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Poésie

Posts Tagged ‘bête’

Rondeau de printemps (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



 

Rondeau de printemps

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie:
« Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie,  »

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent, d’orfèvrerie;
Chacun s’habille de nouveau.
Le temps a laissé son manteau.

(Charles d’Orléans)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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VAINE MURAILLE (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
VAINE MURAILLE

Une jeune mère
une bête douce
s’assied près de moi,
me sourit, et je
souris, l’enfant dort.
Insondable joie
du printemps banal,
encore un peu, les marronniers seront en fleurs,
nous trois ensemble au fond du jour,
et combien d’autres…
Vaine muraille
la personne
quand tu t’écroules
on est si bien
dans la lumière.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE GARÇON BOUCHER (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019



Illustration: Alfred Boucher
    
LE GARÇON BOUCHER

Toujours te sourire,
Jamais te toucher,
Tu me rendras pire
Qu’un garçon boucher!

Apprends qui je suis,
Sache qu’en dormant
J’égorge, la nuit,
Cette femme enfant

Qui est dans tes yeux,
Qui penche la tête,
Je tords ses cheveux,
Je trahie une bête

Vague, blanche et nue,
Grande comme toi,
Quand elle remue
J’enfonce tout droit

Le couteau joyeux,
Le couteau rageur,
Je le sens heureux
D’aller dans ton cœur.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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GAIETÉS LYRIQUES (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Elliot Nichol
    
GAIETÉS LYRIQUES

Si vous cherchez bien
Vous verrez
Des visages
L’enfer s’y promène
Si vous cherchez mal
Vous saurez
Où surnagent
Nos âmes sereines
Le caméléon de l’amour
Y change ses couleurs fauves
La tristesse de vivre ici
Ferme l’oeil bête des alcôves
Nous n’irons plus au bois
L’été
Ressemble trop au carnaval
Danse de mort
Squelettes vains
Nous n’irons plus ; le mal lointain
S’est à nouveau pris dans nos pièges
La vie est un bouchon de liège
Elle flotte au gré des humeurs
Mais n’entend plus l’humble rumeur
De l’éternel qui passe vite
A travers nos coeurs désertés.

(Georges Perros)

 

Recueil: Poèmes bleus
Traduction:
Editions:

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal,
Les alchimistes sont poètes et le soufre à deux têtes le sait.
Cent fois le terril fut battu par l’éclair, mais les molettes sont debout
et tournent pacifiquement pour extraire l’ombre.
Ivoire lisse, ô mon désir, masque la peine d’un pauvre homme.
Serpent bleu : Poésie, love ton plain-chant sur la mer !
Frontière entre gens et bêtes, force magique des mamelles,
menhirs-miroirs du Seul, transmettez-nous les secrets du Monde.

(Georges Libbrecht)

Illustration

 

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