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Poésie

Posts Tagged ‘fou’

Prière païenne (Jacques Brel)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2023



Illustration: William-Adolphe Bouguereau
    
Prière païenne

N’est-il pas vrai Marie que c’est prier pour vous
Que de lui dire «Je t’aime» en tombant à genoux?
N’est-il pas vrai Marie que c’est prier pour vous
Que pleurer de bonheur en riant comme un fou
Que couvrir de tendresse nos païennes amours
C’est fleurir de prières chaque nuit, chaque jour?

N’est-il pas vrai Marie que c’est chanter pour vous
Que semer nos chemins, de simple poésie?
N’est-il pas vrai Marie que c’est chanter pour vous
Que voir en chaque chose, une chose jolie
Que chanter pour l’enfant qui bientôt nous viendra
C’est chanter pour l’Enfant qui repose en vos bras?

N’est-il pas vrai Marie?
N’est-il pas vrai Marie?

(Jacques Brel)

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M’en allant par la bruyère (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2022



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M’en allant par la bruyère
– Buisson rouge, buisson blanc –
Pour cueillir la fleur dernière
Qui pousse au milieu du vent.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

Passant vers la clématite
– Le rouge-gorge est dedans –
J’ai rencontré la nourrice
Qui mène au bois ses enfants.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

Les trois plus beaux vont derrière,
Les trois plus gais vont devant,
Mais la petite dernière
Traîne le pied marchant.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

Passant par le champ de trèfle
– Ses frères sont loin du champ –
Elle baisse un peu la tête,
Elle s’arrête en pleurant.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

« Viens-t’en, ma petite rose,
Ma mie, avec moi viens-t’en.
Nous rattraperons les autres
À travers les pays grands.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

« Donne-moi ta main sauvage
Qui tient une fleur au vent;
Donne-moi ton doux visage
Et ton joli cœur battant.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

« Donne-moi ton cœur qui tremble
Avec son chagrin dedans;
Nous le porterons ensemble
Sous mon grand manteau flottant.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

« Et j’endormirai ta peine
Le long des bois en chantant.
Ta peine d’aujourd’hui même
Et celles des autres temps.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

« La plus vive, la plus folle
Qui sort du monde au printemps
Et celle qui vient d’automne
Pour faire mourir les champs.
Buisson rouge, buisson jaune, buissons au loin buissonnant.

(Marie Noël)

Découvert ici: https://lilousoleil.wordpress.com

Poème pour Le cahier des poésies d’Asphodèle

 

 

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Au fond de la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2022



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Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon cœur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le cœur.

(Luc Bérimont)

 

 

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Parole (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022




    
Peut-être n’avons-nous jamais eu le choix
qu’entre une parole folle
et une parole vaine.

(Christian Bobin)

 

Recueil: L’homme qui marche
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Regarde moi! Regarde moi (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022



Regarde moi! Regarde moi.
Vous vous dites: les chevaux aussi demandent ça,
et les arbres et les fous et les pauvres,
et tout ce qui passe dans le temps – pour un temps.
Partout l’appel, partout l’impatience de la gloire, d’être aimé, reconnu,
partout cette langueur de l’exil et cette faim d’une vraie demeure
– les yeux d’un autre. Regarde moi! Regarde moi.

(Christian Bobin)

 

 

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Peut-être, quand viendra la nuit (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2022




Illustration
    
Peut-être, quand viendra la nuit
Vais-je poser mes mains autour de ton visage?
Une lampe assourdie balancera le vent
Qui monte des ravins d’octobre avec la pluie
Tu t’approcheras, nue, entre les murs bâtis
Mais je ne connaîtrai de toi que ton visage.
Je retiendrai l’instant comme une écluse haute
Capable d’emporter deux corps dans un courant
Je dirai la raison sourde des marécages
Croupis dans une attente à goût d’orage et d’eau.

Je tiens la nuit contre ma bouche
D’un souffle si léger, si pur
Qu’il entretient le feu des pierres.
Un geste pourrait dévaster
Les jardins en pente du jour;
Le plus court hasard nous tuerait
En ce territoire incertain.

Je reste en vie si loin de toi
Mon absente, ma déferlante
Parce qu’aux confins fous du sang
Luit le pavot bleu du plaisir.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Minerai de solitude (Luc Bérimont)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2022




    
Minerai de solitude

Chaque caillou du sol est seul, mais le sait-il?
Chaque étoile du ciel est de la solitude

Aussi le lièvre droit, la chaleur du terrier
Le sang qui vient peser à la vitre de l’oeil

Même le soleil fou, la cage où ruent les blés
Même la bouche grasse et la poire mordue

Ah ! je n’ai pas le temps de rassembler vos cris
Mes frères qui vivez et qui mourez ainsi.

(Luc Bérimont)

Recueil: Le sang des hommes
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le charlatan (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




    
Le charlatan

Sur le pont-neuf, entouré de badauds,
Un charlatan criait à pleine tête :
Venez, messieurs, accourez faire emplette
Du grand remède à tous les maux :
C’est une poudre admirable
Qui donne de l’esprit aux sots,
De l’honneur aux fripons, l’innocence aux coupables,
Aux vieilles femmes des amants,
Au vieillard amoureux une jeune maîtresse,
Aux fous le prix de la sagesse,
Et la science aux ignorants.
Avec ma poudre, il n’est rien dans la vie
Dont bientôt on ne vienne à bout ;
Par elle on obtient tout, on sait tout, on fait tout ;
C’est la grande encyclopédie.
Vite je m’approchai pour voir ce beau trésor…
C’était un peu de poudre d’or.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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La belle vieille (François Maynard)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2022



Illustration: Christelle Fontenoy 
    

La belle vieille

Cloris, que dans mon temps j’ai si longtemps servie
Et que ma passion montre à tout l’univers,
Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie
Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

N’oppose plus ton deuil au bonheur où j’aspire.
Ton visage est-il fait pour demeurer voilé ?
Sors de ta nuit funèbre, et permets que j’admire
Les divines clartés des yeux qui m’ont brûlé.

Où s’enfuit ta prudence acquise et naturelle ?
Qu’est-ce que ton esprit a fait de sa vigueur ?
La folle vanité de paraître fidèle
Aux cendres d’un jaloux, m’expose à ta rigueur.

Eusses-tu fait le voeu d’un éternel veuvage
Pour l’honneur du mari que ton lit a perdu
Et trouvé des Césars dans ton haut parentage,
Ton amour est un bien qui m’est justement dû.

Qu’on a vu revenir de malheurs et de joies,
Qu’on a vu trébucher de peuples et de rois,
Qu’on a pleuré d’Hectors, qu’on a brûlé de Troies
Depuis que mon courage a fléchi sous tes lois !

Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis ta conquête,
Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris,
Et j’ai fidèlement aimé ta belle tête
Sous des cheveux châtains et sous des cheveux gris.

C’est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née ;
C’est de leurs premiers traits que je fus abattu ;
Mais tant que tu brûlas du flambeau d’hyménée,
Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t’honore
Et mes ressentiments ne l’ont pas violé.
Si quelquefois j’ai dit le soin qui me dévore,
C’est à des confidents qui n’ont jamais parlé.

Pour adoucir l’aigreur des peines que j’endure
Je me plains aux rochers et demande conseil
A ces vieilles forêts dont l’épaisse verdure
Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L’âme pleine d’amour et de mélancolie
Et couché sur des fleurs et sous des orangers,
J’ai montré ma blessure aux deux mers d’Italie
Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Ce fleuve impérieux à qui tout fit hommage
Et dont Neptune même endure le mépris,
A su qu’en mon esprit j’adorais ton image
Au lieu de chercher Rome en ses vastes débris.

Cloris, la passion que mon coeur t’a jurée
Ne trouve point d’exemple aux siècles les plus vieux.
Amour et la nature admirent la durée
Du feu de mes désirs et du feu de tes yeux.

La beauté qui te suit depuis ton premier âge
Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser,
Et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage,
En conserve l’éclat et craint de l’effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses,
Consulte le miroir avec des yeux contents.
On ne voit point tomber ni tes lys, ni tes roses,
Et l’hiver de ta vie est ton second printemps.

Pour moi, je cède aux ans ; et ma tête chenue
M’apprend qu’il faut quitter les hommes et le jour.
Mon sang se refroidit ; ma force diminue
Et je serais sans feu si j’étais sans amour.

C’est dans peu de matins que je croîtrai le nombre
De ceux à qui la Parque a ravi la clarté !
Oh ! qu’on oira souvent les plaintes de mon ombre
Accuser tes mépris de m’avoir maltraité !

Que feras-tu, Cloris, pour honorer ma cendre ?
Pourras-tu sans regret ouïr parler de moi ?
Et le mort que tu plains te pourra-t-il défendre
De blâmer ta rigueur et de louer ma foi ?

Si je voyais la fin de l’âge qui te reste,
Ma raison tomberait sous l’excès de mon deuil ;
Je pleurerais sans cesse un malheur si funeste
Et ferais jour et nuit l’amour à ton cercueil !

(François Maynard)

 

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Voilà (Barbara Pravi)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2022




    
Voilà

Écoutez moi
Moi la chanteuse à demi
Parlez de moi
À vos amours, à vos amis
Parler leur de cette fille aux yeux noirs et de son rêve fou
Moi c’que j’veux c’est écrire des histoires qui arrivent jusqu’à vous
C’est tout

Voilà, voilà, voilà, voilà qui je suis
Me voilà même si mise à nue j’ai peur, oui
Me voilà dans le bruit et dans le silence

Regardez moi, ou du moins ce qu’il en reste
Regardez moi, avant que je me déteste
Quoi vous dire, que les lèvres d’une autre ne vous diront pas
C’est peu de chose mais moi tout ce que j’ai je le dépose là, voilà

Voilà, voilà, voilà, voilà qui je suis
Me voilà même si mise à nue c’est fini
C’est ma gueule c’est mon cri, me voilà tant pis
Voilà, voilà, voilà, voilà juste ici
Moi mon rêve mon envie, comme j’en crève comme j’en ris
Me voilà dans le bruit et dans le silence

Ne partez pas, j’vous en supplie restez longtemps
Ça m’sauvera peut-être pas, non
Mais faire sans vous j’sais pas comment
Aimez moi comme on aime un ami qui s’en va pour toujours
J’veux qu’on m’aime parce que moi je sais pas bien aimer mes contours

Voilà, voilà, voilà, voilà qui je suis
Me voilà même si mise à nue c’est fini
Me voilà dans le bruit et dans la fureur aussi
Regardez moi enfin et mes yeux et mes mains
Tout c’que j’ai est ici, c’est ma gueule c’est mon cri
Me voilà, me voilà, me voilà
Voilà, voilà, voilà, voilà
Voilà

(Barbara Pravi)

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