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Poésie

Posts Tagged ‘heure’

L’amoureux inquiet (Oscar Mandel)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018




    
L’amoureux inquiet

Trois jours d’absence, et dans cette cuillerée d’heures
Mugit un océan de peurs.

***

The journey

For three days, good-bye,
anf in that thimble of time
oceans of apprehension lie.

(Oscar Mandel)

 

Recueil: Cette guêpe me regarde de travers
Traduction:
Editions: Bruno Doucey
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220 satoris mortels (François Matton)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2018



Illustration

    

Quand ce serait l’heure d’y aller
mais qu’on n’y est pas du tout

Quand en sauvant un papillon
attaqué par des fourmis
on se prend pour un saint

Quand on est si loin de chez soi
qu’on finit par l’oublier

Quand on est couché dans son lit
et qu’on entend soudainement craquer
le plancher du grenier

Quand le spectacle de la Nature
devient le seul spectacle supportable

Quand on est heureux
et malheureux
simultanément
sans raison

Quand
OH Regarde

Quand un arc-en-ciel
une colline jaune
un lapin à deux pas

Quand la projection
est subitement suspendue

Quand on ne saurait dire
si le monde préexiste à la perception

Quand toutes les salles se vident
et que le silence revient

Qaund passer le balai
se révèle plus efficace
qu’avaler un anxiolytique

Quand on n’est plus personne
à l’instant où le petit oiseau va sortir

Quand tout paraît
bulles de savon
à la surface
et au-dedans

Quand un changement de focale
sauve du monde bavard des hommes

Quand on se demande bien
pourquoi
on n’a pas commencé par là

Quand la montagne
déplace la Foi

Quand on hésite à frapper
au seuil de l’Inconnu

Quand on jurerait être
déjà passé par là

Quand les mots s’espacent
à mesure que le souffle s’allonge

Quand la joie se réveille
au moment où
on s’y attend le moins

Quand toute votre enfance resurgit
du simple fait d’être
monté au grenier

Quand on s’arrête
soudainement
de se croire
un monstre

Quand ça chatouille les chakras
à travers la forêt
des plaisir sensoriels

Quand tout l’éclat du monde
se concentre sur un seul point

Quand on espère très fort
que ça n’est pas une mauvaise blague

Quand bêtement
d’un coup
on ne veut plus
mourir

Quand vous n’avez
plus de tête
et que vous ne
le regrettez pas

Quand on assiste
au retour inopiné
de figures
très aimées

Quand la joie descend
jusqu’aux orteils

Quand la tentation est trop forte
bien que le panneau soit énorme

Quand ça semblerait bien
pouvoir durer toujours

Quand Ouuuiii ii i iii i i i i

Quand on n’a plus
qu’une envie

Quand il fait si bon
si doux
si tout

Quand cet élan
qui nous prend
c’est le pur Amour

[…]

(François Matton)

 

Recueil: 220 satoris mortels
Traduction:
Editions: P.O.L.

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HEURE GRAVE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



 

HEURE GRAVE

Qui maintenant pleure quelque part dans le monde,
sans raison pleure dans le monde,
pleure sur moi.

Qui maintenant rit quelque part dans la nuit,
sans raison rit dans la nuit,
rit de moi.

Qui maintenant marche quelque part dans le monde,
sans raison marche dans le monde,
vient vers moi.

Qui maintenant meurt quelque part dans le monde,
sans raison meurt dans le monde,
me regarde.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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AUJOURD’HUI COMBIEN D’HEURES TOMBENT (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018




Aujourd’hui combien d’heures tombent, tombent
dans le puits, dans la nasse, dans le temps :
elles sont lentes mais ne prennent de repos,
elles tombent, se rassemblant
au début comme des poissons,
puis comme des pierres lancées ou des bouteilles.
En bas, les heures
avec les jours s’entendent,
avec les mois,
avec les souvenirs fumeux,
avec des nuits désertes,
des femmes, des habits, des trains et des provinces,
le temps
s’accumule, et chaque heure
se dissout en silence,
s’effrite et choit
dans l’acide aux vestiges,
dans les eaux noires
dans la nuit sens dessus dessous.

(Pablo Neruda)

Illustration: Salvador Dali

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L’HEURE EXQUISE (Bernard Bailly)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



L’HEURE EXQUISE

C’est l’heure où les filles
Vont sous les charmilles
Peaufiner un rêve
Qui ne finit pas.

C’est l’heure où les lèvres
Connaissent la fièvre
Des longs baisers bleus
Sous les catalpas.

C’est l’heure où les roses
Se métamorphosent
En chansons d’amour
Qui finissent bien.

C’est l’heure où l’archange
Plane dans l’étrange :
Délaissant les cieux
Il tombe amoureux !

Un parfum miellé
Envahit la brise.
Tilleul ou laurier?
Voici l’heure exquise !

(Bernard Bailly)

Illustration: Antonio Canova

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J’arrive où je suis étranger (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Louis Aragon
    
J’arrive où je suis étranger
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon

Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux

Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus

Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps

C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie

C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux

O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

(Louis Aragon)

 

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Cible (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



Illustration: ArbreaPhotos
    
Cible

Pour les rires ailés je suis la large cible,
Car je vis dans le songe adorable et terrible.

Accourez vivement en choeur, vous, ombres vertes,
Et riez en voyant ma face découverte.

Mon coeur est las enfin des mauvaises amours,
Des songes de mes nuits et des maux de mes jours.

Mon coeur est vieux autant qu’un très ancien grimoire
Et, désespérément, j’appelle l’Heure Noire.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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SOUS LE CERISIER BLANC (Christophe Langlois)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Emile Eisman-Semenowsky  
    
SOUS LE CERISIER BLANC

Un temps de désir sans nom
un temps de dôme
et d’attente nue
un temps lavé par les vents

une heure de solitude peut-être ?

une heure de regard perdu sous mes rosiers de nuit

le Bien-Aimé me tourne alors, me serpente, me parcourt
me crie grâce de jurer son amour
pour n’être plus moi-même
que cette passion qui entoure

le serment seul est vivifiant
en prière d’être partout
ce qui regarde
ce qui attend

(Christophe Langlois)

 

Recueil: L’amour des longs détours
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’hiver est pareil à l’absence (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2018



Illustration: Jan Balet
    
L’hiver est pareil à l’absence
L’hiver a des cristaux chanteurs
Où le vin gèle perd tout sens

Où la romance a des lenteurs
Et la musique qui m’étreint
Sonne sonne sonne les heures
L’aiguille tourne et le temps grince
L’aiguille tourne et le temps grince

(Louis Aragon)

 

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Fleurs (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Fleurs

Éblouissement devant la beauté des montagnes.
Finalité d’une clarté grandiose, l’immensité verte que
surplombe le blanc immaculé de l’origine : hautes
montagnes très visibles dans la nostalgie du jour qui s’éteint.

Et puis, au bord de la route, ces fleurs du quotidien,
sauvages, généralement dans les tons de mauve, hautes.
Et là, au ras du sol, du jaune, du blanc, un peu de bleu vif aussi.

C’est l’heure où l’on «rentre au foyer».

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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