Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sommet’

Plaisir de retourner sur la montagne (Hanshan Deqing)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2022



Illustration: Hokusaï
    
Plaisir de retourner sur la montagne

Fuir et quitter le monde n’est pas si difficile,
Habiter en montagne ne cause aucun souci.
Les nuages traversent le beau temps et la pluie,
Les rocs des pics éprouvent l’obscurité du soir.
La biche qui allaite dort au sein des buissons,
Les corbeaux qui reviennent au soir perchent sur l’arbre.
Au-dessus du sommet descend la pleine lune
Qui éclaire mon coeur et le sens de la vie.

(Hanshan Deqing)

Recueil: Poèmes Chan
Traduction: du chinois par Jacques Pimpaneau
Editions: Philippe Picquier

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LES PLUS BEAUX VERS (Edmond Haraucourt)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2022



Illustration: Raymond Peynet
    
LES PLUS BEAUX VERS

Les plus beaux vers sont ceux qu’on n’écrira jamais
Fleurs de rêve dont l’âme a respiré l’arôme,
Lueurs d’un infini, sourires d’un fantôme,
Voix de plaines que l’on entend sur les sommets.

L’intraduisible espace est hanté de poèmes,
Mystérieux exil, Eden, jardin sacré
Où le péché de l’art n’a jamais pénétré,
Mais que tu pourras voir quelque jour, si tu m’aimes.

Quelque soir où l’amour fondra nos deux esprits,
En silence, dans un silence qui se pâme,
Viens pencher longuement ton âme sur mon âme
Pour y lire les vers que je n’ai pas écrits…

(Edmond Haraucourt)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DEPUIS QUE JE VOUS AI QUITTÉ… (William Shakespeare)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2022




    
DEPUIS QUE JE VOUS AI QUITTÉ…
(sonnet CXIII)

Depuis que je vous ai quitté, mon oeil sans cesse
Est dedans mon esprit et guide mal mes pas.
Il semble regarder les choses d’ici-bas
Mais, aveugle à demi, les ignore et délaisse.

Au coeur, aucun aspect n’est transmis par ses soins
De ce qu’il peut saisir : l’oiseau, la fleur, l’image.
De ce vif, à l’esprit rien n’échoit en partage
Lui-même ne retient rien de ce qu’il étreint.

Le rude et le charmant, la mer et le sommet,
L’être comblé de dons, ou bien déshérité,
Le corbeau, la colombe, et le jour et la nuit,

S’il les perçoit, ce n’est que de vos traits formés.
Incapable de plus, et de vous tout empli,
Trop vrai, mon esprit fait mon oeil sans vérité.

***

Since I left you, mine eye is in my mind,
And that which governs me to go about
Doth part his function, and is partly blind,
Seems seeing, but effectively is out;

For it no form delivers to the heart
Of bird, of flow’r, or shape which it doth latch.
Of his quick objects hath the mind no part,
Nor his own vision holds what it doth catch;

For if it see the rud’st or gentlest sight,
The most sweet favour or deformed’st creature,
The mountain, or the sea, the day, or night,

The crow, or dove, it shapes them to your feature.
Incapable of more, replete with you,
My most true mind thus makes mine untrue.

(William Shakespeare)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction: Jean Rousselot
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une essence chasse une autre essence (Lyonel Trouillot)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2022




    
Une essence chasse une autre essence.
Quelle essence vaincra la haine ?

Je te laisse ce coffret vide
où tu rangeras tes trésors.
Et lorsque tu auras trouvé
le doux parfum des temps à venir
tu le cacheras dans le coffret.
Tu iras au sommet
de la plus haute montagne
et tu ouvriras le coffret.

Le paradoxe du parfum,
c’est qu’il libère ce qu’il capture.
Tu ouvriras le coffret
et déverseras sur le monde
cette odeur de fruit pur, de rosée franche,
cette odeur de route à prendre dans le matin clair
avec laquelle tu es née
à laquelle tu ajouteras
toutes les trouvailles de ton fait,
une odeur de bonne semence
pour le triomphe de la récolte,
quand le pain amènera le rire,
quand, de jour comme de nuit,
la rivière arrosera les plantes
qui pousseront partout avec des coquetteries
de jolies filles habillées pour leur première sortie,
dans les cheveux des hommes et des femmes d’État,
dans les mains des nouveau-nés
comme un pari gagné sur leurs lignes de chance,
dans les armoires, entre deux vieilleries
pour appeler les vieux linges à leur vitalité.

(Lyonel Trouillot)

 

Recueil: Le doux parfum des temps à venir
Traduction:
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ILE (Herri Gwilherm Kèrourédan)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2021



ILE

c’est le roc innommé
aucun signe sur les cartes
aucun geste contre le jusant
le bras hors du marais

c’est le caillou ponctuel
bloc sur les rides brisées
bloc dans les longues flèches des voix
le sommet des merveilles

l’ombilic mural de la fleur des vents

(Herri Gwilherm Kèrourédan)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE MONASTÈRE DU SOMMET (Li Bo)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration: Patrick Jager
    
LE MONASTÈRE DU SOMMET

Je passe la nuit
dans le temple du Sommet.
Si je tends la main,
je touche les étoiles.
J’ose à peine parler,
de peur de déranger
les Immortels.

(Li Bo)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CHANSONNIER (extrait) (Lorenzo De Medici)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2021



Illustration: Anders Zorn
    
LE CHANSONNIER (extrait)

Cherche qui veut les grands honneurs, les pompes,
Les hauts monuments, les places, les temples,
Les plaisirs, les trésors, accompagnés
De cent dures pensées, de cent douleurs.

Un petit pré vert, plein de belles fleurs,
Un ruisselet, qui arrose l’herbette,
Un oiselet, que fait Amour se plaindre,
Peuvent bien mieux apaiser mes ardeurs,

Et les bois ombreux, les rocs, les hauts monts,
Les antres noirs, les bêtes fugitives,
Avec quelque jolie nymphe craintive.

Là-bas je vois en mes pensées errantes
Les beaux yeux tels que s’ils étaient vivants;
Ici m’en prive une chose ou une autre.

***

CANZONIERE

Cerchi chi vuol le pompe e gli alti onori,
Le piazze, i templi e gli edifizi magni,
Le delizie e il tesor, quale accompagni
Mille duri pensier, mille dolori.

Un verde praticel piem di be’ fiori,
Un rivo che l’erbetta intorno bagni,
Un augelletto che d’amor si lagni,
Acqueta molto meglio i nostri ardori;

L’ombrose selve, i sassi e gli alti monti,
Gli antri oscuri e le fère fuggitive,
Qualche leggiadra ninfa paurosa:

Quivi vegg’io con pensier vaghi e pronti
Le belle luci corne fussin vive,
Qui me le toglie or una or altra cosa.

(Lorenzo De Medici)

Recueil: Petite anthologie Poésie européenne
Traduction:
Editions: Singulières

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vent et pluie (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2021



Vent et pluie

Le vent tord les nuages
Comme des serpillières
Qui pendent comme des loques
Sur le sommet de la colline
Et sur la pointe du clocher
Où le coq ébouriffe
Ses plumes de métal doré
La pluie enlace le village
Frissonne sur les toits
Coule sur les joues du chemin

Les maisons me regardent tristement
Avec dans le regard l’éternité des choses

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: René Magritte

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ALLAIS DANS LE VERGER… (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



 

Alexandre Pavlenko  1974 - Ukrainian Pointillist painter (53) [1280x768]

J’ALLAIS DANS LE VERGER…

J’allais dans le verger où les framboises au soleil
chantent sous l’azur à cause des mouches à miel.
C’est d’un âge très jeune que je vous parle.
Près des montagnes je suis né, prés des montagnes.
Et je sens bien maintenant que dans mon âme
il y a de la neige, des torrents couleur de givre
et de grands pics cassés où il y a des oiseaux
de proie qui planent dans un air qui rend ivre,
dans un vent qui fouette les neiges et les eaux.

Oui, je sens bien que je suis comme les montagnes.
Ma tristesse a la couleur des gentianes qui y croissent.
Je dus avoir, dans ma famille, des herborisateurs
naïfs, avec des boîtes couleur d’insecte vert,
qui, par les après-midi d’horrible chaleur,
s’enfonçaient, dans l’ombre glacée des forêts,
à la recherche d’échantillons précieux
qu’ils n’eussent point échangés pour les vieux
trésors des magiciens des Bagdads merveilleuses
où les jets d’eau ont des fraîcheurs endormeuses.
Mon amour a la tendresse d’un arc-en-ciel
après une pluie d’avril où chante le soleil.
Pourquoi ai-je l’existence que j’ai ?… N’étais-je fait
pour vivre sur les sommets, dans l’éparpillement
de neige des troupeaux, avec un haut bâton,
à l’heure où on est grandi par la paix du jour qui tombe ?

(Francis Jammes)

Illustration: Alexandre Pavlenko

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Le sommeil du condor (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2021



 

Le sommeil du condor

Par-delà l’escalier des roides Cordillères,
Par-delà les brouillards hantés des aigles noirs,
Plus haut que les sommets creusés en entonnoirs
Où bout le flux sanglant des laves familières,
L’envergure pendante et rouge par endroits,
Le vaste Oiseau, tout plein d’une morne indolence,
Regarde l’Amérique et l’espace en silence,
Et le sombre soleil qui meurt dans ses yeux froids.

La nuit roule de l’est, où les pampas sauvages
Sous les monts étagés s’élargissent sans fin ;
Elle endort le Chili, les villes, les rivages,
Et la mer Pacifique, et l’horizon divin ;
Du continent muet elle s’est emparée :
Des sables aux coteaux, des gorges aux versants,
De cime en cime, elle enfle, en tourbillons croissants,
Le lourd débordement de sa haute marée.

Lui, comme un spectre, seul, au front du pic altier,
Baigné d’une lueur qui saigne sur la neige,
Il attend cette mer sinistre qui l’assiège :
Elle arrive, déferle, et le couvre en entier
Dans l’abîme sans fond la Croix australe allume
Sur les côtes du ciel son phare constellé.
Il râle de plaisir, il agite sa plume,
Il érige son cou musculeux et pelé,

Il s’enlève en fouettant l’âpre neige des Andes,
Dans un cri rauque il monte où n’atteint pas le vent,
Et, loin du globe noir, loin de l’astre vivant,
Il dort dans l’air glacé, les ailes toutes grandes.

(Leconte de Lisle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :