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Poésie

Posts Tagged ‘continu’

À perte de coeur (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2020



À perte de coeur

les folies sont des états de grâce

tu émanes
tu irradies
comme un meneur de lune
ton monde n’a pas changé
mais il vibre autrement
cadencé par le silence et l’amour
ouvrant d’autres traces
d’autres gisements
un saisissement en continu
qui se diffuse à travers tes os
la folle folie d’aimer
à perte de coeur

Toutes les folies sont des états de grâce

(Zéno Bianu)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Anne-Louis Girodet

 

 

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RYTHMES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2020




    
RYTHMES

Tout débuta
Dans l’arythmie
Le chaos

Des vents erratiques
S’emparaient de l’univers
L’intempérie régna

L’indéchiffrable détonation
Fut notre prologue

Tout fut
Débâcle et dispersion
Turbulences et gaspillage
Avant que le rythme
Ne prenne possession
De l’espace

Suivirent de vastes accords
D’indéfectibles liaisons
Des notes s’arrimèrent
Au tissu du rien
Des courroies invisibles
Liaient astres et planètes

Du fond des eaux
Surgissaient
Les remous de la vie

Dans la pavane
Des univers
Se prenant pour le noyau
La Vie
Se rythma
Se nuança

De leitmotiv
En parade
De reprise
En plain-chant

La Vie devint ritournelle
Fugue Impromptu
Refrain
Se fit dissonance
Mélodie Brisure
Se fit battement
Cadence Mesure

Et se mira
Dans le destin

Impie et sacrilège
L’oiseau s’affranchissait
Des liens de la terre

Libre d’allégeance
Il s’éleva
Au-dessus des créatures
Assujetties aux sols
Et à leurs tyrannies

S’unissant
Aux jeux fondateurs
Des nuages et du vent
L’oiseau s’allia à l’espace
S’accoupla à l’étendue
S’emboîta dans la distance
Se relia à l’immensité
Se noua à l’infini

Tandis que lié au temps
Et aux choses
Enfanté sur un sol
Aux racines multiples
L’homme naquit tributaire
D’un passé indélébile

Le lieu prit possession
De sa chair
De son souffle
Les stigmates de l’histoire
Tatouèrent sa mémoire
Et sa peau

Venu on ne sait d’où
Traversant les millénaires
L’homme se trouva captif
Des vestiges d’un monde
Aux masques étranges
Et menaçants

Il s’en arrachait parfois
Grâce aux sons et aux mots
Aux gestes et à l’image
À leurs pistes éloquentes
À leur sens continu

Pour mieux tenir debout
L’homme inventa la fable
Se vêtit de légendes
Peupla le ciel d’idoles
Multiplia ses panthéons
Cumula ses utopies

Se voulant éternel
Il fixa son oreille
Sur la coquille du monde
À l’écoute
D’une voix souterraine
Qui l’escorte le guide
Et l’agrandit

Alors
De nuits en nuits
Et d’aubes en aubes
Tantôt le jour s’éclaire
Tantôt le jour moisit

Faiseur d’images
Le souffle veille

De pesanteur
Le corps fléchit

Toute vie
Amorça
Le mystère
Tout mystère
Se voila
De ténèbres
Toute ténèbre
Se chargea
D’espérance
Toute espérance
Fut soumise
À la Vie

L’esprit cheminait
Sans se tarir
Le corps s’incarnait
Pour mûrir
L’esprit se libérait
Sans périr
Le corps se décharnait
Pour mourir

Parfois l’existence ravivait
L’aiguillon du désir
Ou bien l’enfouissait
Au creux des eaux stagnantes

Parfois elle rameutait
L’essor
D’autres fois elle piétinait
L’élan

Souvent l’existence patrouillait
Sur les chemins du vide
Ou bien se rachetait
Par l’embrasement du coeur

Face au rude
Mais salutaire
Affrontement
De la mort unanime
L’homme sacra
Son séjour éphémère
Pour y planter
Le blé d’avenir.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Hommage à la Vie (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2020




    
Hommage à la Vie

C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un coeur continu,
Et d’avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme sur une pomme
Dans un petit jardin,
D’avoir aimé la terre,
La lune et le soleil,
Comme des familiers
Qui n’ont pas leurs pareils,
Et d’avoir confié
Le monde à sa mémoire
Comme un clair cavalier
A sa monture noire,
D’avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d’errants continents,
Et d’avoir atteint l’âme
A petit coups de rame
Pour ne l’effaroucher
D’une brusque approchée.
C’est beau d’avoir connu
L’ombre sous le feuillage
Et d’avoir senti l’âge
Ramper sur le corps nu,
Accompagné la peine
Du sang noir dans nos veines
Et doré son silence
De l’étoile Patience,
Et d’avoir tous ces mots
Qui bougent dans la tête,
De choisir les moins beaux
Pour leur faire un peu fête,
D’avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée,
De l’avoir enfermée
Dans cette poésie.

(Jules Supervielle)

 

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L’EAU DISCRÈTE (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020



Illustration: Pascal Baudot
    
L’EAU DISCRÈTE

Une eau glacée qui coule On l’entend sans la voir
(La pensée de l’été qui chantonne sous l’herbe)
Les toutes petites abeilles noires leur bourdon continu
(Le rêve que le soleil fait à bouche fermée)

À onze heures en août le monde est transparent
Il sera brûlant après la méridienne
Une très modeste éternité baigne de clarté vive
l’eau qui court les abeilles le soleil triomphant

Une éphémère éternité qui nous habite toi et moi
Elle fondra dans le jour comme le sucre dans l’eau
comme le temps dans le temps

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Vous et moi (Alan Watts)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2019




    
Vous et moi
sommes tous aussi continus avec l’Univers
qu’une onde avec l’océan.

(Alan Watts)

 

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LE poème continu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
LE poème continu,
l’écriture continue,
le texte qui jamais ne s’achève
et ne s’interrompt jamais,
le texte qui équivaut à être.

La vie se convertit
en une forme d’écriture
et chaque chose est une lettre,
un signe de ponctuation,
l’inflexion d’une phrase.

Métabolisme inaugural
d’une philologie
qui a découvert un nouveau verbe :
le verbe toujours.

La poésie s’écrit toujours,
vivre se vit toujours,
quelque chose s’éveille toujours :
poème-toujours.

L’être est écriture.

Et une parole est suffisante
pour toute l’action :
toujours.
L’autre verbe,
jamais,
n’est que son ombre.

***

EL poema continuo,
la escritura continua,
el texto que nunca se termina
y nunca se interrumpe,
el texto equivalente a ser.

La vida se convierte
en una forma de escritura
y cada cosa es una letra,
un signo de puntuación ,
la inflexión de una frase.

Inaugural metabolismo
de una filología
que ha descubierto un nuevo verbo:
el verbo siempre.

La poesía se escribe siempre,
vivir se vive siempre,
algo despierta siempre:
poema-siempre.

El ser es escritura.

Y una palabra es suficiente
para toda la acción :
siempre.
El otro verbo,
nunca,
es tan sólo su sombra.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Pas un silence (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


pas un jour sans ton nom continu.
pas une larme sans ton nom.
pas une vie sans ton nom.
il ne cesse d’être.
multiple comme un recueil de contes.
pas une minute sans ton nom.
pas un pas. pas une nuit. pas un silence.

(Lionel Ray)

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J’avais cessé de nommer (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Illustration: Vincent Van Gogh
    
J’avais cessé de nommer.
J’étais le lieu seulement comme d’une avancée végétale.

La proie d’un moutonnement vert, argenté sur ses crêtes par les jeunes feuilles,
et qui venait à moi, en marche vers moi.

Il n’y avait colline ni pente ni prairie ni bocage.
Une masse fluide coulait vers moi, m’immergeant lentement.

La fine pluie qui se déplaçait en nuages bas, de l’est,
en abolissant tout recul de quelque importance, en noyant les confins, même proches,
rendait d’autant plus immédiat et instant ce qui m’entourait.

La tiédeur humide de l’air accusait encore la continuité, le continu, mettait tout en contact.
Une lumière irréelle, opaline et dorée, baignait, c’est bien le mot, toutes choses.

Je fus un temps sous l’effet de cette instance en marche, sans nommer, ni presque percevoir.
En proie seulement. Envahi. Bienheureux. Délivré.
N’étant pas plus, mais cela.
Et de la sorte venant moi-même à moi comme du dehors, me rejoignant peu à peu.

Quand ce fut fini, quand j’eus en quelque sorte regagné mes limites, mes fonds,
quand de nouveau je me reconnus, je reconnus aussi ce qui était venu… et qui s’était évanoui.

(Roger Munier)

 

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En descendant l’escalier d’une maison (Arthur Bidegain)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



 

en descendant l’escalier d’une maison
de pierre
j’ai entendu sourdre du sous-sol
l’ancien
le continu
l’avenir
et j’étais
en suspens
les lèvres étaient immenses

(Arthur Bidegain)

Illustration: Escher

 

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REPOS (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2018




    
REPOS

Les fleurs quand j’étais
fatigué me procuraient
du silence pour me reposer.
Tellement, qu’il ne leur échappait
un son jusqu’au matin.

Et même à l’univers
avec ses étoiles flottantes
le silence avait
(phénomène rare)
clos les lèvres.

Et ma mère retira
sa voix qui est,
même à présent que j’ai vieilli,
une musique douce
et continue :

« Dors, mon enfant « .

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: LA MYTHOLOGIE DES FLEURS
Traduction: N. Lygeros
Editions:

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