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Poésie

Posts Tagged ‘ouvert’

Force commise (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2020


carotte-sauvage-ombelle-fructifere

fermée
ouverte
de quoi

ombelle
de quoi
ta main

est-elle
chaufferie
secrète

de quoi
est-elle
bonheur

(Mohammed Dib)

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Je sais parce que je le dis (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je sais parce que je le dis
Que mes désirs ont raison
Je ne veux pas que nous passions
A la boue
Je veux que le soleil agisse
Sur nos douleurs qu’il nous anime
Vertigineusement
Je veux que nos mains et nos yeux
Reviennent de l’horreur ouvertes pures

Je sais parce que je le dis
Que ma colère a raison
Le ciel a été foulé la chair de l’homme
A été mise en pièces
Glacée soumise dispersée
Je veux qu’on lui rende justice
Une justice sans pitié
Et que l’on frappe en plein visage les bourreaux
Les maîtres sans racines parmi nous

Je sais parce que je le dis
Que mon désespoir a tort
Il y a partout des ventres tendres
Pour inventer des hommes
Pareils à moi
Mon orgueil n’a pas tort
Le monde ancien ne peut me toucher je suis libre
Je ne suis pas un fils de roi je suis un homme
Debout qu’on a voulu abattre

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fenêtres ouvertes Le matin – En dormant (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Illustration: Mustapha Merchaoui
    
Fenêtres ouvertes
Le matin – En dormant

J’entends des voix. Lueurs à travers ma paupière.
Une cloche est en branle à l’église Saint-Pierre.
Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici !
Non, par là ! Les oiseaux gazouillent, Jeanne aussi.
Georges l’appelle. Chant des coqs. Une truelle
Racle un toit. Des chevaux passent dans la ruelle.
Grincement d’une faux qui coupe le gazon.
Chocs. Rumeurs. Des couvreurs marchent sur la maison.
Bruits du port. Sifflement des machines chauffées.
Musique militaire arrivant par bouffées.
Brouhaha sur le quai. Voix françaises. Merci.
Bonjour. Adieu. Sans doute il est tard, car voici
Que vient tout près de moi chanter mon rouge-gorge.
Vacarme de marteaux lointains dans une forge.
L’eau clapote. On entend haleter un steamer.
Une mouche entre. Souffle immense de la mer.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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QUAND (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2020



QUAND

Quand peu avant midi
Le soleil est sur la prairie,

Que la chaleur,
Disent les pâquerettes, est bonne
Au niveau de la fleur
Au niveau des racines,

Que le pré est ouvert
A des champs, des landes,
Des chemins, du ciel,

Qu’il y a :
C’est un chant comme c’est du silence,

Que toutes les choses
Ont le temps de se regarder,

Le brin d’herbe
A les dimensions du monde.

II
Quand beaucoup de choses
Au soleil s’acceptent,

Quand on n’a pas envie
De quitter le pré, le talus,

Quand on se sent de connivence
Avec tous les verts,

Avec la barrière et plus loin
Les toits du hameau,

On peut être tenté de se dire
Que la sphère est partout
En train de s’accomplir.

III
Quand la plage vers le soir
Est de la couleur de la mer,

Que la mer
N’est que le prolongement de la plage,

Quand il n’y a de sûr
Que ce gris qui n’est même pas gris,

Ce plan horizontal et, au-dessus de lui,
Le vague hémisphère translucide,

Il faut sortir
De cette espèce d’éternité.

IV
Quand on torture quelque part
Un corps qui ne peut pas
Crier plus fort que lui,

Rien ne le dit.
Le sol

Est comme un autre jour,
L’air aussi, les feuillages,
Les courbes, les couleurs
Et l’aboiement d’un chien
Aux confins de la Beauce.

Mais il est vrai
Que l’on torture tous les jours
Depuis toujours,

Que l’habitude est prise,
Que c’est enregistré
Sans grandes variations.

