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Poésie

Posts Tagged ‘gouttière’

Tableau de Paris à cinq heures du matin (Marc-Antoine Désaugiers)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020




    
Tableau de Paris à cinq heures du matin

L’ombre s’évapore
Et déjà l’aurore
De ses rayons dore
Les toits alentours
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent
Les marchés s’emplissent :
On a vu le jour.

De la Villette
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai,
Et de Vincenne,
Gros-Pierre amène
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l’épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l’écaillère
Sautent au bas du lit.
L’ouvrier travaille,
L’écrivain rimaille,
Le fainéant baille,
Et le savant lit.

J’entends Javotte,
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant et grêle,
Son cri se mêle
A la voix frêle
Du noir ramoneur.

L’huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Ressonne, et la bonne,
Qui l’entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître,
Regagne le sien.

Gentille, accorte
Devant ma porte
Perrette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière,
Sous la gouttière,
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide,
et la bourse vide,
Rentre en fulminant ;
Et sur son passage,
L’ivrogne, plus sage,
Rêvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout, chez Hortense,
Est en cadence ;
On chante, on danse,
Joue, et cætera…
Et sur la pierre
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne,
Afin qu’on lui donne
La drogue qu’ordonne
Son vieux médecin ;
Tandis que sa belle,
Que l’amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d’aller au bain.

Quand vers Cythère,
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays-Bas.

« Adieu donc, mon père,
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère,
– Adieu, mes petits. »
Les chevaux hennissent,
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent :
Les voilà partis.

Dans chaque rue,
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue,
Où donc me cacher !
Jamais mon oreille
N’eut frayeur pareille…
Tout Paris s’éveille…
Allons nous coucher.

(Marc-Antoine Désaugiers)

 

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Le même vain halo (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Le même vain halo de la robe
Rouge dans la fumée des brumes de jadis,
Le même désarroi, si parmi les arbres mouillés de pluie
Décembre me ramène à ce tournant.
Tu ne viens pas. La peine, elle, ne tarde pas
Le long des murs, une voix
M’appelle, ou ta couleur qui brille
Sous la pluie fine.
(La marchande de fleurs
Crie ses églantines.)
Tu ne viens pas.
La peine, elle, ne tarde pas
Et rend plus doux le bonheur qui t’attend.
(Dans le crépitement de l’eau dans la gouttière,
Une voix bien-aimée…)

(Leonardo Sinisgalli)

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Chat (Vahé Godel)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Chat

Qu’il soit de Perse
ou de gouttière
blanc noir ou gris
seul un chat perce
le Grand Mystère
la Grande Nuit

(Vahé Godel)

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NOCTURNE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



NOCTURNE

Personne… La pluie… une chouette pleure dans le vide,
Sur un toit en pierre, ruisselant, plein d’échos dans la nuit,
A l’heure d’autrefois s’entrecoupent des ombres humides,
Et sous un porche je m’assoupis, tout mouillé, tout transi.

Les gouttières sonnent la folie en le vent automnal…
Et soudain, un tourbillon… une alchimie éclot, rapide…
A l’heure d’autrefois s’entrecoupent des traces humides.
Une ville de pierre dort… et toutes choses font mal.
Personne… La pluie… une chouette pleure dans le vide.

(George Bacovia)

 

 

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SOIR AVANT L’HIVER (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

Adamov Alexey e72

SOIR AVANT L’HIVER

L’air est limpide comme l’aile
De la libellule,
Le vide sans temps s’est couché sur la sente
Du soir d’automne.

Dans la rue seules l’inscription
Et des affiches rouge-sang,
A travers l’obscur, une silhouette,
A travers le vide, des pas.

L’espace est vide, l’air sec,
Pesant, comme s’il y avait du plomb dans le ciel;
L’esprit de liberté fléchit,
Comme du sang l’eau dans la gouttière tombe.

L’air est translucide : ainsi regarde le mort,
Oh! rencontrer un homme!
Du vide sans voix grandit le Néant.
L’eau dans la gouttière goutte.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Adamov Alexey

 

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LUNE AILE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



LUNE AILE

A force d’y rêver, Thomas reçut une aile,
une aile lui poussa sous l’omoplate gauche.
Thomas, comme un oiseau, courut dans la gouttière,
aspira fortement l’espace bien à lui ;
se lança, l’ouvrant toute, cette aile de miracle.
Et s’écrasa par terre, faute d’en avoir deux.
Qu’importe, il eut une aile et ça, c’est quelque chose.

(Norge)


Illustration: Toni Blay

 

 

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RAPPORT (BRÈVE NOUVELLE) (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2018



Illustration: Raymond Peynet  
    
RAPPORT (BRÈVE NOUVELLE)

C’était notre premier rendez-vous.
J’ai longuement caressé Fabienne, tendrement, pendant dix secondes, puis j’ai déposé une goutelette spermatique sur le sol.
Je l’ai aspirée dans mon bras copulateur, et la semence s’est mise à circuler lentement dans ma gouttière fécondatrice.
Alors, j’ai introduit mon bras copulateur jusqu’au plus profond de la bourse copulatrice de Fabienne, qui gémissait, et j’ai commencé mon lent mouvement de va-et-vient.
Fabienne a voulu se dégager, mais je l’ai menacé de mon funicule raidi, et j’ai continué à la besogner.
Au bout de deux heures, lorsque les spermatozoïdes sont arrivés à destination, je me suis retiré.
Après cette expérience, Fabienne et moi, d’un commun accord, avons décidé de ne plus nous revoir.

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Zindien
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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FLÓRA (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018




    

FLÓRA (1)
« Hexamètres»

Croulent les tas de vieille neige,
le zinc de la gouttière fuit,
Fondent les blocs de gel noircis
que le jus de l’hiver délave
Avant de gonfler d’abondance
le gargouillis des caniveaux.
En-allés les jours si légers,
ah, le pauvre azur en frissonne !
Mais déjà un rouge désir
vers l’aube lance sa chemise :
Vois combien je t’aime, inquiet
de cet éveil, ô ma Flóra !
Ô ravissant dégel, tu as
arraché le deuil de mon coeur
Comme on libère du bandage
la plaie, et je prends mon essor !
Mе revient le flux de ton nom
tout de beauté, tout de douceur,
et je tremble songeant aux jours
d’hier, à ma vie loin de toi !

2
Mystères

Quand les mystères résonnent,
je suis au guet, mon amour.
Ma fidélité est comme
un carcan pour mon corps gourd.

Tu rougiras, comprenant
ce que ronde et le vent disent :
oeil et coeur… mes postulants
pour ta dévotion acquise…

Moi aussi, j’écris mon chant :
Si je t’aime, mon amour,
fais de même en allégeant
cet attachement si lourd !

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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MÉTÉORE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



 

meteore

MÉTÉORE

La lumière s’éloignant de nous, une fois encore,
dans cette furtive, implacable
naissance
de mémoire-minérale
et foyer, comme si là,
nos noms mêmes, ancrés
à la proue glaciale
des silences, pouvaient creuser la terre
avec ardeur, et disperser, sur la vie entière
qui s’étend entre nous, la poussière
de la plus petite pierre
qui tombe des gouttières
de Babel.

(Paul Auster)

Illustration

 

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LE CHAGRIN DE L’AMOUR (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



 

LE CHAGRIN DE L’AMOUR

Le piaillement d’un moineau sur le toit,
La lune étincelante par tout le ciel
Et toute cette harmonie fameuse, les feuillages,
Avaient bien effacé l’image de l’homme, et son cri d’angoisse.

Mais une fille surgit, aux lèvres rouges de deuil,
Qui sembla la grandeur du monde en larmes,
Condamnée comme Ulysse et les vaisseaux qui boitent
Au loin, fière comme Priam assassiné.

Surgit, et dans l’instant les gouttières bruyantes,
La lune qui grimpait à un ciel vide
Et toute cette lamentation dans les feuillages
Ne purent qu’être l’image de l’homme, et tout son cri.

***

THE SORROW OF LOVE

The brawling of a sparrow in the eaves,
The brilliant moon and all the milky sky,
And all that famous harmony of leaves,
Had blotted out man’s image and his cry.

A girl arose that had red mournful lips
And seemed the greatness of the world in tears,
Doomed like Odysseus and the labouring ships
And proud as Priam murdered with his peers ;

Arose, and on the instant clamorous eaves,
A climbing moon upon an empty sky,
And all that lamentation of the leaves,
Could but compose man’s image and his cry.

(William Butler Yeats)

Illustration: David Brayne

 

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