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Posts Tagged ‘lampe’

Fuyant le ciel (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017




Fuyant le ciel

Fuyant le ciel, effrayé de la terre,
tu peignais un soleil fragile
un rameau d’if sur fond de soie.

Tu nommais les veines du bois
les cristaux de neige, la pluie.
Un insecte venait parfois
mourir sous ta lampe la nuit.

Tu nommais les oiseaux, les fleurs,
chaque fruit d’un nom nouveau,
les poissons – tes frères – l’eau,

croyant que nommer donne un gage,
qu’un mot pur vaut une clef,
que la porte du passage
céderait sous ta poussée,

céderait vers quel mirage!

(Jean Joubert)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Quand tu te dressas (Pierre Rodel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Jimmy Lawlor
    
I
Orgueil

Quand tu te dressas, nue, au milieu de la chambre,
La lampe eut un regard jaloux pour ta clarté,
La flamme fut plus vive en l’âtre de décembre,
Le miroir se pencha pour te mieux refléter…

Les vieux meubles, de voir ta gorge qui se cambre,
Eurent un cri de joie et de lubricité,
L’Ombre, à longs traits huma ta chair aux senteurs d’ambre.
Et le silence eut un frisson de volupté…

Et toi, tu souriais… et tes lèvres décloses
Semblaient remercier l’âme éparse des choses
Du murmure flatteur, de l’hommage rendu…

Et tes yeux, tes grands yeux de mystère et d’abîme,
Ne daignaient s’abaisser sur cette chose infime :
Ton amant, qui râlait à tes pieds — éperdu !…

II
Clartés dans l’Ombre

La Nuit s’est assoupie en la chambre qui doit…
Dans l’Ombre, une pâleur: et c’est ton front de rêve…
La lueur de deux diamants — soudaine et brève —
Et c’est un vif regard de tes yeux striés d’or…

Un soleil qui flamboie : et c’est ta chevelure…
Un clair de lune qui sourit : ce sont tes dents…
La brûlante clarté de deux charbons ardents,
C’est ta bouche entr’ouverte ainsi qu’une blessure.

Un feu de deux rubis jumeaux — fiers suzerains
Arrogants — et ce sont les pointes de tes seins;
Mais une aube, émouvante, idéale et sereine,
Et c’est ta nudité se dressant — surhumaine!

Et la Nuit, s’enfuyant, jette un long cri de haine.

III
Impiété

L’Ombre crépusculaire étend ses larges ailes
D’où tombe, par instant, une larme de nuit…
C’est la mort des clartés, et c’est l’exil du bruit,
C’est l’éveil, dans le soir, de formes irréelles…

C’est l’éveil des regrets fanés et des remords
Qui sous le soleil clair ont dormi sans secousses;
Et c’est réclusion de remembrances douces,
De bonheurs oubliés et que l’on croyait morts…

Il plane une douceur de piété dans l’air…
Amie, recueillons-nous… laissons parler nos Ames;
Entendons leurs sanglots, leurs aveux ou leurs blâmes,
Etouffons seulement la voix de notre chair…

[…]

Quand nos âmes seront lasses, très abattues.
Sans que je puisse voir que tu quittes mon bras.
Bien doucement, à pas feutrés, tu l’en iras,
Quand nos âmes enfin lasses se seront tues…

Tu t’en iras, dans le silence de l’alcôve
Secouer la torpeur de ton recueillement,
Pour te dresser, superbe inoubliablement,
Dans le triomphe d’or de ta nudité fauve…
Et l’Ombre frémira, luxurieusement !…

(Pierre Rodel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Ainsi nous les saluons ensemble (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017



Aubépine de Glastonbury  [800x600]

Hommage aux anges
[17]

Ainsi nous les saluons ensemble,
l’un en contraste à l’autre,

deux des sept Esprits,
installés devant Dieu

tels des lampes sur le grand-autel,
car l’un doit inexorablement

prendre son feu à l’autre
comme le printemps à l’hiver,

et sûrement jamais, jamais
un printemps ne fut aussi abondant

que celui-là ; jamais, jamais
une saison ne fut aussi étonnante,

plus riche en feuille et couleur ;
dis-moi, dans quel autre endroit

trouveras-tu le murier qui fleurit
en mai et rose-pourpre ?

dis-moi, dans quelle autre ville
trouveras-tu l’aubépine de mai

si délicate, vert-blanc, opalescente
comme notre joyau dans le creuset ?

