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Poésie

Posts Tagged ‘fou’

МОNSTRES (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2019



Illustration: John Henry Fuseli
    
МОNSTRES

Il y a des monstres qui sont très bons,
Qui s’assoient contre vous les yeux clos de tendresse
Et sur votre poignet
Posent leur patte velue.

Un soir —
Où tout sera pourpre dans l’univers,
Où les roches reprendront leurs trajectoires de folles,

Ils se réveilleront.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Terraqué suivi de Exécutoire
Traduction:
Editions: Gallimard

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Menuisier du roi (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Olivier Stanislas Perrin  atelier-de-menuisier

Menuisier du roi

-Je stipule
dit le roi
que les grelots de ma mule
seront des grelots de bois.

-Je stipule dit la reine
que les grelots de ma mule
seront des grelots de frêne.

-Je stipule
dit le dauphin
que les grelots de ma mule
seront en coeur de sapin.

-Je stipule
dit l’infante
élégante
que les grelots de ma mule
seront faits de palissandre.

-Je stipule dit le fou
que les grelots de ma mule
seront des grelots de houx.

Mais quand on appela le menuisier
Il n’avait que du merisier.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Olivier Stanislas Perrin

 

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POURQUOI? (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
POURQUOI?

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son cœur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

Je regarde l’horizon
qui se variole de cratères
Mon coeur veut s’illuminer
comme cette nuit
au moins de fusées

Je soutiens mon coeur
qui s’encave
et ébranle et gronde
comme un projectile
dans la plaine
mais qui ne me laisse
pas même un signe d’envol

Mon pauvre coeur
ahuri
de ne pas savoir

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’homme (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019



 

Marcel Roux  Femme Flamme 5

L’homme fut sûrement
le voeu le plus fou des ténèbres;
c’est pourquoi
nous sommes ténébreux,
envieux et fous
sous le puissant soleil.

(René Char)

Illustration: Marcel Roux

 

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Ô narcisses et chrysanthèmes (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019



 

George Inness  _sunset

Ô narcisses et chrysanthèmes
De ce crépuscule d’automne
Où nos voix reprenaient les thèmes
Tant tristes du vent monotone !

Des enfants dansaient sur la route
Qui mène vers la lande noire
Où hurla jadis la déroute,
Sous la lune, des rois sans gloire.

Nous chantions des chants des vieux âges
En allant tous deux vers la ville,
Toi si grave avec tes yeux sages
Et moi dont l’âme fut si vile.

Le jour tombait au son des cloches
Dans l’eau lente de la rivière
Qui charriait vers des mers proches
La flotte à la noire bannière.

Nous fûmes trop fous pour comprendre
Les présages du crépuscule :
Voici l’ombre où l’on croit entendre
Les sanglots d’un dieu qui recule.

La flotte a fui vers d’autres astres,
Les enfants sont morts sur la route,
Et les fleurs, au vent des désastres,
Ne sont qu’un souvenir de doute.

Sais-tu le chemin de la ville,
Toi si grave avec tes yeux sages ?
Ah ! mon âme qui fut trop vile
A peur des chansons des vieux âges !

(Stuart Merrill)

Illustration: George Inness

 

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LES HÉRAUTS NOIRS (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 


Illustration: ArbreaPhotos
    
LES HÉRAUTS NOIRS

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!
Des coups comme de la haine de Dieu; comme si avec eux,
le ressac de toutes les souffrances
s’enlisait dans l’âme… Je ne sais!

Ils sont rares; mais ils sont… Ils ouvrent des saignées obscures
dans le visage le plus farouche et dans le flanc le plus fort.
Ils sont peut-être les poulains de barbares attilas;
ou bien les hérauts noirs que nous envoie la Mort.

Ils sont les chutes profondes des Christs de l’âme,
d’une foi adorable que le Destin blasphème.
Ces coups sanglants sont les crépitations
d’un pain que nous laissons brûler à la porte du four.

Et l’homme… Le pauvre… Le pauvre! Il tourne les yeux, comme
quand nous appelle une tape sur l’épaule ;
il tourne ses yeux fous, et tout le vécu
s’enlise, telle une flaque de faute, dans le regard.

Il est des coups dans la vie, si rudes… Je ne sais!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Lèvres ouvertes comme jamais (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019



    
Lèvres ouvertes
comme jamais…

C’était à rendre fou.

Le rouge,
quand je m’entêtais,
était à rendre fou,
c’était comme si
j’avais la fièvre d’amour.

Tout ce qu’il y avait de beau dans ma vie
se retrouvait dans ce rouge.

Je ne voulais pas croire
que c’était peut-être un rêve
qui devait finir un jour.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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DIMANCHES (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



DIMANCHES

Je ne tiens que des mois, des journées et des heures…
Dès que je dis oui ! tout feint l’en-exil…
Je cause de fidèles demeures,
On me trouve bien subtil ;
Oui ou non, est-il
D’autres buts que les mois, les journées et les heures?

L’âme du Vent gargouille au fond des cheminées…
L’âme du Vent se plaint à sa façon ;
Vienne Avril de la prochaine année,
Il aura d’autres chansons !..
Est-ce une leçon,
O Vent qui gargouillez au fond des cheminées ?

Il dit que la Terre est une simple légende
Contée au possible par l’Idéal…
— Eh bien, est-ce un sort, je vous l’demande?
— Oui, un sort ! car c’est fatal.
— Ah ! ah ! pas trop mal,
Le jeu de mot ! — Mais folle, oh ! folle, la légende…

(Jules Laforgue)

Illustration: ArbreaPhotos

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Le ciel incandescent d’un million d’étoiles (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2019



Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.

Les parfums de juillet brûlent dans le silence
D’une trop vaste et trop puissante volupté.
Vers l’azur ébloui, comme un oiseau, s’élance,
En des battements fous, mon coeur ivre d’été.

Que m’importe, à présent, que la terre soit ronde
Et que l’homme y demeure à jamais sans espoir ?
Oui, j’ai compris pourquoi l’on a créé le monde ;
C’était pour mon plaisir exubérant d’un soir !

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

 

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Le fou (Henri Gougaud)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019



Il était bon comme une figue brune
il était fort comme un désir de loup
il était seul comme un chien dans la lune
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il était beau comme un pitre en Sorbonne
sérieux aussi comme un enfant qui joue
il était fier comme un air de trombonne
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il s’exaltait comme un désert qui danse
il rêvait grand comme un oeil de hibou
il s’affolait comme un cri d’ambulance
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il est parti comme un cheval sauvage
il s’est défait comme brume au mois d’août
il a vécu comme un oiseau sans âge
il était fou, fou comme l’amour fou.

Il fut amant comme on l’est en enfance
il en souffrit mais au fond ce fut doux
il s’est perdu comme on part en vacances
il était fou, fou comme l’amour fou.

(Henri Gougaud)

Illustration

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