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Poésie

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Si tu le veux bien (Léon Randin)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2021




    
Si tu le veux bien

Si tu le veux bien, enfant aux yeux bleus,
Au front doux et pur, au sourire heureux,
Nous irons aux champs dans les grandes herbes,
Si tu le veux bien, enfant aux yeux bleus,
De mille bluets composer nos gerbes.

L’aurore paraît, la nuit fuit le jour,
Pour toi l’oiseau dit ses chansons d’amour,
Et la fleur s’éveille, ô ma douce amie.
L’aurore parait, la nuit fuit le jour,
Et toi seule encor restes endormie.

Je connais au bois de vrais coins charmants,
Tout frais… et cachés, faits pour les amants,
Comme le bon Dieu rarement parsème.
Je connais au bois de vrais coins charmants
Où l’on est heureux, où toujours l’on s’aime.

Et là nous irons la main dans la main,
Sans s’inquièter ni du lendemain,
Ni du monde vain qui jamais ne rêve.
Viens, là, nons irons la main dans la main,
Enivrés et seuls, et rêvant sans trêve.

Viens, car le soleil monte dans le ciel
Plus étincelant et plus solennel,
Jetant sur les prés ses rayons de flammes.
Viens, car le soleil monte dans le ciel :
C’est l’heure d’aller où chantent les âmes.

De rêve et d’amour ce n’est point assez,
Dirons-nous tous deux mollement bercés
Par le chaud zéphir ou la folle brise.
De rêve et d’amour ce n’est point assez
Dira notre coeur qui, je crois, se grise.

Notre oeil se noiera dans l’azur serein,
Recherchant avide un regard divin
Et les habits blancs d’adorables anges.
Notre oeil se noiera dans l’azur serein,
Et nous chanterons de pures louanges.

Si tu le veux bien, enfant aux yeux bleus,
Au front doux et pur, au sourire heureux,
Nous irons aux champs dans les grandes herbes,
Si tu le veux bien enfant aux yeux bleus,
De mille bluets composer nos gerbes.

(Léon Randin)

 

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UNE LONGUEUR D’AVANCE (André Welter)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2021



Illustration
    
UNE LONGUEUR D’AVANCE
à Gérard Chaliand

La poésie se joue du temps.
Elle parle et sait de très loin.
Dans l’univers d’avant-naître.
Dans l’instant d’outre-venue.
Dans le réel plus vaste.

Elle est lueur de mise en abîme.
Feu souverain hors des flammes.
Trace qui préfigure.
Elle est nuit très pure.
Aube fraîche.
Grand midi.

Rythme et visée
de toute vie qui se risque.
La poésie est sursaut d’adolescence à jamais.
Désir sans frein.

Vitesse.
Vertige.
Frénésie de départ.

Comme un galop dans le sang.
Comme un soleil à la bouche.
Et l’infini qui se donne en partage…

[…]

(André Welter)

 

Recueil: La vie en dansant – Au cabaret de l’éphémère – Avec un peu plus de ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA NUIT DERNIÈRE (Wei Zhuang)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021



Illustration: Chai Qiu Nong
    
LA NUIT DERNIÈRE

La nuit dernière,
dans mon rêve
je l’ai vue clairement
sur l’oreiller.
Longtemps nous avons chuchoté.
Son visage toujours frais
comme une fleur de pêcher,
souvent elle baissait les paupières
pareilles aux feuilles de saules.
Moitié timide, moitié gaie,
prête à partir, elle s’attardait.
En me réveillant, j’ai su
que ce n’était qu’un rêve.
Une tristesse infinie
a inondé mon coeur.

(Wei Zhuang)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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TRISTESSE EN MAI (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
TRISTESSE EN MAI

C’est la douceur fondue du soir
Transparent vers dix-sept heures au mois de Mai.
Et monte le parfum des roses.
Comme pièces de monnaie au fond de l’eau en zigzaguant
Tombe le compte lourd de ma journée.

Des cris — qui sait si c’est de haine ? —
Des mots de fronde sur des visages d’adolescents.
Poussière et dos ruisselants, enthousiasmes, essoufflements.
Des enveloppes douloureuses avec paysages de baobabs,
Corvées en file indienne et charognards sur fond d’azur.
Bien des confidences encore.
Et pour relever mes épaules,
Pour donner le courage d’un sourire à mes lèvres défaites,

Pas un rire d’enfants fusant comme bouquet de bambous,
Pas une jeune femme à la peau fraîche, puis douce et chaude,
Pas un livre pour accompagner la solitude du soir, Pas même un livre !

(Léopold Sédar Senghor)

Extrait de Poèmes perdus (1984)

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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J’AIME TA LETTRE (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2021




    
J’AIME TA LETTRE

J’aime ta lettre, plus douce que l’après-midi du Samedi
Et les vacances, ta parole de songe bleu.

La fragrance des mangues me monte à la nuque
Et comme un vin de palme un soir d’orage, l’arôme féminin des goyaves.

