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Poésie

Posts Tagged ‘langage’

LE MINEUR (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



    

    
LE MINEUR

Quoi qu’on écrive, ce ne seront que des mots.
Ces mots que je cherche à faire disparaître.
Et c’est pourquoi je me suis coupé la main.
Et c’est pourquoi je me forge
nuit et jour avec le feu, que je me suis laissé
fouler telle une rose rouge.
Je veux devenir une autre sorte
d’eau. Une autre sorte de langage.
Tels des rayons dorés, darder mes paroles
par vos pores, à votre insu,
m’avançant, éclairant toujours plus
profond dans vos cœurs, comme
éclaire les galeries noires de la terre
en descendant
le mineur avec sa lampe.

(Nikiforos Vrettakos)

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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La Tête à couper (Christophe Dauphin)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
La Tête à couper

Homme de nulle part
Immobile sur la page blanche de la langue
Couteau dans la gorge

Homme de nulle part
qui broie le langage et ses pierres
comme d’autres broient leurs vertèbres

Homme de nulle part
dont tous les sens se jettent dans le vide
exilé dans la langue

Homme de nulle part
Photocopie recto A4 noir et blanc
que l’on lave sur les murs d’un business plan

Homme de nulle part
Photocopie du caporal-solitude
Voix étouffée du quotidien

Homme de nulle part
Chômeur de longue haleine
Ils te jetteront du haut d’une montagne
taillée à pic dans tes entrailles

Balayés par la pluie
tes rêves ne laisseront aucune trace.

(Christophe Dauphin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Totems aux yeux de rasoir, poèmes 2001-2008
Traduction:
Editions: Librairie-Galerie Racine

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SUR LE CHEMIN DE LA VIE (Sophie Makhno)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



 

Margarita Sikorskaia 7786_n

SUR LE CHEMIN DE LA VIE

Sur le chemin de l’école
Nous avions douze ou treize ans
Cheveux blonds et têtes folles
Nous parlions comme les grands
Nous avions la tête pleine
De jolis projets
Moi j’avais pour Madeleine
Un tendre secret

Refrain
Dites-moi ce qui m’entraîne
Dites-moi d’où vient le vent
Où s’en vont ceux que l’on aime
Dites-moi ce qui m’attend…

Sur le chemin de la vie
Nous nous sommes séparés
Chacun son jeu sa partie
Les amis l’argent les filles
Et puis mes vingt ans
Je n’ai pour toute famille
Qu’un petit enfant

Refrain
Sur le chemin de l’école
Quand j’irai t’accompagner
Je t’en donne ma parole
Je saurai te protéger
Je t’offrirai des voyages
Une jolie maison
Je t’apprendrai le langage
Des quatre saisons

Refrain

(Sophie Makhno)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

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Langages (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2021



Langages

Mots effleurés,
cristal de la pensée,
jaillissement du coeur,
encre liquide et versée
dans le calice avec douceur.
L’émotion défait les codes
et conjugue l’instant
d’écriture éphémère.

Mots blessés,
cloués sur une porte
comme un oiseau maudit
aux ailes transpercées.
Injustes jugements,
censuré dans le sang,
le poème agonise
sous un trait de rature.

Mots d’amour,
battant à crève-tambour.
Étreintes et soupirs
musiquent le poaime
où la rime frissonne
en regards pétillants.
L’écriture caresse
l’ange qu’elle amadore.

(Jean Moraisin)

 

 

 

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Qu’on brise la forme où le langage s’est englué Ghérasim Luca)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2021




Ghérasim Luca    
    

Qu’on brise la forme où le langage s’est englué
et de nouvelles relations apparaissent :
la sonorité s’exalte, des secrets endormis
surgissent, celui qui écoute est introduit dans un monde de vibrations
qui suppose une participation physique, simultanée…

(Ghérasim Luca)

 

Recueil: Ne pas détacher le vide du sol
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il ne manque à l’amour que la durée (René de Chateaubriand)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2021



Illustration: Henri Matisse    
    

[…]
il ne manque à l’amour que la durée
pour être à la fois l’Éden avant la chute
et l’Hosanna sans fin.

Faites que la beauté reste,
que la jeunesse demeure,
que le cœur ne se puisse lasser,
et vous reproduirez le ciel.

L’amour est si bien la félicité souveraine
qu’il est poursuivi de la chimère d’être toujours ;
il ne veut prononcer que des serments irrévocables ;
au défaut de ses joies, il cherche à éterniser ses douleurs;

ange tombé, il parle encore le langage
qu’il parlait au séjour incorruptible;
son espérance est de ne cesser jamais;

dans sa double nature et dans sa double illusion ici-bas,
il prétend se perpétuer par d’immortelles pensées
et par des générations intarissables.
[…]
(René de Chateaubriand)

 

Recueil: Mémoires d’outre-tombe
Traduction:
Editions:

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CHOSES ILLICITES (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



CHOSES ILLICITES

L’EAU continue de couler—
La grive de chanter

pourtant
au bord du ciel

au fin fond
du lointain

se mêlent…
… les échos du canon !

Dont le silence rappelle
de vallée

en vallée à la paix
de même que les poèmes conservent

le langage
d’anciennes extases.

les éclairs et les bruits de la guerre ;
demeures dont les chambres
sont les plus froides que l’on puisse imaginer,

ils sont partis tous ceux que nous aimions,
les lits restent vides, les divans
moites, les chaises inutiles —

Allez cacher tout cela quelque part
hors de l’esprit, que cela s’enracine
et pousse, à l’écart

des oreilles et des yeux jaloux — pour soi-même.
Dans cette mine, ils viennent tous creuser.
Est-ce la souche de la plus douce

musique ? La source de la poésie qui
voyant la pendule arrêtée, dit
La pendule s’est arrêtée

qui hier encore marchait si bien ?
et elle entend le clapotis de l’eau du lac
— qui maintenant est devenue de pierre.

