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Poésie

Posts Tagged ‘cahier’

Objets (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021



Objets

C’était un vieux sac d’écolier
Tout éventré, oublié,
D’où quelques cahiers bâillaient…
Mais c’est mon vieux cartable,
Là, sous la table
Dans le grenier !

C’est en rangeant que je l’ai retrouvé,
Et avec lui une bouffée de mon passé :
La fraîcheur du lever,
La main de Papa sur mon visage,
Disant : »Réveille-toi, il est tard,
Tu vas être en retard ! »
C’est tout mon plus jeune âge…

Comme il a l’air désuet
Ce vieil objet !
Mais que de secrets,
Que de souvenirs écoulés,
Que d’orages !
C’est toute une page…
Des odeurs et des senteurs,
Des bonheurs, des malheurs,
Des joies et des solitudes,
Des contraintes et des habitudes …

Tout est là, dans ce vieux sac abandonné !

(Mireille Gaglio)

Illustration

 

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LA BOUCHE (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



 

LA BOUCHE

Sur les bancs de l’école où tu n’as rien appris
C’est la chanson d’un avril endormi
Qui surprenait ta tête entrebâillée
Quand la neige des fleurs te remontait aux tempes
Comme un vol d’oiseaux fous dans l’azur du dimanche

C’est le chant d’un enfant que tu n’as pas connu
Ses mains avides ses pieds nus
Son mystère aux lèvres d’abeilles
Et ce grand rire clair qui lui mangeait les lèvres
Quand le soir rougeoyait aux vitres de la classe
Comme un poing renversé dans le sang des charrues

Sur les bancs de l’école avais-tu d’autres yeux
Pour menacer la vie aux griffes roses
Pour épier la fumée des images
Les beaux cahiers tachés du sang des livres
Et le monde à l’envers dans cette voix du maître
Qui faisait à ton coeur d’invisibles promesses

Avais-tu d’autres yeux pour convaincre ton rêve
Pour épouser les mots déconcertés
Au milieu des clameurs qui te brûlaient la tête
Quand tu ne savais plus ce que parler veut dire
A force d’oublier ta manière de vivre
Sur les bancs de l’école où tu n’as rien appris…

(Luc Decaunes)

Illustration: Robert Doisneau

 

 

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Je voudrais, dans un petit cahier (Pascal Commère)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020


 

Je voudrais, dans un petit cahier — est-ce que vraiment
sur ses pages cassées, dans les coins jaunes
comme la sciure un peu, je voudrais — non pas dire
mais plutôt approcher, très lentement. Quand un feu prend
on voit la fumée, d’abord, et tout près d’un ruisseau
ou pas très loin, et la couleur derrière
dans les terres rouges, les villages. Et surtout,
dire à peine le chuchotement de l’eau qu’on cueille,
qui ne dort pas, sans esquinter jamais rosière.
Dans un petit cahier, sans bruit, je voudrais.

(Pascal Commère)

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Rien de plus dur (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2020



Rien de plus dur que
Les noix
De muscade du passé

Mais la râpe du temps
Est en inox
Alors
Pour aimer encore un
Peu

On feuillette
Les cahiers d’écoliers

Les brouillons
Et les livres d’images
Défraîchis
Où la vie a griffonné
Sur la peau

Pour passer
L’examen de savoir
Si l’âme avait
Autre chose à proposer

Un serment de mots
Par exemple

Un billet aller-simple
Pour ailleurs
N’importe où à deux

(Werner Lambersy)

Illustration: Lauri Blank

 

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La couverture (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019


La couverture du cahier
bleu pâle figure
un château féodal
sur le ciel d’orage de l’image
on a dessiné la Mort tenant sa faux
des feuilles tombées
cachent le sentier
à maisons livides
dans l’une on entend
crier Dieu merci.

(Jean Follain)

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Création (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



 

Création

Voilà ce que c’est: une lassitude,
L’horloge ne veut pas se taire;
Un tonnerre s’apaise au loin.
Voix inconnues, voix prisonnières,
Je les entends gémir et se plaindre.
Un cercle mystérieux se resserre,
Mais dans cet abîme de bruits et de murmures
Se dresse un son, un seul, qui domine tout.
Autour de lui tout se tait si strictement
Qu’on entend pousser l’herbe dans la forêt,
Et passer le Mal avec sa besace sur la terre.
Mais voici que soudain on distingue des mots
Et les signaux des rimes légères, —
Alors je commence à comprendre,
Et ces strophes simplement dictées
Se rangent dans le cahier blanc comme neige.

*

Je n’ai que faire des odes et de leurs bataillons,
Des subtiles élégies et de leurs séductions;
Pour moi, il faut dans les vers que tout soit à côté,
Pas comme chez les gens.

Si vous saviez avec quelles ordures
On fait pousser les vers, sans la moindre honte,
Comme un pissenlit jaune près de la clôture,
Comme les bardanes et l’arroche.

Un appel irrité, l’odeur du goudron frais,
Une mystérieuse moisissure sur le mur…
Et le vers chante déjà, railleur, tendre,
Pour votre joie et la mienne.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Large est la lumière jaune du soir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Large est la lumière jaune du soir,
Tendre la fraîcheur d’avril.
Tu es en retard de dix années,
Mais je suis heureuse de te voir.

Assieds-toi, là, plus près de moi,
Regarde de tes yeux joyeux:
Voici le cahier bleu ciel
Rempli de mes vers d’enfant.

Pardonne-moi: j’ai vécu triste
Et sans faire fête au soleil.
Pardon! Ils sont bien trop nombreux
Ceux que d’abord j’ai pris pour toi.

(Anna Akhmatova)

 

 

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TROMPERIE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




TROMPERIE

1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.

Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.

2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.

Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.

Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.

3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…

Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.

Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.

Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.

4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.

Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.

Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.

J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.

On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Les cendres dans le vent (Abdelwahab El-Bayati)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018


 

Les cendres dans le vent

Depuis dix nuits j’endure les tourments
Chevauchant la douleur meurtrière
Ils m’ont tranché les membres, les ont brûlés
Et dispersé leurs cendres au vent
Se sont rués sur mes cahiers
En ont pillé les pages, étouffé les désirs
Et foulé les signes dans la boue
Mes guenilles et mon sang
Me voilà dépouillé
Libre comme ce feu, ce vent
Libre pour l’éternité
Gouttes des pluies de l’été
Cité dont personne ne revint
Rendez-vous au dernier jour
Aimé ne joue point sur la guitare du corps
Mes membres sont devenus l’humus
De ces forêts de cendre
Grandira la forêt mon étreinte
Mon amant
Et grandiront les arbres
Notre rencontre après-demain
Dans le temple des lumières
L’huile ne manquera pas dans la lampe
Le rendez-vous sera tenu
La blessure ne guérira point
Mais la semence s’épanouira

(Abdelwahab El-Bayati)

Illustration: Ratko Krsanin

 

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Ma chambre a des charmes de palmier (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018




    
Ma chambre a des charmes de palmier.
Le lit blanc et pur, défait,
les innocents cahiers : la présence
en moi de cette joie physique
que donne la vie qui se vit en soi.

Puis des moineaux se dispersent comme
un vol confus de papillons; la terre, au soleil
passionnée et indifférente…

Et dans les vignes brûlées de soleil
et les maisons aux enduits incandescents,
un son de cloche obsédant.

***

La mia camera ha incanti di palmizio.
Il candido letto disordinato,
i quaderni innocenti: la presenza
in me di questa fisica allegrezza
che è la vita che si vive sola.

Poi passeri si sparpagliano corne
confuse farfalle; la terra, al sole,
appassionata e indifferente…

E tra le vigne roventi di sole
e gli intonachi accesi delle case,
un invasato suono di campana.

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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