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Poésie

Posts Tagged ‘rejoindre’

Quand cela est possible on se retire plus loin (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



quand cela est possible
on se retire plus loin
chercher de quoi lire et lier ces bribes

et parfois sans comprendre
on arrive à rejoindre le calme vaste
des pierres des siècles
qui tremble au fond de tous les jours

***

une poignée de sable infime en l’air un livre
un pas qu’on entend s’éloigner lentement
sur le chemin pierreux sec
au bout d’un jardin
derrière les arbres
peuvent suffire

***

à la fin
il n’y a pas d’ordre
et pourtant tout repose
comme rangé

nous aussi
rangés calmes
presque

le soir enrobe
les amis et les livres
un lent figement tranquille

***

de l’épaisseur des choses
monte un repos d’être
pour le moment
parmi les arbres
ou une vague entre les vagues
et rien d’autre
sans remords

(Antoine Emaz)

Illustration: Carl Spitzweg

 

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Harmonique vivace des musiques (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Harmonique vivace des musiques

non je ne suis pas poète n’ayant pu vous
rejoindre de cris perdus

(Gemma Tremblay)

Illustration: Alex Alemany

 

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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Comment le rejoindre (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



comment le rejoindre
là-bas
en ce lointain obscur

comment le délivrer
et me délivrer

sans fin il retire
ce bâillon qui lui est
aussitôt réappliqué

de lui ne me parviennent
que des plaintes
à peine audibles

(Charles Juliet)


Illustration: Odilon Redon

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Etendu dans l’herbe (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



étendu dans l’herbe
regard perdu dans l’azur

le ciel a rejoint
la terre

(Charles Juliet)

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Chaque matin (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017



Illustration: Remedios Varo Uranga
    
Chaque matin

Chaque matin je m’efforce de coudre
une pensée à une autre pensée
et chaque soir ma toile se défait.

Jamais la mer n’eut tant de coquillages,
la nuit jamais tant d’étoiles pensives.
L’universel invente l’harmonie

des éléments disparates, et moi
je ne sais pas rejoindre ma parole.
Tous mes pourquoi se dissolvent, mes heures

sont en désordre et mon horloge folle
ne sait unir le temps déchiqueté.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XIV) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2017



Illustration: Andrei Protsouk
    
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (XIV)

Tu ouvres la nuit la plus pleine
de la pointe de tes seins.
Tu viens vers moi dans le tournoiement d’une ville
qui ne s’éclaire plus qu’à la clarté du désir.

Je ne saurai jamais la distance à parcourir
entre la lampe sourde de ton ventre et mon corps.
Je sais que je te rejoins dans un baiser
qui ne laisse point passer le jour.

Sous ma main ensablée dans les caresses,
il reste les hauteurs de ta gorge,
vers lesquelles j’avance,
la bouche pleine de soleil.

A force d’avoir mon visage contre ton visage,
j’oublie que le monde commence au-delà de ton regard.
A jeter l’un dans l’autre nos plus sûrs filets,
nous ramenons tous les poissons de la joie.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Chaque vie scellée par le silence (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Alfred Kubin     
    
Chaque vie scellée par le silence se perd
dans l’espace clignotant de jours et de nuits
et c’est au moment de la mort qu’elle apprend
que les siècles ont le battement de la mer.

C’est le pas cadencé sur la dalle éternelle,
c’est le cri sans écho qui tournoie dans la nuit
comme un peu de foudre, c’est le cri sur lequel
se ferme pour toujours la bouche de l’homme.

Pars vite. Tu ne peux déjà plus me rejoindre.
L’amour est un peu de soleil sur un naufrage.
Séparée de moi par des plaines de retard,
tu ne coïncides pas avec ma minute éternelle.

Et pourtant la joie de vivre se fait femme
au seuil des portes trop hautes du jour
où les hommes se lavent à grand soleil
avec l’ombre rejetée d’un coup derrière eux.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je cherche ton regard (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Sukhorukikh    
    
Je cherche ton regard comme un aveugle
cherche le monde qu’il a perdu
ce grand regard qui venait vers moi
m’apporter celui de toutes les femmes.

Il était pour moi beau comme un de ces couchants
devant lesquels on s’arrête de respirer
et je ne voyais plus rien d’une terre
qui naissait de nos pieds pour rejoindre l’horizon.

Je ne retrouve plus ton corps dans mes mains
et pourtant elles l’ont tenu comme on tient
de hautes brassées d’herbes dans le soleil
au moment où la terre se roule dans l’été.

Je cherche ton corps au fond de mes nuits,
dans toutes les vitrines où il s’est miré.
Mais il ne reste rien de lui pas même ces cheveux
qui ont glissé comme un filet d’eau entre mes doigts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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De mon enfance (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Edward Hopper

    

De mon enfance, je revois le couchant
s’étendre sur le plancher usé
et se replier lentement dans l’ombre
comme un épi trop lourd de blé.

Aux quatre coins du corps,
le coeur tire sur ses liens.
j’ai peur de vivre derrière ces vitres
tant elles sont béantes et vides.

Je ne respire pas plus qu’un objet.
Où sont les chemins descendus du soleil
vers l’après-midi si large de l’été ?
Au soir, on retrouvait les sources perdues.

Derrière les murs, plus vivantes en leur nudité
et renversées parmi leurs seins, les femmes
sont les plus belles blessures du monde
avec leur sexe, leur bouche et leurs yeux.

Au-dessus de la terre, il y a une chambre
où la solitude et le papier peint sont éternels.
Quand je n’y suis pas, des femmes de clarté
vont au-devant du jour ou de l’armoire

et, dès que je rentre, rejoignent mes yeux.
Gardiennes de secrets, elles revivent en moi
comme un buisson éperdu de printemps.
Le coeur s’enfonce dans le corps

tiède de pleurs, de plantes et de sources.
La voix n’a plus d’ombre, ni de retard
et monte comme une lame ensanglantée
de la terre entr’ouverte par le ciel.

Une grande amertume envahit la fenêtre
qui dénude le front avec un reste de jour
en y laissant la cicatrice des veines
et partout le rire jaillit des bouteilles.

(Lucien Becker)

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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