Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘docteur’

Oeillet (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Oeillet

Toute fleur est susceptible de culture,
disait le savant docteur Cocomber
à son élève le petit marquis de Florizelles,
un jour qu’ils se promenaient ensemble dans les champs,
à l’effet d’admirer le sublime spectacle de la nature.
On croyait beaucoup à la nature au dix-huitième siècle.

—Voyez, ajoutait Cocomber, cet oeillet que j’ai cueilli
ce matin dans le parterre du château,
il a commencé par être une petite fleur simple, sans conséquence,
indigne d’attirer l’attention d’un savant docteur comme moi;
maintenant je le mets à ma boutonnière, je m’en pare,
mon nez peut le respirer sans se compromettre.
Savez-vous pourquoi?
—Vraiment non, répondit Florizelles.
—Parce qu’un jardinier habile a pris cette fleur,
l’a cultivée avec soin, et en a fait une fleur de bonne compagnie,
brillante, agréable, offrant vingt aspects, ayant vingt physionomies différentes,
et tout cela grâce à l’éducation.
Que monsieur le marquis jette un coup d’oeil sur ce chardon.
—C’est fait, répondit le marquis.
—Comment trouvez-vous cette plante?
— Horrible.
Eh bien! je suis sûr qu’on parviendrait, avec du temps et de la patience,
à lui faire porter des fleurs plus belles et plus parfumées que la rose.
Retenez donc bien cette maxime, ajouta le gouverneur:
toute fleur est susceptible de culture.

Comme on entendit sonner la cloche du dîner,
le docteur Cocomber trouva qu’il avait fait suffisamment admirer le spectacle de la nature à son élève,
et ils prirent le chemin du château.

(J.J. Grandville)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chat blanc (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019



cartoon doodle illustration of kitten and mouse for coloring book

cartoon doodle illustration of kitten and mouse for coloring book

 

Le chat blanc

Un petit chat blanc
qui faisait semblant
d’avoir mal aux dents
disait en miaulant :
« Souris mon amie
j’ai bien du souci.
Le docteur m’a dit :
– Tu seras guéri
si entre tes dents
tu mets un moment,
délicatement,
la queue d’une souris ».
Très obligeamment
souris bonne enfant
s’approcha du chat
qui se la mangea.

Moralité :
Les bons sentiments
ont l’inconvénient
d’amener souvent
de graves ennuis
aux petits enfants
comme-z-aux souris.

(Claude Roy)

 

 

Posted in humour, méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Docteur Bombard (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2018




    
Je me souviens du docteur Bombard

(Georges Perec)

 

Recueil: Je me souviens
Traduction:
Editions: Hachette

Posted in poésie | Tagué: , , | Leave a Comment »

Le baiser du soir (Leopoldo Maria Panero)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2018



Illustration
    
Le baiser du soir

Père, je m’en vais :
je vais jouer dans la mort,
père, je m’en vais.
Dis adieu à ma mère,
éteins la lumière de ma chambre :
père, je m’en vais.

Dis à l’enfant qui rit là-bas,
je ne sais de quoi, peut-être de la vie,
mon nom, rien que mon nom
range bien mes jouets
l’ours avec l’ours, et range le chien
près de l’oiseau, quant au canard
laisse-le seul, le canard :
père, je m’en vais : je vais jouer avec la mort.
Il y avait une flamme, oui dans mes yeux,
d’avoir tant de nuits veillé,
et que personne n’avait su fermer
sinon moi ; pardonne-moi, père, s’il n’y avait
personne, à part moi : je m’en vais,
je m’en vais seul jouer avec la mort.

Père, je suis mort, déjà, et quelle obscurité
tout cela :
pas de lune, pas de soleil, pas de terre ici,
père, je suis mort.
Nous sommes les morts comme des malades
et le cimetière est l’hôpital
on y joue au docteur
drap blanc et bistouri
et des tombes comme autant de lits
pour rƒver : ils sont si blancs ces os
père si blancs : comme rêver.

Les autres disent, les plus morts d’entre nous,
ceux qui passent un temps fou
à se venger ici de Dieu,
que le Diable viendra, le bon Diable,
qu’il viendra le Diable avec plus de fleurs
que personne n’en peut porter.
Père, je suis mort, je ne suis pas seul
père, je suis mort, j’ai des amis
avec qui jouer.

Mère, ces baisers que tu reviens
me donner dans la tombe
me réveillent, me donnent froid
j’ai été vivant, je l’ai su
maintenant
laisse-moi oublier.

Père, je suis mort, et la tombe
est un berceau bien meilleur
père, il n’y a personne, je suis seul
père, si un jour à nouveau
je retourne parmi vous, père si à nouveau je vis
j’ignore de quoi je pourrais rêver.

(Leopoldo Maria Panero)

 

Recueil: Bonne nouvelle du désastre et autres poèmes
Traduction: Victor Martinezet Cédric Démangeot
Editions: Fissile

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Buzzelli (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018


 


Buzzelli   opera

 

Buzzelli

Buzzelli dessinait des démons
et des violoncelles.
Des entités
nocturnes
que nos maîtres
ont connues.
Des oiseaux de plastique
qui laissaient leur odeur
sur
l’immense
vide
de nos fenêtres.
Buzzelli recherchait ses membres
chez des docteurs
offusqués.
Buzzelli et Charlie
mon enfance
et la tendresse…
encadrée.

(Balbino)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Zut je m’ suis trompé (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration
    
Zut je m’ suis trompé

1
À Marseille sur les quais
Certain matin mon grand-père
Acheta un perroquet
Dont la mine était prospère.
Il lui apprit le langage
Et l’oiseau répétait, c’était tout son bagage

Refrain
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept
Neuf, zut! je me suis trompé!
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept
Neuf, zut! je me suis trompé
Je m’en vais recommencer
Un deux trois
Un deux trois quatre cinq six sept
Neuf zut zut et zut je me suis trompé
Trompé!

2
Mais sur l’ordre du docteur
Mon grand’père apoplectique
Me donna cet orateur
Ce bel oiseau des tropiques.
Rentré à mon domicile
J’écoutais tout le jour l’animal imbécile.

3
Je l’ donnai au percepteur
Qui l’ donna à sa concierge
Mais sa concierge en fureur
Le vendit dans une auberge
Et l’auberge fit faillite
À cause de l’oiseau à la voix laryngite.

4
Je n’ sais c’ qu’il est devenu
On m’a dit qu’en Amérique
Un chasseur l’a reconnu
Sur un arbre rachitique
Des forêts c’est la coqu’luche
Il est roi et apprend cette phrase aux perruches.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le docteur et le saint (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



 

Le docteur et le saint
Sont chiffonniers qui vont à la lanterne
Avec une hotte et un crochet

Le Poète se promène en plein midi

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: René Baumer

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jours (Philip Larkin)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2016



Jours

A quoi servent les jours?
Les jours sont là où vivre.
Ils viennent, ils nous réveillent
A longueur de temps.
Ils sont là pour y être heureux :
Où vivrait-on hors les jours ?

Ah! Résoudre cette question
Fait venir le prêtre et le docteur
Dans leurs longs manteaux
A toute allure à travers champs.

***

What are days for?
Days are where we live.
They come, they wake us
Time and time over.
They are to be happy in:
Where can we live but days?

Ah, solving that question
Brings the priest and the doctor
In their long coats
Running over the fields.

(Philip Larkin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Edvard Munch

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le chat qui ne ressemble à rien (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2015



Le chat qui ne ressemble à rien
Aujourd’hui ne va pas très bien.
Il va visiter le Docteur
qui lui ausculte le cœur.

Votre cœur ne va pas bien
Il ne ressemble à rien,
Il n’a pas son pareil
De Paris à Créteil.

Il va visiter sa demoiselle
Qui lui regarde la cervelle.
Votre cervelle ne va pas bien
Elle ne ressemble à rien,

Elle n’a pas son contraire
À la surface de la terre.
Voilà pourquoi le chat qui ne ressemble à rien
Est triste aujourd’hui et ne va pas bien.

(Robert Desnos)


Illustration: Fabienne Contat

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 5 Comments »

Chicago (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2015



chaise-electrique-2 

Chicago
Les tramways font un bruit de pâte à beignets
quand on la met dans l’huile.

Dans la prairie il y a un cow-boy:
Il crève les étoiles à coups de revolver
pour éterniser la naissance de son fils.

Caché derrière un caroubier il dort
le pirate de la savane oublié dans un roman de Gustave Aimard.

Dans la prison de Chicago il y a un assassin poitrinaire
par trois dames aux mains blanches aux yeux d’émail
par un docteur aux lunettes d’écaille
par un clergyman rasé au rasoir star soigné

Courage! ont dit les trois dames aux mains blanches
Courage ! avait dit le docteur à lunettes d’écaille
Demain il pourra se lever
Courage a répété le clergyman rasé au rasoir star
Demain il pourra se lever
et quand il pourra se lever
on l’emmènera se faire électrocuter.

(Robert Desnos)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :