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Poésie

Posts Tagged ‘creuser’

Printemps des lisières (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Jean-louis Jabalé   
    
Printemps des lisières,
Les bourgeons du soleil

Percent la coque
De nos insomnies,
Font voler en éclat

Nous arrachent
Au socle pétrifié de l’hiver,

Creusent nos vases mortes
De sillons de lumière,

La dure écorce de nos peurs,
Nous invitent à être là simplement
Dans la joie ample de marcher,

Libèrent en nous
Mille chants d’oiseaux.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres
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Proverbe gitan (Alexandre Romanès)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2019



Illustration: Julie Guillem
    
Proverbe gitan :
« Si tu es au fond du trou, arrête de creuser. »

(Alexandre Romanès)

 

Recueil: Un peuple de promeneurs histoires tziganes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les objets sont nos voisins, sans rêve (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



    

Les objets sont nos voisins,
sans rêve, seulement là et proches,
posés très lourds
sur un lit de silence.

Mais le temps est en eux, il mûrit,
va son chemin comme en nous,
sans limite perceptible, il creuse,
sans poids, dans d’invisibles lointains.

En débat avec la nuit, plus
nocturne que toute nuit, il dépose
en eux sa parole de sable

Tandis que, sans mémoire, sans voix, ses marteaux
frappent de grands coups de silence
en nous et contre nous.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA VIE LENTE (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



LA VIE LENTE
A Françoise Ponty.

Je raconte la vie lente des pierres

Plutôt que la mort des hommes
Je choisis de nommer les choses

La meilleure arête du verre
Creuse la substance des falaises

Les épopées du coeur ont la vie dure
Le silex dort dans le temps immobile
Sa méditation se passe de signe

La lumière use la scorie de son oeil
La terre n’a pas bonne mémoire
Elle oublie le chemin de la foudre
Cent prétextes noircissent l’avenir

Quand le ciel cisaille le vide
Il pousse une source à chaque doigt
O sourdes colères des fontaines
Vous vous souvenez du déluge

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

 

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MOT (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018



Illustration: Amedeo Modigliani
    
MOT

Tu ris que je m’écharne pour des mots
que j’assemble ciels et collines en haie d’azur
autour de moi, et le bruissement des ormes
et les voix des eaux tremblantes;
que je trahisse ma jeunesse
pour les nuages et les couleurs
qui se diluent dans la lumière.

Je te connais : en toi tout égarée
la beauté rehausse tes seins,
creuse tes reins et en un mouvement suave
inonde ton sexe timide,
puis redescend en courbes harmonieuses
jusqu’aux dix coquillages de tes beaux pieds.

Mais voilà: si je te prends
tu seras toi aussi pour moi un mot, et la tristesse.

***

PAROLA

Tu ridi che per sillabe mi scarno
e curvo cieli e colli, azzurra siepe
a me d’intorno, e stormir d’olmi
e voci d’acque trepide;
che giovinezza inganno
con nuvole e colori
che la luce sprofonda.

Ti so. In te tutta smarrita
alza belleza i seni,
s’incava ai lombi e in soave moto
s’allarga per il pube timoroso,
e ridiscende in armonia di forme
ai piedi belli con dieci conchiglie.

Ma se ti prendo, ecco:
parola tu pure mi sei e tristezza.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Et soudain c’est le soir
Traduction: Patrick Reumaux
Editions: Librairie Elisabeth Brunet

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Les yeux se souviennent (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018




    Illustration
    
Les yeux se souviennent,
ils creusent dans la parole
de muettes galeries :
venez regards, jusqu’au centre :

Écoutez cette voix
qui traverse un temps étranger,
signe sourd d’une trace
et lumineuse écume.

On dirait
dans le lit du gel
un visage ancien qui vous parle

De la nuit millénaire,
voix écrite,
gorgée de silence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je creuserais (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



Je me soucierais peu — de Murs —
L’Univers fût-il — un Roc —
Tant que viendrait son Appel clair
De l’autre côté du Bloc —

Je creuserais — jusqu’à ce que mon Tunnel
S’ouvre soudain sur le sien —
Ma face aurait alors sa Récompense —
Mes yeux dans ses Yeux —

Mais il s’en faut d’un Cheveu —
D’un filament — d’une loi —
D’une Toile — tissée dans l’Acier —
D’un Rempart — de Paille —

D’un seuil pareil au Voile
Sur le visage de la Dame —
Mais chaque Maille — une Citadelle —
Et des Dragons — dans les Plis —

***

I had not minded — Walls —
Were Universe — one Rock —
And far I heard his silver Call
The other side the Block —

I’d tunnel — till my Groove
Pushed sudden thro’ to his —
Then my face take her Recompense —
The looking in his Eyes —

But ’tis a single Hair —
A filament — a law —
A Cobweb — wove in Adamant —
A Battlement — of Straw —

A limit like the Vail
Unto the Lady’s face —
But every Mesh — a Citadel —
And Dragons — in the Crease —

(Emily Dickinson)


Illustration

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Notre langage est élimé (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Bernard Bénézet
    
Notre langage est élimé.
Je voudrais creuser chaque mot
pour décrire le jaillissement
solaire, hors de l’argent mat
des oliviers, du campanile pieux.

Pour peindre l’abîme des rues
pleines de petits mendiants bruns,
je ne peux trouver le ton juste, —
ne peux trouver le moindre chant
qui puisse flotter dans cet air.

Tel est le sortilège : trouver de pauvres mots,
leur apprendre tout bas à marcher dans le chant.
Tel est le sortilège : la chevelure ornée
de tilleul, se dresser comme une reine.

Voilà le sortilège : avoir soif de la cruche
de ce délice qui sanctifie l’eau,
tout au fond de la vie éveiller une fugue,
puis contempler l’éternité.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Le Mort Joyeux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Le Mort Joyeux

Dans une terre grasse et pleine d’escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

(Charles Baudelaire)

Découvert ici: \ »Rouge Dessin\ »

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Ces gigantesques sillons (Julien Vocance)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



La Mort a creusé sans doute
Ces gigantesques sillons
Dont les graines sont des hommes.

***

Au ras du sol depuis quinze jours,
Mon oeil en connaît les moindres bosses,
Les moindres herbes.

***

Rumeurs de veuves, d’orphelins,
Bourdonnantes, comme un essaim,
Sur ces pauvres corps déteints.

***

La pluie fine et froide, en cinglantes rafales,
Pénètre nos os et nos âmes,
Et les moelles de la terre.

***

Par la fatigue écrasés,
Ils ont les poses écroulées
Des cadavres de la plaine.

***

Les rafales de nos canons
D’une ville à l’horizon
Allument la vision brève.

***

Des croix de bois blanc
Surgissent du sol,
Chaque jour, ça et là.

***

Les obus vampires ont soulevé
Les dalles du cimetière
Dont les croix chancellent.

***

Pour arriver jusqu’à ma peau
Les balles ne pourraient jamais
Se débrouiller dans mes lainages.

***

Dans un trou du sol, la nuit,
En face d’une armée immense,
Deux hommes.

***

Fleur qui respirait la lumière,
Son oeil gît,
La gorge tranchée.

(Julien Vocance)

 

 

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