und die Dornen:
ein Moment der Hingabe an das Riechen,
ein Moment des Schmerzes durch die Stiche
betört und rasend
durch das irdische Vergnügen.

Übersetzung aus dem Englischen von Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

***

COLHI UMA ROSA

Quando colhi a rosa,
a sua fragrância e espinhos vieram com a flor;
fiquei enleado pela fragrância e os espinhos:
ora deleitando-me a cheirar,
ora sentindo dor ao ser picado,
apaixonado e enlouquecido
pelo prazer terreno.

Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

CUGGHÌU LA ROSA

Quannu cugghìu la rosa,
lu prufumu e li spini accumpagnaru lu bocciolu
M’innamuravi dû prufumu e di li pini
Mi piaciu ciauriari lu prufumu p’un mumentu,
e sentiri duluri pi li spini,
nnamuratu e nfuddutu
cu li piaciri di la terra.

Traduzioni in siciliano di Gaetano Cipolla

***

AM CULES TRANDAFIRUL

Pe când culegeam trandafirul,
parfum și spini s-au însoțit cu floarea-i
și m-am trezit iubindu-i nu doar parfumul, ci și spinii:
întâi sorbeam mireasma îmbătătoare,
apoi simțeam durerea săgetândă;
eram deopotrivă robit și înnebunit,
pătruns de patimi pământești.

Traducere: Germain Droogenbroodt și Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

ZRYWAJĄC RÓŻĘ

Kiedy zrywałem różę,
woń i ciernie towarzyszyły kwieciu.
Pokochałem tę woń i te ciernie:
w chwili gdy poddawałem się zapachowi,
w chwili gdy odczuwałem ból pokłucia,
zadurzony i oszalały
od tej ziemskiej rozkoszy.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień
Translated into Polish by Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

ΤΡΙΑΝΤΑΦΥΛΛΟ

Έκοψα το τριαντάφυλλο
μπουμπούκι κι άρωμα μαζί και με τ’ αγκάθια
τ’ αγκάθια του αγάπησα και τ’ άρωμα του
για μια στιγμή χαμένος στ’ άρωμα του
για μια στιγμή στον πόνο του τσιμπίματος του
ερωτευμένος μα και ξετρελαμένος
από τη γηϊνη του ευφροσύνη

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

我摘了这朵玫瑰

当我摘下这朵玫瑰,
芳香和棘刺伴随花开而来。
我爱慕这芬芳和这棘刺:
沉迷于嗅闻的片刻
被刺得疼痛的片刻
痴情和疯狂于
人间的快乐。

原 作:马来西亚 伊尔宛· 阿布· 巴卡尔
英 译 :作者和斯坦利· 巴坎
汉 译: 中 国 周道模 2021-9-16
Translated into Chinese by William Zhou

***

قَطَفْتُ زَهْرَة

عِنْدَمَا قَطَفْتُ زَهْرَةً
الرَّائِحَةُ العَطِرَةُ والشَّوكُ أَتَيَا مَعَهَا
أَحْبَبْتُهُمَا:
لَحْظَةُ انْغِمَاسٍ جَمِيلٍ فِي الشَّمِ
وَلحْظَةُ اَلَمٍ جَرَاءَ وَخْزَة
كَمْ أَنَا مُتَيًّمٌ وَمْجُنونٌ
بِلَذَّةِ دُنْيَويَّة
إروان أبو بكر، ماليزيا

كوالا لمبور: 12/02/2001

ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة
Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

जब मैंने गुलाब को तोड़ा,

सुगन्ध और काँटे फूल के साथ आए।
खुशबू और काँटों से मोहब्बत थी मुझे :
सूँघने में लिप्त एक पल
दर्द में एक पल चुभ रहा है
मुग्ध और पागल
सांसारिक सुख के साथ।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

***

バラの花を摘んだ時

バラの花を摘んだ時
花とともに香りとトゲがやって来た
そう、わたしは香りとトゲの両方に恋をしていた
そのかぐわしさに溺れる瞬間
同時に指を刺す痛みを感じる
この世の快楽に
夢中になって狂おしい

イルワン・アブ・ベイカー(マレーシア)

Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

گل رز را چیدم

وقتی گل رز را چیدم،
عطر و خار با غنچه آمد.
من عاشق عطر و خار بودم:
لحظه‌یی سرمست بوییدن
لحظه‌یی درد از خلیدن خار
شیفتگی و‌ دیوانگی
با لذتی زمینی.

