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AMOUR DE PROFIL (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



 

Richard MacDonald - Tutt'Art@ (1)

AMOUR DE PROFIL

1
Dans le sommeil des feuilles mortes
qui craquent de gel la nuit
sans que personne pose le pied

dans le sang qui bat à la tempe
du dormeur qui ferme les portes
et ne sait plus si lui c’est lui

dans le froissement de la furtive
allant retrouver son amant
au creux des menthes la rivière

dans les paroles de la pluie
dans le feu quand la maison dort
dans la chevêche de minuit

j’entends respirer la secrète
qui n’est jamais là où elle est

2
Songeuse Retirée Rieuse Tempérée
Flexible Détournée Distraite Méditée
Le beau front bombé et sa pâleur d’opale
Les yeux de grand hiver de brasero lent

Toi la pensive et l’incertaine Toi l’innocence
et la malice Toi l’eau qui dort en robe d’eau
Absente Dérobée Naïve Gaie Moqueuse
Furtive Souveraine Altière Intimidée

Indécise Etonnée Limpide Couronnée
Profil nu hésitant dans un miroir brouillé
par les longues pluies de la mélancolie
toi la Reine et la Fée l’enfantine et la grave

je t’écoute écouter J’écoute ton silence
J’écoute les échos les voiles de ta voix
ta voix de feuilles mortes et de vent sur la tempe
qui peut en murmurant faire éclore l’automne

3
Nous deux
Quelquefois un
Les deux doigts de la flamme
Deux c’est ton ombre et moi
ou toi ma silencieuse
nue comme à marée basse
une voix qu’on devine

Nous deux
quelquefois un
Les deux pieds nus du vent
Deux d’eau Le bruit de l’eau
Rêver se taire ensemble

Le ciel mangé de jour
qui n’a qu’un seul regard

Quelquefois un Nous deux

(Claude Roy)

Illustration: Richard MacDonald

 

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Oie bleue, oie blanche (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Converging shadows on fresh snow

La floraison du bâton

[4]
Oie bleue, oie blanche, tu peux bien dire,
oui, je connais cette dualité, cette double nostalgie ;

je connais cet insatiable désir
en hiver, pour l’ombre du palmier

et le sable et le bois flotté calciné ;
mais en été, quand j’observe

la vague lorsque le bord de l’écume
touche le sable chaud et d’un seul coup

disparaît comme la neige à l’équateur,
je voudrais crier, reste, reste ;

alors je me rappelle le gel délicat et tenace
et son dessin à l’aube au coeur de l’hiver ;

à la chaleur du soleil de midi, je pense à l’aube
grise opalescente de l’hiver ; quand la vague

brûle sur les galets, je pense,
tu es moins belle que le gel ;

mais il est vrai aussi que je prie,
ô, donne-moi le bleu brûlant

et les algues fragiles calcinées
sur la laisse de haute mer,

quand je me tiens, toujours insatisfaite,
sous la longue ombre-sur-la-neige du pin.

***

Blue-geese, white-geese, you may say,
yes, I know this duality, this double nostalgia;

I know the insatiable longing
in winter, for palm-shadow

and sand and burnt sea-drift;
but in the summer, as I watch

the wave till its edge of foam
touches the hot sand and instantly

vanishes like snow on the equator,
I would cry out, stay, stay;

then I remember delicate enduring frost
and its mid-winter dawn-pattern;

in the hot noon-sun, I think of the grey
opalescent winter-dawn; as the wave

burns on the shingle, I think,
you are less beautiful than frost;

but it is also true that I pray,
O, give me burning blue

and brittle burnt sea-weed
above the tide-line,

as I stand, still unsatisfied,
under the long shadow-on-snow of the pine.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Le guetteur (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Le guetteur tendu contre la nuit
pressent un dieu sous la muraille
où conspire un sommeil d’oiseaux.

Il caresse l’arme inutile,
rosaire de sa peur,
pour conjurer une invisible proie.

Contre son corps se glisse
le gel aux seins menus
qui l’embrasse et le lie
alors que monte des marais
par les degrés de brume
l’odeur violente de la mort.

L’aube enfin, l’éclatement
des pavots et des cris!

Décue, l’archer funèbre,
Orion pâlit.

Mais le jour rend au guetteur
un masque étroit de fourmi.

(Jean Joubert)


Illustration: Daniel Cuq

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Ici le roc (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Ici le roc, ses cruautés d’oiseau,
l’aile pliée sur un songe de sang,
ses lames affilées au doigt du gel
et ses blancheurs soudaines d’ossement.

Mais une eau fine avive le ravin
de ses soupirs, de sa minceur de vierge.
Vite le pauvre y plonge ses deux mains
pour y puiser des caresses fragiles.

Jamais pourtant il ne verra le fleuve
où déjà la nuit tombe sur les îles.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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Je te trouve dans l’étoile (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Atsushi Suwa 108 [1280x768]

 

Je te trouve dans l’étoile
je te trouve dans la mort
tu es le gel de ma bouche
tu as l’odeur d’une morte

tes seins s’ouvrent comme la bière
et me rient de l’au-delà
tes deux longues cuisses délirent
ton ventre est nu comme un râle

tu es belle comme la peur
tu es folle comme une morte

(Georges Bataille)

Illustration: Atsushi Suwa

 

 

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La fascinante mort immobile (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2017



Rugosité,
paraphe des volcans,
éclatement du gel.

Les nerfs s’accrochent,
tissent la toile.

Ailleurs, l’envol de l’eau du marbre:
la fascinante mort immobile.

(Jean Joubert)

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Les mots c’est une roue en mouvement (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Les mots c’est une roue en mouvement et pourrais-je ordonner leur vertige ?
Ma voix s’aiguise à cette meule.

Gel et silence : le simple cri d’une herbe bouleverserait ce désert.
Découverte surprenante : hennir et devenir vert !

Un arbre s’ébroue, un cheval se couvre de feuilles.
Étendues raides, et pourtant nul coup n’a retenti :
antilopes de la joie, si beaux cadavres.

Qui dérange ainsi le damier de la nuit ? Il va falloir couper cette infatigable main.
L’encre aux doigts d’énigme, les hiéroglyphes de la page.

À peine délivré des mailles de la pensée, je retombe dans les rets du chant.
Être un instant cette mouette qui équilibre toute la mer !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’épaisseur du sang (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
L’épaisseur du sang
remuée, retournée dans les ténèbres,
soupe à emportements, haines, passions,

tant insultée, tant célébrée.

Une trace reste. Une espèce de flamme
qui brûle dans les mots
mais
incertaine
se heurte
au gel du monde.

Ne peut
que l’aborder de face

et tenter
de le pénétrer.

Oui, l’incertaine, l’insistante…

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout et que tous les Morts, gisent (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
]e sentais – ramper — des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire —

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit —

Quand tout ce qui tictaque — stoppe —
Et que partout — bée l’espace —
Ou que l’Affreux gel — aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant —

Mais, surtout, le Chaos — Sans bornes — froid —
Sans une Chance, ou un espar —
Ni même l’Annonce d’une Terre —
Pour justifier – le Désespoir.

***

It was not Death, for I stood up,
And all the Dead lie down —
It was not Night for all the Bells
Put out their Tongues, for Noon.

It was not Frost, for on my Flesh
I felt Siroccos — crawl —
Nor Fire – for just my marble feet
Could keep a Chancel, cool —

And yet, it tasted like them all,
The Figures I have seen
Set orderly, for Burial
Reminded me, of mine —

As my life were shaven,
And fitted to a frame,
And could not breathe without a key,
And ’twas like Midnight, some —

When everything that ticked — has stopped —
And spaces stares — all around —
Or Grisly frosts — first Autumn morns,
Repeal the Beating Ground —-

But, most, like Chaos — Stopless — cool —
Without a Chance, or spar —
Or even a Report of Land —
To justify — Despair

(Emily Dickinson)


Illustration: Gilbert Garcin

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Je te trouve dans l’étoile (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Je te trouve dans l’étoile
je te trouve dans la mort
tu es le gel de ma bouche
tu as l’odeur d’une morte

tes seins s’ouvrent comme la bière
et me rient de l’au-delà
tes deux longues cuisses délirent
ton ventre est nu comme un râle

tu es belle comme la peur
tu es folle comme une morte

Une étoile s’est levée
tu es je suis le vide
une étoile s’est levée
douloureuse comme le cœur

luisante comme une larme
tu siffles c’est la mort
l’étoile emplit le ciel
douloureuse comme une larme

je sais que tu n’aimes pas
mais l’étoile qui se lève
coupante comme la mort
épuise et tord le cœur

tu es le vide et la cendre
oiseau sans tête aux ailes battant la nuit
l’univers est fait de ton peu d’espoir

l’univers est ton cœur malade et le mien
battant à frôler la mort
au cimetière de l’espoir

ma douleur est la joie
et la cendre le feu

Noire mort tu es mon pain
je te mange dans le cœur
l’épouvante est ma douceur
la folie est dans ma main.

Seule tu es ma vie
des sanglots perdus
me séparent de la mort
je te vois à travers les larmes
et je devine ma mort

si je n’aimais pas la mort
la douleur
et le désir de toi
me tueraient

ton absence
ta détresse
me donnent la nausée
temps pour moi d’aimer la mort
temps de lui mordre les mains

(Georges Bataille)

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