Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se tourner’

Purgatoire (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Adolfo Busi
    
Purgatoire

La plénitude ne nous épuise donc pas ?
Dans mes mains lasses j’amasse,
j’aime, offre et accomplis
mais le jour persiste et la clarté aussi.

Je bois et vide tous les puits ;
le temps s’enfonce au plus profond des mers,
l’espace rencontre ma pesanteur
et me presse au soir de rentrer.

Comme une flèche je monte et descends les escaliers ;
il pleut des heures dans le silence,
rompant toutes les vannes, la plénitude s’élance,
je cours jusqu’à mourir éreintée.

Mais de nouveau il fait jour et la clarté persiste
– j’ai beau me tourner et me défendre, en vain –
de moi sans fin poussent des mains,
je dors et ne meurs pas.

***

Fegefeuer

Erschöpft uns denn die Fülle nicht?
Ich häufe in die müden
ich liebe, schenke und vollende,
doch es bleibt Tag und es bleibt licht.

Ich trinke aile Brunnen aus;
die Zeit rückt tiefer in die Meere,
der Raum begegnet meiner Schwere
und drängt mich in das Abendhaus.

Ich flieg’ die Treppen auf und ab;
es regnet Stunden in die Stille,
aus allen Schleusen bricht die Fülle,
bis ich mich totgelaufen hab’.
Doch wieder tagt es und bleibt licht,
-— wie ich mich wehre und mich wende –
mir wachsen unaufhörlich Hände,
ich schlafe und ich sterbe nicht.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

SIRÈNES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019



 

Illustration: Victor-Louis Mottez
    
SIRÈNES

Pensée funeste,
Toi qui embrases et qui troubles l’amour
Afin que je me tourne inlassablement vers le haut,
Tu modifies, impatiemment, les apparences
Et, avant même que je touche au but
Et me détrompe,
A d’autres songes déjà tu m’enchaînes.
Semblable à cette mer inquiète et flatteuse
Qui offre et cache au loin
L’île fatale,
Multipliant tes leurres,
Tu mènes qui encore espère
A la mort.

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le coeur se tourne vers sa nuit (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Le coeur se tourne vers sa nuit,
Scrutant le coin le plus sombre à l’affût de l’aube
D’un soleil enseveli :
Il n’en est pas d’autre.

***

Heart turns into its night
Scanning the darkest quarter for the dawn
Of a sun that set:
Else there is none.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

De la lumière, quelqu’un attend (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
De la lumière, quelqu’un attend —

De la lumière quelqu’un attend.
mais mon attente n’a pas encore pris fin.
Si je t’offrais à présent mes mains,
elles seraient vides.

À travers la pluie, la lumière de l’espace
tombe à fines gouttes sur mon visage —
mais tous les sens se tournent à nouveau
vers les cris d’une voix.

Elle crie — elle gémit, et ta lumière
a disparu à travers la pluie.
Je dois encore rester seul avec un manque
que je n’ai pas vaincu.

De la lumière, quelqu’un attend.
Je suis seul avec une voix dans le vide.
Il serait cruel de venir vers toi qui attends
avant que mon attente ait pris fin.

***

Der er Lys og nogen venter —

Der er Lys, og nogen venter.
Men min Ventetid er endnu ikke omme.
Hvis jeg gav dig mine Hænder nu,
var de tomme.

Ud igennem Regnen falder
paa mit Ansigt Rummets Lys i fine Draaber —
men saa vender aile Sanser si paany
mod en Rost der raaber.

Og den raaber — og den jamrer,
og dit Lys igennem Regnen er forsvundet.
Jeg maa endnu være ene med et Savn,
som jeg ikke har forvundet.

Det er Lys, og nogen venter.
Jeg er ene med en Stemme i det tomme.
Det var ondt mod dig, der venter, huis jeg kom,
for min Ventetid er omme.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Prodige (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2018



Prodige

Alors les vaches, toutes ensemble,
se tournèrent vers moi
pour me bénir.

(André Frénaud)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

Post-scriptum (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Post-scriptum

Dieu qu’elle était fessue la petite serveuse
flattée d’un ceinturon qui lui bridait la taille
marchant à petits pas pour franchir le portail
peinant du poids des yeux sur ses formes pulpeuses.

lorsqu’elle revenait le plateau fier et haut
on attendait déjà l’instant qu’elle se tourne
qu’elle se penche un peu pour souligner ses courbes
et le désir croissait en descendant le dos

le regard s’attachait devinait des promesses
imaginait l’endroit où poser les caresses
se perdait dans l’espoir d’une autre découverte

mais déjà d’un pied ferme elle était repartie
laissant les yeux avides et inassouvis
se heurter à la porte laissée entrouverte

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nos visages (Maurice Benhamou)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



    

Nos visages
entre les deux mains de l’obscur

se tournent
vers l’inexplorable.

Le regard s’agrandit
de tout l’espace de la nuit

ou bien dans sa vacance
la nuit s’engouffre-t-elle ?

(Maurice Benhamou)

 

Recueil: Tréfonds du Temps
Editions: Unes

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pour trouver l’authentique amour (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: Oleg Zhivetin    
    
Ronsard écrivant ses Amours au son du luth et de la
flûte ne désignait, frauduleusement, que la passion la plus charnelle.

Pour trouver l’authentique amour,
il faut se tourner vers les saints et les mystiques de tous les temps,
qui en ont fait l’objet de leur quête personnelle et presque insensée.

Au Xe siècle, Hallâj s’écriait :
« Entre moi et Toi, il y a un  » c’est moi  » qui me tourmente.
Ah ! enlève par ton » c’est Moi « ,
mon  » c’est moi  » hors d’entre nous deux ».

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je me tourne de ton côté (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018




    
Je me tourne de ton côté,
au lit ou dans la vie,
et je trouve que tu es faite d’impossible.

Alors je me tourne vers moi
et je constate la même chose.

C’est pourquoi,
bien que nous aimions le possible,
nous finirons par l’enfermer dans une boite,
pour qu’il n’entrave plus cet impossible
sans lequel nous nе serions plus ensemble.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

N’importe quoi, n’importe comment (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




    
N’importe quoi, n’importe comment
quand le regard perd le regard
et se tourne vers lui-même…
Soudain, la cécité
amoncelle de nocturnes désordres.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :