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Les mots c’est une roue en mouvement (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Les mots c’est une roue en mouvement et pourrais-je ordonner leur vertige ?
Ma voix s’aiguise à cette meule.

Gel et silence : le simple cri d’une herbe bouleverserait ce désert.
Découverte surprenante : hennir et devenir vert !

Un arbre s’ébroue, un cheval se couvre de feuilles.
Étendues raides, et pourtant nul coup n’a retenti :
antilopes de la joie, si beaux cadavres.

Qui dérange ainsi le damier de la nuit ? Il va falloir couper cette infatigable main.
L’encre aux doigts d’énigme, les hiéroglyphes de la page.

À peine délivré des mailles de la pensée, je retombe dans les rets du chant.
Être un instant cette mouette qui équilibre toute la mer !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’épaisseur du sang (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
L’épaisseur du sang
remuée, retournée dans les ténèbres,
soupe à emportements, haines, passions,

tant insultée, tant célébrée.

Une trace reste. Une espèce de flamme
qui brûle dans les mots
mais
incertaine
se heurte
au gel du monde.

Ne peut
que l’aborder de face

et tenter
de le pénétrer.

Oui, l’incertaine, l’insistante…

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Je te trouve dans l’étoile (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Je te trouve dans l’étoile
je te trouve dans la mort
tu es le gel de ma bouche
tu as l’odeur d’une morte

tes seins s’ouvrent comme la bière
et me rient de l’au-delà
tes deux longues cuisses délirent
ton ventre est nu comme un râle

tu es belle comme la peur
tu es folle comme une morte

Une étoile s’est levée
tu es je suis le vide
une étoile s’est levée
douloureuse comme le cœur

luisante comme une larme
tu siffles c’est la mort
l’étoile emplit le ciel
douloureuse comme une larme

je sais que tu n’aimes pas
mais l’étoile qui se lève
coupante comme la mort
épuise et tord le cœur

tu es le vide et la cendre
oiseau sans tête aux ailes battant la nuit
l’univers est fait de ton peu d’espoir

l’univers est ton cœur malade et le mien
battant à frôler la mort
au cimetière de l’espoir

ma douleur est la joie
et la cendre le feu

Noire mort tu es mon pain
je te mange dans le cœur
l’épouvante est ma douceur
la folie est dans ma main.

Seule tu es ma vie
des sanglots perdus
me séparent de la mort
je te vois à travers les larmes
et je devine ma mort

si je n’aimais pas la mort
la douleur
et le désir de toi
me tueraient

ton absence
ta détresse
me donnent la nausée
temps pour moi d’aimer la mort
temps de lui mordre les mains

(Georges Bataille)

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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Comme Feuilles – Il Se déplie – Et puis – Il se referme – (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Comme Feuilles – Il Se déplie –
Et puis – Il se referme –
Puis se perche sur la Capeline
De Quelque Bouton d’Or –

Puis dans sa course Il heurte
Et renverse une Rose –
Et puis il ne fait Rien –
Puis plus loin sur un Foc – Se pose –

Et balance, Grain de Poussière
Dans Midi suspendu –
Entre – revenir Ici-bas –
Ou migrer vers la Lune –

De Lui qu’adviendra-t-il la Nuit –
L’Ignorance borne
Le privilège de le dire –
De Lui qu’adviendra-t-il – Le Jour –

Où le Gel – étreindra le Monde –
Des Vitrines – le montrent –
Un Sépulcre en curieuse Soie floche –
Une Abbaye – un Cocon –

***

He parts Himself- like Leaves –
And then – He closes up –
Then stands opon the Bonnet
Of Any Buttercup –

And then He runs against
And oversets a Rose –
And then does Nothing –
Then away opon a Jib – He goes –

And dangles like a Mote
Suspended in the Noon –
Uncertain – to return Below –
Or settle in the Moon –

What come of Him at Night –
The privilege to say
Be limited by Ignorance –
What come of Him – That Day

The Frost – possess the World –
In Cabinets – be shown –
A Sepulchre of quaintest Floss –
An Abbey – a Cocoon –

(Emily Dickinson)

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Bonhomme de neige (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Bonhomme de neige

Il faut posséder un esprit d’hiver
Pour regarder le gel et les branches
Des pins sous leur croûte de neige ;

Avoir eu froid longtemps
Pour contempler les genévriers hérissés de glace,
Les épicéas, bruts dans l’éclat lointain

Du soleil de janvier ; et ne pas imaginer
De détresse aucune dans le bruit du vent,
Le bruit d’une poignée de feuilles,

Qui est le bruit de l’étendue
Emplie du même vent
Soufflant dans le même lieu nu

Pour qui écoute, écoute dans la neige,
Et, n’étant rien lui-même, ne contemple
Rien qui ne soit là et le rien qui est.

***

The Snow Man

One must have a mind of winter
To regard the frost and the boughs
Of the pine-trees crusted with snow;

And have been cold a long time
To behold the junipers shagged with ice,
The spruces rough in the distant glitter

Of the January sun; and not to think
Of any misery in the sound of the wind,
In the sound of a few leaves,

Which is the sound of the land
Full of the same wind
That is blowing in the same bare place

For the listener, who listens in the snow,
And, nothing himself, beholds
Nothing that is not there and the nothing that is.

(Wallace Stevens)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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GELS, L’UN APRÈS L’AUTRE (László Marsall)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




GELS, L’UN APRÈS L’AUTRE

Gels, l’un après l’autre,
en cohorte blanche ;
l’épaule des faibles
comme un bretzel craque.

Où loger sans toi ?
— mon âme frissonne.
Là, tu m’es foyer
que l’aurore enflamme.

Ôte de mes yeux
le plat froid d’hiver,
nourris-moi d’amour
que je ne sois ombre.

Laisse mettre un toit
sur la tour d’aimer —
dégrafe ta jupe
de ta hanche d’or.

(László Marsall)

Illustration

 

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Elle a brisé d’un coup de soleil son casque de gel (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017




Elle a brisé d’un coup de soleil
son casque de gel,
a déchiré d’un coup de vent
sa cape de brouillard,
et de nouveau coule et se plisse
l’eau des miroirs.
Elle y plonge une peau de pluie douce,
de violette et de mousse,
tandis qu’au plus haut pic
se suspend son jupon
et qu’à l’horizon se démaille,
roule en pelotes de nuages
ce corsage d’hiver
qui lui serrait le coeur …
Les boutons ont craqué
sous la poussée des fleurs

(Christiane Barrillon)

Illustration: Trent Gudmundsen

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AU COIN DU FEU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



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AU COIN DU FEU

Rappelle-toi le mois d’antan qu’il fit si froid !
Tout le monde a souffert de ce cruel décembre.
Notre amour cependant y vécut comme un roi,
Tant son large soleil chauffa bien notre chambre.

Nous nous moquions du froid et du temps qu’il faisait,
Ayant capitonné de baisers notre geôle.
Au feu de notre cœur plus rouge qu’un creuset
Nous aurions fait flamber les banquises du pôle.

Parfois nous regardions les floraisons du gel
Au jardin de la vitre où croît l’arbre du givre.
Tout était blanc dehors, les champs, les toits, le ciel.
Rien qu’à voir ce linceul, nous nous sentions mieux vivre.

Bougonnant, se mouchant, toussant, crachant, couvert
D’un grand feutre de neige avec des plumes grises,
Parmi les aboiements des dogues de l’hiver
Du pays de l’onglée arrivait Jean-des-Bises.

Mais nous faisions la nique à ses cheveux poudrés;
Et quand à la fenêtre il nous jetait sa laine,
Nous lui disions : « Entrez, vieux gueux, quand vous voudrez !
Votre nez de glaçons fondra sous notre haleine. »

Et jusqu’au jour plus tiède où le carreau terni
Eut laissé couler l’eau de ses blanches écailles,
Pelotonnés au fond de notre amoureux nid,
Nous avons eu toujours bien chaud, comme deux cailles.

(Jean Richepin)

 

 

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