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Poésie

Posts Tagged ‘frais’

Avant Carthage (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



 

Illustration: Marie Dominique Garnier Bossy
    
Avant Carthage

Brumes enchanteresses
laissez monter en moi le souvenir
des antiques cités

Le soleil comme un oeil brillant accroche
les brumes épaisses
déchirant la toile de l’oubli

Je vois une coupole d’or
et la silhouette au crayon bleu des toits de la ville
un port rond comme un oeuf relié à la mer
d’où s’échappent des bateaux longs

Inondant l’azur frère de l’eau
la lumière est si forte
qu’elle en brûle d’une flamme blanche
ma pauvre mémoire

Je sais pour sûr que c’est une ville
aux rues fraîches et tortueuses
mère de nos médinas

C’est pourquoi comme une pauvresse
je reste à son seuil de lignes peintes
attendant qu’elle rouvre ses portes

Brumes enchanteresses
laissez monter en moi le souvenir
des antiques cités

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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IMAGE DE LA FEMME NUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018



Illustration: Brad Kunkle
    
IMAGE DE LA FEMME NUE

La femme prise dans ses feuilles
Ne bouge pas plus qu’un oiseau
Elle écoute son sang qui hante
Le ciel limpide la forêt

Lentement dans sa poitrine
Se défont des liens obscurs
Elle est debout dans son poids d’herbe
Elle tient à la main des fleurs

Ses tristes yeux ne pensent guère
A la beauté qui est en eux
Mais davantage au merveilleux
Des choses rondes de la terre

Elle regarde sans y croire
Les animaux qui viennent boire
Marchent un peu et puis s’essuient
Les lèvres fraîches sous les saules

Elle est vêtue de ses épaules.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Devant cet arbre immense et calme (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
Devant cet arbre immense et calme
Tellement sûr de son amour
Devant cet homme qui regarde
Ses mains voltiger tout autour
De sa maison et de sa femme

Devant la mer et ses calèches
Devant le ciel épaule nue
Devant le mur devant l’affiche
Devant cette tombe encor fraîche

Devant tous ceux qui se réveillent
Devant tous ceux qui vont mourir
Devant la porte grande ouverte
A la lumière et à la peur

Devant Dieu et devant les hommes
A chaque vie d’être vécue.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Parole-Soleil (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    

Parole-Soleil

Broyés par la violence
Minés par la haine
Les corps se rompent
L’âme déserte
Le coeur se râpe

Pourtant d’éclipses en éclipses
rendant arme
Rendant grâce
Les hommes retracent parole d’amour

Parole d’héritage et d’avenir
Qu’aucune redite n’érode
Qu’aucun pillage ne décime

Fraîche parole
parmi nos loques
Parmi nos ombres :
Parole-Soleil !

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Poèmes pour un texte 1970-1991
Traduction:
Editions: Flammarion

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Si tu disparais de mes yeux trop longtemps (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



 

Illustration: Oleg Zhivetin
    

Si tu disparais de mes yeux
trop longtemps
je n’aurai de toi dans la nuit de ma tête
que la pâle clair de lune de ton image
je n’aurai
qu’un reflet de tes yeux
traversant des nuages
le mot double de ta bouche
illisible sur la page de ta face.

Si tu disparais de mes yeux je n’aurai
rien que leur envers incertain
perchoir où se pose
chaque vague souvenir et bientôt
je ne saurai
si c’est ton ombre que je retiens
ou un rêve déchiré
ou un passé qui jette de sa cendre
la dernière étincelle.

Si tu disparais je n’aurai
que le frisson au bout des doigts
de ta chair
fleur gardée fraîche par le désir
et que le souvenir
de tes dents derrière mes lèvres.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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La fontaine (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
La fontaine

Dans la pâleur de l’air se dresse mon désir,
Fraîche rumeur sans repos sur un fond de verdure,
Telle une svelte colonne tronquée dont la grâce
Couronne le calme déjà céleste des eaux.

