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Ce que tu déchires n’est plus mon coeur (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



    

Ce que tu déchires n’est plus mon coeur
il y a longtemps que mon coeur est mort
et ce qui t’aime en moi
est un fantôme aux mains dures
tirant sur le filet des veines
et n’y trouvant jamais d’autre poisson
que ton image

Je romprais corde à corde le piège
corde à corde
acrobate je gagnerais la mort
dans la gloire du cirque et de la musique aigre
afin de ne plus savoir que j’aime encore
et toi seule

Laisse-moi t’aimer
donne à mon fantôme
ton fantôme en pâture
et qu’ils mêlent loin de nous
longuement leurs sexes
nous laissant au moins en repos
le court moment de leur plaisir.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Je pense que tout est fini (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017




    
Je pense que tout est fini
Je pense que tous les fils sont cassés qui retenaient la toile
Je pense que cela est amer et dur
Je pense qu’il reste dorénavant surtout à mourir.

Je pense que l’obscur est difficile à supporter après la lumière
Je pense que l’obscur n’a pas de fin
Je pense qu’il est long de vivre quand vivre n’est plus que mourir.

Je pense que le désespoir est une éponge amère
qui s’empare de tout le sang quand le coeur est détruit.
Je pense que vous allez me renvoyer à la vie qui est immense
et à ce reste des femmes qui ont des millions de visages.

Je pense qu’il n’y a qu’un visage pour mes yeux

Je pense qu’il n’y a pas de remède

Je pense qu’il n’y a qu’à poser la plume
et laisser les démons et les larmes continuer le récit
et maculer la page

Je pense que se tenir la tête longtemps sous l’eau finit par étourdir
et qu’il y a de la douceur à remplacer son cerveau par de la boue

Je pense que tout mon espoir que tout mon bonheur
est de devenir enfin aveugle sourd et insensible.

Je pense que tout est fini.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Marine (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Ana Cruz _Under the waves

Marine

Les poissons ont de si jolies têtes
qu’on est obligé de les déplacer fréquemment
à cause des ravages qu’ils font dans le cœur des méduses
Les cœurs des méduses ravagés vont s’échouer dans les ports
sous forme de pétroliers ou de charbonniers
Les méduses elles-mêmes ne sont jamais repêchées
un nouveau cœur leur pousse bien plus grand que le premier
bien plus beau et bien plus vert et bien plus dur
car les méduses ne veulent plus aimer les poissons aux nageoires coupantes et
aux ouïes blanches
elles ne veulent plus aimer que le centre de gravité de chaque chose
dans le ciel et sur la terre
Les requins eux ne s’ennuient pas
avec de la toile à matelas
ils fabriquent de jolis draps
pour les noyés astucieux
qui sont accourus vers eux
en mâchant de la verveine
pour se parfumer les veines
non les requins ne s’ennuient pas
ils ont aussi de jolies têtes
pour ravager le cœur des méduses inquiètes

(Raymond Queneau)

Illustration: Ana Cruz

 

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AUX PALES ACCENTS DE L’AUBE (Jean Cayrol)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
AUX PALES ACCENTS DE L’AUBE

Dans la pleine liberté de la mort
quand le sang se refuse à être partagé
dans la noirceur de l’herbe qui s’endort
quand la terre apparaît tout au fond de la plaie

sous le soleil et sous la lune
quand le monde sans fin appelle un autre monde
dans le vent dur des arbres sur la dune
quand la mer est comme un attelage qui s’effondre

dans le ciel trouvé au fond du tombeau
quand la vie sourit aux feuilles qui tombent
dans la nuit qui joue qui rit dans les cendres
quand le vent n’est plus qu’un vol de l’oiseau

écoute je viens.

(Jean Cayrol)

 

Recueil: Poèmes de la nuit et du brouillard
Traduction:
Editions: Seuil

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Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Il est dur de marcher parmi les hommes (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Il est dur de marcher parmi les hommes
Et de faire semblant qu’on n’est pas mort,
De raconter le jeu tragique des passions
Devant ceux qui n’ont pas vécu encore.
De trouver, en scrutant le cauchemar des nuits
Un ordre dans le chaos fou des émotions
Pour que l’art fasse voir par ses pâles reflets
Quel brasier est la vie qui se détruit

(Alexandre Blok)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Edward Okun

 

 

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TROP LOIN (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



TROP LOIN

Tout se passe en silence
Le ciel est rétabli
Le soleil se balance
On vit sans rien de plus dans la douceur du sang

Où es-tu maintenant
Les jours se suivent se ressemblent
Les mains fragiles se rassemblent
Et la lumière est dure
L’homme a perdu son ombre au fond de la verdure

J’écoute
C’est bien moi
Je suis seul sur la route
Mon passé sur le dos
Dans ma gorge enflammée un bouquet de sanglots

(René Guy Cadou)

 

 

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DANS LA NUIT DES DONJONS JE NE PUIS PAS CHANTER ARTHUR EXIMA Á MARCIUS (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
DANS LA NUIT DES DONJONS JE NE PUIS PAS CHANTER ARTHUR EXIMA Á MARCIUS

Dans la nuit des donjons je ne puis pas chanter;
Dans l’étau de la peine il est dur de sourire :
Quel oiseau prendrait son essor l’aile brisée?
Quel coeur ensanglanté pourrait se réjouir?

***

IN DUNGEONS DARK I CANNOT SING ARTHUR EXIMA TO MARCIUS

In dungeons dark I cannot sing,
In sorrow’s thrall ’tis hard to smile:
What bird can soar with broken wing?
What heart can bleed and joy the while?

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Mort d’un Poète (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Mort d’un Poète
I. M. Francis Jammes

Mon Dieu comme il fait silence ici
on dirait que les sources ont tari
que les coeurs ont perdu leur vie
et les feuilles le secret des nids.

Comme il fait silence, on dirait que les jeunes filles
ont perdu le goût de chanter leurs rêves
ou que leurs rêves sont restés sans récompense
ou qu’elles savent que Dieu veut les priver de vie.

Plus personne n’appellera les fleurs par leurs noms
tous les prés s’en iront nourriture à fenil
sans qu’un doigt ait noué chaque brin d’harmonie

Vois comme est triste la prairie
depuis qu’il n’est plus là pour la chanter
vois comme les joncs sont durs au bout du pré
comme l’aube est pressée d’abandonner les sources…

Il y a toute la nuit avec son chant d’enfance
et le cri des crapauds vers-luisants du silence
il y a toute la nuit fermée sur les amours
et la lutte d’ailes au vents

toute la nuit de larves et d’essaims
(l’assassin doucement tourne la roue de lune sur la lame)
(le lecteur fantastique sous l’ombre des cheveux
voit naître sur la page la lointaine bataille)

il y a toute la nuit au bruit de source :
goutte à goutte, chant à chant, râle à râle
les sanglots jusqu’à l’aurore
les gestes pour soi-même et le poème écrit…

solitude ! solitude ! oh ! beauté de la nuit !…
la porte frappe sur la chair d’attente.

(Alain Borne)

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Fantasques (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




Illustration: Roger Vandenbulcke
    
Fantasques

Dans la roulotte l’hiver est dur
trois jeunes femmes grêles et nues
dans le froid noir pleurent et pleurent
devant leurs pauvres vêtements
sous lequel meurt
la vieille gitane
en claquant les dents
et froissant leur corps.

O le sang d’un amant
pour ce soir
où l’hiver et la mort
brûlent l’ultime voile.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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