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Poésie

Posts Tagged ‘nuage’

L’arbre (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2022



L’arbre

L’arbre de Simone pousse ses branches vers le ciel
et ses racines vers le centre de la terre.
Il y a des années qu’il en est ainsi.
Si bien que les feuilles bruissent au milieu des nuages
et les racines rôtissent au feu qui est sous la terre.
Simone tourne le dos, elle ignore son arbre.
Simone est morte ce matin.

(Paul Nougé)

Illustration: Carmen Meyer

 

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Dormeuses (Paul Nougé)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2022



MarcChagall_1933

Dormeuses

Les princesses du sommeil
s’étendent sur les nuages
et s’enfoncent à la nage
dans l’écule du soleil

(Paul Nougé)

Illustration: Marc Chagall

 

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SES YEUX (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2022


 

SES YEUX

Ses yeux où se blottit comme un rêve frileux,
Ses grands yeux ont séduit mon âme émerveillée;
D’un bleu d’ancien pastel, d’un bleu de fleur mouillée,
Ils semblent regarder de loin, ses grands yeux bleus.

Ils sont grands comme un ciel tourmenté que parsème
— Par les couchants d’automne et les tragiques soirs —
Tout un vol douloureux de longs nuages noirs;
Grands comme un ciel, toujours mouvant, toujours le même !

Et cependant des yeux, j’en connais de plus beaux
Qui voudraient sur mes pas promener leurs flambeaux,
Mais leur éclat répugne à ma mélancolie.

Les uns ont la chaleur d’un ciel oriental,
D’autres le mol azur des lointains d’Italie,
Mais les siens me sont chers ainsi qu’un ciel natal.

(Georges Rodenbach)

Illustration: Mandy Tsung

 

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Lointaine, la beauté fine (Marc-Henri Arfeux)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022



Illustration
    
Lointaine, la beauté fine

Lointaine, la beauté fine est ascension,
Roseraie de neige
Formant une maison claire
Sur la fumée du bleu.
Le monde ainsi donné
Rejoint l’enfant de son visage
En un matin,
Et ton regard ouvre les passes
Au plus léger de la lumière.
Le jour alors te reconnaît.
La buée rouge des fleurs,
Un chant, qui tout le jour
Accompagne mes yeux,
Tandis que je traverse,
Avec la brise et l’alouette,
Ce monde abandonné.

Où vont les herbes et les nuages,
Les écheveaux de la lumière,
Le papillon d’après-midi devant la lune,
Et ma figure, baignée de tant de paysages
Versant leurs heures,
De proche en proche vers le plus seul?

Ni moi, ni mon cheval ne le savons.
Dormir d’un seul éclat,
Les yeux ouverts
Au seuil des grands parfums d’étoiles.
Se souvenir de la fascination
De la pivoine
Follement donnée
Aux mains de transparence qui peuplent l’air,
En ce jardin de mai où traverser était un geste d’aube,
Puis s’éveiller
Dans le sourire de la lenteur
Sans fin recommencée
Par les allées d’automne
Où les pétales jamais défaits
Rassemblent un avenir
Ganté d’abeilles et de pollen.

Les yeux, cherchant cet or,
Suivent à distance
La mince nuée de la beauté,
Statue mouvante insaisissable,
Épousant l’air de son absence
Sans fin recommencée.

Traversant les reflets,
Tu marches entre les marbres
Hantés d’amour,
Un bouquet nu à tes paupières,
La bouche fardée de nuit,
Pour mieux offrir Le grain de l’aube
A la pulpe du vent.

(Marc-Henri Arfeux)

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Apparition (Titi Robin)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2022




    
Apparition

La beauté est divine
et, plus qu’humaine,
elle naît pourtant d’un simple regard,
des gestes de la servante,
du reflet de sa silhouette dans le lac de Pushkar,
du souvenir de son parfum mêlé à la sueur laiteuse,
du chant du qawwal, prière passionnée,
de l’abandon et de la possession des corps,
de la fatigue qui suit l’effort,
du sourire du gamin édenté comme du silence de l’ascète,
de ton refus digne comme de ma confiance inébranlable.
Hafez l’a si bien dit,
elle est comme la nouvelle lune qui éclaire doucement le chemin des égarés,
puis se retire sous le voile des nuages.

(Titi Robin)

Rajasthan, un voyage aux sources gitanes, 2004.

