Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘goût’

LA POUSSIÈRE (Tristan Klingsor)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



 

LA POUSSIÈRE

Khalife ou pauvre d’Asie,
Qu’étais-je il y a mille ans,
Ou quasi ?
Mendiant prosterné parmi les mendiants
Ou Seigneur en turban de soie les regardant ?
Qu’importe! La rose la plus choisie
N’était-elle pas pour l’un ou l’autre la même,
Et pareil le goût des figues d’Ispahan,
Et pareil le plus beau poème
De Khâyyam ou d’Hafiz,
Tout ainsi que l’azur éclatant
De l’espace ?
Quand un peu de poussière au hasard de la brise
S’envole sur la route,
Qui donc se doute
Que c’est un prince de jadis qui passe ?

(Tristan Klingsor)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MA FEMME (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



 

Ingrid Tusell  (1) [1280x768]

MA FEMME

Le champ et le fleuve
le vent et la nuit
et tout ce qui vit
sont doux avec toi

Si tu n’en veux pas
le pain est sans goût
le soleil fuit, fade,
ainsi la colère
ainsi l’avenir

Tout ce que je touche
se brise aussitôt
en deux parts bien nettes
pour mieux nous unir

Si tu n’y es pas
Le ciel et la terre
Pour moi sont étroits
tout comme l’été,
tout comme l’hiver,
tout comme le jour,
tout comme la nuit

Comme le passé
comme le printemps
comme notre enfant.

(Gyula Illyès)

Illustration: Ingrid Tusell

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

C’était lui, c’est bien lui (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2020



C’était lui, c’est bien lui.

Je ne peux me tromper
A ce goût dans l’espace,

A cet écho que j’ai
Quand je me tais en lui.

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

LES MALICES DU VENT (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020




    
LES MALICES DU VENT

Le vent n’arrête pas de me faire des malices
Il pose sur la page un tout petit insecte
dessiné si fin avec des yeux si microscopiques
des couleurs si pâles dans les verts étouffés
et des gris si transparents que je perds dix minutes
à le regarder Il reste d’abord immobile comme médusé
puis se met en route pour traverser la feuille
et je ne sais plus du tout comment commençait le poème
que je m’étais décidé à me mettre à écrire
Je vais chercher le manuel d’entomologie
pour essayer de percer à jour l’identité de mon insecte
qui est probablement un hétéroptère le berytines minor
Je n’en suis pas sûr cependant Il faudrait vérifier
mais le vent embrouille les pages et je n’arrive pas
à trouver son portrait dans les planches en couleurs
J’essaie de me souvenir de l’amorce du poème
Il y avait au début l’odeur du seringa
et le goût que doit avoir une certaine couleur
laiteuse et vive couleur du jour juste avant le soleil couchant
(un goût d’amande amère et de sorbet au citron)
Mais le vent fait tomber de l’arbre au-dessus de ma tête
les premières feuilles mortes de l’année
des feuilles de cerisier roussies par la canicule
Les feuilles bousculent le poème qui reprenait forme
et voilà mon poème éparpillé et défeuillé qui s’en va
Il faut se résigner et changer de sujet
Je vais écrire un poème qui commencera ainsi
Le vent n’arrête pas de me faire des niches

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Comme avec une paille (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Anna Akhmatova
    
Comme avec une paille tu bois mon âme,
Elle a un goût d’amertume et d’ivresse,
Mais tu sais que sans limites est mon calme
Et je ne prierai pas pour que le supplice cesse.

Dis-moi quand tu en auras fini, peu importe
Que mon âme ne doive plus exister ;
j’irai plus loin, là où mes pas me portent,
Pour voir seulement les enfants jouer.

Le groseillier en grappes se répand,
Le briquetier ne fait qu’aller et venir…
J’oublie – es-tu mon frère ou mon amant,
Et je ne veux plus même m’en souvenir.

Le corps épuisé repose un instant
Dans ce monde hostile et pourtant si clair,
Et les passants songent confusément :
Vrai, son veuvage ne date que d’hier.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’ÉTÉ (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2019



L’ÉTÉ

Joie nouvelle d’une fièvre
D’une saison secrète
Moins friables par surcroît de ténèbres
Ou avis de grand frais
Et cette marque au fer
Qui charme le destin
Sous un bracelet de cuir

Un écart volontaire a tout désarçonné
L’horizon s’est retrouvé avec un peu plus de ciel
Un peu plus de latitude inconnue
Et un projet de coupe claire

Au point du jour
C’est déjà le beau midi de la lumière
L’ardeur dans les coursives qui ouvrent sur le désert
Comme on étreint cet impossible été
Au goût de soufre et de miracle
En se regardant dans les yeux

(André Velter)

Illustration

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA DANSE DES FRUITS (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019



 

Brent Funderburk  (2) [1280x768] [1280x768]

LA DANSE DES FRUITS

Tu dis des mots, des mots pour être belle :
Pomme, poire, prune… et ta lèvre danse,
Et prend le goût des fruits qu’elle murmure.
Ta lèvre danse et tout ton corps la suit.

N’est-il merveille un corps épanoui,
Au bout de l’arbre une douceur d’enfant,
Un fruit savant qui fait danser les belles ?
Il n’est de mots, de formules magiques,

Que ceux qu’on déguste en les murmurant.
Nous ne dirons plus jamais je vous aime,
Nous nous dirons quelques fruits à l’oreille.

(Robert Sabatier)

Illustration: Brent Funderburk

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vergers d’enfance (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




    
Vergers d’enfance

Nymphes et dryades enlacées
houris et péris sous gaze et perles

Les pétales dans l’herbe
un lézard sur un caillou

Les guêpes mordent
dans la poire

Une collection de noyaux
des arabesques de pelures

Une goutte de résine
au fond de la blessure
d’un cerisier

Le parfum des fraises
un sourire velouté

Murmures des écorces
crépitements en sourdine

Un goût de tendre aveu
sur le bout de la langue

Sous les caresses des brindilles
les bourgeons s’entrouvrent

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’aime aussi vague à l’âme (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2019



Illustration: Margaret Brohan
    
J’aime aussi vague à l’âme
doucement mélancolique
tête dans les nuages
et le coeur en écharpe.
Sourire à moitié
léger goût d’amertume
comme un regret
de ne pas aimer assez.
J’aime aussi vague à l’âme
aux couleurs de l’automne
bientôt il fera froid
chez moi.
Mais j’irai vers toi
me réchauffer
tête sur ton épaule
et coeur sous l’édredon.

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je Voudrais Vous Revoir (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Je Voudrais Vous Revoir

Cette lettre peut vous surprendre
Mais sait-on ? peut-être pas
Quelques braises échappées des cendres
D’un amour si loin déjà

Vous en souvenez-vous?
Nous étions fous de nous

Nos raisons renoncent, mais pas nos mémoires
Tendres adolescences, j’y pense et j’y repense
Tombe mon soir et je voudrais vous revoir

Nous vivions du temps, de son air
Arrogants comme sont les amants
Nous avions l’orgueil ordinaire
Du « nous deux c’est différent »
Tout nous semblait normal, nos vies seraient un bal
Les jolies danses sont rares, on l’apprend plus tard
Le temps sur nos visages a soumis tous les orages
Je voudrais vous revoir et pas par hasard

Sûr il y aurait des fantômes et des décors à réveiller
Qui sont vos rois, vos royaumes ? mais je ne veux que savoir
Même si c’est dérisoire, juste savoir
Avons-nous bien vécu la même histoire ?

L’âge est un dernier long voyage
Un quai de gare et l’on s’en va
Il ne faut prendre en ses bagages
Que ce qui vraiment compta
Et se dire merci
De ces perles de vie
Il est certaines
Blessures au goût de
Victoire
Et vos gestes, y reboire
Tes parfums, ton regard
Ce doux miroir
Où je voudrais nous revoir

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration: Ekaterina Moré

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :