Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sombre’

Melancholia (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    
Melancholia
(extrait)

… Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : – Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes !
Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée,
Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain ! –
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l’on s’abâtardit,
Maudit comme l’opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu’il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l’homme heureux !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Aux arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021




    

Aux arbres

Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!

Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Veni, vidi, vixi (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



Illustration: Désiré François Laugée
    
Veni, vidi, vixi

J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleurs
Je marche, sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,
Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ;

Puisqu’au printemps, quand Dieu met la nature en fête,
J’assiste, esprit sans joie, à ce splendide amour ;
Puisque je suis à l’heure où l’homme fuit le jour,
Hélas ! et sent de tout la tristesse secrète ;

Puisque l’espoir serein dans mon âme est vaincu ;
Puisqu’en cette saison des parfums et des roses,
Ô ma fille ! j’aspire à l’ombre où tu reposes,
Puisque mon coeur est mort, j’ai bien assez vécu.

Je n’ai pas refusé ma tâche sur la terre.
Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
J’ai vécu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incliné du côté du mystère.

J’ai fait ce que j’ai pu ; j’ai servi, j’ai veillé,
Et j’ai vu bien souvent qu’on riait de ma peine.
Je me suis étonné d’être un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaillé.

Dans ce bagne terrestre où ne s’ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, épuisé, raillé par les forçats humains,
J’ai porté mon chaînon de la chaîne éternelle.

Maintenant, mon regard ne s’ouvre qu’à demi ;
Je ne me tourne plus même quand on me nomme ;
Je suis plein de stupeur et d’ennui, comme un homme
Qui se lève avant l’aube et qui n’a pas dormi.

Je ne daigne plus même, en ma sombre paresse,
Répondre à l’envieux dont la bouche me nuit.
Ô Seigneur, ! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m’en aille et que je disparaisse !

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2021



 

Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments l’œil qu’éblouit ton âme
Croit voir, en te voyant, un lys dans une femme,
Si tu m’as souri, Dieu ! tout mon être bondit ;
Si, madame, au milieu de tous, vous m’avez dit,
À haute voix : Bonjour, monsieur, et bas : Je t’aime !
Si tu m’as caressé de ton regard suprême,
Je vis ! je suis léger, je suis fier, je suis grand ;
Ta prunelle m’éclaire en me transfigurant ;
J’ai le reflet charmant des yeux dont tu m’accueilles ;
Comme on sent dans un bois des ailes sous les feuilles,
On sent de la gaîté sous chacun de mes mots ;
Je cours, je vais, je ris ; plus d’ennuis, plus de maux ;
Et je chante, et voilà sur mon front la jeunesse !
Mais que ton cœur injuste un jour me méconnaisse ;
Qu’il me faille porter en moi jusqu’à demain
L’énigme de ta main retirée à ma main :
— Qu’ai-je fait ? qu’avait-elle ? Elle avait quelque chose.
Pourquoi, dans la rumeur du salon où l’on cause,
Personne n’entendant, me disait-elle vous ? —
Si je ne sais quel froid dans ton regard si doux
A passé comme passe au ciel une nuée,
Je sens mon âme en moi toute diminuée ;
Je m’en vais courbé, las, sombre comme un aïeul ;
Il semble que sur moi, secouant son linceul,

Se soit soudain penché le noir vieillard Décembre ;
Comme un loup dans son trou, je rentre dans ma chambre ;
Le chagrin — âge et deuil, hélas ! ont le même air —
Assombrit chaque trait de mon visage amer,
Et m’y creuse une ride avec sa main pesante.
Joyeux, j’ai vingt-cinq ans ; triste, j’en ai soixante.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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Viens ! – une flûte invisible (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2021




Illustration: Massart    

    
Viens ! – une flûte invisible

Viens ! – une flûte invisible
Soupire dans les vergers. –
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.

Le vent ride, sous l’yeuse,
Le sombre miroir des eaux. –
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.

Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours ! –
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Cent poèmes de Vivtor Hugo
Traduction:
Editions: Omnibus

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MÉDITATION (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration: Pascal Renoux    
    
MÉDITATION

Il me dit
que je suis un ange
et caresse ma tête.

Puis, s’enfonce
dans le premier corps de femme
émergé du mur en liège
de la terrasse

et moi, depuis des années je me demande
laquelle de mes deux moitiés sombres
est la plus angélique.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LES SOUVENIRS N’APPARTIENNENT À PERSONNE (Paolo Valesio)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020




    
Poem in Dutch, French, Spanish, English, Italian, German, Portuguese, Sicilian, Romanian, Polish, Greek, Chinese, Arab, Hindi, Japanese, Farsi, Bulgarian, Icelandic, Russian, Filipino, Hebrew, Tamil, Kurdish, Bangla, Gujarati, Serbian

Poem of the Week Ithaca 656
« Memories Belong to No One » Paolo Valesio, Italy (1939)

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

LES SOUVENIRS N’APPARTIENNENT À PERSONNE

Une amie lui avait raconté
que quand le cercueil de sa sœur était entré dans l’église
et « juste à ce moment » un rayon de soleil
du ciel jusqu’alors couvert ( était-ce le printemps?),
avait partagé l’allée en deux.

Hier (des années plus tard), à un autre endroit, dans une autre ville,
cette image s’est présentée à son esprit
l’église illuminée (bougies, chandeliers, soleil d’été)
quand à l’heure de midi il fit soudain sombre
─ un nuage qui glisse ─
« juste au moment » où le petit disque blanc
fut élevé au-dessus du calice vers la coupole.

Et d’ici quelques jours, où finira ce souvenir?
Au milieu d’un territoire commun
quelque part sur terre
où les âmes abandonnent leurs déchets;
mais parfois, repentantes,
reviennent un court instant.

Traduction Elisabeth Gerlache

(Paolo Valesio)

***

HERINNERINGEN BEHOREN NIEMAND TOE

Voor M.P.

Een vriendin had hem verteld
dat toen de lijkbaar van zijn zus de kerk binnengedragen was
en « precies op dat moment » een zonnestraal
uit de hemel (was het lente?) tot dan toe bewolkt,
het gangpad in tweeën had gesplitst.

Gisteren (jaren later), op een andere plaats, in een andere stad,
is dat beeld in zijn geest opgekomen
de verlichte kerk (kaarsen, kroonluchters, zomerzon)
als het op het middaguur plots donker werd
─ een wolk die voorbijdreef ─
« precies op het moment » dat het witte schijfje
boven de kelk en naar de koepel toe geheven werd.

En waar zal binnen enkele dagen, die herinnering eindigen?
Te midden van de gemeenschappelijke regio
ergens ter wereld
waar de zielen hun afval achterlaten;
maar soms, berouwvol,
heel eventjes terugkeren.

Vertaling Germain Droogenbroodt

***

LOS RECUERDOS NO PERTENECEN A NADIE

Una amiga le estaba contando
cuando el ataúd de la hermana entró en la iglesia
y « en ese preciso instante » un rayo de sol
desde el cielo (¿era primavera?) hasta entonces nublado
partía el pasillo en dos.

Ayer (tras varios años), en otro lugar y en otra ciudad
esto le vino a la cabeza cuando
la iglesia iluminada (velas, candelabros, sol de verano)
en cambio, al mediodía, de pronto oscureció
─ el paso de una nube ─
« justo en el momento » en que el disco blanquecino
se elevó por encima del cáliz y hacia la cúpula.

¿Y dónde terminará este recuerdo en unos días?
En la región media y común
en algún lugar del mundo
donde las almas dejan sus desechos;
pero de vez en cuando, arrepiéntete,
regresan por un momento.

Traducción Rafael Carcelén
Translation into Spanish by Rafael Carcelén

***

MEMORIES BELONG TO NO ONE

For M. P.

A friend had told him about it:
when her sister’s coffin had entered the church
and “exactly at that moment,” a ray of sunshine
from the sky (was it spring?), so far cloudy,
had split the nave in two.

Yesterday (years later), in another place, in another city,
that image jumped into his mind again when
the illuminated church (candles, chandeliers, summer sun),
instead, suddenly darkened at noon — a cloud passing by —
“exactly at the moment” when the little whitish disk
was raised above the chalice and towards the dome.

And, in a little while, where will this memory end?
In the midst of the common region,
somewhere in the world,
where souls leave their remains;
but every now and then, repentant,
for a few moments return.

English translation by Germain Droogenbroodt, Stanley Barkan and the author

***

I RICORDI NON APPARTENGONO A NESSUNO

Per M. P.

Un’amica gli aveva raccontato
quando era entrata in chiesa la bara della sorella
e “in quell’istante esatto” un raggio di sole
dal cielo (era primavera?) finallora annuvolato
aveva spaccato la navata in due.

Ieri (dopo un trascorso d’anni), in altro luogo e altra città
questo gli è ribalzato nella mente quando
la chiesa illuminata (candele, lampadari, sole estivo)
si è invece oscurata d’un tratto a mezzogiorno
─ passaggio d’una nuvola ─
“proprio nel momento” quando il dischetto biancastro
veniva elevato sopra il calice e verso la cupola.

E dove finirà tra pochi giorni, questo ricordo?
Nella regione intermedia e comune
da qualche parte nel mondo
dove le anime lasciano i loro scarti;
ma ogni tanto, pentite,
fanno per qualche attimo ritorno.

Paolo Valesio, Italia (1939)

***

ERINNERUNGEN GEHÖREN NIEMANDEM

Für M. P.

Eine Freundin hatte ihm davon erzählt:
Als der Sarg ihrer Schwester in die Kirche gebracht war
und « genau in diesem Moment » ein Sonnenstrahl
vom Himmel (war es Frühling?), bisher bewölkt,
das Kirchenschiff in zwei Hälften geteilt hatte.

Gestern (Jahre später) an einem anderen Ort, in einer anderen Stadt,
kam ihm dieses Bild wieder in den Sinn, als
die beleuchtete Kirche (von Kerzen, Kronleuchter, Sommersonne)
am Mittag plötzlich düster wurde, durch das Vorbeiziehen einer Wolke,
« genau in dem Moment », als die kleine weißliche Hostie
über den Kelch und zur Kuppel hin gehoben wurde.

Und, bald danach, wo wird diese Erinnerung enden?
Inmitten einer gewöhnlichen Gegend
irgendwo auf der Welt,
wo die Seelen ihre Abfälle hinterlassen;
aber manchmal, bereuend,
für einige Augenblicke zurückkehren.

Übersetzung Wolfgang Klinck
Translation into German by Wolfgang Klinck

***

AS RECORDAÇÕES NÃO PERTENCEM A NINGUÉM

Para M.P.

Uma amiga tinha contado para ele
quando tinha entrado na igreja o caixão da irmã
e “naquele instante exato” um raio de sol
do céu (era primavera?) até então nublado
tinha partido a nave em dois pedaços.

Ontem (depois de muitos anos), noutro lugar e noutra cidade
veio tudo na sua cabeça quando
a igreja iluminada (velas, candelabros, sol de verão)
apesar disso, ao meio-dia, súbito escureceu
– passou uma nuvem –
“justo no momento” em que o disco esbranquiçado
foi elevado sobre o cálice e contra a cúpula.

E quando terminará estas lembranças nalguns dias?
na região intermediária e comum
de qualquer parte do mundo
onde as almas abandonam seus restos;
mas, às vezes, arrependidos,
regressam momentaneamente.

Tradução ao português: José Eduardo Degrazia
Translation into Portuguese by José Eduardo Degrazia

***

I RICORDI NON APPARTENGONO A NESSUNO

Per M. P.

Un’amica gli aveva raccontato
quando era entrata in chiesa la bara della sorella
e “in quell’istante esatto” un raggio di sole
dal cielo (era primavera?) finallora annuvolato
aveva spaccato la navata in due.

Ieri (dopo un trascorso d’anni), in altro luogo e altra città
questo gli è ribalzato nella mente quando
la chiesa illuminata (candele, lampadari, sole estivo)
si è invece oscurata d’un tratto a mezzogiorno
─passaggio d’una nuvola─
“proprio nel momento” quando il dischetto biancastro
veniva elevato sopra il calice e verso la cupola.

E dove finirà tra pochi giorni, questo ricordo?
Nella regione intermedia e comune
da qualche parte nel mondo
dove le anime lasciano i loro scarti;
ma ogni tanto, pentite,
fanno per qualche attimo ritorno.

Translation into Sicilian by Gaetano Cipolla

***

AMINTIRILE NU APARȚIN NIMĂNUI

pentru M. P.

O prietenă i-a povestit
că în clipa în care intrase în biserică sicriul surorii,
„tocmai în acea secundă” o rază de soare
din cerul (era primăvară?) până atunci înnorat
a despicat naosul în două.

Ieri (după câțiva ani), într-un alt loc și un alt oraș,
întâmplarea i-a revenit brusc în minte atunci când
biserica luminată (de lumânări, candelabre, soare de vară)
s-a întunecat dintr-o dată în miezul zilei
─ trecuse un nor ─
„exact în momentul” în care discul albicios
era înălțat peste potir și înspre cupolă.

Unde va ajunge peste câteva zile această amintire?
În zona intermediară și comună,
undeva în lume
în care sufletele își lasă rămășițele;
dar, din când când, căindu-se,
se-ntorc pentru o clipă.

Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translation into Romanian by : Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

WSPOMNIENIA NIE NALEŻĄ DO NIKOGO

Dla M. P.

Przyjaciel opowiedział mu o tym:
gdy trumna jego siostry wkroczyła do kościoła
i “dokładnie w tym momencie” promień słońca
z dotychczas zachmurzonego nieba (była wiosna?),
rozczepił nawę na dwoje.

Wczoraj (lata później),w innym miejscu, w innym mieście
ten obraz błysnąłw umyśle ponownie gdy
oświetlony kościół (świece, żyrandole, letnie słońce),
I nagle pociemniało w południe— przeciągająca chmura—
“dokładnie w tym momencie” gdy malutki biały krążek
podniesiono nad kielichem w kierunku kopuły.

I, w jednej krótkiej chwili, gdzie skończy się to wspomnienie?
W środku wspólnego obszaru,
gdzieś w świecie,
gdzie dusze pozostawiają swoje resztki;
ale od czasu do czasu, pełne skruchy
wracają na chwilę.

Przekład na polski: Mirosław Grudzień
Translation into Polish by Mirosław Grudzień

***

ΟΙ ΑΝΑΜΝΗΣΕΙς ΔΕΝ ΑΝΗΚΟΥΝ ΣΕ ΚΑΝΕΝΑ

Ένας φίλος του είχε πει πως
όταν μπήκε το φέρερτο της αδερφής του στην εκκλησία
εκείνη ακριβώς τη στιγμή, μια ηλιαχτίδα,
απ’ τον ουρανό που ως τότε ήταν συννεφιασμένος
χώρισε το ναό στα δύο.

Χθες, χρόνια μετά, σε κάποιο άλλο τόπο,
σε κάποια άλλη πόλη,
η εικόνα εκείνη ξανάρθε μπροστά στα μάτια του
η εκκλησία μές στην λαμπερότητα της
απ’ τα κανδήλια, τους πολυελαίους, τον καλοκαιρινό ήλιο
καταμεσήμερο, ξάφνου σκοτείνιασε —
ίσως κάποιο περαστικό σύννεφο —

ακριβώς τη στιγμή που ο ολόασπρος δισκος του ήλιου
υψωνόταν πάνω απ’ το δισκοπότηρο προς τον τρούλο
Πότε και πού αλήθεια θα ξεχαστεί αυτή η εικόνα;
Στη μέση της επαρχίας τους,
κάπου στον κόσμο
καθώς ψυχές εγκαταλείπουν το πτώμα τους
ή μήπως συχνά, επαναλαμβανόμενο
το γεγονός ξαναγυρνά;

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated by Manolis Aligizakis

***

记忆不属于任何人

为M.P.而作

一个朋友告诉过他:
当她姐姐的棺材进了教堂
而“就在那一刻”,一缕阳光
从如此多云的天上(是春天吗?)
把教堂正厅一分为二。

昨天(几年后)在另一个地方,另一个城市,
那个画面又跳进了他的意识,当
灯火通明的教堂(蜡烛、枝形吊灯、夏日阳光)
而在中午突然黑暗下来—— 一团云掠过——
“正是此时此刻” 当那小白盘
被举过圣杯靠近向穹顶时。

再过一段时间,这段记忆会在哪里结束?
在共同区域的中心,
在世界的某个地方,
灵魂留下遗骸的地方;
但要不时地,忏悔,
因为一会儿又回来了。

英译:杰曼·卓根布鲁特-斯坦利·巴坎-作者
汉译:中 国 周道模 2020-10-30
Translation into Chinese by William Zhou

***

الذكريات لا انتماء لها
إهداء لـ: م. ب

أخبرَتهُ صديقة
عندما أوتي بنعش أخته إلى الكنيسة
« تماما في تلك اللحظة »
شعاعُ شمسٍمن السّماء الغائمة (هل كان الوقت ربيعا؟)
شَطَرَ إلى نصفين صحن الكنيسة.

أمس (بعد انقضاء سنوات)، في مكان آخر ومدينة أخرى
هذا ما عبر ذهنه
عندماأُضيئتالكنيسة (شمعدانات، ثريات، شمس الصيف)
ثم خبَا نورها على حين غرة والوقت ظهيرة –
مع مرور غيمة-
 » تماما في تلك اللحظة » عندما ارتفع القُرص الأبيض
فوق الكأس صوب القُبّة.

وأين ستنتهي هذه الذكرى في غضون أيام قليلة؟
في المنطقة الوسطى أم المشتركة
في مكان ما من العالم
حيث تترك النفوس بقاياها.
لكنها بين الفينة والأخرى، تندم،
وتعود لوهلة.

باولو فاليزيو ـ إيطاليا
ترجمة عن الإيطالية: أمل بوشارب

Translation into Arab by Amal Bouchareb

***

यादें किसी की नहीं होती

एम। पी। के लिए।

एक मित्र ने उसे इसके बारे में बताया था:
जब उसकी बहन के ताबूत ने चर्च में प्रवेश किया था
और « बिल्कुल उसी क्षण, » धूप की किरण
आकाश से (क्या यह वसंत था?), अब तक बादल;
दो हिस्सों में बंट गया था।

कल (वर्षों बाद), दूसरे स्थान पर, दूसरे शहर में,
वह छवि उसके मन में फिर से कूद गई जब
प्रबुद्ध चर्च (मोमबत्तियाँ, झूमर, गर्मियों में सूरज),
इसके बजाय, दोपहर को अचानक अंधेरा छा गया – एक बादल जिससे गुजर रहा था –
« बिल्कुल पल में » जब छोटी सी सफेद डिस्क
प्याला के ऊपर और गुंबद की ओर बढ़ा था l

और, थोड़ी देर में, यह स्मृति कहां समाप्त होगी?
आम क्षेत्र के बीच में,
दुनिया में कहीं,
जहां आत्माएं अपने अवशेष छोड़ती हैं;
लेकिन हर अब और फिर, पछतावा,
कुछ पलों के लिए लौटें।

Hindi translation by Jyotirmaya Thakur

***

誰のものでもない記憶–M.P.のために

一人の友人が言った
亡くなった妹の棺が教会の中に入った時、
まさにその時
一筋の太陽の光が空から中に入り
室内を二つに分けた
春だったろうか?それまでは曇っていたのに

それから何年も過ぎ
昨日、別の街のある場所で
その光が突然に彼の心に飛び込んできた
蝋燭やシャンデリア、夏の日光で輝いていた
明るく輝く教会の中が
突然、昼間に暗くなった
雲が通り過ぎたのだ
まさにその時だ
小さな白っぽい円盤が
聖杯の上に、天井に向かって飛んだ

そして思った
一体いつになったら
この記憶が終わるのだろう
世界の中のありふれたこの街で
また魂がその遺体を残すところで
どうしても時折、後悔の念が
一瞬の間、戻ってくるのだ

Translation into Japanese by Manabu Kitawaki

***

خاطرات به کسی تعلق ندارد
براى م. پ

دوستى به او گفته بود درباره اش:
وقتى تابوت خواهرش وارد كليسا شد
و دقيقاً در همان لحظه اشعه اي از خورشيد
( آيا بهار بود؟) از آسمان ابرىريا، شبستان را به دو نيمه كرد.

ديروز( پس از سالها)، در مكانى ديگر، در شهرى ديگر،
آن تصوير دوباره به ذهنش آمد وقتى
دوباره كليساى تذهیب شده( باشمع ها،لوسترها و خورشيد تابستاني)،
در ميانه ظهر ناگهان تاريك شد -با ابرى كه مى گذشت-
« دقيقاً همان لحظه » وقتى جام بالا برده شد بطرف طاق.

و كمى بعد اين خاطره به كجا ختم ميشود؟
در ميان منطقه اى مشترك،
جايى در جهان،
ارواح جسم شان را ترك مى كنند؛
اما هر از گاهى تائبان،
براى چند لحظه اى باز مى گردند.

پائلو والسيو، ايتاليا( ١٩٣٩)
ترجمه: سپیده زمانی

Translation into Farsi by Sepideh Zamani

***

СПОМЕНИТЕ НЕ ПРИНАДЛЕЖАТ НА НИКОГО

На М. П.

Приятелка ми беше разказала затова:
когато ковчегът на сестра й бил внесен в църквата
и „точно в този момент“ лъч светлина
от небето (през пролетта ли беше?), тогава облачно,
разцепилцъркватанадве.

Вчера (години по-късно), на друго място, в друг град,
този образ се върна в съзнанието ми отново когато –
осветената църква(свещи, полилеи, лятно слънце),
вместо това, тъмен през деня – минаващ облак –
„точно в момента“, когато малката възбяла нафора
беше вдигната над потира и към купола.

И така, за кратко, къде ще свърши този спомен?
В средата на общото място,
някъде в света,
където душите напускат своите останки;
но всяко сега и тогава, разкаяно,
за няколко мига се завръща.

превод от английски: Иван Христов
Translation into Bulgarian by Ivan Hristov

***

ENGINN Á MINNINGARNAR

Til M. P.

Vinur hans hafði sagt honum frá því:
þegar líkkista systur hans var borin inn í kirkjuna
og „nákvæmliga á þeiri stundu”, skipti sólargeisli
af alskýjuðum himinum (var vor?),
krikjuskipinu í tvennt.

Í gær (mörgum árum síðar), allt annars staðar, í annarri borg,

hvarflaði þessi mynd aftur að honum þegar
uppljómuð kirkjan (kerti, ljósakrónur, sumaról),
myrkvaðist þvert á móti á hádegi — ský leið hjá —
„nákvæmlega á þerri stundu” sem litlum silfurdiski
var lyft yfir kaleikinn og upp í hvelfinguna.
Og örskömmu síðar, hvar endar þessi minning?

Á óskilgreindum stað,
einhvers staðar í heiminum,
þar sem sálirnar skilja eftir jarðneskar leifar sínar;
en sjá öðru hverju eftir því,
og snúa til baka stutta stund.

Translation into Icelandic by Þór Stefánsson

***

ВОСПОМИНАНИЯ, ЧТО НИКОМУ НЕ ПРИНАДЛЕЖАТ

ПосвящаетсяМ.П.

Емуподругарассказала,что
когдагробегосестры вносили в церковь,
«точно в тот момент»луч солнца
с неба (ведь тогда была весна?), полного облаков,
рассветил неф церкви пополам.
Вчера (годамипозже), вдругомместе, вдругомгороде,
он вспомнилэтотобраз – как вдруг
освещеннаяцерковь (свечами, лампадами и летним солнцем)
резко затемнилась
─ облакопроплываломимо ─,
и «точно в тот момент» поднялсябелый диск
прямо от кубка к куполу.

И где же скоро кончится это воспоминание?
Посредисамойобычнойместности,
где-то тамвмире,
где души покидают свои останки;
но временами, раскаиваясь,
ненадолго возвращаются.

Translation into Russian by Daria Mishueva

***

MGA ALA-ALANG HINDI NABIBILANG KANINUMAN

Para kay M. P.

Isinalaysay ng kanyang kaibigan ang tungkol dito:
noong ipinasok sa simbahan ang kabaong ng kanyang kapatid,
at “sakto sa sandaling yaon”, isang sinag ng araw
mula sa langit (tagsibol na ba?), medyo makulimlim,
ang humati sa mahabang pasilyo sa loob ng simbahan.

Kahapon (at sa mga nakaraang taon), sa ibang lugar, ibang bayan,
ang imaheng yaon ay muling nagbalik sa kanyang alaala kung
saan nagliliwanag dapat ang simbahan (sa mga kandila, mga aranya, sinag ng sikat
ng araw),
sa halip, biglang dumilim sa katanghalian-sa pagdaaan ng isang ulap-
“sakto sa sandaling yaon”, noong ang isang maliit na ostia ay itinaas sa ibabaw ng
chalis at pagawi sa may simboryo.

At, ilang saglit pa, saan magwawakas ang ala-alang ito?
Sa gitna ng karaniwang rehiyon,
Saan man sa mundo,
kung saan iniiwan ng mga kaluluwa ang kanilang mga labi;
ngayon at pagkatapos, nagsisisi,
Pagkalipas ng ilang sandali ay muling magbabalik.

Isinalin tungo sa Wikang Filipino ni Eden Soriano Trinidad
Translation into Filipino by Eden Soriano Trinidad

***

זכרונות אינם שייכים לאיש / פאולו ואלסיו

למ.פ.

חָבֵרסִפֵּרלוֹעַלזֶה:
כְּשֶׁהָאָרוֹןשֶׁלאֲחוֹתָהּנִכְנַסלַכְּנֵסִיָּה,
« בְּדִיּוּקבְּאוֹתוֹרֶגַע » קֶרֶןשֶׁלשֶׁמֶשׁ
מֵהַשָּׁמַיִם (הֶהָיָהזֶהאָבִיב?), שֶׁהָיוּמְעֻנָּנִיםעַדאָז,
חָצְתָהאֶתחֲלַלהַכְּנֵסִיָּהלִשְׁנַיִם.

אֶתְמוֹל (שָׁנִיםאַחַרכָּךְ) בְּמָקוֹםאַחֵר, בְּעִיראַחֶרֶת,
קָפְצָהשׁוּבהַתְּמוּנָההַזּוֹבְּמַחְשַׁבְתּוֹכַּאֲשֶׁר
הַכְּנֵסִיָּההַמּוּאֶרֶת (נֵרוֹת, נִבְרָשׁוֹת, שֶׁמֶשׁקַיִץ)
הֻחְשְׁכָהפִּתְאוֹםבַּצָּהֳרַיִם–עָנָןחָלַף–
« בְּדִיּוּקבְּאוֹתוֹרֶגַע » כַּאֲשֶׁרהַדִּיסְק*הַלָּבָןהַקָּטָן
הוּרַםמֵעַללַגָּבִיעַאֶלעֵבֶרהַכִּפָּה.

וְ, לִזְמַןמָה, הֵיכָןיִסְתַּיֵּםזִכָּרוֹןזֶה?
בְּאֶמְצַעהַתְּחוּםהַמְּשֻׁתָּף,
הֵיכָןשֶׁהוּאבָּעוֹלָם,
הֵיכָןשֶׁנְּשָׁמוֹתעוֹזְבוֹתאֶתשְׂרִידֵיהֶן;
אַךְמִידֵיפַּעַם, בְּצַעַר,
לִרְגָעִיםמִסְפָּר, חוֹזְרוֹת.

• דיסק – בזמן שריפת גופה, מוצמד דיסק קטן ממוספר אל השרידים, כאמצעי זיהוי של האדם.
תרגום מאנגלית: ג’רמיין דרוגנברודט, סטנלי ברקן והמשורר

Translation into Hebrew by Dorit Weisman

***

நினைவுகள் யாருக்கும் சொந்தமில்லை

ஓரு நண்பன் அதைப் பற்றி கூறியிருந்தான்:
அவளது சகோதரியின் சவப்பெட்டி மாதா கோவிலில் நுழைந்த
பொழுது, சரியாக அதே நேரத்தில் கதிரவனின் கதிர்
ஆகாயத்திலிருந்து அது வசந்த காலமோ, இதுவரை மேகமூட்டம்
கோவிலின் நடுக்கூடத்தை இரண்டாகப் பிரித்தது.
நேற்று (பல ஆண்டுகளுக்குப் பின்னர்) மற்றொரு இடத்தில்
மற்றொரு ஊரில் அந்த உருவம் அவனது மனத்தில் குதித்து வந்தது
அந்த தீபாலங்காரத்துடன்( மெழுகு வர்த்திகள், சரவிளக்குகள்,
வெய்யிற்கால கதிரவன்)
பதிலாக, திடீரென உச்சி வேளையில் இருட்டியது!மேகம் கடந்து
சென்றது! சரியாக அதே நேரத்தில் , ஒரு வெள்ளைத் தட்டு உயர
எழும்பியது கோபுர உச்சிவரை!
சில மணித்துளிகளில் இந்த நினைவு எங்கே முடியும்?

இந்த உலகத்தின் எத்தனையோ பொது எண்ணங்களுக்கு
இடையே!
ஆன்மாக்கள் உடலைவிட்டு சென்றபிறகு.
ஆனால் எப்பொழுதும் நடந்தது பற்றி வருந்திக் கொண்டு
சில கணங்களில் மீண்டும் திரும்ப!

Translation into Tamil by Dr. N V Subbaraman

***

BÎRANÎN NE YÊNTUKESÎ NE

Bona M.P.

Dostekê li serwêyekêjêreçêland:
dematabûtaxwîşkawêanînkenîseyê
û „bitemamî di wêkêliyê de“ têrîjek
jiesmên (demabiharêbû?) hat, tevîkuewranîbû,
hindurêkenîseyêkiribû du perçe.

Diho (berîsalekê) li ciyekîdin, li bajarekîdin,
ewwêneyahatebîrê, dema
kenîseronahîbû (bi find, mûmdank, tîrêjenrojê)
nîvrojinişkavatarîbû, bi hoyahatinaewrekî
„bitemamî di wêkêliyê de“,demaqurbanabicûkesipî
di serkas û kumbetêrerakirin.

Û, paşêbilez, li kuderêbîranînbêtetemamkirin?
li navendaciyekîadetî de
li derekê li vêdinyayê,
demarewanpaşmayênxwe bi şûndihêlin,
lêcarnabijûvanî,
bonakurtedeminaşûndavedigerin.

Translation into Kurdisch by Hussein Habasch

***

স্মৃতিগুলো নয় কারো

এম. পি জন্য নিবেদিত
কোন এক বন্ধু তাকে জানিয়েছিল:
যখন তার বোনের কফিন গির্জায় প্রবেশ করেছিল
এবং “একদম ঠিক মুহূর্তে”, একটি সূর্য রশ্মি
আকাশ থেকে (এই কি বসন্ত?), যতদূর মেঘাচ্ছন্ন,
গির্জার মধ্যভাগ কে দুই ভাগে ভাগ করেছিল ।

গতকাল (আর কিছু বছর পরে), অন্য এক স্থানে, অন্য এক শহরে,
ঠিক সেই দৃশ্য আমার মনে আবার আবির্ভূত হলো যখন
আলোকিত গির্জা (মোমবাতি ঝাড়বাতি গ্রীষ্মের রোদ্র রশ্মি),

পরিবর্তে, হঠাৎ অন্ধকার হয়ে গেল দুপুরে- একটি মেঘমালা পাশ দিয়ে যাচ্ছিল-

“একদম ঠিক মুহূর্তে” যখন সাদা রংয়ের ডিস্ক
চ্যালেস গম্বুজের উপর উত্থাপিত হয়েছিল।
আর, অল্প সময়ে, কোথায় শেষ এই স্মৃতির?

সাধারণ অঞ্চলের মাঝে,
পৃথিবীর কোথাও না কোথাও,
যেখানে আত্মারা ছেড়ে যায় এসব দেহগুলি;
কিন্তু বারবার অনুশোচনা কয়েক মুহূর্তের,
জন্য ফিরে আসে বারবার ।
পাওলো ভ্যালেসিও, ইতালি (১৯৯৯)

জার্মেইন ড্রোজেনব্রোড্ট, স্ট্যানলি বারকান এবং লেখকের ইংরেজি অনুবাদ
Translation into Bangla by Shagufta TabassumTahmina

***

સ્મરણો કોઈની માલિકીનાં નથી

એમ પી માટે

એક મિત્રે તેને કહ્યું હતું:
એની બહેનનું કફન જેવું દેવળમાં આવ્યું
બરાબર એ જ ક્ષણે સૂર્યકિરણે
ઊતરી આવીને આકાશમાંથી (વસંત હતી?), જે હજી લગી તો વાદળિયું હતું,
દેવળને બે ભાગમાં વહેંચી દીધું

ગઈ કાલે (વર્ષો પછી), બીજા સ્થળે,બીજા નગરમાં
આ કલ્પન તેને સાંભર્યું
જ્યારે ઝાકઝમાળ દેવળ (મીણબત્તીઓ, ઝુમ્મરો, ઉનાળાનો તડકો)
એકાએક અંધારાઈ ગયું ભરબપોરે-
વાદળ પસાર થતાં-
જ્યારે રકાબી ઉંચકવામાં આવી, પ્યાલીથી ઉપર થઈને ગુંબજ ભણી.

આ સ્મરણો ક્યાં જઈને અટકશે?
વિશ્વમાં કશે ને કશે
જીવ દેહને છોડીને જતો તો રહે છે, પણ પછી
પશ્ચાત્તાપ થતાં પળભર માટે પાછો આવે છે.
પાઓલો વાલેસિઓ,ઇટલી (૧૯૩૯)
અનુવાદ: ઉદયન ઠક્કર

Translation into Gujarati by Udayan Thakkar

***

USPOMENE NE PRIPADAJU NIKOME

Za M.P.

Prijatelj mu je ispričao o tome:
kada je mrtvački sanduk njene sestre unešen u crkvu
“tačno tog trenutka” sunčani zrak
s neba (beše li to u proleće),do tadaoblačnog,
rascepa nave na dvoje.

Juče (godinamakasnije), u drugommestu, u drugomgradu,
ta slika mu je isikrsla u pametiopetkada
se u osvetljenojcrkvi (sveće, lusteri, letnjesunce),
odjednompomračilo u podne – oblakjeprošao –
“tačnotogtrenutka“kadjeparčehlebabilostavljeno
iznadčaševina i podignutokakupoli.

I zajoš malovremena, gdeće ovo sećanje da stigne?
Usrednekogprostog, zajedničkog terena,
negde u svetu,
gdedušepolažusvojeostatke;
ali se svako toliko, pokajane,
vrate za samo još nekoliko trenutaka.

na srpski S. Piksiades
Translation into Serbian by S. Piksiades

(Paolo Valesio)

 

Recueil: ITHACA 656
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FAUX DÉPART (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020




    
FAUX DÉPART

Penser qu’on aurait pu devenir cela aussi :
des héros, le visage resplendissant
et le corps couturé de blessures,
Alexandre aux portes d’Ecbatane, Colomb ou —

Penser cela ici, dans l’herbe abandonnée
au piétinement des boeufs sombres,
et piétiner comme eux, l’âme assourdie,
mais l’oeil prêt à ce qui doit venir

tôt ou tard, n’importe : qui viendra,
étant donné le point d’origine, l’axe,
l’uniformité du mouvement et la vitesse
avec laquelle comme un noyé

nous déglutissons nos échecs et nos ruines.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Penser que le soleil lui-même a des ennuis (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2020




    
Penser que le soleil
Lui-même a des ennuis,

Que le soleil lui-même
A de sombres histoires

Avec de petits riens
Qui font les grands nuages

Et d’autres petits riens
Qui font pire, en lui-même,

Cela devrait pouvoir
Me consoler un peu.

(Eugène Guillevic)

 

Recueil: Ouvrir
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la pluie et les lumières (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2020



Dans la pluie
et les lumières
j’ai vu le chiffre 5
en or
sur une voiture de pompier
rouge
avançant
tendue
inaperçue
dans les sonneries des cloches
les hurlements des sirènes
et le grondement des roues
dans la ville sombre.

(William Carlos Williams)

Illustration: Charles Demuth

 

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