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PARIS SANS TOIT, PARIS SANS TOI (Morgane Rozier)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021




PARIS SANS TOIT, PARIS SANS TOI

Paris sans toit, Paris la nuit,
Vole les étoiles une à une,
Ne laissant aux cieux que la lune.
Et jusqu’au matin Paris luit,
Paris joue, s’exhale en délices :
Billards enfumés, pianos-bars,
Paris secret des boulevards,
Entrevu par ton interstice…

Paris sans toit, fin de la nuit,
Le creux de jolies cernes brunes
À un baiser a servi d’urne.
Le temps a un goût de litchi.
Le silence soudain se hisse
Face au jour tel un étendard
Murmurant qu’il n’est pas trop tard
Pour que dans tes bras je me glisse.

Paris sans toi, sans jour ni nuit,
N’est plus que relents d’amertume :
Fleur inachevée se consume,
S’étiole la saveur d’un fruit
Trop tôt cueilli. Un long supplice…
Un coeur cloué avec un dard,
Mais cette fois il est trop tard.
N’étais-je à tes yeux qu’un caprice ?

(Morgane Rozier)

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Nuit de prédestination (Nohad Salameh)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2021




    
Nuit de prédestination

En pèlerinage hors de nos corps
Nous prenons le terminal circulaire des migrateurs
Et franchissons les cinq cercles de la plume du paon
Descente dans les strates du temps
Portes ouvertes aux sept cieux
Aux sept abîmes.
Retrouverions-nous le chemin qui ramène
Au commencement des choses
L’espace d’une nuit de prédestination
Où tout deviendrait le goût même du toucher
À force de pénétrer au coeur de la caresse
Et de consumer le mouvement ?

(Nohad Salameh)

 

Recueil: Voix d’encre 33
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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Promenade quotidienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2021



Promenade quotidienne

Je ferme les yeux
Et à petites bouchées
Je savoure le goût du jour

Que m’importe les autres
Quand je cours
Sur l’herbe fraîche
Au milieu des haies

Je parcours un pays
Au-delà de l’ombre
Où les routes disparaissent
Dans des espaces de chaleur
Où les arbres s’élèvent vers la clarté

Je suis la rivière bavarde
Aux lentes navigations
Respirant alors un air fétide
Sur des chemins de halage
Où poussent des herbes chétives

Quand je rentre le soir
Je me faufile
Entre ombre et lumière
A la lisière du silence
Pour me glisser dans la nuit
Sous les astres à l’affût
Dans un ciel qui cache
Bien des mystères.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

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Le goût candi (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



Dans les plis de sa vareuse
il cherche
le goût candi
où l’enfance trébuchait
sans conséquence

(Bernard Montini)

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ROMANCERO SOMNAMBULE (Federico García Lorca)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



ROMANCERO SOMNAMBULE

Vert, que je t’aime vert.
Le vent vert. Les vertes branches.
Le bateau sur la mer
et dans la montagne le cheval.
Avec l’ombre à la ceinture,
elle rêve à son balcon
verte chair, cheveux verts,
les yeux d’argent glacé
Vert que je t’aime vert.
Sous la lune gitane
les choses la regardent
et elle, elle ne peut les regarder.

****

De grandes étoiles de givre,
viennent avec le poisson d’ombre
qui ouvre le chemin de l’aube.
Le figuier frotte son vent
avec la lime de ses branches,
et la colline, chat sauvage
hérisse ses dures agaves.
Mais qui viendra ? Et d’où … ?
Elle est toujours à son balcon
verte chair, chevelure verte,
rêvant de la mer amère.

****

Compère, je veux changer,
mon cheval pour votre maison,
ma monture pour votre couverture.
Compère, je perds mon sang,
depuis les cols de Cabra.
Si je pouvais, garçon,
le marché serait conclu.
Mais moi je ne suis plus moi
et ma maison n’est déjà plus ma maison.
Compère, je veux mourir
décemment dans mon lit.
Lit d’acier, si possible,
avec draps de hollande.
Ne voyez-vous pas ma blessure
de la poitrine à la gorge ?
Trois-cents roses brunes
porte ta blanche chemise.
Ton sang suinte et sent
autour de ta ceinture.
Mais moi je ne suis plus moi :
Et ma maison n’est plus ma maison.
laissez-moi au moins monter
jusqu’aux hauts balcons,
laissez-moi monter ! laissez-moi
jusqu’aux verts balcons.
Balustrades de la lune
où l’eau résonne.

****

Les compères montent déjà
vers les hauts balcons.
Ils laissent un traînée de sang.
Ils laissent une traînée de larmes.
Sur les toits tremblaient
des lampions de fer-blanc.
Mille tambours de cristal
blessaient l’aurore.

****

Vert que je t’aime vert,
le vent vert, les vertes branches.
Les deux compères sont montés.
Le vent persistant, laissait
dans la bouche un goût étrange
de fiel, de menthe et de basilic.
Compère ! Où es-tu, dis-moi ?
Où est ta fillette amère ?
Que de fois elle t’a attendu !

Que de fois a-t-elle pu t’attendre
frais visage, cheveux noirs,
sur ce vert balcon !

****

Sur le ciel du puits,
la gitane se balançait.
Verte chair, cheveux verts,
avec des yeux d’argent froid.
Un glaçon de lune,
la soutient sur l’eau.
La nuit devint intime
comme une petite place.
Des gardes civils ivres,
donnaient des coups dans la porte.
Vert comme je t’aime vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer.
Et dans la montagne le cheval.