 

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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SOUVENIR DE LA BELLE LUTHISTE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022




    
SOUVENIR DE LA BELLE LUTHISTE
Sur l’air de « L’Immortel sur le fleuve »
—Yan Jidao

Réveillé, je trouve le pavillon fermé ;
Dégrisé, je regarde le rideau baissé.
Comme au printemps dernier je me sens désolé.
A la chute des fleurs, seul je me souviens d’elle ;

Dans la bruine volent une paire d’hirondelles.
Pour la première fois,
Quand j’ai vu la belle dans sa robe de soie
de double coeur brodée,
la corde de son luth vibrait d’un air d’amour.

On peut voir encor la lune argentée
qui a vu passer le nuage rose sans retour.

(Anonyme)

***

Recueil: Choix de Poèmes et de Tableaux des Song
Traduction:
Editions: China Intercontinental Press

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ON SE DIT ADIEU EN AUTOMNE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022



Illustration: Zhao Ji
    
ON SE DIT ADIEU EN AUTOMNE
Sur l’air de  » La Cloche tintant dans la pluie  »
—Liu Yong

Le cri des cigales paraît douloureux
hors d’un pavillon où l’on se dit adieu.
L’averse a cessé,
Je ne veux plus boire,
mon coeur est brisé.

Aux portes de la ville, nous nous attardons
bien que le bateau me hâte au départ,
nous nous regardons les larmes aux yeux,
la main dans la main,
les mots se figent sur nos lèvres,
entrecoupés de brefs sanglots.

Dans ma pensée se déroule le voyage
sur la vaste étendue des flots brumeux.
Là-bas le ciel du Sud est chargé de nuages.
Ceux qui s’aiment s’affligent de se séparer,
Surtout quand vient le froid de la fête automnale.

Où serai-je quand je serai dégrisé ?
Sur une rive de saules bordée,
Avec un lambeau de lune et la brise matinale.
Je t’aurai quittée pour toute une année.

Pour qui tous ces beaux paysages et ces belles journées ?
De quelque ardeur je puisse m’enflammer,
à qui désormais me confier ?

(Anonyme)

***

 

Recueil: Choix de Poèmes et de Tableaux des Song
Traduction:
Editions: China Intercontinental Press

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UNE DERNIÈRE QUESTION (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
UNE DERNIÉRE QUESTION

Ce qui est beau pour moi:

un bateau où personne
n’a peur de se noyer,

une école où on apprend
aussi à rire
et à rêver,

un livre qui nous parle
comme si c’était un ami,

un caillou ou un nuage
qui soient uniques au monde,

un mot caché
qui s’envole de tes lèvres
avant même que tu parles,

Et pour toi, s’il te plaît,
au fond de toi,
sur tes sentiers, dis-moi:
de quoi te parle-t-elle
en secret, la beauté ?

(Carl Norac)

 

Recueil: Le livre des beautés minuscules / Images de Julie Bernard
Traduction:
Editions: RUE DU MONDE

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Un rêve trop haut (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2022



Illustration: Géraldine Alibeu
    
Un rêve trop haut
(petit poème bizarre à ne pas répéter en haut d’un escalier ou d’une échelle)

La première fois où j’ai voulu monter sur un nuage,
le ciel était parfaitement bleu.
Je suis tombé. C’était un dimanche.
Rien n’était ouvert tout en bas,
dans mon quartier :
pas moyen de trouver un sparadrap.
La deuxième fois où j’ai voulu monter là-haut,
il y avait bien un nuage, si beau.
Alors, j’ai sauté.
Ce cumulus était fait d’une douce vapeur,
il était si transparent à l’intérieur :
j’ai un peu flotté, puis je suis tombé.
Heureusement, j’avais réfléchi,
là on était un samedi :
tout de suite, j’ai pu aller à la pharmacie.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

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Poème pour apprendre à conjuguer (Carl Norac)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2022



    

Poème pour apprendre à conjuguer

J’étoile, tu étoiles, il étoile, nous étoilons, vous étoilez,
ils brillent un peu, les mots.
J’infinis, tu infinis, elle infinit, nous infinissons, vous infinissez,
elles s’allongent un peu, les phrases.
Je nuage, tu nuages, il nuage, nous nuageons, vous nuagez,
ils ajoutent du ciel bleu, les stylos.
Je page, tu pages, elle page, nous pageons, vous pagez,
elles vivent hors des lignes, les idées.
Je poème, tu poèmes, il poème, nous poèmons, vous poèmez.
Je queneau, tu michaux, il prévert, nous tardieusons, vous jacobez, ils norgent.
Hé l’art du poème, à présent, on dirait que tu l’aimes.

(Carl Norac)

Recueil: Petits poèmes pour passer le temps
Traduction:Editions: Didier Jeunesse

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