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Posts Tagged ‘nature’

Un silence (Yves Namur)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Ettore Aldo Del Vigo -   (95)

Il y a tout au fond de la fatigue
Tout ce qu’un homme a de plus beau à donner :

Son courage peut-être,
Sa sueur perlée, sa respiration difficile
Et ses blessures déjà anciennes.

Et au sommet de la colline,
Près des myrtilles, des bruyères et de la pluie,

Il y a aussi ce secret bien gardé

Que seule
La Nature est prête à partager avec lui.

***

Un silence
Qui ne se mesure pas au nombre de mètres qu’il faut pour l’enjamber
Et passer dans l’histoire d’un autre silence,

Un silence
Qui est parfois rempli de pétales de roses
Et de tristesse,

Un silence
Qui ressemble parfois à ces choses qu’on a perdues,
Englouties par des torrents de pluie
Ou des amours déçues.

Un silence comme ça nous renverse parfois,
Comme si nous n’étions qu’un simple tas de paille
A la merci du vent.

(…)

***

J’ai souvent pensé à ceci :

Il doit encore bien exister quelque part dans le monde
Des fragments de silence
Dont l’homme ne s’est jamais approché.

Quelques fragments,
Cachés peut-être tout au fond d’un puits perdu

Ou sur les parois d’une caverne profonde
Et encore inexplorée.

En quelque sorte des lambeaux,
Des fragments de ce qui pourrait être du silence originel

Dont seuls quelques insectes minuscules
Partageraient les secrets.

Et je me dis parfois que penser ainsi n’est pas bon,
Et qu’il n’y a que les poètes pour se nourrir de hasard, de coïncidences et de riens …

(Yves Namur)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

Découvert chez la boucheaoreilles ici

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Union dans la nature (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Union dans la nature

Le vent se glisse dans tes cheveux
Qui conservent leur ordonnance
Le temps coule entre tes doigts
Sans les dessécher

Nous sommes notre propre nourriture
Nos corps se cherchent
Et il suffit que nos mains se joignent
Pour partager la pluie et le soleil
Et découvrir le plaisir

Nous allons au pied des grands arbres
Voir s’agiter les feuillages
Et tandis que la nuit nous unit
Ta voix apprivoise mes rêves
Et l’ombre de ta bouche se fait chair.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Gaëlle Boissonnard

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J’AI CACHÉ MON AMOUR (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018




    
J’AI CACHÉ MON AMOUR

J’ai caché mon amour étant jeune et farouche
Jusqu’à ne plus souffrir le bourdon d’une mouche
J’ai caché mon amour pour ma détresse amère
Jusqu’à ne plus souffrir la vue de la lumière
Je n’osais pas jeter les yeux sur son visage
Mais par monts et par vaux je laissais son image
A chaque fleur des champs c’était un baiser pour
Dire adieu une fois encore à mon amour

C’est au plus vert du val que je l’ai rencontrée
La jacinthe des bois s’emperlait de rosée
Et la brise perdue baisait ses yeux d’azur
L’abeille aussi baisait et s’en allait chantant
Un rayon de soleil se frayant un passage
Mit une chaîne d’or à son col éclatant
Celée comme le chant de l’abeille sauvage
Elle est demeurée là tout le long de l’été

J’ai caché mon amour aux champs et à la ville
Jusqu’à être un jouet pour la brise gracile
L’abeille me semblait ressasser des ballades
Et la mouche rugir en lionne irritée
Il n’est pas jusqu’au silence qui ne prît langue
Et qui ne me hantât tout le long de l’été
L’énigme qui laissait la nature impuissante
N’était pas autre chose qu’un amour secret

***

I HID MY LOVE

I hid my love when young till I
Couldn’t bear the buzzing of a fly
I hid my love to my despite
Till I could not bear to look at light
I dare not gaze upon her face
But left her memory in each place
Where’er I saw a wild flower lie
I kissed and bade my love good-bye

I met her in the greenest dells
Where dewdrops pearl the wood bluebells
The lost breeze kissed her bright blue eye
The bee kissed and went singing by
A sunbeam found a passage there
A gold chain round her neck so fair
As secret as the wild bee’s song
She lay there all the summer long

I hid my love in field and town
Till e’en the breeze would knock me down
The bees seemed singing ballads o’er
The fly’s bass turned a lion’s roar
And even silence found a tongue
To haunt me all the summer long
The riddle nature could not prove
Was nothing else but secret love

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Deux gouttes dans un peu d’eau (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Deux gouttes dans un peu d’eau
au-dessus d’un réchaud
expriment un parfum de nature

Achetez mes huiles essentielles
vibrant dans le ciel
des idées pures

Le citron a la grâce d’un voleur
Le musc est un pacha
Le jasmin adoucit les moeurs
et il y a aussi l’herbe à chats

Le cactus surprend les belles
L’oranger apporte la paix
L’ambre est sensuel
et tranche comme l’épée

Ce sont les parfums de jadis
pommes vertes du paradis
qui ouvrent vos grands yeux fendus
aux anciens savoirs perdus

Deux gouttes dans un peu d’eau
feront frémir vos peaux
sous l’étreinte de la Nature

Achetez mes huiles essentielles
vibrant dans le ciel
des idées pures

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Te dire jamais (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018




    
Te dire jamais
jamais comme borne à l’univers connu
à la normalité merveilleuse de l’humain
jamais comme si on pouvait former des décrets
à partir de l’observation de la Nature

Je ne le dirai pas
Jamais n’est pas un mot de la réalité
jamais est un mot-lunette pour ceux comme toi
qui ont besoin de certitudes extérieures
Je n’en ai pas besoin moi

L’avenir s’étend couleur béton ciré
grande esplanade où je pourrai courir
Le vent est frais la lune et le soleil bien accrochés
Je fais des roulades sauts périlleux athlète papillon
plaisir fou de l’accord
avec le vent la lune et le soleil

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Qui pleure donc ce soir (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018




Illustration: Jill Greenberg

    
— Qui pleure donc ce soir quand le jour épuisé
ne montre aucun regret à déserter le ciel ?
qui pleure quand la nature se donne au silence,
trop heureuse d’accueillir la voix de la nuit ?

Qui pleure ? l’enfant qui avait voulu croire
que jamais la lumière ne disparaîtrait,
qui se voit obligé de suspendre ses jeux,
d’affronter les monstres que l’aube effacera ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Flot de carmin (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




    

Flot de carmin

Flot de carmin, ô carmina : poème !
et des flots d’or, des mirages de poudre,
et puis du bleu, de l’orange pour l’âme,
du vert aussi, non pas pour l’espérance
mais pour le goût que j’ai de la nature.

De chaque doigt s’échappent des couleurs
et de ma tête, il en jaillit partout.
J’ai entrepris de colorer le monde.
Pour vous je garde, amour, une surprise,
vous serez blanche et nul ne vous verra
que mon désir avec ses ailes noires.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Obscurs (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Obscurs

En nous, pour nous, poète ouvre des portes,
Sois sans bagage autre que béante
Cette ouverture où nous nous engouffrons
Pour inventer nous-mêmes nos issues.

Te traduisant, tu me traduis, mon frère,
En cette langue où tout texte paraît
Celui du temps, de la nature et d’herbes
Par l’écriture adorant leurs racines.

Qui connaissait dans les maisons de l’être
Ces lieux obscurs, ces salles souterraines,
Sinon celui de la plus haute tour
Accomplissant son chemin vertical ?

Je n’étais rien que pauvre silhouette,
Vaine apparence, et je suis l’habitacle
Du monde en moi coulé comme une cire.
Amour au vent, mon esquif et ma voile !

(Robert Sabatier)

 

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Tu rêves toi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Tu rêves toi

Tu rêves toi d’être un peu tous les autres.
Pour te traduire il te faut cent langages.
Rien n’y suffit, pas même la nature
avec les voix de son choeur innombrable.

Petit maillon fragile dans la chaîne,
poumon léger du grand souffle cosmique,
aurais-tu peur de rester seul au monde
quand la seconde assassine le siècle ?

Tu es issu d’un poème sans fin
et tu le lis comme on soulève un roc
pour établir le socle millénaire
de l’inconnu qui dirige ta quête.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Dialogue (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2017



 

Adamov Alexey

Dialogue

Où sont tant de beautés que le printemps avait,
Ornement des jardins et des molles prairies ?
Où sont toutes les fleurs des campagnes fleuries ?
Où est le temps serein qui les coeurs émouvait ?

Où est le doux plaisir qui dans l’âme pleuvait
Durant les jeunes mois ? par qui les fantaisies
Des esprits généreux célestement nourries
Admiraient les effets que nature pouvait ?

Ces beautés maintenant mortes dessus la terre
Vivent en Artémis, qui les garde et les serre
Pour embellir ce tout de mille biens divers :

La face du printemps de là se renouvelle,
Le soleil y emprunte une clarté plus belle,
Et c’est le paradis de ce grand univers.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Adamov Alexey

 

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