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Poésie

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Il a su toucher mon coeur (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Il a su toucher mon coeur
ou Les Deux jumeaux

1
L’autre soir j’ai rencontré
Un séduisant jeune homme
Et nous avons folâtré
Et dégusté la pomme
Dans le lit que j’étais bien!
Car le lit c’était le sien.

Refrain 1
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et j’aimais déjà la saveur
De ses lèvres
Au bout d’un petit instant
Un instant
Qui dura longtemps
Mais qui me parut trop rapide
Il me quitta d’un air languide
Pour aller se laver les mains
Tout près, dans la sall’ de bains.

2
Peu après il est rentré
Tout rempli de courage
Et il a recommencé
Plein de coeur à l’ouvrage
Car douze fois dans la nuit
La même chose il refit.

Refrain 2
Il avait su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Et je garde encor la saveur
De ses lèvres
Mais le lendemain matin
Du festin
Sur le traversin
Je vis qu’il y avait trois têtes
Et je compris toute la fête
C’était tour à tour deux jumeaux
Qui s’étaient donné le mot.

3
J’ai gardé ces deux chameaux
Ne sachant lequel prendre
Maint’nant j’aim’ les deux jumeaux
Qui sav’nt bien me le rendre
Et je cherche chaque nuit
Si c’est l’autre ou si c’est lui.

Refrain 3
Car ils ont su toucher mon coeur
Tout en fièvre
Il me faut toujours la saveur
De leurs lèvres
L’un à l’autre fait pendant
C’est charmant
Mais c’est fatigant
Je me demande très anxieuse
Quel serait mon sort d’amoureuse
Si leur mère mieux stimulée
Avait fait des quintuplés.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier
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Loin de Vera Cruz (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




    
Loin de Vera Cruz

1
Nous sommes au mois
D’aller dans les bois
Dénicher l’oiseau
Et cueillir la fleur
Qui porte bonheur
Mais déjà l’oiseau
Emporte la fleur
Dans sa demeure
A Vera Cruz.

Refrain
Fleurs de papier
Amours envolés
Refleurissez-vous
À Vera Cruz?

2
Bel oiseau bleu
Chanteur fabuleux
Nous te rejoindrons,
Vole à tire-d’aile
A travers le ciel
Au-dessus des monts,
La lune de miel
Brille fidèle
Sur Vera Cruz.

3
Pour moi l’amour
Fleurit chaque jour
Je prends le bonheur
Quand il s’épanouit
Soleil de minuit
Horloge du coeur
Je n’ cherch’ pas midi
A quatorze heures
Loin d’ Vera Cruz!
J’aime à toute heure
Loin d’ Vera Cruz
Yes!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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On peut travailler… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Adrien Henri Tanoux
    
On peut travailler…

1
Moi je n’ai pas grand courage
J’aime rester dans mon lit
On m’a dit voulez-vous faire fortune.
Venez en Alaska chercher l’or dans la glace.
Chercher l’or dans la glace en Alaska?

Refrain
On peut travailler pour le roi de Prusse
Ou bien pour le Duce
Si on le veut.
Mais moi j’aime mieux
Travailler pour vos beaux yeux,
Mesdames!
Travailler pour vos beaux yeux
Qu’ils soient noirs ou bleus,
Ou remplis de flammes,
Travailler pour vos beaux yeux
Mesdames!

2
Une bell’ m’a dit tu es trop joli
Je ne veux pas que tu te surmènes
Je veux t’assurer la belle vie.
Je travaillerai pour toi.
Travailler pour moi oh que ça doit être fatigant!

3
Aussi je fais comme les copains
Je travaille, du soir au matin
Je chante et je me démène
Qu’importe la fortune
Si je travaille pour vos beaux yeux.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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Complainte de Panurge (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Konstantin Razumov
    
Complainte de Panurge

1
Il n’est vraiment pas surprenant
Qu’une fille aux yeux caressants
Se fatigue de travailler
Et, mal payée,
Rêve d’être riche
Sa vie n’est-elle pas chiche?
A d’autres les adorateurs
A d’autres les toilettes
D’autres qui parfois sont plus bêtes
Parfois moins jolies et sans coeur
Au lieu des dîners à cent sous,
Des sommeils trop courts
Manger tout son saoul
Dormir tout le jour
Pourquoi n’est-ce pas elle
Que l’on admire et trouve belle
Et son coeur
Attend le séducteur.

2
Elles ont trimé tout le jour
Au fond des boutiques trop sombres
Elles rentrent comme des ombres
Quand meurt le jour
Elles vont très loin
Hélas pour manger sans faim
Se déshabiller dans un coin
Seules jusqu’à demain
Pourquoi n’est-ce pas elles… etc.

3
Et quand a surgi leur vainqueur
Il est naturel qu’un beau soir
Elles donnent lèvres et coeur
Le temps de boire
Le vin dans le verre
Ceux qui leur jettent la pierre
Ont l’âme sèche et le coeur dur
Peut-on leur faire honte
Puisque la mort vient en fin d’ compte
De courir sans peur l’aventure
De se vêtir avec la soie
Au lieu de la vendre
De chercher la joie
Et pour ça se vendre
C’est à leur tour à elles…

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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La forêt à quelques pas (Valérie Canat de Chizy)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
la forêt
à quelques pas

où s’enfouir
profondément

chercher l’appui
des branches

leurs feuilles
duveteuses

lâcher les réticences

fils entre noués
formant un grillage

tout autour du corps
une seconde peau

(Valérie Canat de Chizy)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: numéro 77
Traduction:
Editions: revue Traction-Brabant

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L’ATTENTE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Jeanie Tomanek surrender [1280x768]

L’ATTENTE

C’est l’heure où, par mon âme en silence implorée,
Ton âme est attirée.
Quand tes pas font trembler ma vie et les roseaux,
Quand tout est calme aux cieux, sur la terre et les eaux
On dirait que tout prend une âme sur la terre,
Pour bénir avec moi cette nuit de mystère,
Pour aimer comme toi, pour chercher ses amours,
Pour respirer l’air pur qui rafraîchit nos jours
Et goûter, avec nous, cette nuit qu’il faut taire.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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J’avais froid (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Abdalieva Akzhan -  4

J’avais froid

Je l’ai rêvé ? c’eût été beau
De s’appeler ta bien-aimée ;
D’entrer sous ton aile enflammée,
Où l’on monte par le tombeau :
Il résume une vie entière,
Ce rêve lu dans un regard :
Je sais pourtant que ta paupière
En troubla mes jours par hasard.

Non, tu ne cherchais pas mes yeux
Quand tu leur appris la tendresse ;
Ton coeur s’essayait sans ivresse,
Il avait froid, sevré des cieux :
Seule aussi dans ma paix profonde,
Vois-tu ? j’avais froid comme toi,
Et ta vie, en s’ouvrant au monde,
Laissa tomber du feu sur moi.

Je t’aime comme un pauvre enfant
Soumis au ciel quand le ciel change ;
Je veux ce que tu veux, mon ange,
Je rends les fleurs qu’on me défend.
Couvre de larmes et de cendre,
Tout le ciel de mon avenir :
Tu m’élevas, fais-moi descendre ;
Dieu n’ôte pas le souvenir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Abdalieva Akzhan

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Ne fuis pas encore (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Erte lucrezia-bori-pelleas-and-melisande [1280x768]

Ne fuis pas encore

Tu crois, s’il fait sombre,
Qu’on ne te voit pas,
Non plus qu’une autre ombre,
Glissant sur tes pas ?
Mais l’air est sonore,
Et ton pied bondit…
Ne fuis pas encore :
Je n’ai pas tout dit !
À qui ce gant rose
Qui n’est pas le mien ?
Quel parfum t’arrose,
Qui n’est plus le tien ?
Tu ris, mais prends garde,
Ta lèvre pâlit…
Moi je te regarde :
Sur ton coeur cachées
Des fleurs vont mourir ;
Les as-tu cherchées
Pour me les offrir ?
Vois ! La lune éclaire
l’enclos interdit…
Paix à ta colère !
Sous la noble allée
Qui s’ouvre pour toi,
La pauvre voilée,
Ingrat ! C’était moi.
Sans cris, sans prière,
Sans voix qui maudit,
Je fuis la première.
Adieu ! J’ai tout dit !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Erte

 

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L’imprudence (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Bruno Di Maio tre15 [1280x768]

L’imprudence

Comme une fleur à plaisir effeuillée
Pâlit, tombe et s’efface une brillante erreur.
Ivre de toi, je rêvais le bonheur :
Je rêvais, tu m’as éveillée.

Que ce réveil va me coûter de pleurs !
Dans le sein de l’amour pourrai-je les répandre ?
Il m’enchaînait à toi par des liens de fleurs ;
Tu me forces à les lui rendre.

Un seul mot à nos yeux découvre l’avenir ;
Un reproche souvent attriste l’espérance.
Hélas ! S’il faut rougir d’une tendre imprudence,
Toi qui la partageas, devais-tu m’en punir ?

Loin de moi va chercher un plus doux esclavage,
va ! De tout mon bonheur j’ai payé ton bonheur.
Eh bien ! Pour t’en venger, tu m’as rendu mon coeur,
Et tu me l’as rendu brûlant de ton image.

Je le reprends ce coeur blessé par toi !
Pardonne à mon imprévoyance :
Je lui dois ton indifférence ;
Que te faut-il encor pour te venger de moi ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Bruno Di Maio

 

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La ronce (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Remedios Varo Uranga yo1_500

La ronce

Pour me plaindre ou m’aimer je ne cherche personne ;
J’ai planté l’arbre amer dont la sève empoisonne.
Je savais, je devais savoir quel fruit affreux
Naît d’une ronce aride au piquant douloureux.
Je saigne. Je me tais. Je regarde sans larmes
Des yeux pour qui mes pleurs auraient de si doux charmes.

Dans le fond de mon coeur je renferme mon sort,
Et mon étonnement, et mes cris, et ma mort.
Oui ! Je veux bien mourir d’une flèche honteuse,
Mais sauvez-moi, mon Dieu ! De la pitié menteuse.
Oh ! La pitié qui ment ! Oh ! Les perfides bras
Valent moins qu’une tombe à l’abri des ingrats.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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