(Eugène Guillevic)

 

 

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LES YEUX (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



 

Harding Meyer   1964 - Brazilian Portrait painter -   (3) [1280x768]

LES YEUX

Bleus entre le ciel et le bleu de nos eaux
Bleus à notre niveau
Bleus ouverts par les femmes

Bleus à la façon humaine
Bleus joyaux du règne de l’homme
Bleus pour la joie bleus pour la peine

Aussi cristaux des hautes altitudes
Les yeux ces eaux qui pulvérisent l’or
Pierres enfouies des chercheurs de trésors

Regards de la surface regards des profondeurs
Pierres de la mer de la terre et des astres
Pierres donnant aux mondes leurs couleurs

Pierres pour tailler les pierres de lumière
Pierres qui rient pierres qui souffrent
Pierres venant du ciel pierres venant du gouffre

Gris voilés comme nos vies
Comme nos ciels comme nos eaux
Gris de miroirs gris de mélancolie
Gris prometteurs d’azur
Yeux couverts gris d’aurores
Gris de seuils de rosée
Gris de la poussière des choses aimées

Miroirs au tain de fleurs
De larmes d’amour de peur
Miroirs au tain de présence
D’étoiles de jour d’absence

Mais que soient noirs les yeux que j’aime
Comme une seule longue nuit
Progressant par marées noirs de profondeurs noirs d’éclat
Noirs à jamais sans lendemain
Noirs de ne vivre que de ma vie secrète
Noirs de centre autour duquel gravite la lumière
Noirs de sources avant la métamorphose noirs de flammes captives

Noirs de feu intérieur noirs de lucidité
Noirs de plonger en moi d’être moi mieux que moi
De ne répondre a rien qu’a l’inconnu
Noirs de donneurs de rêves et de berceuses
De choses vierges et de visiteurs nocturnes
Noirs de présences latentes noirs de présences éclatantes
Noirs de centre unifiant mes désirs
Noirs de beautés cachées de vérités perdues
Noirs de cils noirs de miroirs parfaits de chasseurs de lumière
Noirs noyaux pour vaincre l’enfer
Noirs pour remonter dans leurs regards sur terre
Noirs d’ombres libérées de leur piquet de feu

Noirs de grottes sacrées
Que les captifs ont creusées pour retrouver le jour
Noirs d’ailes attendant pour porter leurs présages

Noirs d’arbres ouverts
Un hibou dans le coeur
Noirs d’hirondelles en exil au pays des splendeurs
Noirs de licences supprimées
Noirs de chambres condamnées
Noirs d’énigmes suspendues
Comme les bêtes des vieux temples
Noirs de prophéties qui régissent ma vie

Noirs de monts noirs dormant sur mes trésors
Noirs de mines que sonde la lampe que je cherche
Noirs d’ouvriers aveugles travaillant sans relâche
A cacher les secrets que je dois découvrir

Noirs de mes raisons inconnaissables de vivre

Noirs de me contenir

(Ernest Delève)

Illustration: Harding Meyer

 

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TEMPLE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



TEMPLE

Le vent est de pierre.

Les grands rochers
circulent
entre les arbres.

Les feuilles fusent
en éclats blessés.

Le ciel d’or vert.

Tout est serré fermé
le dedans dehors.

Ouvert.

(Jean Mambrino)


Illustration: David Lazar

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LA CLEF DES CHAMPS (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2020



LA CLEF DES CHAMPS

C’est ouvert
on peut entrer.

On peut passer.

On ne peut dépasser
l’ouvert.

(Jean Mambrino)


Illustration: René Magritte

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Habillage (Philippe Claudel)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2020



Illustration: Pascal Renoux
    
Habillage

Mon amour
Mon Dieu que c’est long
Que c’est long
Ce temps sans toi
J’en suis à ne plus compter les jours
J’en suis à ne plus compter les heures
Je laisse aller le temps entre mes doigts
J’ai le mal de toi comme on a le mal d’un pays
Je ferme les yeux
J’essaie de retrouver
Tout ce que j’aime de toi
Tout ce que je connais de toi
Ce sont tes mains
Tes mains qui disent comme ta bouche les mots
En les dessinant dans l’air et sur ma peau parfois
Tes mains serrées dans le sommeil avec la nuit
Dans le creux de ta paume
Tes mains qui battent les rêves comme des cartes à jouer
Tes mains que je prends dans les miennes
Pendant l’amour
Ce matin tandis que le soleil venait à la fenêtre j’ai fermé les yeux
Et ta bouche s’est posée sur ma bouche
La tienne à peine ouverte
Et tes lèvres doucement se sont écrasées sur les miennes
Et ta langue s’est enroulée à ma langue
J’ai songé à l’Italie alors
Au citronnier de Ravello accroché dans l’à-pic au-dessus de la mer
Très bleue
Au vent dans tes cheveux
Tu portais ta robe rose
Elle devenait une fleur
Elle jouait avec tes cuisses et tes bras nus
Le vent la tordait comme un grand pétale souple
Le vent chaud comme ton ventre après l’amour
Tandis que mon sexe dans ton sexe frémit encore et s’émerveille
Que le plaisir a rendu mauves nos paupières
Que nous sommes couchés non pas l’un contre l’autre
Mais l’un à l’autre
Oui l’un à l’autre mon amour
Mon présent s’orne de mille passés dont il change la matière
Et qui deviennent par ta grâce des présents magnifiques
Ces heures ces instants ces secondes au creux de toi
Je me souviens du vin lourd que nous avions bu
Sur la terrasse tandis que la nuit couvrait tes épaules
D’un châle d’argent
Je me souviens de ton pied gauche jouant avec les tresses de ta sandale
La balançant avec une grâce qui n’appartient qu’à toi
Je me souviens de ce film de Nanni Moretti Caro Diaro
Vu dans un vieux cinéma
Des rues de Rome
De la lumière orangée de la ville
Et de la Vespa que nous avions louée quelques jours plus tard
Et nous avions roulé comme Nanni dans le film
Sans but et sans ennui
Dans l’émerveillement du silence de la ville
Désertée pour la ferragosto
Tu me tenais par la taille et tu murmurais à mon oreille
« Sono uno splendido quarantenne »
Et tu riais
Et je riais avec toi sous le nuage des pins parasols
Dans les parfums de résine
Et le soir devant le grand miroir rouillé de la très petite chambre de l’hôtel
Tu jouais un autre film
« Tu les trouves jolies mes fesses ?
Oui. Très.
Et mes seins tu les aimes.
Oui. Enormément. »
Et je disais oui à tout
Oui à toi
Oui à nous
Je sors une heure chaque jour
Cela est permis
Je marche je tourne je tourne en rond
Et rien ne tourne rond
Pour moi sans toi
Pour moi loin de toi et qui n’ai plus que ma mémoire
Pour te faire naître dans mon cerveau
Et l’apaiser l’embraser t’embrasser te serrer te chérir en lui
Hier le surveillant tandis que je rentrais dans ma cellule après la promenade
M’a dit que le confinement allait prendre fin au-dehors

Dombasle-sur-Meurthe, le 20 mai 2020

(Philippe Claudel)

 

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GABRIEL PÉRI (Paul Éluard)

Posted by arbrealettres sur 10 mai 2020



GABRIEL PÉRI
    
Un homme est mort qui n’avait pour défense
Que ses bras ouverts à la vie
Un homme est mort qui n’avait d’autre route
Que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte
Contre la mort contre l’oubli

Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi
Nous le voulons aujourd’hui
Que le bonheur soit la lumière
Au fond des yeux au fond du cœur
Et la justice sur la terre

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d’amis
Ajoutons-y Péri
Péri est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous son espoir est vivant.

(Paul Éluard)

 

Recueil: Au rendez-vous allemand
Traduction:
Editions:

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A mon hôte (Du Fu)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
A mon hôte

Au sud au nord du logis : les eaux printanières
M’enchante tous les jours l’arrivée des mouettes
Le sentier fleuri n’a point été balayé
La porte de bois, pour vous, enfin, est ouverte

Loin du marché, la saveur des plats est pauvre
Dépourvu, je ne puis offrir que ce vin rude
Acceptez-vous d’en boire avec mon vieux voisin?
Appelons-le, par la haie, pour en vider le reste !

(Du Fu)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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