Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘s’emboîter’

Aubade orientale (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
Aubade orientale

Ce lit n’est-il pas comme un rivage,
une bande littorale où nous sommes couchés ?
Rien n’est sûr comme la saillie de tes seins
qui émergent du vertige de mes sens.

Car cette nuit où tant de cris retentirent
— bêtes qui s’appellent et se déchirent —
ne nous est-elle pas atrocement étrangère ?
et ce qui dehors se lève, qu’on nomme le jour,
nous est-il donc plus accessible qu’elle ?

On devrait pouvoir s’enfouir
l’un dans l’autre s’emboîter
tels les pistils et les étamines;
à tel point partout grandit
et se jette contre nous la démesure.

Mais pendant qu’on se serre l’un dans l’autre
pour ne pas voir le péril tout autour
elle peut jaillir de toi ou de moi
car nos âmes vivent de trahir.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

ANTOINETTE ET MOI (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



ANTOINETTE ET MOI

Antoinette et moi
On va dans les bois.
On connaît un coin
Où n’y a qu’des lapins.

Antoinette et moi
On va dans les bois.
C’est à qui des deux
Grandira le mieux.

Quand on sera grand
On s’ra des amants
On s’embrassera
Comme Elise et Nicolas.

Mais il faut pousser
Pour bien s’emboîter
Et pas avoir peur
De perdre sa pudeur.

On s’ra des amants
Des bouches, des bras
Des regards flambants
Des et cætera.

Mais il faut grandir
On est trop petits
C’est comme un navire
Qui s’rait pas bâti.

Antoinette et moi
On va dans les bois
Pour grandir ensemble
Un peu chaque fois.

Elle me tire les jambes
Je lui tire les bras
Elle me tire la langue
Je lui tire les doigts

A force de tirer
De nous faire craquer
On doit bien gagner
Un peu d’chaque côté.

Parfois on s’met nus
Quand y’a du soleil,
Ça frappe la vue
Qu’on n’est pas pareils.

Mais on est bien fait
Pour se délecter:
Sa peau c’est du lait
Et moi j’suis du thé.

Et quand on s’endort
Tous les deux comme ça
Je sens très très fort
Que je n’mourrai pas.

(René de Obaldia)

Illustration: Joane Michaud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Ça s’emboîte (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



homme-femme

Ça s’emboîte

Parce que l’homme seul est un pantin, un crétin à ficelles.
Parce que l’homme délaissé est une blatte shakespearienne.
Parce que l’homme et la femme, ça s’emboîte si simplement, si facilement.
Parce que la femme et l’homme, ça ne se rencontre jamais.

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »