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Poésie

Posts Tagged ‘craindre’

La vague (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


 

Tu crains
Pourtant que la vague

Ne fasse jamais
Que répéter

Ce qu’en toi-même
Tu auras pensé.

(Guillevic)

 

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Les yeux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



 

Fernand Khnopff_tête-de-femme theswedishparrot.com

Les yeux d’Amaranthe

Beaux yeux que j’aime tant, hé quelle est votre essence,
Car l’on vous pense feux à mon embrasement,
Puis l’on vous juge cieux par votre mouvement,
Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

Ces yeux n’ont que des feux toujours en influence,
Comme s’ils n’étaient faits que de cet élément :
Mais ces yeux étant dieux, leur branlant règlement
N’a que leur volonté pour toute intelligence.

Feux germains et gémeaux qui me donnez le jour,
Tandis que vous luirez dedans le ciel d’amour,
En tout temps et tout lieu je veux cueillir la rose.

Et quoi que le Démon avec ses appareils,
De rage et de noirceur à mes beaux jours oppose,
Je ne crains point l’éclipse avecque deux soleils.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sors de l’ombre (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Makoto Oshima 2003-ei-10f

Sors de l’ombre, et dis-moi
depuis combien d’années
tu mêles à mes pas
ton empreinte invisible,
ô mon double muet
traversé par mes mains.
C’est trop peu de sentir
ton souffle sur mon front
et dans l’air mutilé
d’écouter ta présence ;
trop peu de deviner
tes gestes incertains
à travers le cristal
du sommeil et des songes.
J’ai trop connu l’attente
et les paroles dures.
je ne crains ton regard
ni le rond de ta bouche
et veux te voir en face
à la clarté du coeur.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Makoto Oshima

 

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Tu te crois proche de l’extase (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
tu te crois proche de l’extase
mais le ciel ne dévoile rien
sinon ce vide que tu crains

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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AUTOMNE (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2019



Illustration: Maurice de Vlaminck
    
AUTOMNE

Un reflet du couchant grossit en colline,
Œil où le regard est sang.

A l’automne,
La pomme du monde est humide et ronde,
Frétille entre les dents,
Douce peau travaillée de soleil, de pluie, de vent
Puis humide de paix.

Mobiles dans l’ordre de la brume,
Les arbres près du village, roulant comme des bohémiens,
Content de longues histoires de voyage
Où nul ne comprend rien et que l’on craint.

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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Moi, le premier prénommé (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2018



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Moi, le premier prénommé
Je suis le fantôme de cet
Ami anonyme, sans prénom
Qui écrit les
mots que j’écris
Dans une chambre tranquille
Dans une maison imbibée d’envoûtement ;

Je suis le fantôme de cette maison
Remplie des langues et des yeux
D’un fantôme sans tête
Que je crains pour toujours
Jusqu’à la fin anonyme.

(Dylan Thomas)

 Illustration

 

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VILLONAUDE POUR CE NOËL (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018




VILLONAUDE POUR CE NOËL

Sur le Noël morte saison
(Hommage des bergers si précieux !)
Quand les loups gris qui vont errants
Se vivent de vents froids et laiteux,
Lapent la neige, leur guerredon,
Sur le Noël coeur reprenons,
(Buvons! jusqu’à la lie buvons!)
Mais où sont les fantômes d’antan?

À quels fantômes ai-je rêvé?
(Equipage fleurant bon des mages?)
Fantômes d’amours mortes, errants
Qui font trembler les vents poisants :
Craignent qu’amour au soleil foison
Revienne et tue les chères images,
(Alors je bois à ma façon!)
Mais où sont les fantômes d’antan?

Où sont mon coeur les joies conquises
(Saturne et Mars vers Jupiter!)

Où sont les lèvres sur miennes mises
Où sont regards jolis et clairs
Qui disent amants donnez le prix?
Je bois aux yeux, opales grises
(De qui sont-elles le parangon?)
Mais où sont les fantômes d’antan?

Prince, ne dites rien de mes faits,
De la joie qu’en Dieu trouverai,
Dites-moi où sont partis les vents,
Mais où sont les fantômes d’antan?

(Ezra Pound)

Illustration

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SOI (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



    

SOI

Qui suis-je, qui
Parle, fait de poussière,
Qui regarde, fait d’argile?

Qui entend
La pierre muette,
Et touche du doigt, de l’os,
L’eau fragile?

Qui pour la forêt respire le soir,
Voit pour la rose,
Et sait
Ce que l’oiseau chante?

Qui suis-je — qui craint pour le soleil
La diabolique obscurité,
Et tient en équilibre
L’atome et le chaos?

Qui, né du rien, a contemplé
Le visage aimé?

***

SELF

Who am I, who
Speaks from the dus!,
Who looks from the clay ?

Who bears
For the mute stone,
For fragile water feels
With finger and bone?

Who for the fores! breathes the evening,
Sees for the rose,
Who knows
What the bird sings?

Who am I, who for the sun fears
The demon dark,
In order bolds
Atom and chaos?

Who out of notbingness has gazed
On the beloved face?

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Je crains (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2018



Illustration: Johann Heinrich Füssli
    
je crains d’arrêter d’être
celle que je ne fus jamais

boire dans le silence
au dedans du silence

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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