Les tempêtes suscitent les humeurs, le palais blanc s’ébranle dans ses assises de basalte
L’on est long à dormir, allongé sous la lampe sous la violette du Cap.
La saison s’est annoncée sur les toits aux vents violents du Sud-Ouest
Tendue de tornades, pétrie de passions.

Les roses altières les lauriers-roses délacent leurs derniers parfums
Signares à la fin du bal
Les fleurs se fanent délicates des bauhinias tigrées
Quand les tamariniers aux senteurs de citron allument leurs étoiles d’or.
Du ravin monte, assaillant mes narines, l’odeur des serpents noirs
Qui intronise l’hivernage.

Dans le parc les paons pavoisent, en la saison des amours.
Rutilent dessus les pelouses, pourpres princiers, les flamboyants
Aux coeurs splendides, et les grands canas d’écarlate et d’or.
M’assaillent toutes les odeurs de l’humidité primor-diale, et les pourritures opimes.
Ce sont noces de la chair et du sang — si seulement noces de l’âme, quand dans mes bras
Tu serais, mangue mûre et goyave ouverte, souffle inspirant ah ! haleine fraîche fervente…

J’aime ta lettre bleue, plus douce que l’hysope
Et sa tendresse, qui me dit que tu es m’amie.

(Léopold Sédar Senghor)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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L’odeur du pain frais (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2021



L’odeur du pain frais s’élève
Des champs de blé
A midi, en été

(Abbas Kiarostami)

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Cueillie au printemps (Catulle Mendès)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Le poète se souvient d’une fleur…

cueillie au printemps

Une rose d’un mois d’avril
Sous une étoile qui regarde
Éveilla, malice ou mégarde,
mon désir pas encor viril.

C’est ta bouche au rose grésil
Qui fut pour ton page, Hildegarde,
Une rose d’un mois d’avril
Sous une étoile qui regarde.

J’ai connu les deuils, le péril,
Depuis, et l’angoisse hagarde !
mais qu’importe, puisque je garde
Fraîche en mon vieux coeur puéril
Une rose d’un mois d’avril !

(Catulle Mendès)

 

 

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LE BONHEUR EST EN MOI… (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021



LE BONHEUR EST EN MOI…
A Carmen.

Le bonheur est en moi comme une eau si tranquille
Que le jour et la nuit n’y mêlent plus leurs eaux
Plus dur que les rochers, plus tremblant que les îles
Comme un bateau s’en va sur deux sillons de laine
Comme un lourd front d’auroch qui partage les eaux

Le bonheur est en moi comme une flûte d’aube
Qui s’allume et s’endort, ô ma rainette d’eau
Ma rainette d’eau claire sur les rives d’argile,
Ce bonheur caressé comme une harpe d’eau.
Douce tête sans nid, douce tête sans rides
Épaule du sommeil, vague au faîte des arbres
Tous les sommeils chantaient en moi comme les eaux

Pour se poser la lune écarte les roseaux
Je retrouve avec toi les printemps éternels
L’arôme des rosiers, les murmures des masques
Les oiseaux sont couchés sur la paille du ciel
Et ton coeur lentement chuchote jusqu’à moi
Doux comme une souris dans le palais des livres
Le rire silencieux de l’herbe déserte

Tout m’entraîne vers toi, tout conspire à ta perte
Ame fraîche, éblouie sous cette averse d’or.

(Maurice Fombeure)

Illustration: Alexander Sigov

 

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S’occuper instamment des petits cailloux qui pèsent et qui chagrinent (Brigitte Sensevy)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



Illustration: Ira Mitchell-Kirk
    
S’occuper instamment des petits cailloux qui pèsent et qui chagrinent : les prendre, les rincer à grande eau, les dénoyauter, les presser, les expurger de tout leur jus noir et amer, les laisser s’adoucir dans du sucre, mettre à macérer trois jours durant sous un couvercle.

Premier jour partir, légère, dans un chemin ouvert, grand ouvert, très très grand ouvert sur un azur qui s’étale, et se clame.

Deuxième jour, se jeter à corps perdu vers les moissons du ciel, y étendre sa chanson d’amour et de lumière.

Profiter du dernier jour pour en faire sa demeure fraîche et ouverte, son lit de déraison.
Enfin tirer la couverture de la curiosité : défaire les plis un à un, se couler sous elle et déguster le chutney de petits cailloux apporté par le Tendre…

(Brigitte Sensevy)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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Gracile et indolente (Brigitte Garel)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2021



    

Gracile et indolente
Passer rêvant la porte vénérable

Soupirs odorants du jardin
Fraîches caresses de la fontaine
Arabesques moussues d’une statue baroque
Tout est chuchotements
Bruissements
Parfums vanillés
Kaléidoscopes de pâmoisons colorées

Se laisser envahir par la douce saveur de l’instant

(Brigitte Garel)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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