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RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Bradley Walker Tomlin number-14-1949

RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION
(en regardant un tableau de Bradley Walker Tomlin)

Toujours la plus petite action

possible
en ce temps d’actions

plus vastes que la vie, un geste
vers l’objet qui passe

presque inaperçu. Un petit vent

agitant un feu de joie, par exemple,
que j’ai découvert l’autre jour
par hasard

sur le mur d’un musée. Presque rien
ne s’y trouve : quelques touches
de blanc

jetées négligemment sur le noir pur
du fond, rien de plus

qu’un petit geste
essayant de n’être rien

de plus que lui-même. Et pourtant
il n’est pas ici
et à mes yeux la question
ne sera jamais
d’essayer de simplifier
le monde, mais une manière de chercher un lieu
par où pénétrer le monde, une manière d’être
présent
au milieu des choses
qui nous ignorent — mais dont nous avons besoin
tout autant que nous avons besoin
de nous-mêmes. Un instant à peine auparavant
la belle

femme
qui était auprès de moi
avait dit combien elle désirait
un enfant
et qu’il était grand temps de
la féconder. Nous sommes convenus
d’écrire chacun un poème
qui utilise les mots «un petit
vent
agitant un feu de joie». Depuis ce temps-là
rien

n’a plus de sens que la petite
action
présente dans ces mots, l’action
d’essayer de prononcer

des mots

qui ne veulent presque rien dire. Jusqu’au bout
je veux être égal

à tout ce que
mon oeil m’apportera, comme si
je pouvais finalement me voir moi-même

disparaître
dans les choses presque
invisibles

qui nous entraînent nous-mêmes et tous
les enfants à naître

dans le monde.

(Paul Auster)

Illustration: Bradley Walker Tomlin… peut-être ce tableau dont parle Paul ?

 

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Vestiges (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Vestiges

L’hémisphère austral. Et sous son algèbre
d’étoiles toutes ignorées par Ulysse,
un homme cherche et cherchera toujours
les vestiges de cette épiphanie
qu’il a connue, il y a tant d’années,
derrière le numéro d’une porte
d’hôtel, près de l’incessante Tamise
qui coule comme coule l’autre fleuve,
celui du temps, subtil, élémentaire.
La chair oublie ses chagrins et ses joies.
L’homme attend, puis il rêve. Vaguement
il retrouve des situations banales.
Le prénom d’une femme, une blancheur,
un corps maintenant sans visage, l’ombre
d’une soirée sans date, la pluie fine,
quelques fleurs de cire sur du marbre
avec les murs, leur couleur rose pâle.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Jean Luc Lebourdier

 

 

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AMOUR NOCTURNE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Maria Amaral_5310

AMOUR NOCTURNE

On entend celui qui nage dans cette piscine d’ombre
je ne comprends pas pourquoi mes bras ne se blessent pas
par ta respiration je suis l’angoisse du crime
et tu tombes dans le piège tendu par le rêve
Tu conserves dans tes yeux le nom de ton complice
mais je trouve tes paupières plus dures que le silence
et plutôt que de la partager je tuerais la jouissance
de te livrer au sommeil les yeux fermés
je souffre de sentir avec quelle joie ton corps cherche
le corps qui triomphe sur toi plus que le sommeil
et je compare la fièvre de tes mains
avec mes mains de glace
et le tremblement de tes tempes confondu avec mon pouls
et le plâtre de mes cuisses avec la peau des tiennes
que l’ombre gruge avec son incurable lèpre
Je sais quel est le sexe de ta bouche
et ce que cache l’avarice de ton aisselle
et je maudis la rumeur qui inonde le labyrinthe de ton oreille
sur l’oreiller d’écume
sur la dure page de neige
Ça n’est pas que le sang fuit de moi comme la flèche de l’arc
c’est plutôt que la colère circule dans mes veines
jaune d’incendie en pleine nuit
et tous les mots dans la prison de la bouche
et une soif qui dans l’eau du miroir
satisfait sa soif par une soif identique
De quelle nuit je m’éveille à cette nuit nue
longue et cruelle nuit qui n’est déjà plus nuit
près de ton corps plus mort que mort
qui n’est déjà plus ton corps mais plutôt son vide
parce que l’absence de ton rêve a tué la mort
et parce que mon froid est si grand qu’avec une nouvelle chaleur
il ouvre mes yeux là où l’ombre est la plus dure
et la plus claire et plus lumineuse que la lumière elle-même
et ressuscite en moi ce qui n’a jamais été
et c’est une douleur inespérée et encore plus de froid et de feu
n’être plus que la statue qui s’éveille
dans l’alcôve d’un monde où tout est mort

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Maria Amaral

 

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Vos nom, prénom (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017




Vos nom, prénom

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
J’ai lavé mes empreintes et j’ai perdu mon âge,
Appelez-moi fumée appelez-moi nuage
Laissez le reste en blanc sans rien me demander.

Je n’ai jamais volé que mes instants de chance,
Je n’ai jamais tué que le temps qui passait,
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu au fond de mon enfance.

Vous n’avez pas le droit de prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte, rendez-moi mes lacets!…
Je n’ai rien demandé, simplement je passais,
Si je n’ai pas de nom c’est que nul ne m’appelle.

Je suis très bien ainsi, laissez-moi m’en aller
Je ne mendiais pas, n’étais même pas ivre
Et s’il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage, appelez-moi fumée…

(Francis Blanche)

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Au pays des contes merveilleux (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



    
Au pays des contes merveilleux
fleurit la poésie
je la cherche
le long d’un sentier enchanté
qui me conduit

***

Im Märchenland
blüht die Poesie
ich suche sie
Am Traumpfad
der mich führt

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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LE PARADIS MON AMOUR (Hubert Antoine)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    Illustration
    
LE PARADIS MON AMOUR

le paradis est un détail
l’état avant la chair

c’est quand un geai aux trois couleurs
abat ses cartes sur la neige

quand ce que tu ne cherches pas
se trouve dans la promesse
d’un saut de truite

ce regard entre deux mouettes
une seconde après l’éclipse

(Hubert Antoine)

 

Recueil: tohu-bohu et brouhaha
Editions: Le Cormier

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Je cherche (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

Illustration
    
Je cherche

Une fois un poème
Trouvé
Je cherche
Le mot interligne
Dans la danse des lettres
Consonnes voyelles
Je palpe la longueur la largeur
Des mots
Cherche et invente
Le mot
Animé du souffle

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Ô mon serviteur, où me cherches-tu ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration
    
Ô mon serviteur, où me cherches-tu ?
Regarde !
Je suis auprès de toi.

Je ne suis ni dans le temple ni dans la mosquée;
ni dans le sanctuaire de La Mecque,
ni dans le séjour des divinités Indoues.

Je ne suis ni dans les rites et les cérémonies,
ni dans l’ascétisme et ses renoncements.

Si tu me cherches vraiment,
tu me verras aussitôt
et un moment viendra où tu me rencontreras.

Kabîr dit : « Ô Saint, Dieu est le souffle de tout
ce qui respire. »

(Kabîr)

 

 

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Prendre à pleines mains la minute (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    

… Prendre à pleines mains la minute
la serrer.
Il en sort un fruit mûr
que j’ai longtemps cherché à l’aveuglette, parmi les leçons des ténèbres.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Qu’avez-vous fait (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Benoit Colsenet
    
Qu’avez-vous fait, sinon
marcher sur terre énergumène.

Chercher un lieu

mais le voyage était sans fin.

Chercher quelqu’un. Mais c’était
à qui chercherait, sans prendre une autre main.

Même l’extrémité des branches
aurait été une patrie.

Perdus, vous vous en alliez avec la galaxie
mais vous serrez un mot qui vous est resté,
entendu par hasard au seuil d’une porte
comme reçoit une caresse un cheval solitaire.

Un mot
devenu
soleil et lieu.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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