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Poésie

Posts Tagged ‘nuage’

Un nuage énorme sur la lune (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019




    
Un nuage énorme sur la lune,
troubles d’encre et d’argent, masque tordu
— qu’entoure le ciel étoilé tranquille, vissé d’astres.

Je pense à l’enfantine poésie de chercher mille ressemblances imparfaites de ce nuage,
mille chameaux, monstres, contrées
— tandis que sa valeur, sa poésie puissante et véritablement illimitée
est justement au contraire d’être informe, lui-même,
inaccessible aux mots, sans images.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Idylle morte (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Illustration
    
Idylle morte

Que fait donc à cette heure Rita ma douce andine
de jonc et de cape;
maintenant que m’asphyxie Byzance, et que sommeille
en moi le sang, comme un pâle cognac.

Où peuvent être ses mains qui d’un humble geste
repassaient dans le soir des blancheurs futures ;
maintenant, sous cette pluie qui m’enlève
l’envie de vivre.

Que sont devenus sa jupe de flanelle; ses
rêves; sa démarche;
sa saveur de canne à sucre d’un Mai villageois.

Elle doit être au soir sur le seuil regardant quelque nuage,
puis elle dira en tremblant : « Quel froid il fait… mon Dieu!»
et pleurera sur les tuiles un oiseau sauvage.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Je sue Je perle Je mouille (Jean-Marc Soriano)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019



Illustration: Catherine Fortin
    
Je sue
Je perle
Je mouille
Suis-je une éponge marine
Un nuage dans le ciel
L’expiration d’un vieux cyclone
Le souvenir d’un baiser fougueux
Humide et chaud ?

(Jean-Marc Soriano)

 

Recueil: Une nuit de 7 jours
Traduction:
Editions: Petitfleur

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Sur les buissons (Boris Pasternak)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019



Illustration: Patrick Bénet
    
Sur les buissons croît la brouille
Des nuages nus. La bouche
Du parc, orties qui se mouillent,
Sent les orages, les souches.

Des soupirs, le bois se lasse.
Le ciel s’emplit de passages.
Nu-pieds, l’azur a la grâce
D’échassiers au marécage.

Comme des lèvres qui luisent,
Que la main n’a pas essuyées,
Brillent les saules, les alises,
Les pas sur la terre mouillée.

(Boris Pasternak)

 

Recueil: Ma soeur la vie et autres poèmes
Traduction: sous la direction d’Hélène Henry
Editions: Gallimard

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L’OISEAU D’ENFER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

L’OISEAU D’ENFER

Cet oiseau noir dans ma tête
Ne se laisse pas apprivoiser
Il est comme un nuage qui se défile
et qu’on n’attrape jamais
comme la fumée entre les doigts
et la brume sur les yeux

Et cependant je n’ose le confier à personne
et je le vois disparaître avec regret
Il s’accroche à tous les sourires
se pose sur les mains tendues
et se nourrit du sucre des paroles
sans même pousser un cri de joie

Longtemps j’ai essayé de ne pas le voir
de ne plus l’écouter quand il croasse la nuit
et qu’il déchire de ses serres
les filets de la certitude
ll est le fils de l’insomnie
et du dégoût mélancolique

Mon oiseau noir mon fidèle
la haine n’est pas ta cousine
Je te donne trois jours et trois nuits

(Philippe Soupault)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Union temporaire (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



Union temporaire

Nos corps se rapprochent l’un de l’autre
Tandis que tu parles à la grève
Déserte et sinistre
Dans les espaces mythiques
De la frayeur et de la démence
Où se joue notre destin

Ton regard de sorcière
Dévoile mon passé
Dans l’au-delà du temps
Ou derrière l’instant présent
Je ferme les yeux pour voir en moi
Mais tu ouvres ton vêtement
D’un seul geste rapide

Halte du vent
L’été répand ses couleurs sur l’herbe
Mais dans la détresse de notre regard
Le navire sombre à l’horizon
Alors qu’au-dessus du rivage
Le ciel écarte ses nuages
Pour laisser sortir
Un peu de soleil
Pour une courte bénédiction

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Fuchs Ernst

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Un ciel fébrile oscille (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2019



Un ciel fébrile oscille

Au-dessus du paysage
Qui frémit dans l’air frais
Du matin et l’horizon
Coud le ciel à la mer
A grand-peine le soleil traverse
Un nuage opiniâtre

Au bout du chemin
Se dresse le noyer
Du champ de mon oncle
Sous lequel nous aimons
Nous asseoir côte à côte
Pour regarder l’oiseau
Dans son vol qui emporte
La clarté du jour
Et dans le soir qui nous baigne
La caresse de ta voix
Crée des images fiévreuses
Au milieu de folles odeurs
Qui montent du jardin
Et de sons liquides
Qui flottent à la surface
Du minuscule ruisseau
Sous un ciel attendri

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Aimé Venel

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Clair de lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

Clair de lune

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances
Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très-dorique,
L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,
Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m’y lave les mains de la vie !

(Jules Laforgue)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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Oh tu pleures (Pierre-Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Oh tu pleures. Silence obscur larme perdue
Et fleur de la maison sous le nuage noir
Et la menace de la mort d’antique nue
Le drapeau de la honte avec le ciel du soir,

Tu pleures. Des brillants descendent sur ta pierre
Et touchent à ton sein. Les miracles lointains
Sont errants et l’amour voit périr ta paupière
O toi qui inspirais le poète prochain

Dans une odeur de bois augustes et de livres
Regardant des trésors par d’anciens carreaux
Mère de notre amour et Vierge qui ne livres

Pas le secret de liberté mystique et beau
Mais conserves l’hymen sous la robe de pierre
Et rêves l’éternel pardon comme du lierre.

(Pierre-Jean Jouve)

 

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PLUS LOIN (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



PLUS LOIN

J’en ai fini du globe avec quatre foulées !
— Lance un hameçon dans le ciel !
Il ne faut pas moins que le ciel
Pour te remplir les mains et fondre dans ta bouche ! —
— Je plonge dans la chair des étoiles, je touche
La nuit avec son long goût d’herbe, je me couche
Sur les nuages de l’été !
— Il ne faut pas moins que l’éternité.

(Marie-Jeanne Durry)

 

 

 

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