Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘nuage’

Le début et la fin (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



Au petit jour naît la petite aube, la microaube
puis c’est le soleil bien à plat sur sa tartine
il finit par s’étaler, on le bat avec le blanc des nuages
et la farine des fumées de la nuit
et le soir meurt, la toute petite crêpe, la crépuscule

(Raymond Queneau)

Illustration: ArbreaPhotos

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 5 Comments »

L’arbre qui pense (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



L’arbre qui pense

L’arbre qui pense
les pieds dans sa grille
à quoi pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il

Le chien qui pense
la patte en l’air
que pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il

Le pavé qui pense
le ventre poli de pas
que pense-t-il
oh ça oh mais ça oh mais ça à quoi pense-t-il

Ciel toits et nuages
voyez-moi
là tout en bas
qui marche
et qui pense à l’arbre qui pense
au chien au pavé
oh ça oh mais à quoi pensent-ils donc à quoi pensent-ils donc

(Raymond Queneau)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , | 3 Comments »

LA PLUIE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




LA PLUIE

Le nuage court ventre à terre
la goutte d’eau fait l’équerre

(Raymond Queneau)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

LE TRAVAIL CONTINU (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LE TRAVAIL CONTINU

À l’ombre du mot tilbury
se reposait un soir de juin
un homme qui tentait d’enter
un vers marron sur de la prose
Cette opération monstrueuse
l’occupait de telle façon
qu’il ne vit point passer la phrase
qui l’aurait tiré d’embarras
Il s’acharnait en grommelant
cependant que sous le ciel rose
la lune d’un pas turbulent
traversait des nuages lyriques
Lorsque l’entracte fut fini
l’horticulteur pédagogique
remit dans l’ombre le lexique
et saisissant sa douce hie
il se pencha de nouveau sur
son travail presque minéral
Paveurs Pavés êtes ainsi
lorsque tombe le crépuscule
l’écho des poètes passés
dans cette rue presque nocturne

(Raymond Queneau)

 

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Carmen (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Alexey Slusar 1961- Ukrainian painter - Flamenco dancers - Tutt'Art@ (4) [800x600]

Parmi les amoureux de Carmen,
Qui se hâtent, foule bigarrée,
Voulant l’entraîner derrière eux,
Un seul…

Silencieux et morose
N’attend rien, ne demande rien ;
Mais lorsque le tambourin résonne,
Et sourdement, tintent les bracelets,

Il se souvient des jours de printemps,
Et dans le tumulte des accords
Il regarde sa taille chantante
Et voit des rêves créateurs…

Tu es telle l’écho d’un hymne oublié
Dans mon noir et sauvage destin.
0 Carmen, il m’est triste et étrange
D’avoir pu rêver de toi…

Tu es ta propre loi, tu voles, tu voles outre,
Vers d’autres constellations, ne connaissant pas d’orbites,
Et ce monde-ci n’est pour toi qu’un rouge nuage de fumée
Où quelque chose consume, chante, tourmente et brille.

Et dans cet incendie est folle ta jeunesse.
Tout est musique et lumière : il n’y a ni bonheur, ni trahisons,
D’une même mélodie résonnent joie et tristesse.
Mais je t’aime : je suis pareil à toi, Carmen !

(Alexandre Blok)

Illustration: Alexey Slusar

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La fleur rouge (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



Illustration: Letinha
    
La fleur rouge

A la place du ciel
Je mettrai son visage
Les oiseaux ne seront
Même pas étonnés
Et le jour se levant
Très haut dans ses prunelles
On dira le printemps
Est plus tôt cette année

Beaux yeux, belle saison
Vivier de lampes claires
Jardins qui reculez
Sans cesse l’horizon
On fait déjà les foins
Le long de ses paupières
Les animaux peureux
Viennent à la maison

La chambre est encombrée
De rivières sauvages
Dans le foyer s’envole
Une épaisse forêt
Et la route qui tient
En laisse les nuages
Traîne sa meute d’or
Jusque sous les volets

Tous les fruits merveilleux
Tintent sur son épaule
Son sang est sur ma bouche
Une flûte enchantée
Je lui donne le nom
De la première enfance
De la première fleur
Et du premier été

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Que la vie en vaut la peine (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2017



 

Que la vie en vaut la peine

C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.

Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.

D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.

II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.

C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.

Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.

Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.

Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.

Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.

Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.

Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.

La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.

Cet enfer. Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.

Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

(Louis Aragon)

Illustration: Gustav Klimt

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2017




    
MON PLUS GRAND BONHEUR, C’EST QU’AU LOIN

Mon plus grand bonheur, e’est qu’au loin
Mon âme fuie sa demeure d’argile,
Par une nuit qu’il vente, que la lune est claire,
Que l’oeil peut parcourir des mondes de lumière —

Que je ne suis plus, qu’il n’est rien —
Terre ni mer ni ciel sans nuages —
Hormis un esprit en voyage
Dans l’immensité infinie.

***

I’M HAPPIEST WHEN MOST AWAY

I’m happiest when most away
I can bear my soul from its home of clay
On a windy night when the moon is bright
And the eye can wander through worlds of light—

When I am not and none beside—
Nor earth nor sea nor cloudless sky—
But only spirit wandering wide
Through infinite immensity.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Automne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Automne

Il y eut donc le printemps et son fleuve de fleurs
— Avec ses mains de feuilles fermées sur l’ombre en fruit
oh ! cet automne, là, qui dure sur nos vies
et ferme l’horizon du long cri de son sang. —

Il y eut donc l’été lourd comme l’angélus de midi
où nos mains en prison glissaient le long des livres
— oh ! Nos corps roués d’ombre, roués d’eau, de soleil —
où le sommeil
veillait sur l’ivresse des mouches et des pensées.

C’est l’automne, va, c’est l’automne, paix des forêts,
tu n’as pas reconnu la grive immortelle et gavée
grise, grise, que ne fleurira plus son sang dernier
car il y a chasse aux hommes cette année.

Les vieux fusils sommeillent près des vieilles poupées
le plomb de nos soldats d’enfants coule en sang sur la terre
les abeilles d’acier essaiment vers nos coeurs
nouvelles fleurs d’où coulera le miel chaud de la mort.

De mes songes tristes a surgi ton visage, ma mort,
soudain le nuage de ton visage pâle de vie.
Plaisir, désir, ton sourire
éclairait de neige l’au-delà
et je comptais mes pas sous ta lumière
dévalant vers l’hiver.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Laissez laissez les colombes (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
Laissez laissez les colombes
venir sur le sable, les colombes venir
sur l’ombre des nuages sur le monde
ombres de neige de l’hiver à venir.

Laissez laissez ces coeurs parés
près de la mer se poser
elles m’amènent des pensées
belles mêlées au souvenir.

Dieu se cache en leur vol d’eau
Dieu mon ami flèche de feu
que j’attends en tentant le jeu
d’un piège où s’allègent les mots.

Plus de fardeau dans l’air
ne faites pas saigner leurs ailes
ne clouez pas tant de lumière
au sol ainsi marié de ciel.

Ayez pitié de mon esprit
qui pense trouver une échelle
avec ces légères qui s’en vont d’ici
avec ces légères qui s’en reviennent.

J’oublie le pigeonnier que partage l’amour
et la trouble naissance de ces gestes de Dieu
mon regard et mon coeur se soulèvent du feu
dont c’est le pur envers que m’offre ce miroir

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :