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Poésie

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La vie profonde (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



 

La vie profonde

Etre dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire les sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
– S’élever au réel et pencher au mystère.
Etre le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l’eau.
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise …

(Anna de Noailles)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Alexandra Kirievskaya

 

 

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L’empreinte (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017




L’empreinte

Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,
D’une si rude étreinte et d’un tel serrement
Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s’échauffera de mon enlacement
La mer, abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau
Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir
Et la cigale assise aux branches de l’épine
Fera crier le cri strident de mon désir.
Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur les bords des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés
La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l’air ma persistante odeur
Et sur l’abattement de la tristesse humaine
Je laisserais la forme unique de mon cœur

(Anna de Noailles)

Illustration: Jean Paul Avisse

 

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La vie profonde (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017




La vie profonde

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
– S’élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l’eau,
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…

(Anna de Noailles)

 

 

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Adieu au folklore (Jean Villard–Gilles)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2017



    
Adieu au folklore

L’univers grâce à la technique
Ciné, radios, télévisions
N’est plus qu’un bloc monolithique
Sans chance aucune d’évasion
Formalités, visas, frontières
Peuvent bien disposer partout
Pour nous embêter leurs barrières
Les micros qui parlent, on s’en fout
Avec le Niagara d’images
Que déverse le cinéma
Il fait un monde sans visage
Neutre, grisaille, banal et plat
Lavage intensif et ses drôles
Injection mais à haute dose
De vitriol et d’eau de rose
Renaud Line et Gilbert Bécaud

Ainsi docilement mais en douce
Grâce aux slogans des hauts-parleurs
Comme roi dont l’esprit s’émousse
Descend l’échelle des valeurs
Nivellement systématique
Voici venir l’homme-robot
Sans réflexion ni sens critique
Sans coeur, sans tripes ni cerveau
Acceptant tout : même cuisine
Même film, mêmes préjugés
Mêmes habits, même doctrine
Plus la peine de voyager
Paris, Tokyo, San Francisco
Mêmes bars, même limonade
Même idéal, même salade
Renaud Line et Gilbert Bécaud

Que reste-t-il du vrai folklore
Coloré, vivant, émouvant ?
Le ciné, les ondes sonores
L’ont noyé sous leurs flots mouvants
Pour le voyageur de passage
Altéré d’authenticité
Les producteurs très à la page
Font du folklore à volonté
France des vaches, Garde Républicaine
Lauterbach, valet d’opéra
Sarclo, Bühler, la coupe est pleine
Servez chaud, folklore vaudois !
Mais que devient le flamenco
Dans la péninsule ibérique
A Granada sous les portiques ?
Cette voix, c’est Gilbert Bécaud !

Ainsi va ce monde grisaille
Ainsi le sel perd sa saveur
Espagne, Ukraine ou Cornouailles
Où sont donc vos fraîches couleurs ?
La paysanne catalane
Veut s’habiller comme à Paris
Elle abandonne la sardane
Pour danser le boogie-woogie
Tout se vide et se banalise
Un faux vernis anglo-saxon
Ennuyeux comme une banquise
Recouvre tout jusqu’aux chansons
C’est ainsi qu’à tous les échos
Exprimant l’idéal du monde
On entend détonner les ondes
Dans la nature à pleins tuyaux

(Jean Villard–Gilles)

 

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La nature serait mieux faite (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017



La nature serait mieux faite
si la truite plutôt que d’écailles
était couverte d’amandes effilées.

(Laurent Albarracin)

 

 

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Je crois que dans chaque fleur (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



Je crois que dans chaque fleur
il y a une machine étrange créée par la nature
qui ne s’exprime qu’en poésie
inutile donc qu’elle fraternise
ou qu’elle sème la discorde
entre ses fleurs ses herbes
comme le poète le fait avec les mots

(Adonis)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Tu deviens plus lucide (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



Tu deviens plus lucide de ce que tu es
À l’écoute de la nature
tu lis la poésie de la vie à la vie qui lit
la poésie de l’homme
la terre est un corps
la montagne un aïeul
le fleuve une veine la forêt musique
les étoiles sortent pour danser
les oiseaux pour applaudir et chanter
les ombres portent les clés de la lumière

(Adonis)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Ce qu’il faut au poète (Marie-Caroline Quillet)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Ce qu’il faut au poète

Enfant de la nature,
Il lui faut ses bouquets;
Ses tapis de verdure
Et l’or de ses guérets.

Mais il faut au poète
Des rythmes inconnus,
Les clartés du prophète
Et les nuits de Jésus.

Il lui faut des études
Aux aspects infinis:
D’austères solitudes
Pour nourrir ses esprits.

C’est là que le génie,
Au souffle créateur,
Infiltre l’harmonie
Dans le front du penseur…

(Marie-Caroline Quillet)

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En se séparant d’un voyageur (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



En se séparant d’un voyageur

Je descendis de cheval ; je lui offris le vin de l’adieu,
Et je lui demandai quel était le but de son voyage.
Il me répondit : Je n’ai pas réussi dans les affaires du monde ;
Je m’en retourne aux monts Nan-chan pour y chercher le repos.
Vous n’aurez plus désormais à m’interroger sur de nouveaux voyages,
Car la nature est immuable, et les nuages blancs sont éternels.

(Wang Wei)

 

 

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J’ÉCRIS POUR QUE LE JOUR (Anna De Noailles)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



 

J’ÉCRIS POUR QUE LE JOUR

J’écris pour que le jour où je ne serai plus
On sache comme l’air et le plaisir m’ont plu,
Et que mon livre porte à la foule future
Comme j’aimais la vie et l’heureuse Nature.

Attentive aux travaux des champs et des maisons,
J’ai marqué chaque jour la forme des saisons,
Parce que l’eau, la terre et la montagne flamme
En nul endroit ne sont si belles qu’en mon âme !

J’ai dit ce que j’ai vu et ce que j’ai senti,
D’un coeur pour qui le vrai ne fut point trop hardi,
Et j’ai eu cette ardeur, par l’amour intimée,
Pour être, après la mort, parfois encore aimée,

Et qu’un jeune homme, alors, lisant ce que j’écris,
Sentant par moi son coeur ému, troublé, surpris,
Ayant tout oublié des épouses réelles,
M’accueille dans son âme et me préfère à elles…

(Anna De Noailles)

Illustration: Ignacio Zuloaga

 

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