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Poésie

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La peau est sur le sang (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
La peau est sur le sang comme un papier
qui se déchire à la place des yeux
et l’on voit bien les grands fonds du regard
s’éclairer par moment d’un peu de feu.

C’est le même homme qui va de nuit en nuit
enfouissant sa tête dans le ciel bas.
Quand il se retourne, il trouve toujours
la même ombre qui enchaîne ses pas.

C’est le même homme que se renvoient
îes vitrines posées sur des fonds sous-marins.
C’est le même homme entouré de siècles
qui ne trouve plus de carrefours sur sa route.

La pluie tombe droite comme les moissons
et cherche un passage dans le vent dur.
Le jour naissant est si haut, si vide
qu’il n’y a plus qu’un homme sur la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Un passant sur la terre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Un passant sur la terre emporte son âme
mal pliée sous le coeur sans doublure
et se jette, avec son ombre, dans une porte
qui le happe comme s’il ne devait plus sortir.

Du soleil saute sur le dos des vaches
et tombe, foulé, au seuil des étables.
Les nuages gagnent du retard,
hésitent dans le ciel mal éclairé.

Une femme se baigne dans un miroir.
Elle y est si nue qu’elle n’a plus de regard
et elle monte à fleur d’eau, allégée d’elle-même
et de toutes les lignes qui la séparent du monde.

Le ciel frôle la terre de ses antennes
et cherche un peu d’eau entre les herbes
pour retrouver sa route dans la nuit,
qui approche, faite de feuilles mortes et de baisers.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Homme au fond de ta vie (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration
    
Homme au fond de ta vie comme au fond d’une soute,
noir des nuits d’où tu ne sors que pour te taire
dans un jour que rien ne peut retenir sur la terre,
il n’y a pas de joie pour un peu d’écume dans tes yeux.

Ton front n’est qu’un lambeau de chair
si mal soudé au corps que tes tempes frémissent
comme une blessure qui ne peut se refermer
parce que le sang est derrière, tendu comme un couteau.

La joie ne peut sourdre de ton coeur
parce qu’il est dans ton corps comme un caillou sur les routes.
La joie n’accompagne pas ton rire
parce que ton visage est plus loin, au fond du tunnel.

Tu cherches dans le regard des autres
les raisons qu’ils ont d’exister avec foi
mais chaque regard ne révèle rien de plus
qu’un pan de vitre posé sur la nuit.

Et si une étoile s’allume sur la pluie des pavés,
c’est pour le monde dont tu fais partie
d’une façon si peu sûre que parfois à ta place
il n’y a pas même cet éclat passager.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les incendies se succèdent (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Artem Chebokha   
    
Les incendies se succèdent dans la nuit
découvrant ce que les murs ont de hagard,
ce que le regard de l’homme a d’inutile
quand il se mesure à la hauteur du ciel.

A peine éveillé, je me trouve à un carrefour
parce que les carrefours avancent avec moi,
avancent avec celui que mon coeur fait
pour que la mort arrive sans erreur jusqu’à lui.

Les mains sont faites pour être devant le visage
des barreaux de prison.
Ne cherche pas la rue par où tu crois fuir:
le poids du sang est partout le même.

La mémoire est là, dressée comme une statue
à chaque détour où je m’engage pour trouver l’oubli.
Tout brûle et le monde se tord comme des entrailles
où le jour fait en se levant un bruit de baiser.

Il faudra des siècles de ce moment de clarté
pour que je sache comment peut naître la joie.
Il faudra me pencher sur ce gouffre
d’où l’air respire à toutes les sources de l’espace
pour sentir la fraîcheur d’un seul visage de femme.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La lumière qui s’écroule sur moi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
La lumière qui s’écroule sur moi
quand je marche dans la nuit
m’a fait au visage de grandes blessures
que le jour ne peut refermer.

C’est un visage vraiment nu
qui se fixe à ma chair dépaysée
quand le monde cherche le matin
dans les tas d’ordures de la rue.

Les fenêtres sont des trous
d’où je regarde le ciel de bien plus près
que de la tour la plus haute :
adossé contre l’ombre, je peux me tenir debout.

Quand le soleil se lève
je crois qu’il va m’aider à vivre
mais au fond de moi le sang se rouille
échappé d’un coeur qui ne verra jamais le jour.

Quand une femme qui doit être belle apparaît
plus près de moi que toute la clarté de la terre,
je suis sûr que je pourrai l’aimer
mais la foule l’emporte dans ses bras.

Dans une chambre, une femme m’attend
dont le corps à vif va s’ouvrir au mien
dans un instant d’une plénitude telle
que rien ne peut la limiter, pas même la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Après une journée perdue (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Paige Bradley
    
Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge

comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Elle avait des seins (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Ora Tamir  
    
Elle avait des seins durs comme une cuirasse
dans le plein été d’une étreinte d’homme.

Lisse autour de son sexe
elle fermait les bras sur celui
qui l’emportait un instant au-delà de sa chair,
au-delà de toutes les forêts qui montaient d’elle
d’une seule poussée de reins.

La buée qui recouvrait son corps
comme celle qui est sur les fruits qu’on n’a pas touchés
l’empêchait de luire comme une vitre bien faite.

On cherchait l’amande de sa chair
comme on cherche une source dans les bois
quand la chaleur fait tanguer le monde.

A longues gorgées, sans se reprendre,
l’homme buvait les seins de la femme.
C’était un enchantement de rosée
et les mains, les bras, les jambes
faisaient un doux et lent travail de bielle.

Quand elle fermait les yeux
elle avait tout le ciel derrière les paupières
quand elle fermait les cuisses
un arbre s’enracinait entre elles.
Ses cheveux se liaient à la terre
rendue soudain à la liberté de ses herbes.

Elle était longue comme la lumière
qui se jette du haut d’un nuage.
Elle était belle parce qu’elle avait des yeux,
elle était vivante parce qu’elle avait une bouche,
elle était femme parce qu’un homme poussait en elle comme une plante.

Avec une tête qui ne tenait plus que par la carotide,
avec une tête qui se penchait sur un gouffre,
elle déroulait sa peau et celle de l’homme
pour en faire une seule épaisseur qui se tordait
comme un drap tout frais de lessive.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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J’ai cherché dans ta chair (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
J’ai cherché dans ta chair une raison de vivre,
je n’ai trouvé qu’un corps où ma bouche
revenait avec le même baiser d’acier,
la même pointe de feu hardie et désespérée.

Au moment où la terre remontait jusqu’à mes mains
dans le battement d’un ventre à peine déclos,
je criais ma joie à l’être sur lequel je roulais
comme sur la plus haute vague de la mer.

Je tentais de passer bien au-delà de cette chair
mais elle restait simplement franchie comme un pas
arqué dans un printemps de rosée,
comme une fente de soleil au coeur du monde.

Les mots que je disais pour lier l’espace à nous
s’abattaient comme des oiseaux
dans le regard desquels tout le ciel avait tenu
et l’amour demeurait imprenable entre nos yeux.

Ton corps perdait peu à peu son visage,
le monde un instant se fermait sur moi
et au plus clair de cette femme qui me cachait la terre
je trouvais des forêts de douceur.

Et nous étions aussi loin l’un de l’autre
que la lumière l’est de la pierre qu’elle touche.
Nous nous retrouvions dans notre nudité comme devant un miroir
qui n’a pas besoin du jour pour se reconnaître.

En pleine éternité, dans une chute interminable
de montagne en montagne, de clairière en clairière,
nos corps se tenaient aux branches de tendresse
qui naissaient d’un sein tendu contre mon épaule.

Nos chairs nues comme un matin de fenêtres
montaient d’un seul jet vers deux visages
qui s’étonnaient de n’avoir pour limite que le fond d’un regard.
Rien ne nous séparait lorsque nous fermions les yeux.

Le plaisir était neuf comme une coulée de métal.
Tu n’étais plus qu’un fruit tombé dans l’herbe
et pour y goûter il fallait chercher ta bouche,
il fallait se gorger de tes seins, de ton sexe.

Un baiser et notre existence n’avait plus de poids
Un sourire et l’amour recouvrait toutes les vallées
Un regard et la mer était au-dessus de nous
Un mot et le monde revenait lentement sous nos pieds.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Je cherche ton regard (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Sukhorukikh    
    
Je cherche ton regard comme un aveugle
cherche le monde qu’il a perdu
ce grand regard qui venait vers moi
m’apporter celui de toutes les femmes.

Il était pour moi beau comme un de ces couchants
devant lesquels on s’arrête de respirer
et je ne voyais plus rien d’une terre
qui naissait de nos pieds pour rejoindre l’horizon.

Je ne retrouve plus ton corps dans mes mains
et pourtant elles l’ont tenu comme on tient
de hautes brassées d’herbes dans le soleil
au moment où la terre se roule dans l’été.

Je cherche ton corps au fond de mes nuits,
dans toutes les vitrines où il s’est miré.
Mais il ne reste rien de lui pas même ces cheveux
qui ont glissé comme un filet d’eau entre mes doigts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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