***

So we hail them together,
one to contrast the other,

two of the seven Spirits,
set before God

as lamps on the high-altar,
for one must inexorably

take fire from the other
as spring from winter,

and surely never, never
was a spring more bountiful

than this; never, never
was a season more beautiful,

richer in leaf and colour;
tell me, in what other place

will you find the may flowering
mulberry and rose-purple?

tell me, in what other city
will you find the may-tree

so delicate, green-white, opalescent
like our jewel in the crucible?

(Hilda Doolittle)

 Illustration

 

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IMPOSSIBLE ESSOR (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



 

IMPOSSIBLE ESSOR

Vers une pureté
Impossible et secrète,
J’ai beau chercher ma route
Dans un désert d’orgueil.
La terre me retient
Par ses boues, par ses lampes,
Par ses femmes trop lourdes,
Et fracasse mon vol.
Quand je m’élance en vain
Sur ces routes sans ombre,
La fraîcheur d’une voix,
L’humide d’un regard,
M’enlèvent tout espoir.
Je redeviens les autres
Tout parqués dans le soir,
Soliloque bétail…
Ah! seins et lèvres moites,
Vous ne saurez jamais
Ce que vous m’avez fait,
Pièges de la douceur.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Arthur Hughes

 

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La jeune fille (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2017



La jeune fille

Un soir fleurit soudain la beauté d’une épaule
et d’un visage et d’un regard battu de cils,
auprès du feu, dans une auberge de village
où sommeille un chien noir sur les carreaux de sang.

L’enfant plie sa fatigue et soulève la lampe
sans rien savoir du miracle qui l’a choisie
dans le couloir peuplé de manteaux vides
que ne tourmente pas l’absence du témoin.

Le miroir est cerné de plaies. L’orage
agite aux vitres ses lambeaux de soufre
tandis qu’au loin dans la nuit des alpages
des ombres frottent sur les roches leurs échines.

Et la beauté s’efface inaperçue
de ces vieillards qui pèsent grain et paille
mais on oublie de remonter l’horloge
dont la main de cuivre à l’aube se figera.

(Jean Joubert)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrole

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La dame noire (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2017



Le souvenir est maison de miroirs
La dame noire
y promène des lampes

(Jean Joubert)

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La lampe à l’inverse de la nuit (Jack Keguenne)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



la lampe à l’inverse de la nuit
cicatrice béante
sédimenter un repos

(Jack Keguenne)

 

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Femme (Savannah Savary)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



Alexander Maranov (4) 

Femme

Femme du tréfonds des univers
femme coulée d’argile et d’or
femme cadeau de l’enfer
femme trophée de guerre
femme souveraine des hommes
femme entrailles d’abondance
au visage de ma mère
au visage de ma soeur
au visage de l’inconnue
le verdict entaché de larmes éternelles
lavant draps oreillers et matelas
de la matrice à la tombe
dis-moi pourquoi tes tripes logent
l’amertume le pardon le remords
l’acceptation la révolte la colère
sous les côtes de l’autre
le mâle endimanché
de son glaive de son poing
de son fusil de son discours
gouffre qui te fascine
en un souffle rauque
sous la dureté du ventre
douce femelle sans saison
ta renaissance viendra de l’obscurité
en éclats de lumière inespérée
car tes os poussiéreux
sont pureté de diamant
l’éternité sous des décombres.

(Savannah Savary)

Illustration: Alexander Maranov

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Il y a une désunion semblable à l’union (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2017



    

Il y a une désunion semblable à l’union qui est bonheur.
Par la mort du corps s’éclaire la lampe du cœur
Du rire de l’éclair le nuage se met en pleurs
Et quand le nuage pleure, le jardin se met à rire

(Mawlana Rûmî)

 

 

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SIMPLE VIE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

SIMPLE VIE

C’est du soir en fruit,
De la nuit en grappe
Et le pain qui luit
Au clair de la nappe.

C’est la bonne lampe
Qui met, sur les fronts
Rapprochés en rond
Sa joie de décembre.

C’est la vie très simple
Qui mange en sabots,
C’est la vie des humbles :
Sourire et repos.

(Maurice Carême)

Illustration: Louis Le Nain

 

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