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QUAND ON REGARDE UNE MONTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration: Patricia Blondel 
    
QUAND ON REGARDE UNE MONTRE

Je n’ai pas fini d’espérer
infatigable comme une araignée vigilante
je guette pour les retenir
dans ma toile quotidienne
les joies du soir et du matin
qui filent à toute vitesse
Tant pis pour les chagrins et les douleurs
et les emmerdements
qui passent lentement
et qui s’accrochent

Oui mais voilà
je sais que je dois chaque jour
chaque heure
m’avancer vers cette falaise
et vers ce grand trou sans fond
je me retourne souvent
et j’aperçois très loin
le brouillard de ma naissance
Je suis le nomade qui marche la nuit
et qui attend le jour et l’oubli

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Tout me file entre les doigts (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
Tout me file entre les doigts,
je n’ai que l’ombre des images,
jouet des choses que je vois

(Henri Thomas)

 

Recueil: Signe de vie
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Femme de Loth (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Marvin Haye

La Femme de Loth

La femme de Loth regarda en arrière,
et elle devint une statue de sel
Genèse 19, 2.6

Et le Juste marchait derrière l’ange de Dieu
Immense et lumineux sur la montagne noire
Mais la détresse parlait fort à sa femme:
Non, il n’est pas trop tard, tu peux encore la voir
Ta Sodome natale, ses tours rouges,
La place où tu chantais, la cour où tu filais,
Et les fenêtres vides de la haute maison
Où tu as donné des enfants à ton mari bien aimé.
Elle se retourne — frappés soudain d’une douleur mortelle,
Ses yeux déjà s’aveuglent,
Et son corps se raidit, sel transparent,
Et ses jambes rapides dans la terre s’enracinent.

Qui pleurera cette femme ?
Quelle importance a-t-elle ?
Mais mon coeur, lui, jamais n’oubliera
Celle qui, pour un regard, donna sa vie.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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Les taches brunes (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Les taches brunes,
sur les mains, on
les nomme fleurs

de cimetière — ne
les redoute pas. Ces
ombres chaque jour

plus présentes, vois-les
comme des petites
feuilles que les
automnes, tendrement,

posent peu à peu sur
ta peau, rappelle-toi
la femme paisible

qui laissait filer
sa laine, entre ses doigts
piqués des mêmes
taches brunes.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ne cherchez pas (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019



Illustration: Fidel Garcia
    
Ne cherchez pas, ne
cherchez plus, sous
quels arcs-en-ciel,
vous trembliez d’amour,

non, ne cherchez
plus rien, les
étoiles ont filé
avec vos souvenirs,

vous ne reverrez pas
les sommets familiers
qui préparèrent vos
espoirs — tout votre

être s’enlise, dans
un présent plus lourd
que les neiges souillées
par des pas importuns.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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SONNET TALISMAN (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
SONNET TALISMAN
Pour qu’elle te protège du mal
(ainsi va le monde)

je te donne l’amulette
et porte-la toujours

Elle est contre les temps durs
elle chasse la faim de l’âme
elle protège des sorts
l’amoureux

Peut-être est-elle tombée du ciel
cette formule précieuse
A la lueur des étoiles filantes

j’ai gravé dans l’argent
SINE AMORE NIHIL
rien sans amour

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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L’ombre de ton absence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2019



L’ombre de ton absence
file les tendresses
qui vagabondent dans l’air.

(Roberto Juarroz)


Illustration

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L’ombre de ton absence file les tendresses qui vagabondent dans l’air (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Tout donne de l’ombre,
jusqu’à l’invisible.

L’ombre de la pensée
suture les crevasses
de l’aléatoire réalité.

L’ombre des mots
dit ce que ne disent pas les mots.

L’ombre de ton absence
file les tendresses
qui vagabondent dans l’air.

Toute ombre aussi donne une autre ombre,
comme si les formes ne parvenaient pas
à compléter le paysage
dont nos yeux ont besoin.

Et plus tard ou plus tôt,
les yeux même doivent apporter
leur quote-part d’ombre.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Zhaoming Wu

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Et moi que voici (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Et moi que voici
je suis comme lui
comme l’oiseau sur la branche
comme on dit
guettant les eaux
veillant le nid
sur la branche
le nid jamais fini
guettant les vents les chants les dunes
guettant les ans guettant le temps
toujours lissant lissant lissant
ma plume
guettant les eaux
et regardant
ma vie filer
à vol d’oiseau.

(Armand Lanoux)


Illustration

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NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



Illustration: Charles de Groux
    
NOËL DE LA FEMME QUI VA AVOIR UN PETIOT ET QUI A FAIT UNE MAUVAISE ANNEE

Les cloches essèment au vent
La joi’ de leur carillonnée,
Qui vient me surprendre, rêvant,
Dans le coin de ma cheminée ;
Noël ! Noël ! c’est aujourd’hui
Que Jésus vint sur sa litière,
Noël ! mon ventre a tressailli
Sous les plis de ma devantière.

O toi qui vas, dans mon sabot,
Me descendre, avec un petiot,
De la misère et de la peine,
Noël ! Noël ! si ça se peut
Attends encore ! Attends un peu ! …
Attends jusqu’à l’année prochaine !

Noël ! Noël !cette anné’-ci
Le froid tua les blés en germe,
Tous nos ceps ont été roussis ;
Le « jeteux d’sorts », sur notre ferme,
A lancé son regard mauvais
Qui fait que sont « péri’s » mes bêtes,
Que mes pigeons se sont sauvés
Et que mon homme perd la tête.

Tous mes gros sous, à ce train-là,
Ont filé de mon bas de laine,
Quand reviendront ? Je ne sais pas !
Mais, à la récolte prochaine,
J’espère voir les blés meilleurs
Et meilleure aussi la vendange,
Pour mon bonheur et le bonheur
De l’enfant dont j’ourle les langes.

(Gaston Couté)

 

 

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