Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘échapper’

Un mot m’a échappé (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: René Magritte
    
Un mot m’a échappé
Il a filé comme un serpent
Dans les taillis
De ma mémoire

Perdu parmi les traces
Et les décombres
Du déjà vu

Rivières qui coulent vers le ciel
Vents d’antan
Tonnerre nommé désir

Rues sans lune
Forêts vidées d’oiseaux

Les souvenirs ne sont plus
Ce qu’ils étaient

Pas de quoi pleurer

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHAQUE JOUR MATHILDE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



CHAQUE JOUR MATHILDE

Aujourd’hui je te dis : Mathilde, tu es longue
comme le corps du Chili, délicate
comme une fleur d’anis,
en chaque branche tu retiens le témoignage
de nos printemps ineffaçables :
Quel jour sommes-nous? C’est le tien.
Et demain c’est hier, il n’est rien arrivé,
aucun jour ne s’est échappé d’entre tes mains :
tu gardes le soleil, la terre, les violettes
dans ton ombre menue lorsque tu dors.
Et ainsi, à chaque aube
tu es là, me tendant la vie.

(Pablo Neruda)


Illustration: Alina Maksimenko

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LEÇON (Mirosław Grudzień)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Illustration: Joseph Beuys    
    
LEÇON

ce sont si peu de mots
que j’extirpe du fond de moi
autant que de la poussière de craie
échappée du frottoir
après que le tableau
ait été frotté

il reste encore une chose
coincée dans la gorge telle une arête
qui ne veut pas sortir
au tableau noir
un vieux maître d’école écrit
un texte illisible:
ma vie

le temps s’amenuise
jusqu’à ce que retentisse la fin de la leçon
toujours moins de mots
toujours moins de craie
s’attache à vos doigts.

***

LEKCJA

tak mało słów
z siebie wyduszam
tyle co kredowego pyłu z gąbki
po starciu tablicy

ciągle coś
pozostaje
tkwi kością w gardle
nie chce wyjść

stary belfer
pisze na szkolnej tablicy
niezrozumiały tekst
moje
życie

coraz mniej czasu do dzwonka
coraz mniej słów
coraz mniej kredy
w palcach

***

LESSON

it’s so few words
that I wring out of myself,
as much as some chalk dust
out of an eraser
after the blackboard’s
been wiped clean.

Something still remains,
stuck like a bone in the throat,
will not go out.

On the school blackboard,
an old schoolmaster is writing
an unintelligible text:
my life.

It’s less and less time
until the lesson end rings,
fewer and fewer words
less and less chalk
in fingers.

***

AULA

São tão poucas as palavras
que de mim extraio
quanto o pó de giz
de um apagador
após limpa
a lousa.

Contudo, algo permanece preso
como um osso na garganta
que não se liberta

Na lousa negra da escola,
um velho professor escreve
um texto ininteligível:
a minha vida

Há cada vez menos tempo
até ao toque do fim da aula,
cada vez menos e menos palavras
cada vez menos giz
nos dedos.

***

LECCIÓN

son tan pocas palabras
que me deslizo
como el leve polvo de la tiza
fuera del borrador
cuando la pizarra
ha sido borrada.

Algo queda aún
adherido como un hueso a la garganta
que no saldrá

en la pizarra de la escuela
un viejo maestro escribe
un texto ininteligible:
mi vida

es cada vez más corta
hasta que suene la sirena al final de la lección
menos y menos palabras
cada vez menos tiza
en sus dedos

***

LEZIONE

sono poche appena le parole
che scrivo di me stesso,
tante quanto la polvere di gesso
che esce dal cancellino
dopo che la lavagna
è stata pulita.

qualcosa ancora rimane,
ficcata in gola come una spina,
che non vuole andare giù

sulla lavagna della scuola,
un anziano maestro sta scrivendo
un testo incomprensibile:
la mia vita.

sempre meno è il tempo
prima che la campanella suoni,
e sempre di meno sono le parole
ancora meno il gesso
sulle dita.

***

LEKTION

Es sind so wenige Worte
die ich aus mir heraus zwänge
so viel wie etwas Kreidestaub
aus dem Lappen
nachdem er die Tafel
abgewischt hat
etwas bleibt stecken
wie ein Knochen im Hals
will heraus
auf der Tafel
schreibt ein alter Schulmeister
einen unverständlichen Text:
mein Leben
es bleibt immer weniger Zeit
bis es klingelt zum Ende der Lektion
immer weniger Worte
immer weniger Kreide
bleiben in den Fingern.

