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EN ÉTÉ DANS UN CHALET DE MONTAGNE (Gao Pian)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



EN ÉTÉ DANS UN CHALET DE MONTAGNE

Pendant les longues journées d’été
Dans l’ombre épaisse des arbres
Un étang reflète mon chalet
Avec son balcon
Le rideau vert frissonne au moindre vent
Les roses grimpant sur la balustrade
Répandent leur parfum dans toute la cour

(Gao Pian)

 

 

 

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LE CARREAU (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



LE CARREAU

Pures pluies, femmes attendues,
La face que vous essuyez,
De verre voué aux tourments,
Est la face du révolté ;
L’autre, la vitre de l’heureux,
Frissonne devant le feu de bois.

Je vous aime mystères jumeaux,
Je touche à chacun de vous;
J’ai mal et je suis léger.

(René Char)

Illustration: Mitty Desques

 

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LES PIES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2019



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LES PIES

De branche en branche
Les pies
Sautent, noires et blanches,
Et crient.

Un attelage,
Monumental comme une grange en marche,
Sur la montée, à contre ciel, près d’un village,
Bombe sa charge ;

Les fers des gros chevaux résonnent,
Le charroi passe, énorme et lourd,
Les petites maisons frissonnent
Aux carrefours.

Tandis qu’aux alentours,
Noires et blanches,
De branche en branche,
Les pies
Crient.

Tandis qu’aux alentours,
Noires et blanches,
De branche en branche,
Les pies
Crient.

(Emile Verhaeren)

 

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On le sait (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2019



Illustration: Vladimir Kush
    
On le sait

On le sait par cette écume
où frissonnent nos poitrines
par ce phare qui s’allume
cette voile qui s’incline

le vent glisse sur la toile
bruit de sable qui s’écoule
on le sait qu’on va chez toi
l’acharnée où mon sang roule

sur la côte tremble un feu
on le sait qu’on nous attend
vague à vague creux par creux
que s’affale cet élan.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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NUIT D’HIVER (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2019



NUIT D’HIVER

Quand je passe par les nuits silencieuses
Et que ma pensée t’évoque
En de muettes douleurs…
O rêve, âme idéale,
Amour
Qui voudrait renaître,
Pour te faire frissonner de volupté…
O rêve, âme idéale,
Pourvu que n’en aient vent
Les amantes d’antan…

*

Quelle ombre à ta fenêtre jaillit,
Ombre d’amours vaincues ?
Vieux poète, abîme de la nuit
Sur la neige des rues.
Des sanglots par cette nuit d’hiver
Où la tempête engloutit tout
Courent Dieu sait où,
En l’instant lourd, amer…

(George Bacovia)

Illustration

 

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Ne devinez-vous pas pourquoi je meurs d’amour ? (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Ne devinez-vous pas pourquoi je meurs d’amour ?
La fleur me dit : salut : l’oiseau me dit bonjour :
Salut ; c’est le printemps ! c’est l’ange de tendresse !
Ne devinez-vous pas pourquoi je bous d’ivresse ?
Ange de ma grand’mère, ange de mon berceau,
Ne devinez-vous pas que je deviens oiseau,
Que ma lyre frissonne et que je bats de l’aile
Comme hirondelle ?…

(Arthur Rimbaud)

Illustration: William Robert Symonds

 

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Les demoiselles du temps jadis (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019



Illustration: Jean Gabriel Goulinat
    
Les demoiselles du temps jadis

Gwendoline Mac Dougall Esperanza Griffi
et Jennifer Atkins chantant la nuit venue
oublierai-je vos rires lorsque vous nagiez nues
dans l’eau phosphorescente de la plage à minuit?

Où sont vos rires envolés? Où est Anna
qui de ses longs cheveux me caresse et me mord
promenant lentement sa bouche sur mon corps?
Qu’est devenu le beau plaisir qu’on se donna?

Quelque part très foin loin dans la galaxie
l’écho de l’écho d’un éclat de rire carillonne
Un rayon demi-mort s’éveille un peu frissonne
se souvenant peut-être d’avoir connu ailleurs

Jennifer Gwendoline Anna Esperanza
dont le nom aujourd’hui ne dit rien à personne

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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Toi qui as peur (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Annie Predal
    
Toi qui as peur

Ma faible ma si faible
toi qui as peur de ta faiblesse
ma vigne folle au vent tremblant
c’est moi la treille sous tes mains

mon lierre noir toi qui t’écroules
je suis le mur dessous ta peau
mon eau sans forme qui s’enfuit
c’est moi le verre et ton barrage

ne tremble plus je suis l’appui
nuit après jour de tes naufrages
la couverture où l’on t’enroule
ma frissonnante ton radeau

ma naufragée je suis la mer
je te conduis je t’engloutis
je suis la paix sous tes paupières
où tous nos pas ont abouti.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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LUCIE (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

LUCIE

Lorsque Lucie s’amuse
A me parler tout bas
J’ai la mine confuse
Et rougis malgré moi
Ell’ me dit tu es bête
Car ell’ ne comprend pas
Ce qu’il y a dans ma tête
Que mes pensées s’arrêtent

Lorsque Lucie me frôle
J’ai le coeur en émoi
Et ça me fait tout drôle
Je ne sais pas pourquoi
Je ne vois plus personne
Il n’y a qu’elle et moi
Mais elle m’impressionne
Et souvent je frissonne

Lorsque Lucie m’ignore
Je ne sais où aller
Le chagrin me dévore
J’ai envie de pleurer
Mes idées se mélangent
Elle rit sans arrêt
Moi pour donner le change
Je dis des choses étranges

Lorsque Lucie me quitte
Je reste dans mon coin
Ma vie part à sa suite
L’accompagne de loin
Mes amis ça les choque
Ils ne comprennent rien
Ils ne sont plus d’époque
Et bêtement se moquent

Parc’ que j’aime une môme
Qui n’a que dix-huit ans
Parc’ que je suis un homme
Et qu’elle n’est qu’un enfant
Ma déception est vive
Car ils ne savent pas
Que lorsque Lucie arrive
L’amour entre chez moi

(Charles Aznavour)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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