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Poésie

Posts Tagged ‘creuser’

Etre à toujours creuser (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2019



Etre à toujours creuser
Un tunnel qui débouche,
Qui se rebouche encore
Et veut être creusé.

(Guillevic)

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La fleur L’étoile Le caillou (François David)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Ne respire pas la fleur
Pose-la sur tes yeux
sens ses pétales de velours
Murmurer la plainte apaisée
De sa peau vive sur tes cils.

Ne regarde pas l’étoile
En ta poitrine ressuscite
Le suc fragile du souvenir
Au triste et lent givre des soirs
La rousseur de sa flamme
N’oublie pas.

Ne marche pas sur le caillou
saisis-le
Et sur ta paume pressée devine
La secrète douleur de la mer
Lorsqu’il aura creusé sa vague.

(François David)


Illustration

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Allégeance (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



Allégeance

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima ?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards.
L’espace qu’il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l’espoir et léger, l’éconduit.
Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s’inscrit son essor,
Ma liberté la creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et
L’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?

(René Char)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Leonid Afremov

 

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Moi (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



moi
qui chaque jour creuse sous ma peau
je n’ai soif
ni de vérité ni de bonheur ni de nom
mais de la source de cette soif

(Bernard Noël)

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Animal (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Animal

Madame un jour je caressais quelque pelage
D’égaré ou de fantasque au soleil poudreux
C’était un chat soyeux, tigre ou chat des chartreux
Qu’importe si ce chat était tendre ou sauvage

Ou si le nombre des félins par moi flattés
Dépasse le millier par toutes les années
Où j’ai choyé leur patience illimitée
Dans tellement de fourrures et de fumets

Que je les confonds tous, parfum fort et souplesse
Dans le même creuset où leur ardeur se coule
Mais ce jour-là c’est la toison de toi,
Maîtresse

Qui s’est creusée à mes doigts souples sur la fente
Où l’animal cède à la rondeur de la pente
Sûre de sa ferveur et d’humidité soûle

(Jacques Chessex)

 

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Il y a un nom perdu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Il y a un nom perdu.

Nous ne savons pas s’il a toujours été perdu,
une seconde après avoir été prononcé
ou peut-être déjà d’avant.

Nous ne savons pas si quelqu’un l’a caché
et oublia l’endroit,
ou si l’endroit disparut de lui-même.

Nous ne savons pas s’il fut peut-être retiré
du flux furtif des noms
afin de préserver une anomie
indispensable dans l’ouvert.

Nous ne savons pas si la futilité de l’homme
le laissa choir
comme un déchet supplémentaire
dans la pente générale des déchets.

Mais maintenant il nous manque.
Non pour désigner ceci ou cela
parmi tant de choses qui n’ont pas de nom.

Son manque nous affecte plus au fond :
le nom perdu
fracture les noms du reste des choses.

Le nom perdu
creuse petit à petit les autres noms
et nous abandonne dans ce presque unanime désert de mots,
où le vent de la nuit
change de place tous les lieux.

Le vent de la nuit
ou une topographique vengeance de l’abîme.

De sorte que la perte d’un nom
nous a fait perdre tous les noms.

***

Hay un nombre perdido.

No sabemos si estuvo siempre perdido,
desde un segundo después de articulado
o quizá desde antes.

No sabemos si alguien lo ocultó
y olvidó el lugar
o si el lugar desapareció por si mismo.

No sabemos si tal vez fue retirado
del flujo furtivo de los nombres
para preservar una anomia
imprescindible en lo abierto.

No sabemos si la trivialidad del hombre
dejó que se cayera
como un desecho mas
en el declive general de los desechos.

Pero ahora lo extrañamos.
No para designar esto o aquello
entre tantas cosas que no tienen nombre.

Su falta nos afecta más adentro:
el nombre perdido
fractura los nombres de todas las otras cosas.

El nombre perdido
ahueca poco a poco todos los otros nombres
y nos deja abandonados en este casi un
unánime desierto de palabras,
donde el viento de la noche
cambia de sitio todos los lugares.

El viento de la noche
o una topográfica venganza del abismo.

Así el extravío de un nombre
nos ha hecho perder todos los nombres.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

¿Cómo saltar en el tiempo
y hacer pie en el vacío
y su excavada ausencia?

¿Cómo retroceder en el tiempo
y empalmar el pasado
con todo lo que huye?

¿Cômo encontrar la eternidad en el tiempo,
la eternidad hecha de tiempo,
de tiempo congelado en las fauces mas frías?

Cômo reconocer el tiempo
y hallar el filo ignoto
que corta sus momentos
y siempre lo divide
justamente en el medio?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Le fruit est le résumé de l’arbre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



Le fruit est le résumé de l’arbre,
l’oiseau est le résumé de l’air,
le sang est le résumé de l’homme,
l’être est le résumé du néant.

La métaphysique du vent
s’informe de tous les résumés
et du tunnel que creusent les paroles
par-dessous tous les résumés.

Car la parole n’est pas le cri,
mais l’accueil ou le congé.
La parole est le résumé du silence,
du silence, qui est le résumé de tout.

***

El fruto es el resumen del árbol,
el pájaro es el resumen del aire,
la sangre es el resumen del hombre,
el ser es el resumen de la nada.

La metafísica del viento
se notifica de todos los resúmenes
y del túnel que excavan las palabras
por debajo de todos los resúmenes.

Porque la palabra no es el grito,
sino recibimiento o despedida.
La palabra es el resumen del silencio,
del silencio, que es resumen de todo.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Odilon Redon

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Le déchiffrement (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Le déchiffrement
pour Octavio et Marie-Jo Paz

Ce que les pattes des sternes ont écrit
sur le sable luisant de la marée basse
la mer en remontant l’efface
avant que j’aie pu déchiffrer le message

Ce que les astres d’Occident inscrivent
sur le ciel de la nuit d’automne entre le Lynx
et Fomalhaut le jour en se levant
l’a fait pâlir avant que j’aie pu traduire les signes

Ce que les pliures du temps sur l’écorce des chênes
ont gravé leurs annales enfouies leurs prophéties
le gel et la pluie l’ont creusé et brouillé
avant que les paroles aient été épelées

Déesse Mère Matrice première Source de vie
s’il y a un texte à traduire que je n’ai pas su lire
gardes-en pour moi le secret perdu
Et s’il n’y a ni texte ni sens
berce-nous longtemps sur ton sein obscur Orée du temps
Mère de tout

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Au temps de ma jeunesse (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



 

Au temps de ma jeunesse …

Au temps de ma jeunesse, harmonieuse lyre,
Comme l’eau sous les fleurs, ainsi chantait ta voix ;
Et maintenant, hélas ! C’est un sombre délire :
Tes cordes en vibrant ensanglantent mes doigts.

Le calme ruisselet traversé de lumière
Reflète les oiseaux et le ciel de l’été,
Ô lyre, mais de l’eau qui va creusant la pierre
Au fond d’un antre noir, plus forte est la beauté.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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