(Federico García Lorca)

 

 

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L’écho de la lumière (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



L’écho de la lumière

Je suis le fils d’un homme
dont l’avenir est tombé

en ce temps-là
les enfants étaient des enfants
et la neige venait de loin pour Noël

c’était très simple
comme une provision de fautes
déjà pardonnées
c’était très sûr
comme le goût du pain, dit-on
en ce temps-là

et nos songes
dans les draps se courbaient
car la nuit, jamais
n’allait plus loin que jusqu’au bord du jour

***

Le mot
et le silence
que fait son ombre sur la page

les mots
qui tentaient les Rois
vers les Dieux

et la mort d’être la vie
pour toujours

(Yvon Le Men)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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La guenon, le singe et la noix (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    

La guenon, le singe et la noix

Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
Elle y porte la dent, fait la grimace… ah ! Certes,
Dit-elle, ma mère mentit
Quand elle m’assura que les noix étaient bonnes.
Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes
Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit !
Elle jette la noix. Un singe la ramasse,
Vite entre deux cailloux la casse,
L’épluche, la mange, et lui dit :
Votre mère eut raison, ma mie :
Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.
Souvenez-vous que, dans la vie,
Sans un peu de travail on n’a point de plaisir.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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La fin du jeûne (Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2020




    
La fin du jeûne

Quand la rose et le vin et l’ami sont à toi, le
roi du monde est ton esclave, ce jour-là.

N’éclairez pas notre assemblée à la chandelle : le
clair de lune de l’ami se passe d’elle !

Le vin, certes, est licite, selon notre Loi,
mais il est illicite si tu n’es pas là !

J’écoute la voix du roseau, celle du luth, et je
cherche des yeux le rubis de tes lèvres et la
coupe de vin qui circule entre nous.

Pourquoi répandre du parfum ici, chez nous,
quand nous embaume l’odeur de ta chevelure ?

Ne parle pas du goût du candi, ni du sucre, car ma
bouche est sucrée au goût de tes deux lèvres !

Tant que gît, dans mon coeur en ruine, mon chagrin, je
prends toujours ma place au coin du temple ancien.

Que parles-tu de ma réputation infâme, car
c’est cette infamie-là qui fait mon renom ?

Et que demandes-tu, à propos de mon nom,
puisque j’ai honte d’avoir un renom infâme ?

Nous sommes vagabonds, ivrognes, libertins et
voyeurs. Mais qui ne l’est pas, dans cette ville ?

Hâfez, ne sois jamais sans amour et sans vin :
voici rose et jasmin – le jeûne va finir.

***

(Hâfez Shirâzi)(Hafiz)

Recueil: L’amour, l’amant, l’aimé
Traduction: Vincent-Masour Monteil
Editions: Actes Sud

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La fable et la vérité (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    

La fable et la vérité

La vérité, toute nue,
Sortit un jour de son puits.
Ses attraits par le temps étaient un peu détruits ;
Jeune et vieux fuyaient à sa vue.
La pauvre vérité restait là morfondue,
Sans trouver un asile où pouvoir habiter.
À ses yeux vient se présenter
La fable, richement vêtue,
Portant plumes et diamants,
La plupart faux, mais très brillants.
Eh ! Vous voilà ! Bon jour, dit-elle :
Que faites-vous ici seule sur un chemin ?
La vérité répond : vous le voyez, je gèle ;
Aux passants je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous : hélas ! Je le vois bien,
Vieille femme n’obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Partout je suis fort bien reçue :
Mais aussi, dame vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue ?
Cela n’est pas adroit : tenez, arrangeons-nous ;
Qu’un même intérêt nous rassemble :
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée ;
À cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée :
Servant, par ce moyen, chacun selon son goût,
Grâce à votre raison, et grâce à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que partout
Nous passerons de compagnie.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Carnac (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



 

Carnac

Mer au bord du néant
Qui se mêle au néant

Pour mieux savoir le ciel,
Les plages, les rochers,

Pour mieux les recevoir.

Femme vêtue de peau
Qui façonne nos mains,

Sans la mer dans tes yeux,
Sans ce goût de la mer que nous prenons en toi,

Tu n’excéderais pas
Le volume des chambres.

J’ai joué sur la pierre
De mes regards et de mes doigts

Et mêlées à la mer,
S’en allant sur la mer,
Revenant par la mer,

J’ai cru à des réponses de la pierre.

Ne jouerons-nous jamais
Ne serait-ce qu’une heure,
Rien que quelques minutes,
Océan solennel,

Sans que tu aies cet air
De t’occuper ailleurs ?

Je veux te préférer,
Incernable océan,

Les bassins que tu fais
Jusqu’aux marais salants.

Là je t’ai vu dormir
Avec d’autres remords.

Mer sans vieillesse,
Sans plaie à refermer,
Sans ventre apparemment

De la mer aux menhirs,
Des menhirs à la mer,

La même route avec deux vents contraire
Et celui de la mer
Plein du meurtre de l’autre.

Le soleil, la mer,
Lequel de vous deux
Prétend calmer l’autre

Au moyen de quoi ?

Toujours les mêmes terres
A caresser toujours
Jamais un corps nouveau
Pour t’essayer à lui.

Pour garder tes nuits,
As-tu supplié
Parfois les rochers ?

Ton père :
Le silence.

Ton devoir :
Le mouvement.

Ton refus :
La brume.

Tes rêves.

Alignés, les menhirs,
Comme si d’être en ligne
Devait donner des droits.

Toi, ce creux
Et définitif

Moi qui rêvais
De faire équilibre.

(Eugène Guillevic)

 

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