***

LES

het zijn zo weinig woorden
die ik uit mij wring
zo veel als wat krijtstof
uit een bordenwisser
na het bord
schoon te hebben geveegd
iets blijft nog achter
zit vast als een graat in de keel
wil er niet uit
op het schoolbord
schrijft een oude schoolmeester
een onleesbare tekst:
mijn leven
er is steeds minder tijd
tot het einde van de les rinkelt
steeds minder woorden
steeds minder krijt
nablijft aan de vingers

***

УРОК

тaк немного слов
из себя выдавливаю
нaстолькo что пыли мела от губки
после стирания доски

всё еще что-то остается
кaк кость поперёк горлa
не хочет выйти
на классной доске
старый учитель пишет
непoнятный текст:
моя жизнь
всё менее времени до звонка
всё менее слов
всё менее мела
в пальцах

(Mirosław Grudzień)

 

Recueil: ITHACA 577
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais original / Anglais Stanley Barkan / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Espagnol Rafa Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Mirosław Grudzień – Germain Droogenbroodt / Russe Miroslav Grudzen – Malgorzata Zuretsk
Editions: POINT

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une seule matière (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Carole Moutte
    
Une seule matière

Le mystère de l’évidence
nous a-t-il aveuglés ?
Le réel est une construction
que la matière n’abrite pas.
Le monde indéchiffrable
à jamais nous échappe

et nous constitue.

Le Poème, trace d’une langue
perdue, bloc détaché
de l’oubli premier
à jamais témoigne
d’un amour égaré
dans les replis du Temps.

Une seule matière

nous échappe
et nous constitue :
quelle est sa teneur ?
Le Poème dévoile
sans l’éteindre
l’évidence du mystère.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

M’entendez-vous (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2019



    
M’entendez-vous, est-ce moi qui frappe au coeur
comme un vent frappe à la porte, et passe,
m’entendez-vous quand vous dormez ?

Je crie dans vos cris, je marche dans vos flammes
et vous dites que vous n’entendez pas.

Tant de distance à parcourir ! tant de silence
à traverser ! et tant de temps
pour échapper au Temps !

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il suffit d’un rien (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Toujours la toute-puissance du merveilleux nous échappe
Toujours la toute-puissance du silence
s’exerce en mode d’illumination

Il suffit d’un rien,
d’un éclair,
d’un instant
toujours trop aveuglant,
toujours énigmatique

(Michel Camus)


Illustration

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Maintenant que j’arrive au point mort de la vie (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



Maintenant que j’arrive au point mort de la vie
Où la jeunesse est comme un fantôme troué,
Tout m’échappe des mains, mais des chants renoués
Déjà monte une flamme aux sombres banderilles.

Va, nous avons encore un bon morceau de route
Devant nous, des printemps, des étés pleins de fleurs,
Ton amour et l’amour ont la même couleur
Et c’est ton nom qui luit sur les murs noirs des soutes ;

Un bon morceau de vie à remplir de miracles,
A oublier le temps des travaux démentiels ;
Le ciel de ton regard est le plus doux des ciels
Et ton nom est le nom que je donne à l’oracle.

Il y aura toujours pour les amants des songes,
Des caresses, du vin, des poèmes, des jeux,
Et pour nous qui vivons que si nous sommes deux
Cette ivresse que boit la nuit comme une éponge.

(Albert Ayguesparse)

Illustration: Jean-Marie Manson

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le présent (Clément Rosset)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Le présent échappe à l’ordre du temps dans lequel il se faufile, tel un vif-argent,
sans jamais se laisser prendre au passé ou au futur.

(Clément Rosset)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , | 2 Comments »

SURGIR DU MOT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

Cristina Pérez de Villar  sonidosdelmar [1024x768]

SURGIR DU MOT

Parfois le mot
bouscule les grilles du langage

Parfois le mot
emporte et chevauche ma durée

Parfois le mot
échappe à la férule des mots

Parfois Je deviens
ce que j’ai nommé

Alors
la VIE !
Parfois

(Andrée Chedid)

Illustration: Cristina Pérez de Villar

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Tu désires (Djâmî)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



Djami   
    
Tu désires, par la mystique, échapper à toi-même.
Il faut expulser de ta tête désir et passion,
Donner ce que ta main retient
Et supporter la blessure de cent épreuves
sans bouger de ta place.

(Djâmî)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :