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Poésie

Posts Tagged ‘craindre’

Je ne crains plus (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019


caillou

 

Aubaine de mon voyage.
Dans le jardin, j’ai ramassé un caillou.
J’ai tant cherché.
Un caillou gris, pareil aux autres.
Que la nuit vienne maintenant,
je ne crains plus.
J’ai le talisman qui me sauve.
Je suis le maître des chemins,
le prince des métamorphoses.

(Claude Esteban)

 

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PETIT CHIEN SOMBRE (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2019



Salvador Dali  [800x600]

PETIT CHIEN SOMBRE

Tu sais mes secrètes décombres,
Cette eau vaseuse et ces remous,
Mais tu t’endors sur mes genoux
Comme un petit chien sombre.

Ciel un peu trouble entre les feuilles,
Sous tes boucles ton front est blanc.
Mon oreille avide recueille
Le bruit que fait ton sang.

J’écoute ce battement grave
Du petit chien sombre endormi,
L’invisible courant du gave
Qui dans ton corps frémit.

Mais notre pensive alliance
N’est faite de sang ni de chair.
Tu ne crains pas les brefs éclairs
Brûlant dans mon silence.

Tu n’entends rien en moi qui gronde,
Ce vieux coeur hurlant à la mort.
Je suis ta douceur en ce monde,
Le havre où tu t’endors.

Du fond des songes où tu fus,
Se lèvent tes prunelles pures
Sur ma misérable figure
Où le masque n’est plus.

(François Mauriac)

Illustration: Salvador Dali

 

 

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En méditerranée (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

mediterranee_1200_8 [1280x768]

En méditerranée

Dans ce bassin où jouent
Des enfants aux yeux noirs,
Il y a trois continents
Et des siècles d´histoire,
Des prophètes des dieux,
Le Messie en personne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a l´odeur du sang
Qui flotte sur ses rives
Et des pays meurtris
Comme autant de plaies vives,
Des îles barbelées,
Des murs qui emprisonnent.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Il y a des oliviers
Qui meurent sous les bombes
Là où est apparue
La première colombe,
Des peuples oubliés
Que la guerre moissonne.
Il y a un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

Dans ce bassin, je jouais
Lorsque j´étais enfant.
J´avais les pieds dans l´eau.
Je respirais le vent.
Mes compagnons de jeux
Sont devenus des hommes,
Les frères de ceux-là
Que le monde abandonne,
En Méditerranée.

Le ciel est endeuillé,
Par-dessus l´Acropole
Et liberté ne se dit plus
En espagnol.
On peut toujours rêver,
D´Athènes et Barcelone.
Il reste un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

(Georges Moustaki)

 

 

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Ô paix de ce pays d’ici (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 

Graham Gercken 1960 -  Australian Impressionist Landscape painter -  (27) [1280x768]

Ô paix de ce pays d’ici
Où jadis nous nous aimâmes
Par nos corps et par nos âmes,
Ô paix de ce pays d’ici !

Le crépuscule dans les arbres
Dont tous les oiseaux sont fous
De s’être aimés comme nous,
Le crépuscule dans les arbres !

Et ce fleuve sous la forêt
Où, soeur folle des automnes,
Tu cueillais les anémones,
Et ce fleuve sous la forêt !

Sais-tu ce que nous dit le fleuve
Qui pleurait dans les roseaux
– Soupirs des vents et des eaux –
Sais-tu ce que nous dit le fleuve ?

Il nous dit : Craignez la forêt
Dont au carrefour des doutes
On ne connaît plus les routes.
Il nous dit : « Craignez la forêt ! »

Mais nous n’avons pas peur des arbres
Lourds du tumulte des vols
Et des chants des rossignols ;
Mais nous n’avons pas peur des arbres.

O paix de ce pays d’ici,
La voix des eaux est mensonge,
Et tu ne peux être un songe,
O paix de ce pays d’ici.

(Stuart Merrill)

Illustration: Graham Gercken

 

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Si l’on regarde le bourgeon (Patricia Castex-Menier)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2019




    
Si
l’on regarde le bourgeon,

puis
la fleur, puis le fruit,

puis
le bourgeon, puis la fleur,

puis
le fruit,

on
ne craint plus de mourir.

Mais
cela prend du temps.

(Patricia Castex-Menier)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

Recueil: Jardins Publics
Traduction:
Editions: Aspect

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La vague (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


 

Tu crains
Pourtant que la vague

Ne fasse jamais
Que répéter

Ce qu’en toi-même
Tu auras pensé.

(Guillevic)

 

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Les yeux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



 

Fernand Khnopff_tête-de-femme theswedishparrot.com

Les yeux d’Amaranthe

Beaux yeux que j’aime tant, hé quelle est votre essence,
Car l’on vous pense feux à mon embrasement,
Puis l’on vous juge cieux par votre mouvement,
Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

Ces yeux n’ont que des feux toujours en influence,
Comme s’ils n’étaient faits que de cet élément :
Mais ces yeux étant dieux, leur branlant règlement
N’a que leur volonté pour toute intelligence.

Feux germains et gémeaux qui me donnez le jour,
Tandis que vous luirez dedans le ciel d’amour,
En tout temps et tout lieu je veux cueillir la rose.

Et quoi que le Démon avec ses appareils,
De rage et de noirceur à mes beaux jours oppose,
Je ne crains point l’éclipse avecque deux soleils.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sors de l’ombre (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Makoto Oshima 2003-ei-10f

Sors de l’ombre, et dis-moi
depuis combien d’années
tu mêles à mes pas
ton empreinte invisible,
ô mon double muet
traversé par mes mains.
C’est trop peu de sentir
ton souffle sur mon front
et dans l’air mutilé
d’écouter ta présence ;
trop peu de deviner
tes gestes incertains
à travers le cristal
du sommeil et des songes.
J’ai trop connu l’attente
et les paroles dures.
je ne crains ton regard
ni le rond de ta bouche
et veux te voir en face
à la clarté du coeur.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Makoto Oshima

 

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Tu te crois proche de l’extase (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
tu te crois proche de l’extase
mais le ciel ne dévoile rien
sinon ce vide que tu crains

(Jean-Claude Pirotte)

 

Recueil: Gens sérieux s’abstenir
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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