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Poésie

Posts Tagged ‘(Fernando Pessoa)’

La beauté des ruines (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2021



Il y a du sublime à gaspiller une vie qui pourrait être utile,
à ne jamais réaliser une oeuvre qui serait forcément belle,
à abandonner à mi-chemin la route assurée du succès ! …

Pourquoi l’art est-il beau? Parce qu’il est inutile.

Pourquoi la vie est-elle si laide ?
Parce qu’elle est un tissu de buts, de desseins et d’intentions ?
Tous ses chemins sont tracés pour aller d’un point à un autre.

Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d’un lieu d’où personne ne vient,
vers un lieu où personne ne va…

La beauté des ruines ?
Celle de ne plus servir à rien.

(Fernando Pessoa)

 
Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Notre vie-sommeil (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2021



Là-bas, la blanche voile sombre, offerte
A quelque brise immatérielle,
Saura conduire notre vie-sommeil
Jusqu’aux lieux où les eaux se mêlent

Aux rives bordées d’arbres noirs,
Où les forêts inconnues s’accordent
Aux élans du lac vers plus d’être,
Afin de rendre le rêve complet.

Là-bas nous saurons bien nous cacher, disparaître,
Engloutis dans le vide liséré de la lune,
Ressentant que cela qui fait notre substance
En d’autres temps était musique.

(Fernando Pessoa)


Illustration

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Je sens une joie énorme à la pensée que ma mort n’a aucune importance (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



Quand viendra le printemps,
Si je suis déjà mort,
Les fleurs fleuriront de la même manière
Et les arbres n’en seront pas moins verts qu’au printemps dernier.
La réalité n’a pas besoin de moi.

Je sens une joie énorme
A la pensée que ma mort n’a aucune importance.

(Fernando Pessoa)

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Tu es seul… (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021




    
Tu es seul…

Tu es seul. Nul ne le sait. Tais-toi et feins,
Mais feins, surtout, sans faux-semblant.
N’espère rien qui en toi déjà n’existe.
Chacun avec soi-même est triste.
Tu as le soleil s’il fait soleil, des branches
Si c’est des branches que tu cherches,
Et la chance si la chance t’échoit.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Visage avec masques
Traduction: Traduit du portugais par Armand Guibert
Editions: Alfred Eibel

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Je suis un berger de troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Rosa Bonheur
    
Je suis un berger de troupeaux.
Le troupeau sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des impressions.
Je pense avec mes yeux et mes oreilles
avec mes mains et mes pieds
mon nez et ma bouche.

Penser une fleur est la voir et la respirer
et manger un fruit est goûter sa saveur.

C’est ainsi que, lorsqu’au cours d’une chaude journée
je me sens triste d’avoir tellement joui
et lorsque dans l’herbe je m’étends
et ferme mes yeux brûlants,
je sens tout mon corps s’enfoncer dans la réalité,
je connais la vérité et je suis heureux.

***

Sou um guardador de rebanhos.
O rebanho é os meus pensamentos
E os meus pensamentos sao todos sensaçaóes.
Penso com os olhos e com os ouvidos
E com as maos e os pés
E com o nariz e a boca.

Pensar urna flor é ve-la e cheirá-la
E comer um fruto é saber-lhe o sentido.

Por isso quando num dia de calor
Me sinto triste de gozá-lo tanto,
E me deito ao comprido na erva,
E fecho os olhos quentes,
Sinto todo o meu corpo deitado na realidade,
Sei a verdade e sou feliz.

***

Ich bin ein Hüter von Herden.
Die Herde sind meine Gedanken
und meine Gedanken sind alle Empfindungen.
Ich denke mit Augen und Ohren
und mit Händen und Füßen
und mit Mund und Nase.

Eine Blume zu denken ist sie sehen und riechen
und eine Frucht essen ist erfahren wie sie schmeckt.

Deswegen, wenn ich an einem heißen Tag
mich traurig fühle, so vieles zu genießen
und mich auf dem Rasen ausstrecke
und die heißen Augen schließe,
fühle ich wie mein ganzer Körper in der Realität versinkt,
ich die Wahrheit kenne und glücklich bin.

***

Sono un guardiano di greggi.
Il gregge è i miei pensieri.
E i miei pensieri sono tutti sensazioni.
Penso con gli occhi e con gli orecchi
e con le mani e i piedi
e con il naso e la bocca.

Pensare un fiore è vederlo e odorarlo
e mangiare un frutto è saperne il senso.

Perciò quando in un giorno di calura
sento la tristezza di goderlo tanto,
e mi corico tra l’erba
chiudendo gli occhi accaldati,
sento tutto il mio corpo immerso nella realtà,
so la verità e sono felice.

***

I am a herdsman of flocks.
The flock is my thoughts,
and my thoughts are all sensations.
I think with my eyes and my ears
and with my hands and feet
and with my nose and mouth.

To think a flower is to see and smell it,
and to eat a fruit is to sense its taste.

Therefore, when on a hot day
I feel sad, because of enjoying so much,
I stretch out on the grass
and close my sun-warmed eyes,
I feel my whole body immersed in reality,
know the truth and am happy.

