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Poésie

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Maman ne cesse de rire… (Krishnakânt)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2021




    
Maman ne cesse de rire…

Maman ne connaît pas
Le nom du Premier ministre
Elle n’a jamais entendu parler
Du Gouverneur
Maman ne sait rien non plus
Du Commonwealth, de la 2G
Et des concessions de charbon
Elle ne sait pas lire
Pas même les gros titres des scandales
Imprimés dans les journaux
Il est également difficile de lui faire comprendre
Combien représente en réalité
La somme de plusieurs dizaines de milliards, en pièces de 50 centimes
Maman ne sait que ceci
Si un père maçon reçoit au travail
Un billet à l’effigie de Gandhi
Alors on obtient
250 grammes de gros sel
Deux kilos de pommes de terre
Deux morceaux de mélasse
Deux doses de médicament pour l’asthme
Et du tabac pour une semaine
Là-dessus elle peut encore économiser
Quelques piécettes
Maman sait très bien
Ce que signifie ne plus avoir de grain dans la jarre
Le docteur de la ville prend
Beaucoup, beaucoup de billets à l’effigie de Gandhi
C’est pourquoi elle ne parle jamais
De ses yeux troubles
Et ses poumons malades
Maman s’échine sans relâche avec le bétail
Et ne cesse jamais de rire.

(Krishnakânt)

 

Recueil: Pour une poignée de ciel Poèmes au nom des femmes dalit (Intouchable)
Traduction: Traduit du Hindi par Jiliane Cardey
Editions: Bruno Doucey

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Le bœuf, le cheval et l’âne (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Le bœuf, le cheval et l’âne

Un bœuf, un baudet, un cheval,
Se disputaient la préséance.
Un baudet ! Direz-vous, tant d’orgueil lui sied mal.
À qui l’orgueil sied-il ? Et qui de nous ne pense
Valoir ceux que le rang, les talents, la naissance,
Élèvent au-dessus de nous ?
Le bœuf, d’un ton modeste et doux,
Alléguait ses nombreux services,
Sa force, sa docilité ;
Le coursier sa valeur, ses nobles exercices ;
Et l’âne son utilité.
Prenons, dit le cheval, les hommes pour arbitres :
En voici venir trois, exposons-leur nos titres.
Si deux sont d’un avis, le procès est jugé.
Les trois hommes venus, notre bœuf est chargé
D’être le rapporteur ; il explique l’affaire,
Et demande le jugement.
Un des juges choisis, maquignon bas-normand,
Crie aussitôt : la chose est claire,
Le cheval a gagné. Non pas, mon cher confrère,
Dit le second jugeur, c’était un gros meunier,
L’âne doit marcher le premier ;
Tout autre avis serait d’une injustice extrême.
Oh que nenni, dit le troisième,
Fermier de sa paroisse et riche laboureur ;
Au bœuf appartient cet honneur.
Quoi ! Reprend le coursier écumant de colère ;
Votre avis n’est dicté que par votre intérêt !
Eh mais ! Dit le normand, par qui donc, s’il vous plaît ?
N’est-ce pas le code ordinaire ?

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Sur deux jambes maigres (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel

    

Sur deux jambes maigres
Chaussée de petits souliers usés
Je suis sortie de mon enfance
Sans pitance
Ni baiser
Ni titre
Comme qui aurait à se confronter à ses rêves
Le lendemain.
Avec ce talon
J’enfonce un clou
Derrière la porte
Sur lequel j’accroche
Les clefs de mes rêves
Comme qui aurait à se confronter à son Dieu
Le lendemain.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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Tout est là, dehors (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



 

Certains poèmes n’ont pas de titre
Ce titre n’a pas de poème

Tout est là, dehors.

(Kenneth White)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Arthur Hughes

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Retouche à l’impuissance (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


450pxronde_parachute

encore une mitraille d’idées
et le roman explose en plein vol

l’auteur saute en parachute
et n’écrit que des titres

(Daniel Boulanger)

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Attirance compulsive (Sarah Kéryna)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018




    
Attirance compulsive pour les bibliothèques.
Lectures intensives.
Je ne retiens jamais les titres.
Je ne pourrai jamais tout lire.
Si un livre était fait pour moi, que je ne l’ouvrais jamais ;
Si je passais à côté pour toujours ?

(Sarah Kéryna)

 

Recueil: rappel
Traduction:
Editions: Le Bleu du Ciel

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Petit poème sans titre (Marc Dugardin)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
petit poème sans titre

… ne pas l’arrêter pour «en saisir le sens»

l’enfourcher comme un cheval fou
comme le mouvement d’une flèche

être
— fulgurant —
la cible
et l’évanouissement de la cible

(Marc Dugardin)

 

Recueil: Quelqu’un a déjà creusé le puits
Traduction:
Editions: Rougerie

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Avalanche (Leonard Cohen)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2018




    
Avalanche

J’ai été pris dans une avalanche
elle a recouvert mon âme
Quand je ne serai plus bossu
je dormirai sous une colline dorée
Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre à me servir

Tu me heurtes par hasard
en allant chercher de l’or
Le boiteux que tu habilles et nourris
n’a ni faim ni froid
Il ne recherche pas de compagnie
pas au centre du monde

Quand j’étais sur ce piédestal
tu ne m’y avais pas hissé
Tes lois ne m’obligent pas
à m’agenouiller grotesque et nu
Je suis moi-même le piédestal
de cette bosse que tu regardes

Toi qui veux vaincre la douleur
tu dois apprendre ce qui m’adoucit
Les miettes d’amour que tu m’offres
sont les miettes que j’abandonne
Ta croix ne te donne aucun titre
ce n’est que l’ombre de ma blessure.

J’ai commencé à me languir de toi
moi qui n’ai aucun besoin
J’ai commencé à t’attendre
moi qui n’ai nul appétit
Tu dis que tu es loin de moi
mais je sens ton souffle quand tu respires

Ne t’habille pas pour moi de chiffons
je sais que tu n’es pas pauvre
Et ne m’aime pas avec tant de violence
quand tu sais ne pas être sûre
C’est ton monde bien-aimé
c’est ta chair que je porte.

***

Avalanche

Well I stepped into an avalanche,
it covered up my soul;
when I am not this hunchback that you see,
I sleep beneath the golden hill.
You who wish to conquer pain,
you must learn, learn to serve me well.

You strike my side by accident
as you go down for your gold.
The cripple here that you clothe and feed
is neither starved nor cold;
he does not ask for your company,
not at the centre, the centre of the world.

When I am on a pedestal,
you did not raise me there.
Your laws do not compel me
to kneel grotesque and bare.
I myself am the pedestal
for this ugly hump at which you stare.

You who wish to conquer pain,
you must learn what makes me kind;
the crumbs of love that you offer me,
they’re the crumbs I’ve left behind.
Your pain is no credential here,
it’s just the shadow, shadow of my wound.

I have begun to long for you,
I who have no greed;
I have begun to ask for you,
I who have no need.
You say you’ve gone away from me,
but I can feel you when you breathe.

Do not dress in those rags for me,
I know you are not poor;
you don’t love me quite so fiercely now
when you know that you are not sure,
it is your turn, beloved,
it is your flesh that I wear.

(Leonard Cohen)

 

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DANS L’ATTENTE DES BARBARES (Constantin Cavafis)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2015



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DANS L’ATTENTE DES BARBARES

—Qu’attendons-nous, rassemblés sur la place ?
—C’est aujourd’hui qu’arrivent les Barbares.
—Pourquoi, au Sénat, cette inertie ?
Que font les Sénateurs à ne pas légiférer ?
—C’est aujourd’hui qu’arrivent les Barbares.

Quelles lois passeraient les Sénateurs ?
Les Barbares, installés, les voteront.
— Pourquoi l’Empereur, levé si tôt,
trône-t-il en grande pompe
à la porte principale de la ville, couronne en tête ?
—C’est aujourd’hui qu’arrivent les Barbares.

L’Empereur s’apprête à recevoir leur chef ;
il lui a même préparé un parchemin
lui octroyant honneurs et titres.
— Pourquoi nos deux Consuls et nos prêteurs
arborent-ils toge pourpre et brodée ?
Pourquoi portent-ils bracelets d’améthyste
et bagues d’émeraude ?
Pourquoi brandissent-ils leurs cannes argent et or ?
— C’est aujourd’hui qu’arrivent les Barbares,

et ces objets-là éblouissent les Barbares.
— Pourquoi nos savants rhéteurs
rie déclament-ils pas leurs discours, comme d’habitude ?
— C’est aujourd’hui qu’arrivent les Barbares,

et ils n’aiment ni phrases ni discours.
— Pourquoi soudain ce désarroi, cette inquiétude ?
Comme ils sont graves, les visages !
Pourquoi les rues, les places, se vident-elles,
et que chacun rentre chez soi, pensif ?
— C’est que la nuit tombe déjà
et les Barbares ne sont pas venus.

Des hommes, arrivés de la frontière,
disent qu’il n’y a point de Barbares.
— Qu’allons-nous devenir sans les Barbares ?

C’était une solution, en un sens, ces gens-là.

(Constantin Cavafis)

Illustration

 

 

 

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