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Poésie

Posts Tagged ‘souvent’

LA NUIT DERNIÈRE (Wei Zhuang)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration: Chai Qiu Nong
    
LA NUIT DERNIÈRE

La nuit dernière,
dans mon rêve
je l’ai vue clairement
sur l’oreiller.
Longtemps nous avons chuchoté.
Son visage toujours frais
comme une fleur de pêcher,
souvent elle baissait les paupières
pareilles aux feuilles de saules.
Moitié timide, moitié gaie,
prête à partir, elle s’attardait.
En me réveillant, j’ai su
que ce n’était qu’un rêve.
Une tristesse infinie
a inondé mon coeur.

(Wei Zhuang)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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Souvent quand il avançait (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2021




    

souvent
quand il avançait
à tâtons dans sa nuit
il a douté s’est révolté
a voulu remonter
vers la vieille lumière

mais une force le tenait
qui lui enjoignait
de poursuivre
de s’aventurer
une fois de plus
une fois encore
au plus épais
de sa ténèbre

un jour
au comble de la détresse
vidé de toute force
acculé à reconnaître
que l’inaccessible se refusait
il admit qu’il lui fallait
renoncer

*

à sa vive surprise
sans qu’il eût
à progresser d’un seul pas
il franchit le seuil
déboucha dans la lumière

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Souffle (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Danielle Decollonge
    

Souffle

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre
Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,
Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.
Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.

Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

(Birago Diop)

Site

 

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Comme un noyau (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2020




Assez souvent il se voit
Tangent à quelque chose

D’important
Mais d’inavouable,

Comme un noyau
Qui pourrait éclater.

(Guillevic)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

 

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Comme une feuille (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2020



Il se vivait assez souvent
Comme une feuille,

Tombé lui aussi
De l’arbre.

(Guillevic)

Illustration

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Et l’hirondelle ? (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2020




    

Et l’hirondelle ?

Elle va, vient, tourne, revient,
Bec ouvert sans doute,
A la recherche de sa proie,

Crie parfois,
Se repose peu.

Le pigeon s’agite moins,
Reste souvent immobile sur une branche,

Attendant que monte en lui
Le roucoulement.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Art poétique précédé de Paroi et suivi de Le Chant
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES BOTTINES (Alphonse Daudet)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2020




    
LES BOTTINES.

…Ce bruit charmant des talons qui
résonnent sur le parquet : clic ! clac ! est
le plus joli thème pour un rondeau.

GŒTHE, Wilhelm Meister.

I.

Moitié chevreau, moitié satin,
Quand elles courent par la chambre,
Clic ! clac !
Il faut voir de quel air mutin
Leur fine semelle se cambre.
Clic ! Clac !

Sous de minces boucles d’argent,
Toujours trottant, jamais oisives,
Clic ! clac !
Elles ont l’air intelligent
De deux petites souris vives.
Clic ! clac !

Elles ont le marcher d’un roi,
Les élégances d’un Clitandre,
Clic ! clac !
Par là-dessus, je ne sais quoi
De fou, de railleur et de tendre.
Clic ! clac !

II.

En hiver au coin d’un bon feu,
Quand le sarment pétille et flambe,
Clic ! clac !
Elles aiment à rire un peu,
En laissant voir un bout de jambe.
Clic ! clac !

Mais quoique assez lestes, – au fond,
Elles ne sont pas libertines,
Clic ! clac !
Et ne feraient pas ce que font
La plupart des autres bottines.
Clic ! clac !

Jamais on ne nous trouvera,
Dansant des polkas buissonnières,
Clic ! clac !
Au bal masqué de l’Opéra,
Ou dans le casino d’Asnières.
Clic ! clac !

C’est tout au plus si nous allons,
Deux fois par mois, avec décence,
Clic ! clac !
Nous trémousser dans les salons
Des bottines de connaissance.
Clic ! clac !

Puis quand nous avons bien trotté,
Le soir nous faisons nos prières,
Clic ! clac !
Avec toute la gravité
De deux petites sœurs tourières.
Clic ! clac !

III.

Maintenant, dire où j’ai connu
Ces merveilles de miniature,
Clic ! clac !
Le premier chroniqueur venu
Vous en contera l’aventure.
Clic ! clac !

