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Poésie

Posts Tagged ‘sombre’

Devant l’écran pâle du soir (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    
Devant l’écran pâle du soir,
l’église, avec ses tours pointues,
et le large campanile
où doucement se balancent les cloches,
se dresse, haute et sombre.

L’étoile est une larme
dans l’azur céleste.
Sous l’étoile claire
flotte, flocon échevelé,
un chimérique nuage d’argent.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard
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Bleu (Hadassa Tal)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



    

Bleu
(Extraits)

Un colibri
enflamme
les ombres bleues en secret
ne siffle qu’une fois
et sombre
à la renverse
devant moi

*

Les langues du vent sont douces sur les joues de l’oiseau

*

Dans la verdure d’un cyprès
le soleil verse
ses rayons

Un colibri rame sur une feuille de géranium
minuscule comme
pour se poser
dans la paume
d’un
enfant

(Hadassa Tal)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Père (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



    

Père, j’ai bien compris : vous avez besoin d’ombre
Pour faire rire mieux la lumière, et besoin
De nuit pour que le jour après ce péril sombre
Soit plus émerveillé de revenir de loin ;

Et besoin dans les champs d’herbe grise, humble, vaine,
Pour que la fleur éclate en plaisir plus vermeil ;
Et de brume, et de pluie, et de temps pleins de peine
Pour que les autres temps soient plus beaux au soleil.

…Je pleure… Tout est bien.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vous m’avez tiré du néant (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration
    
C’est étrange que, toute jeune et petite, à l’âge de ma plus grande foi
et de mon plus ardent amour pour l’Amour invisible,
j’aie toujours eu dans l’ombre du sang ce grand cri sombre de naissance
que même Dieu n’a jamais complètement apaisé.

(…)
Mais quand le prêtre commençait la seconde oraison:

« Que vous rendrais-je, ô mon Dieu,
pour tous les biens que j’ai reçus de Vous ?

(…)
Vous m’avez tiré du néant… »

brusquement mon coeur s’arrêtait de prier.
(…)
Je ne pouvais pas, non !

Je ne pouvais pas le remercier de m’avoir tirée du néant,
et encore aujourd’hui je ne le peux guère.

J’eusse préféré qu’il m’y laissât à l’abri
de ce grand trouble de vivre et de mourir.

(Marie Noël)

 

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D’aucuns s’étonnent (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



    

D’aucuns s’étonnent de mon chant sombre
à cause de ces jeux gais et de mes candides allégresses.

Je suis ainsi, noire,
et parfois lumineuse par grâce.

Et j’ai un nom qui le dit bien:
Marie Noël, Marie (mara) l’amertume mortelle de ma racine,
Noël mon miracle, ma fleur de joie.

(Marie Noël)

 

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CANTE HONDO (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2018



 

Illustration: Gérard Segear

    
CANTE HONDO

Je méditais profondément en déroulant
les fils de l’amertume et de la tristesse,
quand à mon oreille parvint,
par la fenêtre de ma chambre, ouverte

sur une chaude nuit d’été,
la plainte d’une copia songeuse,
brisée par les sombres trémolos
des rythmes magiques de ma terre.

… Et c’était l’Amour, comme une flamme rouge…
— Sur la corde vibrante une main nerveuse
plaquait un très long soupir d’or,
qui se transformait en une pluie d’étoiles —.

Et c’était la Mort, sa lame sur l’épaule,
marchant à grands pas, farouche et squelettique
— comme je la rêvais lorsque j’étais enfant —.

Et sur la guitare, résonnante et tremblante,
la main en frappant brusquement évoquait
le bruit d’un cercueil qui vient frapper la terre.

Et le souffle qui balaie la poussière
et jette au vent la cendre
était un gémissement solitaire.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Une aube de printemps m’a dit (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Une aube de printemps m’a dit :
Dans ton coeur sombre j’ai fleuri
il y a longtemps, ô vieux pèlerin
qui ne coupes pas les fleurs du chemin.

Ton coeur d’ombre garde-t-il par hasard
le vieil arôme de mes lys anciens?
Mes roses parfument-elles encor le front blanc
de la fée de ton rêve aux éclats de diamant?

J’ai répondu au matin :
Mes rêves ne sont que cristal.
Je ne connais pas la fée de mes songes
et j’ignore si mon coeur est fleuri.

Mais si tu attends le pur matin
qui brisera le vase cristallin,
la fée peut-être te donnera tes roses,
mon coeur tes lys.

(Antonio Machado)

Illustration: Malinowsky

 

 

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SPLEEN (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



SPLEEN

Passent les heures d’amertume
dans la pièce familière,
la chambre vaste et sombre
où je me mis à rêver.

Dans un coin, l’horloge
brille dans la pénombre;

(Antonio Machado)

 

 

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L’épine d’une passion (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



épine au coeur

l’épine d’une passion;
un jour j’ai pu me l’arracher :
je ne sens plus mon coeur.

Et toute la campagne un instant
demeure, muette et sombre,
pour méditer. Le vent retentit
dans les peupliers de la rivière.

Mais le soir s’obscurcit encore;
et le chemin qui tourne, tourne,
et blanchit doucement,
se trouble et disparaît.

Mon chant recommence à pleurer :
«Épine pointue et dorée,
ah! si je pouvais te sentir
dedans mon coeur clouée.»

(Antonio Machado)

 

 

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LA VIEILLE VILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Bordel, Aurore Durozelle, Bd Alsace Lorraine, avril 2012.

LA VIEILLE VILLE

Souvent, pour revenir à la maison,
je prends une rue sombre de la vieille ville.
Jaune dans une flaque de boue un fanal se reflète
et le chemin est encombré.

Là, parmi ceux qui vont et qui viennent
de l’auberge à la maison ou au bordel,
parmi ces choses et ces hommes,
rebut d’un grand port de mer,
là en passant je retrouve
l’infini dans l’humilité.
Là, prostituée et marin, le vieux
qui jure, la femme qui se dispute,
le dragon attablé devant
une friture,
la tumultueuse jeune fille folle
d’amour,
sont toutes créatures de la vie
et de la douleur.
En elles, comme en moi, s’agite le Seigneur.
Là en compagnie des humbles
je sens ma pensée se faire
plus pure quand plus abjecte est la rue.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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