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Poésie

Posts Tagged ‘mère’

… parce que (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

… parce que mes yeux vagabondent en d’autres
lieux que mes muscles…
parce que je suis étranger à mon passage
et immuable dans l’immuable quête
prise au ventre de ma mère…

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

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VAINE MURAILLE (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
VAINE MURAILLE

Une jeune mère
une bête douce
s’assied près de moi,
me sourit, et je
souris, l’enfant dort.
Insondable joie
du printemps banal,
encore un peu, les marronniers seront en fleurs,
nous trois ensemble au fond du jour,
et combien d’autres…
Vaine muraille
la personne
quand tu t’écroules
on est si bien
dans la lumière.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mémoire (Évelyne Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



Andrius Kovelinas  s - With Love 

Mémoire

Le frémissement de nos souffles
se désagrège
comme des pétales
prisonniers de la main qui flétrit
je voudrais conserver le temps dans une mémoire
sans tangage ni tremblements
et retrouver la virginité de l’espoir
où les mères ne meurent pas
obscurcies de rêves détruits
d’enfants cassés
de chagrins enfouis
de mille histoires que nul ne dira
si ce n’est cette mémoire alourdie de larmes

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Andrius Kovelinas

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Le Temps retrouvé (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2019


 


 

clochette

Tout s’était décidé au moment où ne pouvant plus supporter d’attendre au lendemain pour poser mes lèvres sur le visage de ma mère,
j’avais pris ma résolution, j’avais sauté du lit et étais allé, en chemise de nuit, m’installer à la fenêtre par où entrait le clair de lune jusqu’à ce que j’eusse entendu partir M. Swann.
Mes parents l’avaient accompagné, j’avais entendu la porte s’ouvrir, sonner, se refermer.

A ce moment même, dans l’hôtel du prince de Guermantes, ce bruit de pas de mes parents reconduisant M. Swann,
ce tintement rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais de la petite sonnette qui m’annonçait qu’enfin M. Swann était parti et que maman allait monter,
je les entendais encore, je les entendais eux-mêmes, eux situés pourtant si loin dans le passé.

Alors, en pensant à tous les événements qui se plaçaient forcément entre l’instant où je les avais entendus et la matinée Guermantes,
je fus effrayé de penser que c’était bien cette sonnette qui tintait encore en moi, sans que je pusse rien changer aux criaillements de son grelot,
puisque, ne me rappelant plus bien comment ils s’éteignaient, pour le réapprendre, pour bien l’écouter,
je dus m’efforcer de ne plus entendre le son des conversations que les masques tenaient autour de moi.

Pour tâcher de l’entendre de plus près, c’est en moi-même que j’étais obligé de redescendre.
C’est donc que ce tintement y était toujours et aussi, entre lui et l’instant présent, tout ce passé indéfiniment déroulé que je ne savais pas que je portais.

Quand il avait tinté j’existais déjà et depuis, pour que j’entendisse encore ce tintement,
il fallait qu’il n’y eût pas eu discontinuité, que je n’eusse pas un instant pris de repos, cessé d’exister, de penser, d’avoir conscience de moi,
puisque cet instant ancien tenait encore à moi, que je pouvais encore le retrouver, retourner jusqu’à lui, rien qu’en descendant plus profondément en moi.
C’était cette notion du temps incorporé, des années passées non séparées de nous, que j’avais maintenant l’intention de mettre si fort en relief dans mon œuvre.

Et c’est parce qu’ils contiennent ainsi les heures du passé que les corps humains peuvent faire tant de mal à ceux qui les aiment,
parce qu’ils contiennent tant de souvenirs, de joies et de désirs déjà effacés pour eux, mais si cruels pour celui qui contemple
et prolonge dans l’ordre du temps le corps chéri dont il est jaloux, jaloux jusqu’à en souhaiter la destruction.

Car après la mort le Temps se retire du corps et les souvenirs – si indifférents, si pâlis – sont effacés de celle qui n’est plus
et le seront bientôt de celui qu’ils torturent encore, eux qui finiront par périr quand le désir d’un corps vivant ne les entretiendra plus.
Profonde Albertine que je voyais dormir et qui était morte.

(Marcel Proust)

 

 

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L’oreiller d’un enfant (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019



 

Aron Wiesenfeld   Immigrant

L’oreiller d’un enfant

Cher petit oreiller, doux et chaud sous ma tête,
Plein de plume choisie, et blanc, et fait pour moi !
Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête,
Cher petit oreiller, que je dors bien sur toi !

Beaucoup, beaucoup d’enfants, pauvres et nus, sans mère,
Sans maison, n’ont jamais d’oreiller pour dormir ;
Ils ont toujours sommeil, ô destinée amère !
Maman ! douce maman ! cela me fait gémir …

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Il suffit que l’enfant souffre (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2019




Il suffit que l’enfant souffre, et toujours lui revient le même appel à sa mère.
Cette absolue confiance que nous cherchons à retrouver toujours, immédiate autant qu’inexplicable,
n’a-t-elle part au secret qui habite les corps ?

Cette confiance dans l’abîme, au delà de tout réconfort.

Un abîme matériel, maternel, où nous serions tout entiers saisis.

L’intimité retrouvée avec les choses.
Le sentiment merveilleusement pur, comme enfantin, de leur mystère.

(Gérard Pfister)

Illustration

 

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VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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VENTE (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Germain Droogenbroodt
(Grand Merci Germain pour tout ce que tu me donnes à partager: :-))
    
VENTE

Au printemps
je vends
des violettes de jardins perdus
en été
des roses de papier
des asters de mots
en automne
en hiver
des fleurs de glace de la fenêtre
de ma mère morte.
Ainsi je vis
du jour
à la nuit.
La nuit
je chante les louanges
de la lune et des étoiles
jusqu’à ce qu’apparaisse le soleil
et qu’il me vende
au jour.

***

VERKAUFEN

Im Frühling
verkaufe ich
Veilchen aus verlorenen Gärten
im Sommer
Papierrosen
Astern aus Worten
im Herbst
im Winter
Eisblumen vom Fenster
meiner toten Mutter
So lebe ich
in den Tag hinein
in die Nacht
Nachts
rühme ich
Mond und Sterne
bis die Sonne erscheint
und mich verkauft
an den Tag

***

VENDA

Na Primavera,
vendo
violetas de jardins perdidos
no Verão
rosas de papel
sécias de palavras
no Outono
no Inverno
cristais de gelo da janela
da minha mãe morta
Assim vivo
todo o dia
até à noite
À noite
exalto
a lua e as estrelas
até que apareça o sol
e me venda
ao día

***

VENDERE

A primavera
vendo
violette di giardini perduti
in estate
rose di carta
astri di parole
in autunno
in inverno
fiori ghiacciati dalla finestra
della mia madre morta
così io vivo
dal giorno
alla notte.
Di notte
lodo
la luna e le stelle
finché non appare il sole
e vende me
al giorno.

***

VENDER

En primavera
vendo
violetas de jardines perdidos
en verano
rosas de papel
porciones de palabras
en otoño
en invierno
escarchadas flores en la ventana
de mi madre muerta
Así vivo
del día
hasta la noche
Por la noche
alabo
a la luna y las estrellas
hasta que el sol aparece
y me vende
el día

***

TO SELL

In spring,
I sell
violets from lost gardens.
In summer,
paper roses
asters of words.
In autumn in the winter,
frost flowers from the window
of my deceased mother.
So I live
from day
to night.
At night,
I praise
moon and stars
till the sun appears
and sells me
to the day.

***

VERKOPEN

In de lente
verkoop ik
viooltjes uit verloren tuinen
in de zomer
rozen van papier
asters uit woorden
in de herfst
‘s winters
ijsbloemen van het venster
van mijn dode moeder
Zo leef ik
van de dag
naar de nacht
’s Nachts
roem ik
maan en sterren
tot de zon verschijnt
en mij verkoopt
aan de dag

(Rose Ausländer)

 

Recueil: ITHACA 580
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Allemand original / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Italien Luca Benassi / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt
Editions: POINT

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Nous avons confié l’amour à la terre (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2019



 

Rigaud Benoit  Damballah-Wedo-and-his-Consort-ca.1967

Nous avons confié l’amour à la terre,
Extrait de l’arbre le secret de sa fleur,
Une mère terrible éparpillée
Dans le souvenir de son sang,
Un territoire mêlé dans le jeu inquiet
Des regards qui se manquent.
Notre ressemblance est un
Accident renouvelé.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Rigaud Benoit

 

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Dieu tu m’as donné la voix (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Siegfried Zademack -   (15)

Dieu tu m’as donné la voix,
Dieu c’était pour m’en servir,
si j’ai trop parlé parfois
c’était de choses à dire.
qui pourrait y contredire ?
J’ai parlé selon ma foi.
Engageons-nous dans l’humain,
tout le reste est comédie,
dans la dangereuse vie
marchons la main dans la main.
La mère donne le sein
à l’image de Marie
et c’est la source de vie
c’est la source du matin.
J’en reviens toujours à l’âme :
qui peut dire ce qu’elle est
et qui peut dire son drame ?
Nous sommes les fils des femmes
dans un Monde imaginé.
Qui connaît l’autre côté ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Siegfried Zademack

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