Je vous avouerai cependant
Que souventes fois il m’arrive,
Clic ! clac !
De verser, en les regardant,
Une grosse larme furtive.
Clic ! clac !

Je songe que tout doit finir,
Même un poème d’humoriste,
Clic ! clac !
Et qu’un jour prochain peut venir
Où je serai bien seul, bien triste,
Clic ! clac !

Lorsque, – pour une fois,
Mes oiseaux prenant leur volée,
Clic ! clac !
De loin, sur l’escalier de bois,
J’entendrai, l’âme désolée :
Clic ! clac !

(Alphonse Daudet)

 

Recueil: Les amoureuses
Traduction:
Editions:

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ÉLÉGIE EN BORD DE MER (Corin Bianu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020



Illustration: Oscar Bento
    
ELÉGIE EN BORD DE MER

Combien souvent le flot n’a-t-il pas inondé la plage
et n’a-t-il demandé après toi.
Dans ses yeux brillait l’éclat
et cette élégance naturelle
qui n’appartient qu’à toi.
Du coup j’étais persuadé
que vous étiez frère et sœur.

Les marées
arrivent de manière régulière
et reviennent sans cesse,
mais toi tu ne reviendras jamais plus.

***

ELEGIE LA MARGINEA MĂRII

De câte ori mareea uda țărmul,
Întreba de tine.
Avea aceeași limpezime în ochi
Și aceași grație netrucată,
Ca tine,
Încât se vedea cu certitudine,
Că sunteți rude.

Mareea
A venit dintotdeauna cu regularitate,
Și continuă încă să vină.
Tu n-ai mai venit

***

ELEGIA À BEIRA MAR

Quantas vezes a onda gigante
inundou a praia e me perguntou por ti?
Nos seus olhos brilhou o esplendor
e esta persistente elegância
que é tão peculiar em ti.
Imediatamente percebi
que sois irmãos.

As marés
sucedem-se regularmente
e voltam sempre.
Mas tu não regressas nunca.

***

ELEGÍA EN LA ORILLA DEL MAR

¿Con qué frecuencia el maremoto inundó la playa
preguntándome por ti?
En sus ojos brillaba el resplandor
y esa persistente elegancia
tan peculiar en ti.
Al instante me di cuenta,
que eran hermanos.

Las mareas
se suceden regularmente,
y siguen regresando.
Pero tú nunca regresas.

***

***

ELEGY ON THE SEASHORE

How often did the tidal wave flood the beach?
Asking me about you,
In its eyes shone the glittering
and that persistent elegance
that is peculiar to you.
Immediately, I realized
that you and her were siblings.

Tides
come and go regularly
and keep recurring
but you never will.

***

***

***

ELEGIE AAN DE OEVER VAN DE ZEE

Hoe vaak heeft de vloedgolf het strand niet overgoten
en heeft ze mij naar jou gevraagd.
In haar ogen straalde de glans
en die natuurlijke elegantie
die jou zo eigen is.
Ik was er meteen van overtuigd,
dat jullie broers en zussen waren.

Getijden
komen regelmatig voor,
en ze blijven terugkomen.
Maar jij komt nooit meer terug.

***

ELEGIE AM MEERESUFER

Wie oft begoss die Flutwelle den Strand
und fragte mich nach dir.
In ihren Augen leuchtete der Glanz
und diese unverstellte Eleganz
die dir so eigen ist.
Mir war sofort gewiss,
dass ihr Geschwister wart.

Gezeiten
treten regelmäßig ein,
und kommen immer wieder.
Doch du kehrst nie zurück.

***

***

ELEGIA DELLA COSTA

Quanto spesso la marea invade la spiaggia?
Chiedimi di te.
In quegl’occhi brillavano scintille
e quella persistente eleganza
per te così insolita.
All’improvviso ho compreso,
che siete fratelli.

Le maree
accadono con regolarità,
e ogni volta ritornano.
Ma tu mai fai ritorno.

(Corin Bianu)

 

Recueil: ITHACA 600
Traduction: Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache
Editions: POINT

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La nuit sait tant de choses (Jóhann Sigurjónsson)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2020



Illustration
    
La nuit sait tant de choses,
— mon esprit s’alourdit.
Souvent, j’ai vu les sables noirs
consumer les vertes prairies.
Dans le glacier grondent des failles
plus profondes que la mort.

(Jóhann Sigurjónsson)

 

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