ایروان ابوبکر، مالزی
, 12.02.2001کوالا لامپور

ترجمه: سپیده زمانی
Translated into Farsi by Sepideh Zamani

***

ÉG TÍNDI RÓS

Þegar ég tíndi rósina,
bárust ilmur og þyrnar með blóminu.
Ég var ástfanginn af ilminum og þyrnunum:
um stund naut ég þess að anda að mér
aðra stund stunginn og kvalinn
hrifinn og óður
af jarðneskri sælu.

Translated into Icelandic by Þór Stefánsson

***

MIN GULEK JÊKIR

Dema min gul jêkir,
bi geşiyê re bîhn û mit jî hatin
min ji bîhn û mitan hezkir:
Kêliyeke dilsoziyê û meraqeke bîhnê
kêliyeke êşê ji şewata mitan
hezkirinî û cadûyî
bi şahiyeke erdanî.

Translated into Kurdish by Hussein Habasch

****

Я СОРВАЛ РОЗУ

Когда сорвал я розу,
с лепестками полетели вверх шипы и аромат.
Я в них влюбился
в тот момент, когда вдыхаешь с наслаждением,
и в момент, когда от боли плачешь.
Я влюблен и глуп
от неги на земле.

Перевод на русский язык Дарьи Мишуевой
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

PINIGTAS KO ANG ROSAS

Nang pinigtas ko ang rosas,
ang samyo at ang mga tinik ay kasabay ng pamumulaklak nito.
Napaibig ako sa samyo at mga tinik:
Ilang sandali na nagpapakasawa sa pag-amoy
Sumandaling kirot ang nadama ng ako ay matinik
Nagmahal at nabaliw
Sa idinudulot ng kasiyahan sa lupa.

Isinalin sa Wikang Filipino ni Eden Soriano Trinidad
Translated into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

קטפתי את הוורד / אירוָון אַבּוּ בָּקָר, מלזיה

כְּשֶׁקָּטַפְתִּי אֶת הַוֶּרֶד,
בָּאוּ, יַחַד עִם
הַלִּבְלוּב, הַנִּיחוֹחַ וְהַקּוֹצִים.
הָיִיתִי מְאֹהָב בַּנִּיחוֹחַ וּבַקּוֹצִים:
רֶגַע שֶׁל עֹנֶג בָּרִחְרוּחַ
רֶגַע שֶׁל כְּאֵב נוֹקֵב
מְאֹהָב וּמֻטְרָף
בַּהֲנָאָה אַרְצִית.

תרגום לאנגלית: המשורר וסטנלי ברקן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

***

நான் ரோஜா மலரைப் பறித்தேன்!!!

நான் ரோஜாமலரைப் பறித்தபொழுது
மணமும், முட்களும் மலர்ந்து வந்தன
மணத்தோடும் முட்களோடும் நேசித்திருந்தேன்
முகர்ந்து பார்த்தலில் இன்பம்
குத்தும் பொழுது வலி ஒரு கணம்
மோகமும் பயித்தியமும்
மண்ணின் மகிழ்வோடு!
ஆக்கமும் மொழியாக்கமும்

Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

***

আমি গোলাপটি তুলে ছিলাম

যখন আমি গোলাপটি তুলে ছিলাম,
সুগন্ধ এসেছিল কাঁটার সাথে সঙ্গে নিয়ে প্রস্ফুটিত ফুল ।
আমি সুগন্ধ কে ভালোবেসেছিলাম আর ভালোবেসেছিলাম কাঁটা গুলিকে:
একটি ক্ষণিকের জন্য শুঁকতে গিয়েছিলাম
একটি মুহুর্তের ব্যথার কাঁটায় তাড়িত হলাম
হলাম মোহিত আর হলাম পাগল
সাথে নিয়ে পার্থিব সুখ ।

Translated by the author and Stanley Barkan
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

PHIOC MÉ AN RÓS

Nuair a phioc mé an rós,
Tháinig an chumhracht agus na spíonta leis an mbláth.
Leis na spíonta is an chumhracht thit mé i ngrá:
Gach ré seal ag smúrthacht
Agus do mo phriocadh ag na spíonta
Ar mire is faoi faoi dhraíocht
Ag an bpléisiúr saolta.

Leagan Gaeilge le Rua Breathnach
Translated into Gaelic by Rua Breathnach

***

UBRAH RUŽU

Kad ubrah ružu,
miris i trnje su došli sa cvetom.
Zaljubih se u miris i trnje:
uživah u trenu mirišući
doživeh tren bola zbog uboda,
ipak u ushićenju i zaluđenosti
zemaljskog zadovoljstva.

Sa engleskog prevelar S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

ЈА СКИНАВ РОЗАТА

Кога ја скинав розата,
со цветот добив и мирис и трње.
Се вљубив во мирисот и трњето:
момент впуштен во помирисување
момент во болка од боцнување
заљубен и полуден
од земно задоволство.

Ирван Абу Бакар, Малeзија
Превод од англиски на македонски јазик: Даниела Андоновска-Трајковска
Translated into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska

***

ԵՍ ՔԱՂԵՑԻ ՎԱՐԴԸ

Երբ քաղեցի վարդը,
բուրմունքն ու փշերը եկան ծաղկի հետ միասին.
ես սիրեցի բույրն ու փշերը,
պահ՝ տրված հոտառությանը,
պահ՝ տրված խայթվելու ցավին,
երկրային հաճույքով
սիրահարված ու խենթացած:

Հայերեն թարգմանությունը՝ Արմենուհի Սիսյանի
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan

***

KUPETIK MAWAR

Tatkala kupetik mawar,
semerbak dan duri terbawa pada bunga yang mekar.
Aku jatuh cinta pada semerbak wangi dan duri:
sejenak mesra tika menghidu
sejenak terasa luka tertusuk
gandrung dan tergila-gila
dengan kepuasan duniawi.

Translated by Lily Siti Multatuliana (Indonesian)

***

KUSUNTNG MAWAR

Apabila kusunting mawar
kusunting wanginya bersama durinya
bercintalah aku dengan wangi dan duri
sekala khayal mengendus
sekala bisa tercucuk
dalam maksyuk dan rajuk
kebahagiaan dunia.

IRWAN ABU BAKAR, Malasia
Kuala Lumpur, 12.02.2001.

***

VAIG AGAFAR UNA ROSA

Quan vaig agafar la rosa,
la fragància i les espines van venir amb les flors
em vaig enamorar de la fragància i de les espines
un instant delectant-me l’olfacte
un instant fent-me mal les punxades
encapritxat i embogit
pel plaer terrenal.

Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal
Translated into Catalan by Natalia Fernández Díaz-Cabal

***

NILINGOA ROSA

Nilipongoa maua ya rosa,
harufu nzuri na miiba zilikuja pamoja na maua.
Nikaipenda harufu yake pamoja na miiba:
Wakati mwingine nikawa nanukia
Wakati mwingine nikasikia uchungu kwa kudungwa.
Nikawashwa roho na mapenzi tele na uazimu
wa furaha za dunia.

Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara.

***

GÜLÜ KOPARDIM

kopardığımda gülü
kokusu ve dikeniyle geldi çiçek
aşıktım kokuya da dikenlere de
bir an koklamanın hazzı
bir an batan dikenin acısı
dünyevi zevklerin
sevdalısı ve delisiyim ben

İngilizceden çeviren: Muhsine Arda
Translated into Turkish by Muhsine Arda

(Irwan Abu Bakar)

 

Recueil: ITHACA 697
Editions: POINT
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Elle avait pris ce pli … (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



    

Elle avait pris ce pli …

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte! Hélas! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



 

Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments l’œil qu’éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme,
Si tu m’as souri, Dieu ! tout mon être bondit ;
Si, madame, au milieu de tous, vous m’avez dit,
À haute voix : Bonjour, monsieur, et bas : Je t’aime !
Si tu m’as caressé de ton regard suprême,
Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ;
Ta prunelle m’éclaire en me transfigurant ;
J’ai le reflet charmant des yeux dont tu m’accueilles ;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ;
Je cours, je vais, je ris ; plus d’ennuis, plus de maux ;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse !
Mais que ton cœur injuste un jour me méconnaisse ;
Qu’il me faille porter en moi jusqu’à demain
L’énigme de ta main retirée à ma main :
— Qu’ai-je fait ? qu’avait-elle ? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l’on cause,
Personne n’entendant, me disait-elle vous ? —
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée ;
Je m’en vais courbé, las, sombre comme un aïeul ;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,

Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ;
Le chagrin — âge et deuil, hélas ! ont le même air —
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m’y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j’ai vingt-cinq ans ; triste, j’en ai soixante.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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