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PERDUE ET RETROUVÉE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
PERDUE ET RETROUVÉE

Si vous me dites ce que je pense
et que le temps est perdu
je croirai que vous oubliez
la chance et la vérité

Perdue dans la forêt
des vérités éclatantes
la lune se tait
et vous dormez

Mes rêves ne sont pas à vendre
et je ne donne que le reflet
de ce qui brûle et dévore
l’angoisse et l’amour mêlés

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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POUR ALICE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2020



Illustration: Cécile Robert Sermage
    
POUR ALICE

Est-ce un oiseau qui aboie
une lampe qui fume
un enfant qui verdoie
C’est un lapin qui chante
un homme qui rit
un prêté pour un rendu
Alice ma fille ma plume
jouons enfin au plus fin
au jugé à la tartelette
Il faut nous donner la main
les lunettes sur nos cheveux
et les cheveux sur nos lunettes

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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AMIS D’ENFANCE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
AMIS D’ENFANCE

Ceux qui vous disent bonjour
Ceux qui vous saluent simplement
Ceux qui vous font couac en passant
Ceux qui disent toujours amen
Ceux qui vous donnent signe de vie
Ceux qui vous disent merde
Ceux enfin qui ne vous disent rien
Ce sont peut-être les plus dévoués

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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IL FAUT BIEN (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020




    
IL FAUT BIEN

Il faut bien donner du coeur au ventre
ce n’est pas le plus gai
mais que les enfants s’amusent
Il faut bien prendre son courage à deux mains
en mains propres
et que la jeunesse se passe
Tout est perdu fors l’honneur
l’amour et l’eau claire
Il faut bien dormir sur les deux oreilles
les poings fermés
couper les cheveux en quatre
bras et jambes
se mettre martel en tête
et dans le mille
Il faut bien vivre de l’air du temps
celui qu’on tue
crier dans le désert avec les loups
ceux qui ont faim
Faut-il donc mourir de belle mort
et aussi échapper belle
Ne rien perdre pour attendre
de pied ferme

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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DOIT ET AVOIR (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



    

DOIT ET AVOIR

Est-il jamais trop tard
pour bien faire bien dire
bien-aimée
que le temps est déjà passé
de bien faire bien dire
bien-aimée
Aidons-nous les uns les autres
à bien faire bien dire
bien-aimée
Et donnons-nous le conseil
de bien dire de bien faire
bien-aimée
Mourons puisqu’il le faut
sans rien faire sans rien dire
bien-aimée
Est-il toujours trop tard
pour bien faire bien dire
bien-aimée
Ou même encore trop tôt
pour tout faire tout dire
bien-aimée

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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ETE (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020




ETE

Sors, ma belle, du sommeil !
Et comme une bacchante ivre
Au faune enflammé se livre,
Viens te donner au soleil.

Sur un lit d’herbe ou de sable
Ouvre-lui ton corps secret.
De toi qu’il fasse à son gré
La Danaé de la fable !

Et quand tu me reviendras
Lasse ainsi d’être adorée,
C’est une amante dorée
Que retrouveront mes bras !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Gustav Klimt

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CHANSON (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2020



CHANSON

C’est une folie de chanter, d’oser le chant.
C’est une folie de rire, d’oser les dents,
Une folie pour l’oiseau d’être tiède sur la branche
Dans la forêt,
Une folie de vivre, d’oser la vie.

Prends ma tête fatiguée,
Fais pour moi plus que moi-même,
Sur ton épaule puérile
Ravis-la-moi jusqu’à demain.

Pleine de printemps
Et des oiseaux que j’aime,
Pour que je vive allègrement,
Donne-la-moi toi-même.

(Pierre Morhange)


Illustration

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Tu voudrais savoir (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



indocile jusqu’au soir
ta vie avant le sommeil
se laisse parfois donner
des noms d’herbes
et caresse la peau délivrée

seuls tes yeux
brûlent dans les paupières
et continuent le chemin d’inquiétude
mais jusqu’où

tu voudrais savoir si
quand tu dormiras
ils regarderont sans toi
ta mort

(Jean-François Mathé)


Illustration: Chantal Quinet

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À une femme (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



À une femme

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

(Victor Hugo)


Illustration: William Robert Symonds

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