***

ILLEGITIMATE THINGS

WATER still flows —
The thrush still stings

though in
the skirts of the sky

at the bottom of
the distance

huddle…
…echoing cannon !

Whose silence revives
valley after

valley to peace
as poems still conserve

the language
of old ecstasies.

the flashes and booms of war ;
houses of whose rooms
the cold is greater than can be thought,

the people gone that we loved,
the beds lying empty, the couches
damp, the chairs unused —

Hide it away somewhere
out of the mind, let it get roots
and grow, unrelated to jealous

ears and eyes — for itself.
In this mine they come to dig — all.
Is this the counterfoil to sweetest

music ? The source of poetry that
seeing the clock stopped, says,
The clock has stopped

that ticked yersterday so well ?
and hears the sound of lakewater
splashing — that is now stone.

(William Carlos Williams)
Illustration: ArbreaPhotos

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Les Déchues (Extrait) (Adelle Barry)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2020



    

Les Déchues (Extrait)

Que l’Imam prie
Que le prêtre jeûne
Et que l’athée dorme
Quelle importance
Chacun voit son Dieu dans le ciel
Il lui parle en silence
Il lui crie ses souffrances
Gardez vos croyances dans vos âmes
Et aimez-vous pardon
Dans les tombes, vous êtes tous poussière

Et puis quoi?
Kadjatou Xialong Yung
Je déjeune en mafé
Je dîne en sushi
Les yeux émincés
Le nez gros
Une pincée de sel dans mon identité
Quelle chance!

Il paraît que Paris c’est la crise
Et que la France est faillite
Haa, reprenons nos valises
Il paraît que là-bas c’est le paradis
L’hiver fait six mois, quelle importance
Ici les cinquante degrés durent une éternité
Il paraît qu’il y a assurance maladie là-bas
Haa Ébola et sida on s’en fout
Ici l’hôpital c’est la morgue
Et la morgue un reposoir

J’ai vu mon frère offrir sa femme
Pour payer la traversée
J’ai vu ma soeur s’ouvrir à l’inconnu
J’ai vu le viol consenti
Pour fuir le dénuement

La voix libératrice
S’est tue
Depuis, je maudis
Le langage du silence

(Adelle Barry)

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2020



 

Tereza Vlcková -a-perfect-day-elise...-10

RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE

Je commencerai par être
un verbe
sans limites
un langage
où rien ne serait dit
mais tout pressenti
dans le monde visible
et nulle part ailleurs
un grain de sable
qui dialogue avec les dieux
une élévation
dans l’affection et le bruit neufs
un miracle inouï
sous le soleil de la conscience
je commencerai par être
en devenant ce que je suis

Je commencerai par être
un dispositif
d’émerveillement
un voyage
au bout du possible
vers
ce qui m’apprend
à mourir
la raison
la plus silencieuse
en moi-même
le loup
chaviré
d’une langue universelle
je commencerai par être
là voix d’une résonance

Je commencerai par être
un souffle
d’année-lumière
contre le vertige
de la tentation
du malheur
une anthologie
des bouleversements
un retour
de nuit blanche
qui coule
dans les veines
une tendresse
démesurée
je commencerai par être
au milieu de la poussière

Je commencerai par être
un sourire
blessé
une fêlure
centrale
un tressaillement
une souveraineté
fluide
tendue
la part donnée
offerte
au vide
une salve
dans l’imprévisible
je commencerai par être
avec la peau des dents

Je commencerai par être
le refus
de rêver pareil
le refus
du bureaucrate intérieur
une exaltation sereine
un visage
qui se transforme
en tigre
à chaque émotion
un visage sans visage
qui accueille
tous les visages
un tremblement de ciel
je commencerai par être
jusqu’au paroxysme

Je commencerai par être
mille kilomètres
de battements
de coeur
à la seconde
ici-haut
contre tous les robots
couleur chair
un saut
dans la vie
un saut
dans le vide
un saut
de lumière noire
je commencerai par être
une pulpe d’aimantation

Je commencerai par être
un soir
d’anéantissement
la plus haute
obstination
une science
de l’excès
l’empreinte
digitale
de la mort dans la vie
le toujours
maintenant
la parfaite
insoumission
je commencerai par être
à bout portant

Je commencerai par être
celui qui
chaque jour
découvre l’infinie
première fois
la parure du chaos
l’abandon
des masques
l’éclosion accélérée
d’une fleur de sens
celui qui
ne veut plus
traduire la vie
en cendres mortes
je commencerai par être
incomparable

Je commencerai par être
au diapason
d’un vent bleu
une danse exacerbée
des atomes
une mise au jour
de l’ossature du temps
le feu insoupçonné
de ma propre consumation
une vigilance détendue
une porte battante
qui va et qui vient
quand j’inspire
quand j’expire
je commencerai par être
jusqu’au bout du monde

Je commencerai par être
un maquisard de l’esprit
un étoilement
de précipices
pour saluer sans fin
les grands isolés
une secousse
de moelle
à mourir de fou rire
un accomplisseur
secret
préférant le coup de sang
au coup de dés
un infini départ
je commencerai par être
repassionné

(Zéno Bianu)

Illustration: Tereza Vlcková

 

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Tout percevoir d’un coup (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2020


 


Pascal Roy 6

Tout percevoir
d’un coup
sans langage

(Zéno Bianu)

Illustration: Pascal Roy

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