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VISÉE DU POÈME (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

VISÉE DU POÈME

Inguérissable blessure de l’être
s’entassent les jours de passage
aux éclairs à peine entrevus
déjà distancés en désordre
seules quelques lueurs palpitent
dans la clignotante conscience
de cette irréversible traversée

Ainsi le maître du navire
en cabine de pilotage
veille à poursuivre l’avancée
quand les déferlantes submergent
par intermittence le gaillard
prélude au possible naufrage
au moins sait-il tenir le cap

Vivre seulement vivre et dire
à fleur de lumière et le ciel
les mots en saccades respirent
d’un rythme sensible à l’écoute
de l’informulable exigence
sans ordonnance ni consigne
pour accueillir l’instant présent

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Odilon Redon

 

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Entre l’Etre et les Choses (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



Entre l’Etre et les Choses

Eau et amour, ohé l’amour, où est l’amour,
demandé-je au vent large, à la roche impérieuse,
et je me livre à tout, quand dans cette fraîcheur
de chose vive s’amatutine le jour.

Aux âmes, nullement, les âmes vont planant,
et, oubliant la leçon qui déjà s’esquive,
font de l’amour une humeur, et font caressant
et tendre ce qui a nature corrosive.

Dans l’eau et la pierre l’amour laisse gravés
ses hiéroglyphes et ses messages, ses
vérités les plus nues comme les plus cachées.

Même les éléments, pris par l’enchantement,
ne savent l’amour qui les point, et les poignant,
fait un brasier ardent dans le jour finissant.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Tu es ce que tu es (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2020




    
Tu es ce que tu es,
On te mesure à l’aune,
Ton poids est léger,
Mais de tes rêves
Pourrait-on trouver la mesure ?

Nu-pieds,
En loques,
Assoiffé d’infini et d’immortalité,
Dans ce monde borné, mortel,
Le rêve grandit,
Analphabète.

On pose les mains gantées de douleur sur les choses
Et les choses pleurent.

(Mihai Beniuc)

 

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Autre chanson (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2020



Illustration: Andrzej Malinowski
    
Autre chanson

L’aube naît, et ta porte est close !
Ma belle, pourquoi sommeiller ?
A l’heure où s’éveille la rose
Ne vas-tu pas te réveiller ?

Ô ma charmante,
Ecoute ici
L’amant qui chante
Et pleure aussi !

Tout frappe à ta porte bénie.
L’aurore dit : Je suis le jour !
L’oiseau dit : Je suis l’harmonie !
Et mon coeur dit : Je suis l’amour !

Ô ma charmante,
Ecoute ici
L’amant qui chante
Et pleure aussi !

Je t’adore ange et t’aime femme.
Dieu qui par toi m’a complété
A fait mon amour pour ton âme
Et mon regard pour ta beauté !

Ô ma charmante,
Ecoute ici
L’amant qui chante
Et pleure aussi !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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Cantique de la Voie III (Xuan Jue)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020



 

Illustration: Félix Vallotton

    

Cantique de la Voie III

Une même lune reflétée dans toutes les eaux
Les lunes des eaux renvoient à la même lune.
Le Dharmakaya (1) de tous les bouddhas me pénètre
Mon être avec Tathagata (2) n’en fait qu’un

(Xuan Jue)

(1) Le corps vivant
(2) Bouddha

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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COMPLAINTE DU VERBE ÊTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
COMPLAINTE DU VERBE ÊTRE

Je serai je ne serai plus je serai ce caillou
toi tu seras moi je serai je ne serai plus
quand tu ne seras plus tu seras
ce caillou.

Quand tu seras ce caillou c’est déjà
comme si tu étais n’étais plus,
j’aurai perdu tu as perdu j’ai perdu
d’avance. Je suis déjà déjà
cette pierre trouée qui n’entend pas
qui ne voit pas ne bouge plus.

Bientôt hier demain tout de suite
déjà je suis j’étais je serai
cet objet trouvé inerte oublié
sous les décombres ou dans le feu ou l’herbe froide
ou dans la flaque d’eau, pierre poreuse
qui simule un murmure ou siffle et qui se tait.

Par l’eau par l’ombre et par le soleil submergé
objet sans yeux sans lèvres noir sur blanc
(l’oeil mi-clos pour faire rire
ou une seule dent pour faire peur)
j’étais je serai je suis déjà
la pierre solitaire oubliée là
le mot le seul sans fin toujours le même ressassé.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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PASSANT QUI RENTRE RAVI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



Illustration: Max Patte
    
(Recueil Une voix sans personne)
PASSANT QUI RENTRE RAVI

Passant qui rentre ravi
d’accord avec Mars inégal
voici voici que j’entends
un chant secret mais non triste

Le même toujours le même
depuis mille ans que je vis
c’est toi, présence paisible,
qui parle et parle à voix basse

Un geste un souffle et les choses
un mot un signe et les êtres
perdent leurs formes de fer,
— ce mot c’est toi qui le donnes

Par toi le jour dans leur ombre
se glisse, par toi l’écho
mes yeux font la nuit légère
les corps les murs transparents

Je suis la rencontre obscure
je vais je viens je connais
la terre dort dans mes mains
le temps c’est moi c’est ici

C’est moi c’est vous et les heures
le ciel la rue et le vent
chacun chacun comme nous
regarde entend et s’étonne

Printemps probables délices
espace ruses clartés
visage de vie et de mort

— je parle à des lèvres scellées

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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UN PEU DE LOGIQUE IDIOTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2020




    
(Recueil Pages d’écriture)
UN PEU DE LOGIQUE IDIOTE

Avez-vous regardé, à l’horizon, les arbres qui garnissent,
avec une impeccable régularité, le bord d’une route et se
détachent sur le ciel ?
La distance les fait paraître petits, pas plus grands que
la taille humaine, et comme ils sont plantés à intervalles
égaux, ils font penser à une file de soldats en marche.
Droits et nets au long des grands labours, ils sont debout pour
« se faire voir », car enfin, s’ils étaient absents, on ne pourrait
les regarder et, s’ils sont là, c’est pour être à la place
de quelque chose d’absent.

Cette logique rigoureuse donne le coup de poing de la vérité.
Une file d’arbres à l’horizon, c’est une file d’êtres venus là pour
« témoigner » par leur présence, donc pour figurer quelque chose
qui se cache derrière eux ce sont des figurants — d’immobiles
figurants qui défilent dans un douloureux silence.

Or, de cet horizon qui les déguise en soldats, je reviens
vers moi-même et mon regard rencontre en chemin mille petits
obstacles qui sont tous là, eux aussi, pour masquer la nudité
de l’étendue, pour habiter le néant. Tous viennent également
« figurer », comblant leur présence, remplaçant leur absence.
L’un figure un ruisseau, l’autre un oiseau, l’autre une charrue,
un mur, un toit, un chou, une boîte de conserve abandonnée…

Et moi-même, je vous le demande, que suis-je ?
Que suis-je, bon sang ? Que suis-je ? Que sommes-nous ?
De quelle armée en marche sommes-nous les avant-postes ?
De quel gouvernement sommes-nous les délégués ? De quel
opéra sommes-nous les figurants ? Permettez : j’interroge,
rien de plus. Je ne suis d’ailleurs pas le premier.

Adieu, arbres de l’horizon. Piétinez le sol en cadence et
chantez sans bouger : « Partons ! Partons ! Partons ! » La question
reste et vous ne m’avez pas répondu.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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L’HOMME ET SON OMBRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2020



Illustration
    
(Recueil Pages d’écriture)
L’HOMME ET SON OMBRE

La déroute des idoles n’a pas étouffé en nous le désir
de construire quelques êtres démesurés, étrangers à la raison,
capables de contenir toutes nos craintes, et, en même temps,
de nous conduire aux portes d’un empire incorruptible, paré
des augustes prestiges de l’impersonnalité.
Mais, par un bizarre paradoxe, puisque nulle chose, même
au bord du néant, ne peut nous arracher au souvenir de notre
condition, il semble qu’aujourd’hui la première de ces figures
mythiques, encore obscure et tremblante comme un monde
naissant, ne soit autre que l’Homme lui-même. Dans les
définitions qu’il se donne de sa propre nature et de son propre
destin, il n’est pas un trait, pas une notion qui ne le dépasse.
Son ombre gigantesque l’entraîne et il la suit en gémissant.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Ô Volonté de Dieu (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
Ô Volonté de Dieu

Ô Volonté de Dieu, tu t’éveilles et le Vide
s’emplit, les hommes t’ont nommée force, et tes ailes
emportent les étoiles dans leur ronde
inlassable ; son, lumière, forme
sont les masques de ton mouvement éternel.
Nous voyons ce que tu choisis, mais c’est toi que nous voyons.

Moi, Morcundeya, délivré des mondes,
le Voyant — mais c’est Dieu seul qui voit ! –
je m’affranchis des liens qui retiennent ici-bas
l’homme à sa petitesse, perdu depuis la nuit des temps
dans le spectacle que ses sens tissent autour de lui ;
je les découvre et ne suis plus leurré.
Mais avant que je m’élance, avant que je devienne
le vaste et lumineux Infini, et que libéré du passé
et de l’avenir, j’oublie ces êtres qui forgent leurs propres fers,
une fois je parlerai et vous dirai ce que je vois.
Le reste est Dieu. Partout, il n’est plus que silence.
Mes yeux au-dedans s’ouvrirent et je vis.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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