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Poésie

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L’éphémère (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



    

L’éphémère

Tant d’éphémères mains, tant de vent
Ce soir
Tarde la magique lueur

Et ton nom est incertain
Parmi de pauvres roses
Ton nom défait les fleuves où la lumière nage

J’ai patienté pour accueillir
Longue ta voix le long de longues herbes

Mais tu es seul parmi la pierre des étoiles
Ta voix prolonge la source des vivants

J’attends pour te reprendre de n’être qu’un langage.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre
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On sent dans l’ombre (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2018



Illustration: Arnold Böcklin
    
on sent dans l’ombre
un remuement plus sombre
et lent
l’ombre nous guette
on scrute sans voir
sans savoir ce qui vient

*

avançant à l’aveugle
dans la peur de nous perdre
on pressent
le moment où
se disloquera la petite carcasse
lentement construite

*

quand on parvient à s’évacuer
elle n’a plus rien à défaire
alors
on rit parfois
quand elle passe à travers le corps
folle et se cognant aux murs

(Antoine Emaz)

 

Recueil: Caisse claire
Traduction:
Editions: Points

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J’ai Vu La Lumière (Marc Lavoine)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

Abrishami Hessam_jk

J’ai Vu La Lumière:
Oui l’amour est mal coiffé,
L’amour non identifiée,
L’amour est un clandestin,

Si l’amour est voyageur,
L’amour pousse à l’intérieur
Et l’amour à toujours faim,

L’amour est mystérieux,
L’amour c’est un malchanceux
Mais l’amour est un héros,

L’amour est insaisissable
Même si l’amour est cassable,
L’amour à ça dans la peau…

[Refrain]
J’ai vu la lumière
En passant par là,
Elle était si belle
Qu’elle m’a conduit chez toi

L’amour est couché par terre,
L’amour c’est un appel d’air,
L’amour est un évadé

L’amour un jour fiche le camp
L’amour un jour te reprend,
L’amour est un habitué,

Que l’amour est volatil,
L’amour fait son difficile,
L’amour est un beau parleur,

L’amour nous fait ses aveux,
Mais l’amour fait ce qu’il ce veut
Comme il brisera ton coeur

[Refrain] (x2)

J’ai vu la lumière
En passant par là
Elle était si belle
Qu’elle c’est jetée sur moi

L’amour c’est comme un point de non retour,
On peut s’y perdre pour toujours,

L’amour peu devenir fou,
L’amour s’accroche à ton cou,
L’amour a le diable au corps

Car l’amour est dangereux,
L’amour c’est un ange heureux
Qui n’a pas peur de la mort,

L’amour n’est pas invincible
Mais quand il te prend pour cible,
L’amour est plus fort que toi,

L’amour couche avec la vie,
L’amour défait tous les lits,
Il aura raison de moi…

[Refrain]

J’ai vu la lumière
En passant par là
Elle était si belle
Qu’elle c’est jetée sur moi

(Marc Lavoine)

Illustration: Abrishami Hessam

 

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Les Mois ont une fin (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



Les Mois ont une fin — les Ans — un noeud —
Que nul Pouvoir ne peut défaire
Pour étirer encore un peu
L’Écheveau du Malheur —

La Terre remet ces vies fatiguées
Dans ses Tiroirs mystérieux?
Trop tendrement, pour que l’on doute
D’un ultime Repos –

À la façon des Enfants –
Lassés de la Journée –
Eux-mêmes – Jouets turbulents
Qu’ils ne peuvent ranger –

***

The Months have ends — the Years — a knot —
No Power can untie
To stretch a little further
A Skein of Misery —

The Earth lays back these tired lives
In her mysterious Drawers –
Too tenderly, that any doubt
An ultimate Repose –

The manner of the Children –
Who weary of the Day –
Themself – the noisy Plaything
They cannot put away –

(Emily Dickinson)

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JE TOUCHE TES LEVRES (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Alice de Miramon
    
JE TOUCHE TES LEVRES

Je touche tes lèvres,
je touche d’un doigt le bord de tes lèvres.
Je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main,
comme si elle s’entrouvrait pour la première fois
et il me suffit de fermer les yeux
pour tout défaire et tout recommencer.

Je fais naître chaque fois la bouche que je désire,
la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage,
une bouche choisie entre toutes, choisie par moi
avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui,
par un hasard que je ne cherche pas à comprendre,
coïncide exactement à ta bouche
qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.

Tu me regardes, tu me regardes de tout près,
tu me regardes de plus en plus près,
nous jouons au cyclope,
nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent,
et les cyclopes se regardent, respirent confondus,
les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres,
appuyant à peine la langue sur les dents,
jouant dans leur enceinte où va et vient
un air pesant dans un silence et un parfum ancien.

Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux,
caressent lentement la profondeur de tes cheveux,
tandis que nous nous embrassons
comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons,
de mouvement vivants, de senteur profonde.

Et si nous nous mordons, la douleur est douce
et si nous sombrons dans nos haleines mêlées
en une brève et terrible noyade,
cette mort instantanée est belle.

Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr,
et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Marelle
Traduction: Laure Bataillon & Françoise Rosset
Editions: Gallimard

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Nous nous aimons très tendrement (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
nous nous aimons très tendrement
,plus qu’une averse
a besoin d’arcs-en-ciel ou que font d’éventuelles
fleurs de mai les flocons:

tout à fait yeux de l’air
non que les premières grives du crépuscule s’éveillent
plus en secret que nos (même si se disloquaient
quelques-uns des mondes)êtres

Nul faire ne défera
(ni la folie ni la mort ni les deux qu’est
la guerre) ton moi ou ne simplifiera mon toi,chérie

douce et créative cette complexité
jamais connue est née avant qu’une lune éclose
avant que Dieu Se soit désiré dans la rose

et même(
nous aventurant jusque du côté
du plus immémorial des quand
)avant

chaque battement de coeur que je vis t’embrassant

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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Je suis sans peur (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: William Blake
    
Je suis sans peur

Je suis sans peur. Je largue les amarres
de la détresse. À vous de m’enlever.
Je suis fin prêt, j’ai défait mes bagages
car où je vais, la nudité s’impose.

Pour voyager sans les soucis du jour,
il n’est que Mort, et c’est ma voyageuse
et mon Virgile. Aux cercles des Enfers,
je serai Dante, un Dante analphabète.

J’ai mis du temps à comprendre que l’être
n’existe pas, que je ne fus jamais,
qu’on crut me voir, que je le crus moi-même
en n’étant pas — sinon dans quelques lignes.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Reviendras-tu (Nadia Tueni)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2017



    
Reviendras-tu si je disais la terre est au bout de tes doigts
comme une branche calcinée et déjà refroidie?
les oiseaux sont morts plusieurs fois à pic contre tes cheveux blonds
ils avaient adopté la mer pour vice
à cause des algues sonores
et des pistes qui se défont
lentement
trop tard pour naître chaque instant
à genoux devant des visages où toute couleur est hostie

comme une gorge prise au bétail qui dévore un rayon de soleil

reviendras-tu si je disais la mer est au bout de tes doigts?

(Nadia Tueni)

 

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Mon mari m’a battue avec une ceinture ouvragée (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Mon mari m’a battue avec une ceinture
Ouvragée, qu’il tenait par le milieu.
Pour toi tout contre la fenêtre
Je passe la nuit, avec une lampe.

Voici l’aube. Au-dessus de la forge
Monte une légère fumée.
Hélas, je suis une triste captive.
Encore une fois, tu n’as pas pu venir.

C’est pour toi que j’accepte cette vie,
Cette vie grise, cette vie-torture.
Est-ce que tu aimes une blonde ?
Est-ce une rousse qui t’attire ?

Comment vous cacher, mes plaintes?
Mon coeur est ivre, sombre, lourd.
D’étroits rayons viennent s’étendre
Sur le lit qu’on n’a pas défait.

(Anna Akhmatova)

 

 

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FACE A L’ENJEU (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017



 

FACE A L’ENJEU

J’ai défait la solitude.
Il n’y a pas de chevet où je ne puisse m’asseoir,
Reconnaître en chacun le gisant superbe
Qui outrepasse les tombes et confond nos mémoires.

Les ténèbres de l’autre sont nos propres ténèbres,
C’est notre oeil qui rompt la durée.

Nous créons des sentences,
Nous nous livrons aux pièges,
Quand l’épreuve est d’entendre :
Car tout nous est dicté.

(Andrée Chedid)

Illustration

 

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