Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘serpent’

Où cours-tu ? (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2020



Illustration: Nathan Oliveira 
    
Il est difficile au milieu du brouhaha de notre civilisation
qui a le vide et le silence en horreur
d’entendre la petite phrase qui, à elle seule,
peut faire basculer une vie :
«Où cours-tu ?»

Il y a des fuites qui sauvent la vie :
devant un serpent, un tigre, un meurtrier.
Il en est qui la coûtent :
la fuite devant soi-même.
Et la fuite de ce siècle devant lui-même
est celle de chacun de nous.

«Où cours-tu ?»
Si au contraire nous faisions halte – ou volte-face –,
alors se révélerait l’inattendu :
ce que depuis toujours nous recherchons dehors
veut naître en nous.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: Le livre de poche

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’aspire à m’enfouir sous les arbres (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2020



Illustration: Karen L’Hemeury  
    
J’aspire à m’enfouir sous les arbres. Je suis
Comme ces animaux sauvages que des hommes

Ont pris, saisis, traînés dans la ville où nous sommes,
Et qui, dans une cage enfermés tristement,
Voyant la face humaine avec étonnement,
Font tous les mouvements d’un serpent qui se sauve,
A travers les barreaux passent leur museau fauve,
Et sombres, effarés, pensifs, cherchent à voir
Quelque taillis épais, quelque buisson bien noir,
Un trou profond caché dans un fouillis champêtre,
Où tout a coup dans l’ombre ils puissent disparaître

(Victor Hugo)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

REPIT (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2020




    
REPIT

Nombreuses et grandes
Sont mes tentatives —
Dans les profondeurs et dans les hauteurs,
Entre les ténèbres et la lumière,
De l’atome aux galaxies,
Du premier baiser sur les lèvres
Au dernier baiser sur les paupières,
De la fleur au serpent,
Du pain au poison,
De la caresse au poignard,
Du rugissement du lion
Au chant de l’alouette,
De moi,
Saisi par les vrilles du temps,
A toi,
Qui laisses s’enrouler distraitement le temps
Dans ton giron, comme une pelote.
Du rivage de mes heures,
Je contemple les bords de tes éternités.
Mon compas
Elargit son angle
Jusqu’à 180°.
Je regarde,
Et les lointains que j’aperçois
Sont poussière de voie lactée.
Mes ères
Frappent avec des poings d’enfant
A ta porte d’azur
Cloutée d’étoiles.
Que faire ?
Je n’ai pas de bateau qui puisse
Me mener par-delà les frontières de mon être,
Et lorsque je reviens en moi-même, je vois toujours
Des immensités et des ports qui ne sont que rêves.
Ma halte
Est celle du vent
Que l’air délogera
D’entre deux branches frémissantes

(Mihai Beniuc)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE DESERT (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020



 

LE DESERT

N’importe qui
Vaut mieux
Que personne.

Dans le soir sans vie
Le serpent lui-même
Qui déroule
Sa terreur sur le sable…

Vaut mieux que personne
Dans ce solitaire
Pays.

***

Desert

Anybody
Better than
Nobody.

In the barren dusk
Even the snake
That spirals
Terror on the sand –

Better than nobody
In this lonely
Land.

(Langston Hughes)

Illustration: Caroline Duvivier

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ATTENTE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2020



Illustration: Tamara Lunginovic
    
L’ATTENTE

Des attentes sans nombre
Parcourent les jungles du coeur.
Les unes hurlent comme les loups.
Qu’elle arrive une bonne fois, elle,
La femme, colonne en marbre de la lune,
Dansant sur des alpages ensoleillés;
D’autres guettent aux alentours de ponts
Pour vous attirer dans le gouffre;
D’autres dorment, ours dans leur tanière
Ou serpents engourdis
Par les brumes de l’automne;
Les unes croisent votre sentier,
Lapins effrayés,
Et courent, courent à travers champs.
Mais il y a une grande attente
Qui ressemble à l’ombre.
Elle est tantôt devant, tantôt derrière,
Elle se roule à vos pieds,
Elle s’apprête à vous saisir la nuque,
Elle s’arrête, vous abandonne
Puis se remet à vous pister.
Parfois vous l’oubliez, elle commence alors
A suinter doucement sur votre cerveau
Sa pluie froide.
Vous vous secouez, elle s’enfuit.
Une fois,
Quand vous ne serez pas sur vos gardes,
Elle jettera sur vous ses filets
Où se brisent désespérées
Toutes les flèches de la lumière.

(Mihai Beniuc)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quatre espaces blancs nous regardent (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020




Quatre espaces blancs nous regardent
quatre espaces plus blancs que des cheveux
mais riches
quatre espaces qui sont quatre infinis
L’infini du serpent qui est horizontal
et ceux qui tournent
ou sautent comme des carpes
ou plongent
comme une pierre dans un arbre

(Benjamin Péret)

Illustration: Gilbert Garcin

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ode à l’école du soir (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2020



Illustration: Marc Chagall 
    
Ode à l’école du soir

Employés et manouvriers
s’en vont à l’école du soir
quand la peau des femmes est plus douce
et que les enfants translucides
tracent les dernières marelles
aux carrefours couleur de rose
et par-delà la ville s’étendent
des archipels de villages
remplis aussi d’écoles du soir ;
au haut d’un arbre l’idéal
chante par la voix d’un oiseau,
lentement les rivières coulent,
un fantassin sur un pont d’or
baise aux joues la servante blanche,
douceurs de vivre, ô serpents
emmêlés dans la pourpre vaine,
de lourds passés meurent au ciel ;
qu’Eve à jamais rendit amère
la lourde beauté du feuillage,
mais l’Ecole du soir dans ses bras
de République fortunée
recueille les grands apprentis sages.

(Jean Follain)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: La Main Chaude
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cher coeur, reine du céleri et de la huche (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



Cher coeur, reine du céleri et de la huche,
petite panthère du fil et de l’oignon,
que j’aime voir briller ton minuscule empire,
les armes de la cire et de l’huile et du vin,
de l’ail, et de ce sol que tes mains ont ouvert,
de la substance bleue qu’elles ont allumée,
de la transmigration du songe à la salade,
du serpent enroulé du tuyau d’arrosage.
De ta faucille tu soulèves les senteurs,
je te vois présider au savon dans la mousse,
tu gravis mes échelles et mes escaliers fous,
et tu découvres dans le sable du cahier,
fouillant les symptômes de ma calligraphie
les lettres égarées qui ont cherché ta bouche.

***

Corazón mío, reina del apio y de la artesa :
pequeña leoparda del hilo y la cebolla :
me gusta ver brillar tu imperio diminuto,
las armas de la cera, del vino, del aceite,
del ajo, de la tierra por tus manos abierta,
de la substancia azul encendida en tus manos,
de la transmigración del sueño a la ensalada,
del reptil enrollado en la manguera.
Tú, con tu podadora levantando el perfume,
tú, con la dirección del jabón en la espuma,
tú, subiendo mis locas escalas y escaleras,
tú, manejando el síntoma de mi caligrafía
y encontrando en la arena del cuaderno
las letras extraviadas que buscaban tu boca.

(Pablo Neruda)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’amour (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Illustration: Pierrette Lilot
    
L’amour

Soit tel un serpent qui s’enroule
dans le coeur, il joue au sorcier,
soit des jours entiers il roucoule
à la fenêtre haut perché.

Parfois il brille dans le givre
ou dort avec les giroflées…
Mais sans faillir il nous délivre
et de la joie et de la paix.

Comme il sanglote avec douceur
dans la supplique d’un violon,
mais comme aussi il nous fait peur
dans un sourire encore sans nom.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PAIX SUR LA TERRE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2019



Illustration: Jacob Jordaens

Peintures Jacob Jordaens au Sénat
    
PAIX SUR LA TERRE

L’Archer est debout!
Le Cygne envolé!
Or contre bleu
Une flèche allongée.
On chasse dans le ciel –
Dors en paix jusqu’à demain.

Les Ourses sont au loin!
L’Aigle hurle!
Or contre bleu
Leurs veux étincellent!
Dors!
Dors en paix jusqu’à demain.

Les Soeurs reposent
Leurs bras entrelacés:
Or contre bleu
Leurs cheveux brillent!
Le Serpent s’entortille!
Orion écoute!
Or contre bleu
Son épée scintille!
Dors!
On chasse dans le ciel –
Dors en paix jusqu’à demain.

***

PERCE ON FARTE

The Archer is wake!
The Swan is flying!
Gold against blue
An Arrow is lying.
There is hunting in heaven
Sleep safe tilt to-morrow.

The Bears are abroad !
The Eagle is screaming!
Gold against blue
Their eyes are gleaming!
Sleep !
Sleep safe till to-morrow.

The Sisters lie
With their arms intertwining;
Gold against blue
Their hair is shining!
The Serpent writhes!
Orion is listening!
Gold against blue
His sword is glistening!
Sleep!
There is hunting in heaven
Sleep safe till to-morrow.

(William Carlos Williams)

 

Recueil: Les Humeurs
Traduction: Philippe Blanchon
Editions: La Nerthe

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :