Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘blanchir’

Plus bas (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2019



 


   
Plus bas

Quand l’obscurité me paraît céder en un point,
blanchir un peu de lumière,
c’est toujours un effet sans lendemain.
J’ai beau suivre les points brillants
dans la pénombre,
j’arrive chaque fois en bas
et chaque fois, de plus en plus bas,
là où je risque de ne plus prendre part à la vie.

Depuis le temps, j’aurais dû m’en douter:
c’est comme ça –

je finis toujours par m’abandonner
à des idées noires
comme si l’obscurité me saisissait en plein jour
et n’avait cessé depuis l’enfance
d’effriter la terre dans mes mains,
quand bien même je travaillerais,
avec l’obstination d’un dément,
essayer de rendre les choses plus visibles.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La neige (Cécile Sauvage)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



La neige

Je me souviens d’un paysage
Où la neige molle tombait
Pareille à l’indolent plumage
D’un grand oiseau qui se dévêt.

Assise près de la croisée
Je regardais le sol blanchir
Et les ramures dénudées
Sous les flocons s’épanouir.

(Cécile Sauvage)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PRINTEMPS (Andréi Sodenkamp)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



PRINTEMPS

Le printemps garde encor
au bord de la colline
sa face de bois mort.
Un petit arbre neuf, une églantine
blanchit de bas en haut.
L’éclat monte des eaux.

Tout va briller, s’ouvrir
le monde est un soupir
un saule aux clairs cheveux
est si clair qu’il s’efface
Et le ciel bleu, par place,
a des corbeaux heureux.

(Andréi Sodenkamp)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si tu veux que je meure… (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



 

Giampaolo Ghisetti -  (1)

Si tu veux que je meure…

Si tu veux que je meure entre tes bras, m’amie,
Trousse l’escarlatin de ton beau pellisson
Puis me baise et me presse et nous entrelassons
Comme, autour des ormeaux, le lierre se plie.

Dégraffe ce colet, m’amour, que je manie
De ton sein blanchissant le petit mont besson :
Puis me baise et me presse, et me tiens de façon
Que le plaisir commun nous enivre, ma vie.

L’un va cherchant la mort aux flancs d’une muraille
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille
Pour acheter un nom qu’on surnomme l’honneur.

Mais moy, je veux mourir sur tes lèvres, maîtresse,
C’est ma gloire, mon heur, mon trésor, ma richesse,
Car j’ai logé ma vie en ta bouche, mon coeur.

(Rémy Belleau)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sous la falaise (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Sous la falaise

Quand tu marches sous la falaise
N’oublie pas de faire offrande
D’une pensée transparente au pèlerin
N’oublie rien de son vol de cendre
Plus rapide que la pierre qui tombe du roc
O meurtrier silencieux
Souviens-toi de son vol plus lointain
Que le vent qui se jette à l’amont du fleuve
De sa trace coupante au nuage
Imite cet oiseau serein et cruel
Envie sa justice de maître de la vie et de la mort
Passant songeur, envie son aire et la sagesse de sa retraite
Et quand vient l’heure de l’ombre
Jour après jour souviens-toi de plonger en elle
Comme l’oiseau se jette au vide
(Ainsi le cœur au mal, l’âme au vent sans mémoire)
Et regarde en toi blanchir le gouffre
Passant calme
En retard sur l’eau des rêves

(Jacques Chessex)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE CHATEAU-CHAGRIN (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



LE CHATEAU-CHAGRIN

Mon grand-père, quand il passait devant le Château-Chagrin,
ôtait toujours sa casquette.
Une casquette de reps écru que le valet Numance blanchissait tous les lundis.
Je n’ai jamais su pourquoi bon-papa saluait.
Sur son lit de mort, il me dit:
Petit, quand tu passeras devant le Château-Chagrin,
promets-moi d’enlever ta casquette.
— Oui, bon-papa, et je dirai la même chose à mon fils.

(Norge)


Illustration: ArbreaPhotos

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Quand la neige s’est effacée (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Quand la neige s’est effacée,
les monts de la sierra
se sont éloignés.
La vallée a reverdi
au soleil d’avril, la vallée
est pleine d’une verte flamme,
pleine d’une vie, sans souci,
et l’âme songe à un papillon,
atlas du monde, et songe.
Avec le prunier en fleur et la campagne verte,
avec la glauque vapeur du rivage,
autour des branches,
avec les premières ronces qui blanchissent,
avec cette douce brise
qui triomphe de la mort et de la pierre,
cette amertume qui m’étouffe
s’écoule en espérance d’Elle…

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’épine d’une passion (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



épine au coeur

l’épine d’une passion;
un jour j’ai pu me l’arracher :
je ne sens plus mon coeur.

Et toute la campagne un instant
demeure, muette et sombre,
pour méditer. Le vent retentit
dans les peupliers de la rivière.

Mais le soir s’obscurcit encore;
et le chemin qui tourne, tourne,
et blanchit doucement,
se trouble et disparaît.

Mon chant recommence à pleurer :
«Épine pointue et dorée,
ah! si je pouvais te sentir
dedans mon coeur clouée.»

(Antonio Machado)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quand tu contemples une rose (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Quand tu contemples une rose
qui a blessé un mur et que tu te dis :
J’ai bon espoir de guérir du sable,
ton cœur verdit…

Quand, par une journée belle comme une icône,
tu accompagnes une femme au cirque
et que tu es convié à la danse des chevaux,
ton cœur rougit…

Quand tu comptes les étoiles, que tu te trompes
après la treizième et que tu t’assoupis
comme l’enfant
dans la bleuité de la nuit,
ton cœur blanchit…

Quand tu marches et
que tu ne
trouves pas
le songe
allant devant toi comme l’ombre,
ton cœur jaunit…

*

When You Gaze Long

When you gaze long at a rose
that has wounded a wall, you say to yourself:
I hop e for a cure ftom the sand.
Your heart turns green…

When you take a woman to the circus,
a woman whose day is lovely as an icon…
and you dismount like a guest to the horse’s prance.
your heart turns red…

When you count the stars, and make a mistake after
thirteen, and you doze like a child
in the blue of the night,
your heart turns white…

When you journey, and do not find the dream
that walks before you like a shadow,
your heart turns yellow…

(Mahmoud Darwich)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’était ma douleur (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018




    
C’était ma douleur blanchie à la chaux.
Tu patientes, étendue sur les feuilles recueillies.
Il faut pouvoir ressembler au vent.
Tu voles. Tu chantes.
Je t’aime pour chaque branche,

C’était un sourire sur nos doigts fiévreux.
Une étrange silhouette détachée du soir :
Elle découvrait, pour nous, le monde.
Mais seule tu voyais.

Je te crois, je t’influence, je t’obéis.
Un mur nous réunit:
Jamais tu n’as le même visage.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Le Seuil Le Sable Poésies complètes 1943-1988
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :