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Posts Tagged ‘langage’

Le langage est en nous comme un organe vital (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2022



Le langage est en nous comme un organe vital
et c’est avec tristesse que j’ai entendu cet ingénieur,
trop affairé pour aller chercher ses enfants à l’école ou pour jouer avec eux,
prétexter d’un « simple problème de logistique »
— comme si je lui découvrais soudain une maladie mortelle.

(Christian Bobin)

 

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Je ne parviens pas à toucher la pierre noire du silence (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 26 novembre 2022




Je ne parviens pas à toucher la pierre noire du silence,
celle qui est au centre du langage,
autour de laquelle pèlerinent mes phrases
comme des anges aux ailes rouges.

Ce que je veux te dire sans cesse se dérobe.
Je le frôle lorsque je parle de ton sourire
et de sa bienveillance native.

(Christian Bobin)

Illustration

 

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Il n’y a pas de théorème du désir (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2022



Illlustration: Pascal Renoux
    
Il n’y a pas de théorème du désir
Pas plus qu’il n’y a de théorème de la saveur d’une eau de montagne
pans la bouche de l’exténué
Il boit sa vie

Il n’y a qu’une vérité à mille chemins
Devant le corps aimé
Il est une aube plénière
Dont la lumière appelle la pensée-mésange de l’amant :
S’il y a une vérité dans le désir
Seule l’atteint cette pensée à mille chemins

Le coeur aussi se donne comme un paysage
Seul donc le désir de s’y perdre le mérite
Car ici l’ignorance nous accroît

C’est très simple l’immense pour qui s’est intérieurement dévêtu
Une paupière une hanche un souffle sur la joue
Cela d’un coup efface le monde
La fureur l’excès leur langage

C’est toujours à partir de ce vide
Que nous aimons
En lui que nous buvons notre vie

Est-ce de l’ordre de l’explosion ?
Explosion silencieuse et immobile
À la jonction de deux corps
Qui est la conjonction de deux limites
Ainsi détruites ?

Serait-ce l’apparition d’un espace neuf
Contraire mais lié
À l’espace ordinaire des besognes de l’existence ?

La porte d’or
Par où l’on revient dans sa vie
Déshabitué éclairé
Retour d’exil :
Gestes enfin habités
Regards tenus
Expansion d’une prairie intérieure
Avec affleurement de sources
Celles que l’amant entend
Quand il pose son oreille sur le sommeil de l’aimée

Beau chahut l’amour dans la maison des hommes
Table renversée écrous levés

Est-ce bien de l’ordre de l’explosion ?
Mais lente mais douce
Et sa rumeur qui dort dans la main du coeur

(Jean-Pierre Siméon)

Recueil: Le désir en nous comme un défi au monde 84 Poètes d’aujourd’hui
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Je n’ai jamais bien su (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2022



    

Je n’ai jamais bien su

Je n’ai jamais bien su le langage des vivants
Et j’essaie en vain d’accorder mon âme
À ceux qui parlent savamment.
Vienne une autre vie avec sa corbeille d’espoir
J’y mettrai mes actions perdues
Mes phrases dérisoires
Et cette étendue sans chaleur
Qui me sépare des humains.
Nommez-moi les choses
Afin que j’apprenne à les tenir dans ma main
Donnez-moi le nom secret des êtres
Afin qu’en eux mon coeur pénètre
Comme une eau douce au mois de Juin.
J’écoute un chant qui ne peut plus s’éteindre
Qui porte en lui tous les bonheurs et tous les cris
Est-ce une flûte? Est-ce une lampe
Que tu me tends ô poésie?
Je marche à la rencontre du jour
Et je vois la beauté invisible du monde
Telle une haute flamme
Dans les regards amis.

(Hélène Cadou)

Cantate des nuits intérieures, Si958.

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le cadeau de la foi c’est la foi (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022


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Le cadeau de la foi
c’est la foi.
En croyant à l’harmonie secrète
on aide à la faire advenir
en n’y croyant pas on la contrarie.

Ne pas croire est un barrage
contre le flot vivifiant de l’invisible.

Ceux qui n’ont pas la foi
sont des croyants du doute,
ils croient qu’ils n’ont pas la foi
et empêchent ainsi certaines fleurs
d’éclore dans leur coeur.

On est fait
de ce qu’on ne sait pas.
Nous sommes tissés d’inconnu.

Mais tout cela est du langage encore,
les mots sont des couvercles sur les choses.
Celui qui veut comprendre a déjà fait
les trois-quarts du chemin:
pour le reste, motus.

(Henri-Frédéric Blanc)

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ÉCRIRE (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2022



ÉCRIRE

Ce n’est pas un mystère.
Penser c’est parler; parler, c’est écrire.

Il n’y a rien « derrière les mots » — sinon d’autres mots.
Pas plus que derrière la tête, ou derrière la pensée, ou derrière le monde.
Il n’y a rien derrière.
Il y a quelque chose devant les mots,
qu’on peut appeler le monde, par exemple.

Le langage tient les choses à distance en se rapportant à elles.
Il s’agit de penser les mots avec d’autres mots, différant le silence.
Faire attention aux phrases dans les phrases,
avec regard oblique sur les choses comme si elles surveillaient l’opération.

Ce qu’avait compris, et n’aura pas cessé de dire, Ponge.
Ce que chacun peut faire. Cogito, scribo, sum.

(Michel Deguy)

 

 

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Le langage des yeux (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022


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Le langage des yeux
ignore le vouvoiement
et va plus loin dans le tutoiement
que le tutoiement même.

(Henri-Frédéric Blanc)

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UNE EXECUTION INTIME (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



 

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UNE EXECUTION INTIME

c’est un instant toujours émouvant
que celui où l’on se demande
certains matins
si l’on va pouvoir reconnaître la vie

si les choses ont gardé la même place
si les places ont gardé le même nom
et s’il reste quelque part un miroir de secours
où l’on cesserait enfin de se voir
où l’on verrait plus loin que soi

alors c’est comme si l’on s’avançait tout seul
Boulevard Arago
à l’aube
pour une exécution intime
et l’on n’éprouve aucun soulagement
à l’idée que le bourreau n’est pas là

et pourtant tout à coup on se retourne
c’est bon signe
on se croyait suivi
il y a donc des gens qui en suivent d’autres
il y a donc une suite et c’est tout ce que l’on voulait savoir

dans les sous-bois du langage
une voix cherche à dire
le premier mot de la journée
comme on cherche sa clé
sur le palier dans le noir

on n’hésite plus
on mise sur cet objet perdu
sur cette voix déjà proche des faubourgs
sur l’étrangère qui s’appuie aux affiches lacérées de la vie
mais sur quoi ne s’appuierait-on pas ce matin ?
sur quelle blessure ?
— sur quel outrage ?

(Georges Henein)

Illustration

 

 

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Jardin de la Rencontre (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2022



Jardin de la Rencontre

TU ES LA

Est-ce la folie qui me conduit vers l’impossible ?

Non, c’est une tendre évidence.

Je te reconnais, je te vois, tu es l’Amour de mon âme,
la lumière de ma vie.
Tu marches dans mon coeur comme tu marches en ce jardin
et la trace de tes pas dessine tant d’Amour
que le monde entier ne peut le contenir.

Tu t’approches de moi, mais ton regard est si doux et si fort
que je meurs en toi pour renaître en sa clarté.

Tu es VIVANT. Tu es mon cri, ma liberté, mon Amour.

Tu es là, tu étanches ma soif, MAINTENANT et pour l’éternité.
Tu me dis, je suis là, je suis ta soif et la Source Infinie.

Tu me dis, je ne meurs jamais, je suis la racine de ton coeur
et de tous les coeurs sur la terre lorsqu’ils s’éveillent à la beauté.

Tu me dis tout cela et ta voix me remplit comme un fleuve de feu,
comme une aube naissante et radieuse.

Tu me remplis de ta Présence, toi le Bien-Aimé divin
et la joie qui me soulève, soulève la terre et grandit jusqu’aux étoiles.

Comment le dire, oser y croire, le faire savoir ?

C’est trop intime, c’est trop immense, trop de pleurs,
trop de douceur et pourtant c’est l’océan tout entier qui balaie les résistances, emporte les barrages.
Peut-être une fleur, un oiseau, un coquillage pourra le dire bien mieux dans son langage.

Je n’ai pas de mots, je n’ai pas d’image, je n’ai rien pour le dire
et pourtant je voudrais le proclamer, le faire éclater avec le jour,
avec la nuit, avec la vie, avec cette joie qui jaillit de toute part.
Tu es là, tu rayonnes en secret et transfigures le monde.

En toi j’abandonne le fardeau de vouloir être ou ne pas être.
En toi je lâche les amarres et me voici perdue et retrouvée
au coeur battant d’un univers qui se crée sans limite et toujours au présent ;
un univers qui explose et se multiplie, terrassé de lumière,
un univers de feu embrasé de liberté.

Tu rayonnes partout, graine de soleil, semence d’infini,
désert étincelant calciné par l’Amour.

Je te vois, je te vis.
C’est si simple et je ne le savais pas.

(Marianne Dubois)

Illustration: William Bouguereau

 

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Il s’est éloigné – je me suis éloignée (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



il s’est éloigné – je me suis éloignée –
non par mépris (notre orgueil est infernal bien entendu)
mais parce qu’on est étrangère
on est d’ailleurs,
eux ils se marient,
ils se reproduisent,
ils partent en vacances,
ils ont des horaires,
ils ne s’effraient pas de la ténébreuse
ambiguïté du langage
(Ce n’est pas la même chose de dire Bonne nuit et de dire Bonne nuit)

***

se alejo -me alejé-
no por desprecio (claro es que nuestro orgullo es infernal)
sino porque una es extranjera
una es de otra parte,
ellos se casan,
procrean,
veranean,
tienen horarios,
no se asustan por la tenebrosa
ambigüedad del lenguaje
(no es lo mismo decir Buenas noches que decir Buenas noches)

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

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