***

Soy un guardador de rebaños.
El rebaño es mis pensamientos
y mis pensamientos son todos sensaciones.
Pienso con los ojos y con los oídos
y con las manos y los pies
y con la nariz y la boca.

Pensar una flor es verla y olerla
y comer un fruto es saberle el sentido.

Por eso cuando en un día de calor
me siento triste de gozarlo tanto
y me tiendo a lo largo sobre la hierba
y cierro los ojos calientes,
siento todo mi cuerpo tumbado en la realidad,
sé la verdad y soy feliz.

***

Ik ben een herder van kudden.
De kudde zijn mijn gedachten
en mijn gedachten zijn allemaal gewaarwordingen.
Ik denk met mijn ogen en mijn oren
en met mijn handen en mijn voeten
en met mijn neus en mijn mond.

Een bloem te denken is ze zien en ze ruiken
en een vrucht eten is de smaak ervan te proeven.

Daarom is het, als ik mij op een warme dag
verdrietig voel door zoveel te genieten
en als ik mij languit uitstrek op het gras
en mijn warme ogen sluit,
voel ik mijn hele lichaam wegzakken in de werkelijkheid,
ken ik de waarheid en ben ik gelukkig

(Fernando Pessoa)(Pseudo Alberto Caeiro)

 

Recueil: ITHACA 579
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais Original / Allemand Wolfgang Klinck / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Espagnol Pablo del Barco / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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Lorsque reviendra le printemps (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




    
Lorsque reviendra le printemps
peut-être ne me trouvera-t-il plus en ce monde.
J’aimerais maintenant pouvoir croire que le printemps est un être humain
afin de pouvoir supposer qu’il pleurerait
en voyant qu’il a perdu son unique ami.
Mais le printemps n’est même pas une chose : c’est une façon de parler.
Ni les fleurs ne reviennent, ni les feuilles vertes.
Il y a de nouvelles fleurs, de nouvelles feuilles vertes.
Il y a d’autres jours suaves.
Rien ne revient, rien ne se répète, parce que tout est réel.

***

Quando tornar a vir a Primavera
Talvez já não me encontre no mundo.
Gostava agora de poder julgar que a Primavera é gente
Para poder supor que ela choraria,
Vendo que perdera o seu único amigo.
Mas a Primavera nem sequer é uma coisa:
É uma maneira de dizer.
Nem mesmo as flores tornam, ou as folhas verdes.
Há novas flores, novas folhas verdes.
Há outros dias suaves.
Nada torna, nada se repete, porque tudo é real.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Le Gardeur de troupeaux
Traduction: Armand Guibert
Editions: Gallimard

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Tous les jours à présent je me réveille empli de joie et de peine (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Tous les jours à présent je me réveille
empli de joie et de peine.
Autrefois je me réveillais sans aucune sensation;
je me réveillais.
Je suis empli de joie et de peine
parce que je perds ce que je rêve
Et que je peux être dans la réalité
où se trouve ce que je rêve.
Je ne sais pas ce que je dois faire de mes sensations.
Je ne sais pas ce que je dois être tout seul
avec moi-même.
Je veux qu’elle me dise quelque chose
pour me réveiller à nouveau.

(Fernando Pessoa)

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Dans quel but le clair de lune vient-il frapper la prairie? (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Le clair de lune quand il vient frapper la prairie
Je ne sais quelles choses il me rappelle…
Il me rappelle la voix de la vieille servante
Qui me racontait des contes de fées
Et comment Notre-Dame déguisée en mendiante
Cheminait la nuit sur les routes
Portant secours aux enfants maltraités…

Si je ne peux plus croire que c’est la vérité,
Dans quel but le clair de lune vient-il frapper la prairie?

(Fernando Pessoa)

Illustration: Alexis de Tocqueville

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Coule, légère, ô vie qu’on ne sent point (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -   (2)

Coule, légère, ô vie qu’on ne sent point,
ruisseau au mouvant silence,
glissant sous des arbres oublieux !
Coule, caressante, âme que nul ne connaît,
murmure que nul ne peut voir derrière les longues branches inclinées !
Coule, inutile, coule sans raison,
conscience qui ne l’est de rien,
vague lueur brillant au loin,
au creux des feuilles,
conscience dont nul ne sait d’où elle vient ni où elle va !
Coule, et laisse-moi oublier !

(Fernando Pessoa)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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L’invisible main du vent (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




L’invisible main du vent effleure la pointe des herbes,
Quand on le sent solitaire, dans les interstices du rêve,
Rouges primulacées, marguerites dorées
Et petites fleurs bleues qui, par brassées, naissent ici.
N’ayant personne à aimer, ni la vie que je veux, j’accepte
Que sur moi comme sur les herbes un vent ténu vienne souffler,
Puis les laisser revenir à ce qu’elles furent. Ainsi,
Un désir également sur moi souffle inutilement
Les tiges des intentions, les pétales de qui m’aime
Et tout revient à cela qu’il était
Auparavant : rien ne m’arrive.

(Fernando Pessoa)

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