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Poésie

Posts Tagged ‘prodige’

Aux fleurs (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Aux fleurs

Fleurs des bois, fleurs des prés, fleurs aux formes parfaites,
Quelle peine sincère, en ce mois, vous nous faites !
Vos coupes de parfums, vos vases de couleurs,
Vos calices de miel, vos corolles de pleurs,
Vos feuillages luisants, vos tiges élancées
Harmonieusement par la brise bercées,
Rien de votre beauté frêle n’a parfumé
Ni réjoui ce triste et frileux mois de mai !
Sans doute, un peu de vous dans la grâce des femmes
A charmé nos regards et consolé nos âmes…
Vos grandes sœurs ont eu leur règne séduisant
Et c’est le tour des plus petites, à présent.
– Églantines, lilas, tulipes, violettes,
C’est le printemps ! Muguets, agitez vos clochettes !
Dans les cerisiers blancs, dans les pommiers fleuris,
Le merle vous appelle avec de petits cris ;
Et les amants qui font l’amour à lèvres closes,
Ne peuvent rien se dire en l’absence des roses…
La terre, sous son herbe avare, vous attend,
Marguerite au cœur d’or, svelte lys éclatant,
Narcisse rose et blanc, pensée au velours sombre,
Et rêve de sommeil à votre petite ombre.
Chantez-nous la chanson délicate du bleu,
Et la gamme du rose exquis au rouge feu ;
Détaillez-nous la forme ascétique ou charnue,
Épanouie en boule, étoilée ou menue,
Et la variété soyeuse du satin,
Sa nuance innombrable au soleil du matin,
Ses éblouissements de pierres précieuses,
Ses ors, ses argents mats, ses pourpres somptueuses !
Comme trempé de sang, qu’on aperçoive au loin
L’ardent coquelicot dressé dans le sainfoin,
Et que dans la forêt, dentelée et légère,
Verte au pied du tronc gris, foisonne la fougère !
Point d’abeilles sans vous et point de papillons
Qui voltigent, de miel en miel, dans les rayons.
Vous êtes la lumière éclairant toute chose,
Ou bleue ou blanche ou mauve ou violette ou rose,
Et qui s’est incarnée en votre fine chair
Et, sous le ciel de pluie ou le firmament clair,
De vos calices fait de petites veilleuses
Frissonnantes au vent, douces et merveilleuses !
Vous êtes les parfums enivrants des sentiers,
Qui s’exhalent sans s’épuiser, des jours entiers,
Et, moite, dans le bois profond au vaste dôme,
Fume et l’emplit, pareil à l’encens, votre arôme !
La jeune fille rit en s’embaumant à vous,
Et pour vous respirer baise vos cœurs si doux.
Quand elle vous caresse à sa lèvre, on peut dire
Que la lèvre a l’odeur et la fleur le sourire !
Vous embellissez tout ; l’eau devient diamant
Dès que sur vous la goutte étincelle un moment,
Et lorsqu’un papillon brun en vous s’aventure,
Vous composez un prodige de la nature !
– Fleurs des champs, fleurs des bois, riches fleurs des jardins,
Splendide floraison : velours, tulles, satins ;
Humbles fleurs qui croissez au bord des grandes routes,
Fleurs indigentes qui bientôt vous fanez toutes ;
Fleurs à qui chaque jour le jet de l’arrosoir
Prodigue la fraîcheur qu’entretiendra le soir ;
Et vous, chétives fleurs tristes et négligées,
Qui n’êtes pas souvent d’eau limpide aspergées,
Qui comptez sur le ciel seulement, et que juin
Négligemment arrose en passant – et de loin,
C’est la saison ! Ne nous laissez pas dans la peine :
Sans couleurs, sans parfums, qu’est l’existence humaine ?

(Albert Lozeau)

 

 

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MASSACRE DES INNOCENTS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2020




    
MASSACRE DES INNOCENTS

Enfants d’Édouard et de Marie
enfants de Louis enfants de Jules
enfants du calendrier

Enfants prodiges et naturels
enfants martyrs et de l’amour
enfants abandonnés

Enfants d’hier et de demain
enfants du soir et de putain
enfants catalogués

Enfants des enfants des enfants
enfants sans tête ni pieds
enfants des bonnes années

Enfin enfants vous respirez
vous sucerez le sirop d’orgeat
et les bonbons des bonnes familles

Sucez léchez puisque tous lèchent
et qu’une paire de claques vous attend
enfants mes petits-enfants
et mes arrière-petits-enfants

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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JACHÈRE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



JACHÈRE

Chair frémissante du prodige
angoisse et volupté mêlées
l’homme se remet en chemin
à peine courbé sous le vent
dans l’effervescence des herbes
dont s’éprend un coquelicot
frêle rescapé des semailles

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Tout à coup, vers le nord, du vaste horizon pur (William Chapman)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



Tout à coup, vers le nord, du vaste horizon pur
Une rose lueur émerge dans l’azur,
Et, fluide clavier dont les étranges touches
Battent de l’aile ainsi que des oiseaux farouches,
Eparpillant partout des diamants dans l’air,
Elle envahit le vague océan de l’éther.
Aussitôt ce clavier, zébré d’or et d’agate,
Se change en un rideau dont la blancheur éclate,
Dont les replis moelleux, aussi prompts que l’éclair,
Ondulent follement sur le firmament clair.
Quel est ce voile étrange, ou plutôt ce prodige ?

(William Chapman)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Un couple là-bas s’endort (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Odd Nerdrum

 

Un couple là-bas s’endort
dans la barque de la mort.
Ne vous pressez pas, vous dis-je,
nous attendons un prodige.
Cannelure des colonnes
c’est de vous que sortit l’homme :
or au fond des propylées
la gorge était profilée.
Pins odorants de soleil
pour qui sonna le sommeil ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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TU VAS PAR LA ROUTE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Margarita Sikorskaia - Tutt'Art@ (4)

TU VAS PAR LA ROUTE

Tu vas par la route, sans savoir comment,
Tu portes le deuil et tu ne sais de qui,
Tu es comme l’arbre noir en automne
Quand la clarté fait reluire le gris.

Il aimerait avoir d’autres feuilles
Eclat argenté, mi-luisant, prodige
L’homme mourrait, mais il ne peut mourir,
Il vivrait, mais il est cassé, tué.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

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Bonheur, simplement, d’être là (Pierre Gabriel)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Bonheur, simplement, d’être là,
Parmi les pluies, les mots visibles,
Sur la terre un instant rassemblée
Dans l’odeur des prodiges,
D’éprouver le sang dru sous l’écorce,
La soif et ses ruisseaux d’épines,
Et de taire la vie pour l’écouter
Parler, d’être là, justement,
Où la lumière tremble et se divise,
D’appartenir à cet essaim de joie
Qui m’assaille et m’enclôt comme un fruit,
Puis me disperse au vent de vérité.

(Pierre Gabriel)

 

 

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Souvent j’ai rencontré le mal de vivre (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

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Souvent j’ai rencontré le mal de vivre:
c’était le ruisseau étranglé qui bouillonne,
c’était la feuille desséchée qui se recroqueville,
c’était le cheval terrassé.

Du bien, je n’ai rien su, hormis le prodige
qui entrouvre la divine Indifférence:
c’était la statue dans la somnolence
de midi, et le nuage, et le faucon haut dans le ciel.

(Eugenio Montale)

Découvert chez Lara ici

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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La danseuse n’est pas une femme qui danse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



 

La danseuse n’est pas une femme qui danse,
pour ces motifs juxtaposés qu’elle n’est pas une femme,
mais une métaphore résumant un des aspects élémentaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc…
et qu’elle ne danse pas, suggérant, par le prodige de raccourcis ou d’élans,
avec une écriture corporelle ce qu’il faudrait des paragraphes en prose dialoguée autant que descriptive,
pour exprimer, dans la rédaction : poème dégagé de tout appareil du scribe.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Isadora Duncan

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Les prodiges de la liberté (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    
Les prodiges de la liberté

Entre les dents d’un piège
La patte d’renard blanc
Et du sang sur la neige
Le sang du renard blanc
Et des traces sur la neige
Les traces du renard blanc
Qui s’enfuit sur trois pattes
Dans le soleil couchant
Avec entre les dents
Un lièvre encore vivant.

(Jacques Prévert)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Histoires
Traduction:
Editions: Folio

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