Bananiers et châtaigniers bordent de lisses avenues
Et emportent tout au loin mon soupir diaphane,
De chemins lumineux en nuages légers,
Du vol ralenti des colombes grises.

Au pied des statues vaincues par le temps,
Alors que je copie leur pierre dont le charme a figé
Ma tremblante sculpture de ces instants liquides,
Unique entre les choses, je meurs et toujours renais.

Ce jaillissement sans fin vient de la lointaine
Cime où tombèrent les dieux, des siècles
Passés, et son accent de paix baigne encore la vie
Qui dore faiblement le bleu de ma fougue glacée.

En moi flottent au vent les traces apaisées
De vieilles passions, de gloires et de deuils d’antan,
Ils demeurent, dans l’ombre naissante du soir,
Mystérieux face à la vaine rumeur de l’éphémère.

La magie de l’eau fige les instants :
Je suis le divin secours de la peine des hommes,
L’image de qui fuit la lumière pour l’ombre,
Le trouble de la mort devenu mélodie.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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L’ÉTÉ (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



L’ÉTÉ

Joie nouvelle d’une fièvre
D’une saison secrète
Moins friables par surcroît de ténèbres
Ou avis de grand frais
Et cette marque au fer
Qui charme le destin
Sous un bracelet de cuir

Un écart volontaire a tout désarçonné
L’horizon s’est retrouvé avec un peu plus de ciel
Un peu plus de latitude inconnue
Et un projet de coupe claire

Au point du jour
C’est déjà le beau midi de la lumière
L’ardeur dans les coursives qui ouvrent sur le désert
Comme on étreint cet impossible été
Au goût de soufre et de miracle
En se regardant dans les yeux

(André Velter)

Illustration

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L’encrier noir au clair de lune (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
L’encrier noir au clair de lune
l’encrier noir au clair de lune
au clair de la lune un encrier noir
au clair de la lune un encrier noir
au pauvre poète a prêté sa plume
au pauvre poète a prêté sa plume
il fait un peu frais ce soir
au clair de la lune un encrier noir
sur le papier blanc a couru la plume

la plume a couru zen petits traits noirs
une lune blanche un sombre encrier
sont les père et mère de ce nouveau-né
une lune blanche un sombre encrier

(Raymond Queneau)

 

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Achetez mes soupirs (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Pierre Bonnard
    
Achetez mes soupirs.
Prenez mes doutes.
Je vous donne un cornet de grimaces ?
Quand j’aurai tout vendu,
j’irai renaître loin de moi,
entre une mangue fraîche,
un baiser très félin,
quelques objets sans nom.
Achetez mes espoirs.
Prenez mes certitudes.
Je vous donne un cornet de sourires ?
Je suis le marchand des quatre raisons.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Miroir (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017




    
Miroir

Me voici, obstacle, me voici ; je ne m’attendais plus
mes yeux sont devenus comme une double nuit
je n’ose illuminer ce spectre, je n’ose
effacer le sourire de ces lèvres pâlies
que l’amour las ne pavoise plus.

Me voici ombre qui ai vécu
sous l’ombre de la main aux os poussiéreux d’astres
me voici devant le juge sans pardon

Le vent connaît mon crime, qui visite la bouche des morts
dont l’amour clair ceint chaque doigt
de la fille vendeuse de chair
et de la vierge aux yeux de soie.

Je ne sais plus rien et je suis las d’étreintes
j’ai tué tous mes rêves qui m’empêchaient de vivre
j’ai dû nourrir mon corps du sang frais des colombes
et j’ai tari les sources jusqu’au tréfond du sable.

Je n’ai plus rien que moi, je me salue enfin
gorgé de chairs étrangères, d’innocences et de vices
mains humides de science veule
coeur pourri de trop de proies.

C’est ainsi, c’est donc ainsi que se peint le visage
de l’homme qui efface la boue par de la boue
rien ne reste des gestes trop souvent accomplis
qu’un pli mystérieux soulignant le sourire.

Je te salue visage mensonge de silence
héritier impassible des instants de ma vie
où la rage native faiblit en violences
pour mon portrait de mort la pose est deja prise

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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